Skip to main content

Full text of "Topographie historique du vieux Paris"

See other formats


muhm 


^^^^^H 

1 

i 

■  ■  ■  '' ■' ■ .' .  ' ^ ' • 

^^^^^^^^^^^^^^■^  ' 

?  JS:^  '!    :  '  ',    ■  '  ■'. 

'l\''P-'J'-:' 

^^^^^^^^^^H 

f 

f-M^'^-^i 

1 

:'■'■'■(  ;■  t .  ■  -■  i ,-  -,  ',  - 

i^}' 

î 

■':;^;;:;^*^■■ 


•-■^'i':; 


I  ;.'■ 


,;:i.'  ,'■' 


,:-; 


^y;!'    ■  L 


'•^'^i' 


:^t.î: 


:i'>  ;  :  ;.' 


i 
i 

!i 
:i 

'i 


.s 


> 


(T) 


> 


IIISTOIUE  GÉNÉRALE  DE  PARIS 

COLLECTION  DE  DOCUMENTS 

PUBLIAI 

SOCS   LES   AUSPICES  DE   L'ÉDILITÉ   PARISIENNE 


TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE 


DO 


VIEUX  PARIS 


UAdiiiiiiistratioii  inunicipaio  laisse  à  chaque  auteur  la  responsabilité  des 
opinions  développées  dans  les  ouvrages  publiés  sous  les  auspices  de  la  Ville 
de  Paris. 


TOUS  DROITS  RÉSERVÉS 


HISTOIRE  GÉNÉRALE   DE  PARIS 


TOPOGRAPHIE 

HISTORIQUE 

DU  VIEUX  PARIS 


PAR   FEU    A.    BERTY 

RBVISÉE,      ASNOTÉE      ET     COMPLETEE 

PAR  L.-M.  TISSERAND 

nSPECTEUri  PRINCIPAL  DO  SEITICE  HISTORIQUE  DE  LA  VILLE 

ATEC  LA  COLLABORATION  DE  M.  TH.  VACQUBR 

lICOITICn.  ClilSé  >l  It  St-ITIILLISCI  lICBiOLOCIQl'l  DU  FOriLLCS  KT  DIS  D<IIOLiril)\S   k  fkKlt 


RÉGION  DL   BOURG   SAIM-GERMAIN 


ScMa  d«  l'Abtey*  r*i)it-0«rmua-4M-?r^  (  !  138) 


PARIS 

IMPRIMERIE   NATIONALE 


M  DCCC  LXXVI 


*•  <^ 


DC 
707 

\Î95 
t>.3 


AVANT-PROPOS. 


Parmi  les  ouvrages  d'érudition  récemment  publiés,  il  en  est  peu  qui 
aient  éveillé  l'attention  et  excité  l'intérêt  du  monde  savant  au  même  degré 
que  la  Topographie  historique  du  vieux  Paris.  Cette  restitution  patiente,  minu- 
tieuse, de  toutes  les  rues,  de  toutes  les  maisons  dune  ville  ancienne,  si 
souvent  et  si  radicalement  transformée,  parut,  il  y  a  quinze  ans,  la  plus 
étonnante  des  nouveautés.  Lorsque  l'auteur  publia,  dans  la  Revue  archéolo- 
gique d'abord,  puis  dans  un  fascicule  qui  fut  présenté  à  l'Institut,  un  pre- 
mier essai  de  sa  méthode  appliquée  à  la  Cité'"',  on  fut  surpris  et  charmé  de 
voir  revivre  chacune  des  parcelles  bâties  du  vieux  sol  parisien  ;  on  admira 
la  précision  avec  laquelle  étaient  délimitées  les  justices,  les  censives,  les  pa- 
roisses, les  pro|)riétés  privées;  on  put  constater,  en  rapprochant  les  plans 
restitués  du  texte  qui  en  est  la  légende,  que  chaque  contenance  résultait 
d'un  document  authentique,  et  l'on  acquit  la  certitude  qu'on  se  trouvait  en 
présence  d  un  véritable  cadastre  rétrospectif. 

Un  travail  de  cette  importance  ne  pouvait  pas  être  une  improvisation; 
non-seulement  il  était  le  fruit  d'une  préparation  longue  et  persévérante,  mais 
encore  il  avait  ses  antécédents;  il  se  rattachait,  par  les  liens  les  plus  étroits, 
à  une  entreprise  considérable,  la  Statistique  monumentale  de  Paris.  En  sou- 
mettant, dès  i83â,  à  M.  Guizot,  alors  ministre  de  l'instruction  publique, 
ffle  plan  d'un  ouvrage  étendu  destiné  à  faire  connaître  les  monuments  de  la 
rr capitale ''^',7)  M.  Albert  Lenoir  se  proposait  de  retracer  aussi  fidèlement  que 

'"'  Les  trois  {lot*  de  la  Cité  comprit  entre  le* me*  Adolphe  Berty  ;  Paris,  Didier,  1860.  —  '"'  Stati*- 

de  la  Licorne,  aux  Fhseï,  de  la  Lanterne,  du  Haut-  tique  monumentale  de  Pari*,  explication  des  planciies 

Moulin  et  de  Glatigny,  frogments  d'une  histoire  to-  par  M.  Albert  Lenoir.  introduction,  p.  1. 
po^rraphique  et  ardi<k)logique  du  vieux  Paris,  par 


Il  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS, 

possible  l'aspect  ancien  de  la  ville  dont  il  allait  e'tudier  les  principaux  e'di- 
fices;  un  «plan  archéologique»  rigoureux  lui  paraissait  être  le  couronnement 
naturel  de  son  œuvre.  Il  fallait,  en  effet,  localiser  exactement  ces  palais,  ces 
monastères,  ces  églises,  dont  la  plupart  avaient  été,  à  l'origine,  le  centre 
et  le  motif  déterminant  des  diverses  agglomérations  suburbaines;  il  fallait 
suivre  sur  le  sol  leurs  agrandissements  successifs  et  mesurer,  d'année  en 
année,  le  rayon  de  cette  circonférence  que  le  mouvement  de  la  population 
décrivait  autour  de  chaque  grand  établissement  civil  ou  religieux.  Dans  les 
idées  et  avec  les  institutions  du  moyen  âge,  la  mise  en  valeur  des  terrains 
en  censive  était  le  mode  de  peuplement  le  plus  naturel;  le  bail  à  cens,  en 
appelant  les  familles  sur  les  terres  accensées,  contribuait  puissamment  à  l'ac- 
croissement de  la  ville  et  des  faubourgs,  en  même  temps  qu'il  assurait  la 
prospérité  de  l'établissement  possesseur  du  sol.  Les  abbayes  de  Saint-Ger- 
main, de  Sainte-Geneviève,  de  Saint-Antoine,  de  Montmartre,  le  prieuré 
de  Saint-Martin-des-Champs,  etc.,  etc.,  ont  rayonné  ainsi  dans  la  cam- 
pagne, jusqu'aux  portes  de  Paris,  et  les  bourgs  qui  se  formaient  autour  de 
ces  édifices,  à  l'ombre  de  leurs  cloîtres  et  de  leurs  clochers,  ont  constitué, 
en  se  soudant  les  uns  aux  autres,  une  seconde  ville,  que  la  destruction  des 
vieilles  enceintes  a  naturellement  incorporée  à  la  première. 

La  Topographie  historique  du  vieux  Paris  avait  donc  dans  la  Statistique 
monumentale  son  point  d'attache  et  sa  raison  d'être.  M.  Albert  Lenoir  le 
comprit  dès  le  début  de  sa  publication,  et  chargea  l'un  de  ses  collaborateurs 
de  lui  fournir  les  éléments  du  crplan  archéologique  77  dont  il  voyait  nette- 
ment la  nécessité  *^'. 

Mais  un  document  digne  de  ce  nom  ne  peut  être  qu'une  résultante  :  pour 
dresser  un  plan  sérieux  qui  donne  l'état  contemporain,  ou  tout  au  moins 
l'état  le  plus  rapproché  possible  de  la  fondation  des  grands  édifices  pari- 

'''  Feu  Berfy  indique  ainsi  la  mission  qui  lui  rt voies  des  diverses  périodes,  le  tracé  des  enceintes, 

lut  conGée  :  itAu  mois  de  janvier  i84(),  M.  Albert  rrrichnograpLie  des  édifices  détruits,  résumer,  en 

tLenoir,  qui  dirigeait  alors  la  Statistique  monumen-  rrun  mot,  tout  ce  que  l'on  croyait  savoir,  et  y  ajou- 

<ttale  de  Paris,  nous  chargea  de  dresser  un  plan  trter  autant  que  cela   se  pourrait. i   (Topographie 

»  archéologique  destiné  à  en  devenir  le  compté-  historique  du  vieux  Paris,  Région  du  Louvre  et  des 

irment;  ce  plan  devait  comprendre  les  anciennes  Tuileries,  I,  introduction,  p.  viu. ) 


AVANT-PROPOS.  m 

siens,  il  faut  que  chaque  ligne,  chaque  trait,  soit  une  induction  ou  une 
déduction  rigoureuse.  Il  est  nécessaire  que  les  pièces  écrites  suppléent  aux 
représentations  figurées,  et  qu'à  défaut  de  documents  graphiques,  des  textes 
clairs  et  précis  guident  le  crayon  du  dessinateur.  En  effet,  tous  ceux  qui 
ont  étudié  le  parcellaire  du  vieux  Paris  savent  qu'on  n'en  saurait  donner 
une  idée  quelque  peu  exacte,  si  l'on  se  borne  à  reproduire,  en  les  coordon- 
nant, les  petits  plans  de  détail  annexés  à  des  pièces  d'archives,  et  les  plans 
d'ensemble  ou  tr  pourctraicts  "  qui  commencent  à  paraître  au  xvi*  siècle. 

M.  Bonnardot  a  publié,  dans  ses  excellentes  études  sur  les  plans  et  les  en- 
ceintes de  Paris'",  quelques  croquis  à  la  plume,  où  sont  grossièrement  figu- 
rées Cjîrtaines  parties  de  la  ville '^'.  Il  ne  les  considère  que  comme  des  images, 
et  ne  leur  accorde  qu'une  confiance  limitée  :  rrOn  suppose  dans  ce  système, 
rrdit-il,  que  le  spectateur  plane  successivement,  comme  ferait  un  oiseau, 
ffsur  chaque  point  de  la  ville,  et  qu'il  en  aperçoit  les  édifices  sous  deux  as- 
trpects,  dont  l'un  se  présente  de  face,  l'autre  de  profil.  On  conçoit,  ajoute- 
ff  t-il,  que  ce  genre  de  dessin-relief  ne  peut  avoir  pour  base  qu'une  perspec- 
fftive  factice,  qui  s'éloigne  souvent  de  la  nature '^'.n  M.  Albert  Lenoir  était 
du  même  sentiment;  cependant  il  fit  rechercher  ces  croquis  si  naïfs  dans  leur 
mode  de  figuration  et  si  dépourvus  de  précision  géométrale.  Quand  son  col- 
laborateur les  rencontrait  dans  les  dépôts  d'archives,  il  les  acceptait  sous 
toutes  réserves,  les  rapprochait  des  documents  écrits,  les  comparait  aux 
plans  factices  qu'il  avait  faits  lui-même,  d'après  les  textes,  et  les  soumettait 
ainsi  à  tous  les  genres  de  contrôle.  Sa  probité  archéologique  lui  faisait  en 
outre  un  devoir  de  les  mettre  sous  les  yeux  du  lecteur  :  dans  le  volume 
même  dont  il  nous  a  laissé  les  éléments  et  que  nous  publions  aujourd'hui, 
on  trouvera  deux  de  ces  images  fidèlement  reproduites.  Ce  sont  :  une  vue  à 
vol  d'oiseau  de  l'abbaye  de  Saint-Germain-des-Prés,  datant  de  la  première 
moitié  du  xvi^  siècle,  et  un  plan  du  Clos  aux  Bourgeois  dressé,  au  commen- 
cement du  xvii",  par  François  Quesnel  et  Claude  Vellefaux '*'. 

'■'  Etude»  archéologiques  sur  let  anciens  plans  de  talions  sur  les  enceintes,    pi.  XII,   fig.    4,  6,  u. 
Pari»;  Paris,  Deflorenne,   i85i.  —  Dissertations  '''  Études  sur  les  plans ,  p.  aa. 

archéofùgiques  sur  le»  ancienne»  enceinte»  de  Paris;  •''  Ce  plan,  rtkluit  par  feu  Berty  lui-même,  est 

l'an»,  Dumoulin,  i85.3.  reproduit  en  noir  à  la  page  aga  du  présent  vo- 

'**  Etude»  sur  Us  plans,    p.   a 3.  —    Diuer-  lame. 


IV  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

Si  les  plans  partiels,  croquis  ou  images,  devaient  compter  comme  élé- 
ments essentiels  dans  la  préparation  d'un  rplan  archéologique  75  véritable- 
ment digne  de  ce  nom ,  il  ne  fallait  pas  non  plus  négliger  les  plans  d'ensemble, 
ces  vieux  apourctraicts  de  Paris  75  qui  permettent,  mieux  que  toute  autre 
figuration,  de  plonger  dans  l'intérieur  de  la  ville,  d'en  suivre  les  rues  et  de 
s'égarer  à  plaisir  dans  les  méandres  de  cette  viabilité  si  différente  de  la 
nôtre.  Feu  Berty  leur  accordait  quelque  créance  :  représentation  plus  ou 
moins  exacte  d'un  état  contemporain  de  leur  publication,  ils  constituaient  à 
ses  yeux  un  jalon,  un  point  de  repère;  mais  il  ne  leur  demandait  aucune 
indication  rétrospective.  Beaucoup  moins  rigoureux  que  les  croquis  à  la 
plume  et  les  plans  partiels  dressés  à  l'occasion  de  quelque  différend  judi- 
ciaire, ils  lui  paraissaient  se  rattacher  plutôt  aux  fantaisies  des  anciens  mi- 
niaturistes. C'est  l'opinion  que  nous  avons  émise  nous-même,  à  propos  du 
célèbre  plan  de  Tapisserie,  devant  une  assemblée  savante  qui  a  paru  la  par- 
tager : 

rrll  nous  semble,  disions-nous,  que  les  plans  en  tapisserie,  les  plus  an- 
crciens  parmi  les  cr pourctraicls  de  Paris,»  ont  une  date  dans  l'histoire  de  la 
tr topographie  figurée,  qu'ils  représentent  une  époque  intermédiaire  assez 
rr définie,  qu'ils  sont  une  sorte  de  transition  entre  la  miniature  et  la  gravure 
rrsur  bois,  à  laquelle  nous  devons  les  premiers  plans  de  Paris.  Ils  devancent 
tria  xylographie,  comme  le  manuscrit  précède  le  livre.  C'est  une  succession 
ff  iconographique  véritablement  curieuse.  En  même  temps  que  les  enlumi- 
fcneurs  parisiens  saisissent  toutes  les  occasions  qui  leur  sont  offertes  de  re- 
rf présenter  leur  ville,  alors  même  qu'il  s'agit  de  Troie,  de  Jérusalem,  de 
rrBabylone,  ou  de  toute  autre  cité  lointaine,  dont  l'aspect  leur  était  in- 
ff  connu,  les  tapissiers  «nostrez  et  sarrasinois,  n  comme  ils  sont  qualifiés  dans 
ffle  Livre  des  Métiers,  imitateurs  nés  des  miniaturistes,  s'étudient  à  tisser 
rrce  que  leurs  confrères  enluminent,  et  cherchent  à  obtenir,  par  des  pro- 
ffdiges  de  trame  et  de  teinture,  ce  que  l'on  peut  appeler  de  grandes  minia- 
fftures  en  laine.  Dans  cette  lutte,  ils  ont  plus  d'un  désavantage  :  l'éclat  des 
ff  couleurs,  le  brillant  des  ors,  le  fini  des  détails  et  tout  le  chatoiement  de  la 
ffminiature  leur  sont  inaccessibles;  mais  leurs  rivaux  font  petit,  et  eux,  ils 
rrfont  grand,  très-grand  même.  Ceux-là  ont  leurs  chefs-d'œuvre  enchaînés 


AVANT-PROPOS.  v 

ffdaos  les  librairies;  ceux-ci  exhibent  les  leurs  aux  fêtes  du  Corpus  Chrisli, 
rtaux  processions  de  sainte  Geneviève,  au  feu  de  la  Saint-Jean  et  autres 
ff  galas,  sacre's  ou  profanes. 

tr  Celte  proche  parente'  de  la  miniature  et  de  la  tapisserie  paraît  ressortir 
travée  évidence  de  l'examen  compare'  de  la  célèbre  tapisserie  de  Beauvais 
ftavec  diverses  pages  de  manuscrits  enlumine's.  Qu'on  rapproche  la  miniature 
tr  placée  dans  la  continuation  des  Chroniques  de  Monstrelet,  et  représentant 
ff  l'entrée  du  roi  Louis  XI  à  Paris,  en  i46i,  avec  le  panneau  de  droite  de  la 
ff  tapisserie  de  Beauvais,  l'analogie  paraîtra  évidente;  c'est  le  même  procédé, 
tr  Seulement,  la  scène  historique,  qui  est  réelle  dans  le  texte,  occupe  dans 
tria  miniature  une  place  relativement  considérable,  et  la  ville  de  Paris  n'y 
crest  que  l'accessoire;  dans  la  tapisserie  de  Beauvais,  au  contraire,  la  ville 
tr  remplit  tout  le  fond  du  panneau.  Les  personnages  légendaires  du  premier 
-plan,  Paris,  Turcus,  etc.,  habillés  à  la  moderne,  selon  l'anachronisme 
tr  constant  des  miniaturistes  et  des  tapissiers,  semblent  s'écarter  pour  laisser 
trvoir  la  cité  dont  on  leur  attribue  la  fondation. 

tr  D'année  en  année,  l'importance  relative  se  déplace  :  le  trpourtraictw  de 
tria  ville,  d'abord  vague,  confus,  ramassé,  se  précise  et  se  développe,  tandis 
irque  les  personnages,  refoulés  de  partout,  cèdent  la  place,  se  rapetissent 
ttet  se  réfugient  dans  les  coins,  dans  la  bordure,  où  nous  les  retrouvons,  à 
tf  l'état  de  petites  illustrations,  jusqu'au  milieu  du  xvii"  siècle.  Le  plan  de 
r  Beauvais  était,  relativement  aux  miniatures,  un  progrès  considérable  ;  celui 
trde  Paris,  également  en  tapisserie,  en  a  réalisé  un  plus  décisif  encore, 
ff  puisque  au  lointain,  à  la  perspective,  au  second  plan,  il  a  substitué  une  vue 
"intérieure  et  détaillée  de  cette  cité,  dont  les  miniaturistes  et  les  tapissiers 
tr  précédents  ne  nous  montraient  que  les  saillies  monumentales.  Les  plans 
tr  tissés  sont  donc  en  avance  sur  les  plans  xylographiques.  Ceux-ci,  en  effet, 
tr  taillés  plus  ou  moins  grossièrement  et  à  peu  de  frais,  se  plaçaient  dans  un 
«livre  imprimé  quelquefois  loin  de  la  ville  qu'ils  avaient  la  prétention  de 
tr  représenter,  comme  la  Chronique  de  Nuremberg  et  la  Cosmographie  de 
r Munster;  on  les  consultait  peu  et  ils  pouvaient  être  impunément  inexacts. 
T Ceux-là,  au  contraire,  destinés  à  décorer  les  palais,  les  églises,  les  hôtels 
tr  seigneuriaux,  exécutés  avec  soin  et  dans  de  grandes  proportions,  exhibés 


VI  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS, 

«aux  yeux  de  la  foule  dans  les  fêtes  solennelles,  exigeaient  d'énormes  dé- 
rr  penses  et  devaient  pre'senter  un  degré  d'exactitude  suffisant  pour  ne  pas 
«prêter  trop  ouvertement  le  flanc  à  la  critique '''.  w 

Plans  partiels  et  plans  d'ensemble,  plans  manuscrits,  tissés  ou  gravés,  le 
collaborateur  de  M.  Albert  Lenoir  dut  tout  voir  et  tout  apprécier.  Dans  la 
préface  du  premier  volume  de  la  Région  du  Louvre  et  des  Tuileries,  il  a  con- 
signé le  jugement  impartial  qu'un  long  et  consciencieux  examen  lui  a  permis 
de  porter  sur  chaque  catégorie  de  documents  :  «L'insuffisance  des  notions 
«contenues  dans  les  livres  et  dans  les  plans  gravés  étant  bien  constatée,  il 
«devenait  urgent,  dit-il,  de  recourir  à  des  sources  plus  abondantes,  c'est-à- 
«dire  aborder  les  dépôts  d'archives.  A  l'aide  des  innombrables  pièces  inédites 
«qui  y  sont  contenues,  on  devait,  en  effet,  pouvoir  reconstituer  d'une  ma- 
«  nière  authentique  cette  topographie  du  vieux  Paris  restée  si  vague  et  dé- 
«naturée  par  tant  d'erreurs '^'.^ 

Feu  Berty  ne  s'exprime  pas  moins  nettement  sur  la  valeur  des  documents 
manuscrits  qu'il  a  consultés  :  rrLes  plans  manuscrits  que  nous  avons  utilisés, 
«dit-il,  sont  tous  partiels;  ils  renferment  une  rue,  un  îlot,  un  quartier  au 
rrplus.  En  fait  d'anciens  plans  généraux,  on  ne  faisait  guère  autrefois  que 
«  des  images,  telles  que  le  plan  de  la  Tapisserie,  l'un  des  plus  anciens  «  pourc- 
«traicts  de  Paris n  qui  nous  soient  parvenus  et  qui  n'est,  en  réalité,  qu'une 
T sorte  de  vue  à  vol  d'oiseau.  A  l'époque  où  ce  travail  fut  fait,  l'art  géodé- 

«sique  était  dans  l'enfance,  et  ne  visait  nullement  à  la  précision 

«Quant  aux  plans  tombés  dans  le  domaine  public,  il  faut  s'abstenir  d'ypor- 
«ter  le  compas  et  ne  leur  demander  que  des  renseignements  approximatifs. 
«Toutefois,  on  arrive  à  des  conclusions  très-voisines  de  la  vérité,  en  combi- 
«nant  les  indications  qu'ils  fournissent  avec  les  données  plus  précises  qui  se 
«déduisent  de  la  lecture  des  textes  et  notamment  des  pièces  constituant  les 
«archives  domaniales'^'. w 


'''  Bulletin  de  la  Société  de  l'Histoire  de  Paris  et  '*'  Topographie  historique  du  vieux  Paris,  Région 

de  l'Ile  de  France,  année  1876,  p.  82.  Note  de  du  Louvre  et  des  Tuileries,  I,  préface,  p.  ix. 

L.-M.  Tisserand  sur  un  projet  de  reproduction  du  ''*  Topog-raphie  historique  du  vieux-  Paris ,  Région 

pian  de  Tapisserie.  du  Louvre  et  des  Tuileries,  I,  p.  xii  et  xni. 


< 


•*  AVANT-PROPOS.  vu 

On  le  voit,  la  lumière  se  faisait  peu  à  peu  dans  Tesprit  des  auteurs  de  la 
Statistique  monumentale.  L'idée  d'une  restitution  complète  du  vieux  Paris,  à 
l'aide  des  indications  fournies  par  les  pièces  d'archives,  commençait  à  se  dé- 
gager des  obscurités  qui  enveloppent  toujours  un  premier  essai  ;  et  cette  per- 
spective parut  si  séduisante  qu'on  n'hésita  point  devant  l'immensité  du  travail 
à  entreprendre.  «En  peu  de  temps,  dit  feu  Berty,  à  qui  était  échue  la  part 
•rla  plus  considérable  de  la  besogne,  malgré  les  difficultés  du  début,  nous 
ff  commençâmes  à  entrevoir  la  possibilité  d'accomplir  une  œuvre  entière- 
«ment  nouvelle  :  la  restitution  de  chacune  des  propriétés  composant  les  îlots 
ffde  maisons.  Notre  courage  s'en  accrut,  et,  à  la  suite  d'efforts  opiniâtres,  nous 
ff  eûmes  enfin  la  satisfaction  de  constater  qu'un  groupe  de  maisons  était  rétabli 
«avec  exactitude.  Une  feuille  de  plan  fut  alors  entreprise,  puis  soumise, 
«dans  une  séance  de  l'un  des  Comités  historiques,  aux  savants  les  plus 
r  aptes  à  en  juger,  et  accueillie  par  eux  avec  autant  de  faveur  que  de  sur- 
ir prise.  La  voie  était  ouverte;  il  n'y  avait  plus  qu'à  y  persévérer '"'.  t» 

On  comprend  encore  aujourd'hui  la  r  faveur»  et  la  «surprise t;  qui  accueil- 
lirent, il  y  a  quinze  ou  vingt  ans,  cette  résurrection  inespérée  d'un  parcel- 
laire que  les  savants  les  plus  au  courant  des  choses  parisiennes  désespéraient 
de  pouvoir  jamais  reconstituer.  Les  palais,  les  églises,  les  monastères,  les 
résidences  princières,  les  hôtels  seigneuriaux,  les  demeures  de  la  hante 
bourgeoisie  peuvent,  jusquà  un  certain  point,  revivre  dans  un  texte  et  sur 
un  plan  :  Du  Breul,  Sauvai,  Félibien,  Lebeuf  et  les  autres  historiens 
de  Paris  en  ont  fait  l'histoire;  Marot,  Pérelle,  Israël  Sylvestre,  Blondel, 
Millin,  Alexandre  Lenoir  nous  en  ont  conservé  quelques  aspects.  Il  nest 
donc  pas  impossible  à  un  érudit  d'arriver,  en  coordonnant  ces  divers  élé- 
ments, à  composer  de  curieuses  planches  et  d'intéressantes  monographies. 
Mais,  entre  les  grands  édifices  dont  nous  venons  de  parler,  s'étendaient  de 
vastes  espaces  couverts  par  des  maisons  bourgeoises  et  marchandes,  maisons 
de  toute  forme,  de  toute  grandeur,  pleines  de  souvenirs  historiques,  peu- 
plées d'objets  d'art  ou  de  métier,  désignées  par  de  curieuses  enseignes,  et 


!•) 


Topographie  hulorique  du  vieux  Paria,  Région  du  Louvre  et  des  Tuileries,  I,  préface,  p.  ix. 


VIII  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS, 

offrant,  dans  leur  infinie  variété,  des  spécimens  multiples  de  la  construction, 
de  la  décoration  intérieure  et  extérieure,  de  la  distribution  ainsi  que  de 
l'aménagement  des  demeures  parisiennes  au  moyen  âge.  Ces  maisons  ont 
passé  de  main  en  main,  et  l'histoire  de  leur  transmission  se  confond  avec 
celle  de  la  population  parisienne;  tantôt  divisées  entre  les  membres  d'une 
nombreuse  famille,  tantôt  réunies  pour  former  un  logis  plus  important,  elles 
sont  sorties  du  domaine  royal,  aristocratique  ou  religieux,  et  leurs  transfor- 
mations diverses  ont  suivi  le  mouvement  politique  et  social  d'où  est  résulté 
le  Paris  moderne. 

Les  auteurs  des  vieux  «  pourctraicts  de  Paris  t5  et  les  topographes  auxquels 
on  doit  les  plans  des  trois  derniers  siècles  ne  se  sont  point  embarrassés  de 
cette  masse  de  constructions  privées.  Ils  les  ont  figurées  soit  par  des  mai- 
sonnettes absolument  uniformes,  telles  qu'on  les  voit  sur  les  plans  en  éléva- 
tion, ou  à  vol  d'oiseau,  de  la  Tapisserie,  de  Saint-Victor,  de  Truschet,  de 
Quesnel,  de  Mérian,  de  Vassalieu,  etc.,  soit  par  un  pointillé  ou  des  ha- 
chures, comme  on  peut  le  constater  en  consultant  la  série  des  plans  édités 
depuis  Gomboust  et  Lacaille  jusqu'à  Delagrive  et  Jaillot. 

Déterminé  à  ne  point  suivre  ses  devanciers,  mais  à  faire  sortir  la  topo- 
graphie parisienne  de  l'ornière  où  elle  se  traînait  depuis  longtemps,  feu 
Berty  a  procédé  comme  tous  les  chercheurs  logiques  :  il  est  allé  du  connu  à 
l'inconnu.  Ainsi  que  Jaillot,  dont  il  a  adopté  l'épigraphe,  empruntée  à  Ho- 
race''',  il  s'est  demandé  quel  est  l'élément  topographique  le  plus  simple,  et 

il  l'a  trouvé dans  la  rue.  Qu'elle  soit  une  voie  romaine,  un  chemin 

royal,  un  chemin  rural,  une  voie  limitative  des  justices,  des  censives,  des 
fiefs  ou  des  paroisses,  la  rue  lui  paraît  être  le  fait  topographique  initial,  le 
plus  facile  à  saisir  et  à  constater.  Quand  il  a  pu  arrêter  le  tracé  d'une  rue, 
il  en  fait  l'historique,  d'après  les  titres  qu'il  a  dépouillés,  indique  les  juri- 
dictions différentes  dont  elle  dépendait,  énumère  les  dénominations  succes- 
sives qui  lui  ont  été  appliquées,  fait  connaître  les  modifications  de  longueur 
et  de  largeur  qu'elle  a  pu  subir,  et  recueille,  chemin  faisant,  toutes  les  in- 


(') 


Quid  verum .  .  .  .  euro  et  rogo,  et  omnis  in  hoc  siim  (Epist.  I,  ii). 


'"*  AVANT-PROPOS.  ix 

dications  qui  peuvent  lui  servir  à  constituer  son  parcellaire.  Les  principales 
sont  évidemment  celles  qui  lui  révèlent  l'existence  d'une  voie  parallèle, 
oblique,  ou  transversale  :  en  effet,  à  l'aide  de  ce  nouvel  élément,  il  parvient 
à  constituer  un  îlot,  c'est-à-dire  un  polygone  plus  ou  moins  irrégulier,  cir- 
conscrit par  trois  ou  quatre  voies  publiques. 

Parvenu  à  ce  point,  Berly  commence  à  serrer  de  plus  près  l'inconnue  to- 
pographique qu'il  veut  dégager.  11  entrej)rend  alors  ce  travail  de  lotissement 
auquel  il  donnait  plaisamment  le  nom  de  «casse-tête  chinois. r?  Les  censiers 
fournissant  assez  exactement  le  nombre  des  maisons  et  l'indication  des  con- 
tenances, il  s'agit  de  placer  ces  maisons  dans  l'ordre  oii  elles  sont  énumérées, 
et  de  combiner  ces  contenances  avec  celles  que  d'autres  titres  attribuent  aux 
propriétés  ayant  leur  entrée  sur  une  rue  parallèle  ou  transversale,  mais 
touchant  aux  premières  par  le  fond  ou  par  le  flanc.  Lorsque  les  pièces  de 
ce  jeu  de  patience  s'emboîtent  bien  les  unes  dans  les  autres,  l'accord  topo- 
graphique  est  parfait  et  l'îlot  est  reconstitué.  Mais  il  se  produit  souvent  des 
discordances  :  les  contenances  indiquées  par  les  titres  sont  plus  d'une  fois 
supérieures  ou  inférieures  à  la  superficie  de  l'îlot;  les  maisons,  les  clos  énu- 
mérés  dans  les  censiers  résistent  parfois  au  travail  d'identification,  c'est-à- 
dire  qu'on  n'en  retrouve  pas  la  place  sur  le  terrain ,  et  qu'on  ne  saurait  dire 
si  telle  dénomination,  telle  enseigne,  existant  à  un  moment  donné,  répond 
exactement  à  la  même  enseigne  et  à  la  même  dénomination  constatées  à 
une  autre  époque. 

Dans  ces  cas  désespérés,  Berty  se  souvenait  qu'il  était  architecte  et  géo- 
mètre :  il  quittait  les  Archives,  se  rendait  sur  le  terrain,  mesurait  les  super- 
ficies, retrouvait  les  murs  mitoyens,  postérieurs  ou  latéraux,  et  reconnaissait 
que  ces  limites  étaient  à  peu  près  immuables.  En  effet,  dit-il,  rr quand  on 
<r reconstruisait  une  maison,  on  ne  pouvait  l'élargir  —  ou  l'agrandir  dans  le 
f  sens  de  la  profondeur  —  qu'en  entamant  les  bâtiments  contigus;  or  une 
-pareille  opération  n'était  réalisable  que  par  voie  d'héritage  ou  dacquisi- 
-tion,  circonstances  fort  rares  au  moyen  âge,  où  les  accensements  de  ter- 
«rrains  étaient  réputés  perpétuels '"'.b  Les  murs  mitoyens  l'aidaient  donc  à 


(') 


Topographie  hulorique  du  vieux  Parié,  R^on  du  Louvrp  et  des  Tuileries,  I,  prdface.  p.  xiv. 


X  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS, 

interpréter  les  textes,  et  c'est  ainsi  que,  pale'ographe  et  architecte  alternati- 
vement, il  arrivait  à  cette  identification  parcellaire  qui  était  le  couronne- 
ment de  ses  longs  travaux.  Il  y  parvenait  également  au  moyen  d'une  faculté 
toute  spéciale  dont  il  était  doué  :  c'était  c:  cette  espèce  d'intuition  qu'une 
ff  longue  expérience  finit  par  développer,  et  qui  permet  de  discerner  les  re- 
«  maniements  opérés  dans  les  ilots''^'' 

A  l'aide  de  toutes  ces  ressources,  l'ilot,  le  quartier  se  reconstituaient  :  les 
maisons,  rigoureusement  identifiées,  prenaient  place  de  chaque  côté  de  la 
rue  qu'on  décrivait;  palais,  églises,  monastères,  hôtels,  collèges,  simples 
maisons  de  bourgeois  et  d'artisans  se  succédaient,  sans  autre  ordre  que  celui 
de  la  contiguïté;  on  faisait,  à  la  suite  de  l'auteur,  comme  l'a  dit  ingénieuse- 
ment M.  Vitet,  une  sorte  de  promenade  rétrospective  à  travers  le  vieux  Paris  : 
on  allait  ainsi  de  porte  en  porte;  on  s'arrêtait  devant  un  couvent,  devant 
un  hôpital,  devant  une  résidence  princière  ou  seigneuriale;  on  y  entrait  et 
l'on  s'y  attardait  jusqu'à  ce  qu'on  en  eût  fait  l'inventaire  exact  et  l'histo- 
rique complet. 

Tel  est  le  travail  qui  s'est  accompli  sous  nos  yeux,  auquel  nous  avons  pris 
une  part  modeste,  mais  utile,  et  dont  nous  avons  recueilli  les  éléments  dis- 
persés, pour  les  réunir  et  les  publier  un  jour.  Après  l'interruption  de  la 
Statistique  monumentale,  et  la  cession  à  la  ville  de  Paris  des  planches  desti- 
nées à  former  le  «plan  archéologique :?  projeté  par  M.  Albert  Lenoir,  feu 
lierty  fit  apport  de  son  manuscrit,  qu'on  nous  pria  de  reviser;  il  accepta, 
non  sans  quelque  hésitation,  notre  concours  littéraire,  et  nous  initia,  trop 
discrètement  peut-être,  à  ses  procédés  de  restitution.  Grâce  à  cette  collabo- 
ration, que  ses  meilleurs  amis  lui  avaient  toujours  conseillée,  et  qui  eut  pour 
but  unique  de  fairie  ressortir  les  mérites  de  son  œuvre,  il  put  enfin  voir 
paraître  le  premier  volume  de  cette  histoire  topographique  dont  il  avait 
conçu  l'idée  et  affirmé  la  possibilité. 

Contrairement  à  l'attente  générale,  ce  premier  volume  n'était  consacré 

■''  Topographie  historique  du  vieux  Paris,  Région  du  Louvre  el  des  Tuileries,  I,  préface,  p.  xv. 


AVANT-PROPOS.  m 

ni  à  la  Cité,  ni  au  quartier  de  l'Université',  double  berceau  de  la  ville  gallo- 
romaine:  il  avait  pour  objet  la  région  du  Louvre  et  des  Tuileries,  c'est- 
à-dire  une  partie  relativement  moderne  dans  l'histoire  du  vieux  Paris.  L'au- 
teur s'émut  des  observations  qui  lui  furent  faites  sur  cette  apparente  singu- 
larité, et  il  nous  chargea  d'y  répondre  dans  la  préface  de  l'ouvrage.  Voici 
en  quels  termes  nous  fîmes  valoir  les  raisons  auxquelles  il  croyait  devoir 
obéir  : 

ffUn  travail  de  restitution  aussi  étendu,  aussi  compliqué,  est  soumis  à  des 
«nécessités  de  toute  nature,  qui  amènent  forcément  des  interversions  dans 
ff  l'ordre  de  succession  des  parties  qui  le  composent.  Les  titres  écrits  ont  leurs 
ff lacunes  et  présentent  de  nombreuses  diflicultés  d'interprétation;  les  docu- 
frments  lapidaires  ne  peuvent  être  utilement  consultés  qu'au  moment  où  la 
ff pioche  ouvre  les  profondeurs  du  sol  qui  les  renferme.  Il  faut  donc,  pour 
omettre  sûrement  la  dernière  main  à  un  volume  de  texte  et  à  une  feuille  de 
"plan,  attendre  tantôt  la  découverte  do  pièces  manuscrites  nouvelles  ou  ledé- 
rpouillemenl  d'anciens  fonds  qui  n'avaient  pas  encore  été  livrés  au  public,  tan- 
«  tôt  l'exécution  de  grands  travaux  de  construction  ou  dédililé,  d'où  résultent 
«soit  un  utile  complément  d'indications,  soit  une  confirmation  matérielle  des 
r  renseignements  fournis  par  les  archives.  Ces  déviations,  que  ne  connaissent 
«ni  les  littérateurs,  ni  les  hommes  de  science  pjire,  un  hislorién-lo|)ograplie 
«•est  obligé  de  les  subir  :  il  va  où  l'appellent  les  matériaux  qui  doivent  en- 
irtrerdans  la  composition  de  son  œuvre;  il  suspend  momentanément  certaines 
-parties  de  son  travail  «juand  il  a  l'espoir  de  faire  qufhjiies  bonnes  trou- 
-  vailles,  et  il  ne  se  décide  à  les  livrer  au  public  que  lorsqu'il  croit  avoir 
-épuisé  les  sources*'*. i» 

Fidèle  à  ces  principes,  que  nul  savant  ne  désavouera,  feu  Berty  reconnais- 
sait que  la  Cité,  dont  les  vieilles  maisons  tombaient,  au  nioment  même  où 
s'imprimait  le  premier  volume  de  la  Topographie ,  n'avait  pas  encore  été  assez 
fouillée  dans  ses  profondeurs  historiques;  il  confessait  également  que  les 
quartiers  de  V Université,  au  milieu  desquels  on  commençait  à  ouvrir  de  nou- 

'"'   Topographie  hUtorique  du  vieux  Paris.  Rë^poii  du  Louvre  et  des  Tuileries.  I .  préface,  p.  xti. 


XII  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS, 

velles  voies,  avaient  encore  bien  des  secrets  archéologiques  à  révéler,  et  de- 
puis, les  faits  lui  ont  donné  complètement  raison,  ha  Topographie  historique 
du  vieux  Paris  débuta  donc  par  la  région  du  Louvre  et  des  Tuileries,  à  tra- 
vers laquelle  de  grandes  voies  venaient  d'être  ouvertes,  et  qui  lui  paraissait 
suffisamment  explorée. 

Un  seul  doute  restait  dans  son  esprit,  et  il  eut,  avant  sa  mort,  la  satis- 
faction de  le  voir  levé  d'une  façon  péreraptoire.  Quel  était  l'emplacement 
exact  du  vieux  Louvre?  Les  substructions  que  la  forteresse  de  Philippe- 
Auguste  a  laissées  dans  le  sol  existent-elles  au  point  précis  où  les  titres  les 
signalent?  Et,  pour  élever  le  problème  à  la  hauteur  d'une  question  de 
principe,  doit-on,  lorsqu'il  n'est  pas  possible  d'interroger  le  sol,  accorder 
une  créance  entière  aux  restitutions  qui  ont  pour  base  unique  l'interpré- 
tation des  documents  écrits?  Les  fouilles  exécutées  dans  la  cour  du  Louvre, 
par  le  Service  historique  de  la  ville  de  Paris,  répondirent  victorieusement 
et  fixèrent  toutes  les  incertitudes  :  l'étude  des  pièces  d'archives  et  «  l'intuition  n 
archéologique  avaient  suffi;  le  vieux  Louvre,  avec  ses  tours,  son  donjon, 
son  enceinte,  ses  fossés,  était  bien  enfoui  dans  le  sol  à  l'endroit  où  le  plaçait 
le  travail  de  restitution  accompli  par  feu  Berty.  Un  second  volume  fut  le  fruit 
de  ces  heureuses  investigations*''. 

Depuis,  aucune  partie  nouvelle  de  l'œuvre  n'a  pu  être  publiée.  Berty  a 
laissé  des  notes  très-confuses  qui  exigent  un  travail  de  coordination  et  de 
révision  minutieuse.  Les  'f interversions n  nécessaires,  les  rr déviations w  obli- 
gées se  montrent  dans  tous  ses  papiers.  Comme  il  le  dit  lui-même,  il  allait 
là  où  le  conduisait  le  dépouillement  d'un  fonds  d'archives,  où  l'ouverture 
d'une  tranchée  dans  le  sol  lui  permettait  de  plonger,  où  l'inspection  des 
murs  mitoyens  pouvait  aider  à  la  formation  de  son  parcellaire.  Une  exigence 
d'une  autre  nature  s'imposait  en  outre  à  son  travail  :  la  division  de  son 
ffplan  archéologique 55  en  seize  feuilles,  destinées  à  être  réunies,  l'obligeait 
de  comprendre  dans  un  même  carré  des  portions  du  sol  parisien  assez  étran- 

''  Un  double  compte  rendiide  ces  fouilles,  écrit  breuses  planches  permettent  de  suivre  toutes  les 
par  l'eu  Berty  et  par  M.  Legrand  son  continuateur,  phases  du  travail,  et  constituent  une  histoire  ico- 
occupe  la  plus  grande  partie  du  volume.  De  nom-        uographique  de  la  forteresse. 


< 


AVANT-PROPOS.  xiii 

gères  les  unes  aux  autres.  C'est  ainsi  que  la  feuille  V,  plus  particulièrement 
consacrée  à  la  région  du  Louvre  et  des  Tuileries  et  publiée  avec  le  volume 
de  texte,  franchit  le  fleuve  et  embrasse,  dans  son  périmètre,  une  certaine 
étendue  du  territoire  connu  sous  le  nom  de  bourg  et  faubourg  Saint-Ger- 
main. Cette  extension  a  dû  imposer  à  l'auteur  l'obligation  de  se  transporter 
sur  la  rive  gauche  de  la  Seine,  à  ce  moment  surtout  où  l'entreprise  avait 
pour  but  la  formation  d'un  plan  archéologique  destiné  à  servir  d'annexé  à 
la  Statislique  monumentale,  et  nullement  la  publication  d'une  série  de  vo- 
lumes contenant  l'histoire  topographique  du  vieux  Paris.  Lorsque  l'œuvre 
s'est  transformée,  le  travail,  poussé  dans  une  certaine  direction,  était  trop 
avancé  pour  qu'on  songeât  à  lui  faire  subir  une  rr déviations  nouvelle;  il  a 
fallu  se  résoudre  à  en  publier  les  diverses  parties,  au  fur  et  à  mesure  de 
leur  achèvement,  avec  les  feuilles  de  plan  qui  sy  rapportent,  et  en  se  bor- 
nant à  les  distinguer  par  le  terme,  un  peu  vague,  de  région. 

Ainsi  se  justitie  le  volume  que  nous  présentons  aujourd  hui  au  public  et 
que  feu  Berty  avait  conduit  à  un  degré  d'avancement  beaucoup  plus  consi- 
dérable que  les  autres  parties  de  son  travail.  Voici,  du  reste,  de  quelle 
façon  il  délimite  lui-même  son  champ  d'exploration  topographique  :  et  La 
tr seigneurie  de  l'Abbaye  —  c'est-à-dire  le  sol  sur  lequel  se  sont  formés 
(fie  bourg  et  le  faubourg  Saint-Germain  —  avait  pour  confins  la  rue  de 
(rl'Abreuvoir-Macon,  et,  plus  tard,  la  place  du  Pont-Saint-Michel,  la  rue 
trSaint-André-des-Arts,  la  partie  postérieure  de  propriétés  en  bordure  sur 
cries  rues  de  la  Vieille-Bouclerie  et  de  la  Harpe,  les  rues  Hautefeuille,  des 
crCordeliers  (de  l'Ecole-de-Médecine),  de  la  Harpe,  d'Enfer  et  l'ancien  che- 
ff  min  de  Vanves.  Mesurant  environ  quatre  mille  mètres,  dans  sa  plus  grande 
rr longueur,  vers  le  couchant,  et  deux  mille  huit  cents  mètres  à  peu  près 
ffdans  sa  plus  grande  largeur,  la  seigneurie  de  l'Abbaye  formait  un  magni- 
frli(jue  territoire  entièrement  compacte,  à  l'exception  de  l'enclave  du  Pré- 
vaux-Clercs''', w 

Une  région  aussi  étendue  ne  pouvait  être  ni  figurée  sur  une  seule  feuille 


(') 


Topographie  hulorùiue  du  vieux  Paris,  R^oii  du  bourg  Saint-Germain,  I.  p.  i  et  a. 


XIV  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  Dl  VIEUX  PARIS, 

de  plan,  ni  décrite  en  un  volume  unique.  Feu  Berty  en  a  réparti  le  parcel- 
laire entre  trois  grandes  planches,  ce  qui,  de  sa  part,  impliquait  la  division 
du  texte  en  trois  volumes  distincts.  La  Commission  des  Beaux-Arts  et  des 
Travaux  historiques,  à  laquelle  nous  avons  proposé  de  respecter  cette  distri- 
bution, en  a  reconnu  la  convenance,  et  les  développements  du  manuscrit 
que  nous  avons  placé  sous  ses  yeux  lui  ont  paru  la  justifier  de  tout  point. 
Rien  n'est,  d'ailleurs,  plus  conforme  à  la  vérité  historique  et  topographique. 
L abbaye  de  Saint-Germain-des-Prés ,  élément  formateur  de  toute  la  région, 
devient  peu  à  peu  le  noyau  d'une  agglomération  suburbaine,  qui  se  presse  au- 
tour de  ses  murailles  et  rayonne  ensuite  vers  l'orient  et  l'occident,  c'est-à-dire 
vers  la  ville  et  vers  la  campagne.  C'est  le  bourg  Saint-Germain  proprement 
dit.  Au  commencement  du  xiif  siècle,  la  partie  orientale  de  ce  bourg  est 
enfermée  dans  la  ville,  par  la  construction  de  l'enceinte  de  Philippe-Auguste; 
elle  constitue  la  circonscription  de  deux  nouvelles  paroisses  urbaines,  Saint- 
Côme  et  Saint-André-des-Arts,  et  se  trouve  ainsi  séparée  du  monastère.  En- 
fin, dans  les  deux  derniers  siècles,  les  prés,  les  jardins,  les  allées  d'arbres, 
les  terres  cultivées  se  couvrent  de  constructions  :  couvents,  hôtels  et  maisons 
de  plaisance  s'y  élèvent  en  grand  nombre,  à  raison  de  la  salubrité  de  l'air  et 
du  calme  dont  on  y  jouit,  tout  en  demeurant  à  proximité  de  la  ville.  Il  en 
résulte  une  extension  considérable  du  bourg  Saint-Germain,  qui  n'est  plus 
limité  aux  environs  immédiats  de  l'Abbaye  et  devient  ainsi  un  long  faubourg. 

De  ces  trois  parties,  bien  nettement  délimitées,  c'est  la  première  qui  fait 
le  sujet  du  présent  volume.  Dans  un  chapitre  préliminaire,  l'auteur  fait  con- 
naître l'origine  et  les  développements  successifs  du  bourg  Saint-Germain; 
il  en  énumère  les  voies,  compte  celles  dont  l'existence  est  constatée  dès  le 
XIII*  siècle,  celles  qui  n'apparaissent  qu'au  xiv*,  celles  dont  il  est  fait  men- 
tion seulement  au  xv",  et  celles  dont  on  ne  trouve  pas  trace  avant  le  xvi*. 
Après  ce  coup  d'oeil  général  sur  le  bourg,  il  s'engage  dans  la  description  de 
chaque  rue,  à  commencer  par  celle  des  Petits-Augustins  qui  doit  le  premier 
rang  à  l'ordre  alphabétique. 

Ce  système ,  adopté  pour  les  deux  premiers  volumes  de  l'ouvrage ,  ne  pouvait 
être  abandonné  :  il  a  ses  avantages  au  point  de  vue  de  la  facilité  des  recherches  ; 


AVANT-PROPOS.  xt 

mais  il  présente  de  réels  inconvénients  sous  le  rapport  historique  et  topo- 
graphique. Il  a  surtout,  dans  la  région  qui  nous  occupe,  le  tort  de  ne 
pas  montrer  assez  le  rayonnement  progressif  du  bourg  Saint-Germain 
autour  de  l'Abbaye  considérée  comme  point  central,  et  de  ne  pas  distin- 
guer suffisamment  les  parties  du  sol  primitivement  et  successivement  ac- 
censées.  Feu  Berty  reconnaissait  ces  désavantages  ;  mais  il  faisait  remar- 
quer, d'une  part,  que  l'ordre  alphabétique  était  emprunté  à  Jaillot,  qui  n'en 
avait  |)as  trouvé  de  meilleur,  et  d'autre  part,  qu'il  existe  trop  d'incertitudes 
sur  l'antériorité  relative  des  voies  publiques  du  bourg,  pour  qu'il  soit  pos- 
sible de  les  classer  par  rang  d'ancienneté. 

L'ordre  alphabétique  étant  ainsi  maintenu,  les  voies  du  bourg  Sainl-(îer- 
main  se  succèdent  sans  interruption  depuis  la  rue  des  Petits-Auguslins  jus- 
qu'à la  rue  des  Quatre-Vents.  L'auteur  en  fait  l'historique  détaillé;  puis  il 
énumère  chaque  parcelle  bâtie  du  côté  gauche  et  du  côté  droit,  en  indi(|uant 
la  paroisse,  la  justice  et  la  censive  dont  elle  dépend.  Les  hôtels,  les  cou- 
vents, les  hospices,  quelques  établissements  d'une  importance  secondaire  et 
certaines  particularités  topographiques  donnent  lieu  à  de  courtes  monogra- 
phies qui  n'interrompent  point  la  succession  du  parcellaire.  De  ce  nombre 
sont  :  le  couvent  des  Pelits-Augustins,  la  Noue  ou  Petite-Seine,  l'hôtel  de 
Malicorne,  la  maison  de  l'Annonciation,  la  petite  rue  Bourbon-le-Château, 
la  chapelle  Saint-Martin-«les-Orges,  le  Petit  Pn^aux-Clercs,  le  Clos  Chéra- 
dame,  le  Jeu  de  Paume  de  l'Ecu  de  Savoie,  l'hôtel  de  Gondi  et  de  Condé, 
la  maison  du  Gheval-d'Airain,  les  Granges  aux  Malades  de  Naples,  l'hôtel 
du  Sépulcre,  la  Ferme  ou  Pressoir  de  l'Hôtel-Dieu,  le  Clos  aux  Bourgeois, 
le  ClosFérou,  le  cimetière  Saint-Sulpice,  l'hôtel  de  Plancy,  l'hôtel  de  Na- 
varre, la  foire  Saint-Germain,  le  carrefour  de  la  Croix-Bouge,  l'hôtel  de 
Gamaches,  l'hôtel  de  Casin,  Ihôtel  de  Garancière,  l'Ilot  de  la  Bulle,  le 
Séjour  de  Nesle,  la  Charité  ou  le  Sanitat,  la  Saumonière,  l'Ecorcherie 
Sablonnière,  la  Tuilerie  aux  Flamands,  l'hôtel  des  Yveteaux.  le  Pilori  de 
l'Abbaye,  l'hôtel  de  Sansac,  la  chapelle  et  le  cimetière  Saint-Père,  la  Voirie 
ou  la  Butte,  la  petite  rue  Saint-Guillaume,  l'Oseraie,  l'hôtel  de  Mézières. 
l'hôtel  Dauphin,  de  Bouillon,  de  Liancourt  et  de  La  Rochefoucauld,  l'hôtel 


XVI  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS, 

et  les  jardins  de  ia  Reine -Marguerite,  le  presbytère  de  Saint -Sulpice, 
l'hôtel  de  Taranne,  le  Clos  ou  Gourtille  de  l'Abbaye,  l'hôtel  Ventadour, 
l'hôtel  de  Savoie,  le  Pré-Crotté,  l'hôtel  de  Champrenard,  l'impasse  des 
Qualre-Vents,  etc.,  etc. 

Tout  en  suivant  l'ordre  de  succession  du  parcellaire,  nous  avons  distingué 
typographiquement  ces  divers  articles,  de  manière  qu'ils  ne  se  confondissent 
point  avec  la  masse  des  notices  consacrées  aux  maisons,  clos,  terrains, 
granges  et  autres  parcelles  de  moindre  importance.  Mais,  quand  nous  nous 
sommes  trouvé  en  présence  des  trois  principaux  établissements  de  la  région, 
l'Abbaye,  l'église  Saint-Sulpice  et  la  Maladrerie  Saint-Germain,  nous  avons 
cru  devoir  scinder  l'historique  des  rues  sur  lesquelles  ces  édifices  avaient  leur 
principale  entrée,  sauf  à  le  continuer  après  une  interruption  justifiée  par 
l'importance  des  monographies  à  intercaler.  La  Commission  et  les  savants 
que  nous  avons  consultés  ont  pensé,  comme  nous,  qu'il  y  avait  là  matière  à 
trois  chapitres  distincts.  Restait  une  quatrième  monographie  que  l'auteur 
avait  volontairement  omise,  parce  que  l'édifice  à  décrire  n'appartient  point, 
par  la  date  de  sa  construction,  à  la  période  historique  dans  laquelle  se  ren- 
ferme la  Topographie  historique  du  vieux  Paris.  Placé  chronologiquement  sur 
l'extrême  limite  de  deux  âges  —  1610,  date  finale  que  feu  Berty  avait  as- 
signée à  son  travail  de  restitution,  i6i3  et  161 5,  date  des  achats  de  ter- 
rains et  de  l'ouverture  des  travaux  de  construction  du  Palais  Médicis,  — 
cet  édifice  eût  échappé  ainsi  à  toute  description  et  fût  demeuré  à  l'état  de 
lacune  dans  l'étude  rétrospective  d'une  région  où  il  tient  pourtant  une  si 
grande  place,  si  nous  n'avions  cru  sage  de  franchir  une  limite  quelque  peu 
arbitraire  et  évidemment  trop  rigoureuse. 

La  même  daté  terminale  avait  condamné  feu  Berty  à  écourter  les  mono- 
graphies de  l'église  Saint-Sulpice  et  de  la  Maladrerie  Saint-Germain.  Deux 
circonstances  qu'il  eût  certainement  mises  à  profit,  si  elles  se  fussent  pro- 
duites de  son  vivant,  nous  ont  permis  de  conduire  l'historique  de  ces  établis- 
sements au  delà  du  point  où  il  l'avait  laissé,  et  de  compléter,  en  les  rectifiant, 
les  indications  qu'il  devait  à  une  connaissance  imparfaite  des  lieux.  Son  ami 
et  collaborateur,  M.  Th.  Vacquer,  a  pu  étudier  à  loisir  les  deux  anciennes 


AVANT-PROPOS.  xvn 

églises  Saint-Sulpice ,  en  relever  le  plan  et  remettre  au  jour  quelques  dëbris 
d'architecture  et  de  sculpture  ayant  appartenu  à  ces  édifices.  Ce  nouvel 
apport  contribuait  naturellement  à  développer  la  notice  extraite  des  papiers 
de  feu  Berly;  nous  en  avons  fait  Tobjet  d'un  appendice  qui  présente  un  vé- 
ritable intérêt,  au  double  point  de  vue  du  texte  additionnel  et  des  planches 
dont  il  est  enrichi.  Quant  à  la  Maladrerie  Saint-Germain,  la  destruction  ra- 
dicale de  cette  antique  Léproserie,  consommée  après  le  décès  de  l'auteur, 
la  faisait  entrer  dans  le  domaine  de  l'histoire,  depuis  son  premier  étal  jus- 
qu'à sa  dernière  transformation.  Le  point  d'arrêt  fixé  par  feu  Berty  n'avait 
plus.ici  sa  raison  d'être  :  les  Petits-Ménages,  aussi  bien  que  les  Petites-Mai- 
sons, appartiennent  désormais  au  vieux  Paris;  aussi  avons-nous  franchi  sans 
scrupule  la  date  de  161  o,  limite  des  investigations  de  notre  auteur. 

Dans  tout  ce  travail  de  révision  et  de  développement,  un  devoir  nous 
était  particulièrement  imposé  :  celui  de  respecter  l'intégrité  du  texte  ori- 
ginal. Nous  y  avons  touché  cependant  à  chaque  page  et  presque  à  chaque 
ligne,  mais  seulement  pour  essayer  un  rapprochement  entre  la  science  et 
la  grammaire,  pour  opérer,  entre  l'archéologie  et  la  langue  française,  une 
conciliation  que  feu  Berty  jugeait  inutile,  tellement  il  avait  l'amour  du  fond 
et  le  dédain  de  la  forme.  Partout  où  nous  avons  cru  pouvoir  hasarder  une 
contradiction  ou  fornuiler  un  dissentiment,  nous  avons  consigné  nos  obser- 
vations en  notes  ou  en  appendices  signés  de  nos  initiales.  Notre  colla- 
borateur, M.  Th.  Vacquer.  a  également  pris  la  responsabilité  de  toutes  ses 
additions  et  de  toutes  ses  critiques.  Dans  le  cours  du  volume,  à  l'exception 
de  la  notice  consacrée  au  palais  du  Luxembourg,  que  nous  avons  rédigée 
en  entier,  les  notes  qui  ne  portent  pas  de  signature  appartiennent  seules 
au  texte  de  feu  Berty. 

L'éditeur  d'un  troisième  volume  doit  au  public  et  à  la  mémoire  de  l'au- 
teur une  autre  preuve  de  respect  :  c'est  de  prendre  pour  modèle  les  parties 
de  l'ouvrage  déjà  publiées  et  de  se  conformer  à  toutes  les  prescriptions  con- 
signées dans  les  papiers  dont  il  a  la  garde.  Ce  devoir  d'exécuteur  testamen- 
taire, nous  croyons  l'avoir  consciencieusement  rempli  :  à  chaque  page,  à 


xviii  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS, 

chaque  ligne  du  manuscrit  de  feu  Berty,  nous  avons  recueilli  les  indications 
relatives  aux  pièces  justificatives  dont  il  entrevoyait  la  nécessité,  et  aux  plan- 
ches qu'il  jugeait  utiles  à  l'intelligence  de  son  texte.  Des  travaux  importants  se 
poursuivaient  en  même  temps  que  les  siens  :  sans  parler  de  la  Statistique 
monumentale,  pour  laquelle  il  a  dessiné,  pris  des  mesures  et  des  milliers  de 
notes,  une  grande  réédition  de  l'abbé  Lebeuf  se  préparait  par  les  soins  de 
M.  H.  Cocheris,  et  nous  savons  qu'il  voulait  mettre  à  profit  les  trésors  d'éru- 
dition bibliographique  et  paléographique  semés  à  profusion  dans  cet  ouvrage. 
Enfin,  son  texte  faisant  de  fréquentes  allusions  à  des  documents  d'une  grande 
importance  pour  les  discussions  qu'il  soutient,  il  avait  l'intention  de  les  re- 
produire, bien  qu'ils  fussent  imprimés  dans  les  grands  recueils  ou  dans  cer- 
tains ouvrages  de  bibliothèque.  Confident  de  sa  pensée,  nous  avons  cru 
devoir  déroger,  sur  ce  point,  aux  habitudes  du  monde  savant  :  on  trouvera, 
aux  appendices,  certaines  pièces  que  le  lecteur  eût  pu  chercher  dans  D. 
Bouillart  et  dans  Félibien,  dans  le  Polyptyque  d'Irminon  et  dans  le  Cartulaire 
de  Notre-Dame.  Feu  Berty,  qui  a  placé  onze  appendices  à  la  suite  de  son 
premier  volume,  n'eût  certainement  pas  désavoué  les  seize  additions  de  ce 
genre  que  renferme  celui-ci. 

Collaborateur  de  la  Statistique  monumentale,  dessinateur  habile,  il  atta- 
chait une  grande  importance  au  nombre,  à  la  valeur  archéologique  et  au 
mérite  artistique  des  planches.  Les  deux  premiers  volumes  de  la  Topographie 
en  renferment  une  quantité  considérable  ;  celles  qu'il  projetait  pour  le  troi- 
sième et  dont  il  avait  arrêté  la  liste  ne  le  cèdent  en  rien  à  leurs  devancières. 
Elles  concourent  toutes  au  but  qu'il  s'est  constamment  proposé  :  aider  à  sa 
discussion,  rendre  sensibles  ses  démonstrations  topographiques  et  faire  pé- 
nétrer plus  profondément  le  lecteur  dans  l'intelligence  de  son  texte.  Les 
planches  étaient  pour  lui  des  documents,  des  auxiliaires,  et  jamais  des 
images. 

Le  lecteur  ne  s'étonnera  pas  de  les  trouver  inégalement  réparties  dans  le 
cours  du  volume  :  l'Abbaye  seule  en  absorbe  la  plus  grande  partie,  d'abord 
parce  qu'elle  joue,  dans  la  région  du  bourg  Saint-Germain,  le  même  rôle  que 
le  Louvre  et  les  Tuileries  dans  les  quartiers  précédemment  décrits,  ensuite 


AVANT-PROPOS.  xix 

parce  que  la  Statistique  monumentale,  doii  est  sortie  la  Topographie  historique 
du  vieux  Paris,  a  fait  de  l'antique  monastère  l'objet  d'une  étude  iconogra- 
phique fort  étendue,  à  laquelle  feu  Berty  a  largement  participé  et  qu'il  était 
bon  de  mettre  à  profit.  Les  anciennes  églises  Saint-Sulpice,  la  foire  Saint- 
Germain,  la  Maladrerie  de  la  rue  de  Sèvres,  le  palais  Médicis  et  quelques 
autres  points  ou  édifices  intéressants,  tels  que  le  carrefour  de  la  Croix- 
Rouge,  le  couvent  des  Petits-Augustins,  l'hôtel  et  les  jardins  de  la  Reine- 
Marguerite,  se  partagent  le  reste  des  planches  dans  des  proportions  va- 
riables. 

Mais  le  document  graphique  auquel  feu  Berty  reconnaissait  le  plus  de 
valeur,  parce  qu'il  savait  bien  au  prix  de  quels  efforts  il  était  parvenu  à  l'éta- 
blir, c'est  la  feuille  de  plan  correspondant  au  volume  de  texte,  en  d'autres 
termes,  le  parcellaire  même  de  la  région  décrite.  L'étendue  du  fief  de  Saint- 
Germain-des-Prés  ne  lui  avait  pas  permis  de  faire  entrer  dans  une  seule 
planche  ce  vaste  territoire;  il  1  avait  divisé  en  deux  parties  :  la  région  basse,  à 
l'ouest,  se  prolongeant  jusqu'à  la  Garennelle  ou  petite  Garenne  de  l'abbaye 
(par  corruption  Grenelle),  et  la  région  haute,  dont  le  couvent  des  Char- 
treux occupait  le  point  culminant.  Obligé  de  scinder  ainsi  cria  seigneurie 
<r  Monsieur  Sainct-Germain ,  t?  il  avait  cru  devoir  en  rétablir  l'unité  dans  une 
troisième  planche,  à  échelle  réduite,  qui  embrasse  la  circonscription  de  la 
paroisse  Saint-Sulpice.  Aucune  de  ces  feuilles  de  plan  n'est  encore  en  état 
d'être  présentée  au  public.  Chose  singulière  :  ici  le  texte  est  en  avance  sur 
le  parcellaire,  et  les  planches  ne  montrent  que  de  grandes  divisions  là  où 
la  légende  écrite  indique  des  subdivisions  et  des  morcellements  plus  ou 
moins  certains. 

Cette  anomalie  résulte  des  lacunes  considérables  que  présentent  les  ar- 
chives de  l'Abbaye  et  des  difficultés  d'identification  que  nous  avons  signa- 
lées plus  haut.  Elle  a  également  pour  cause  l'état  maladif  dans  lequel  feu 
Berty  a  passé  les  dernières  années  de  sa  vie,  et  qui  ne  lui  a  pas  toujours 
permis  de  faire  sur  place  les  constatations  nécessaires.  Son  collabora- 
teur et  le  nôtre,  M.  Th.  Vacquer,  archéologue  infatigable,  l'a  heureuse- 
ment suppléé  dans  ce  rude  métier  de  fouilleur.  Il  a  profité  en  outre  des 


XX  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS, 

grands  travaux  de  voirie  exécutés,  dans  ces  dernières  années,  sur  plusieurs 
points  du  bourg  et  du  faubourg  Saint-Germain,  et  il  a  pu  étudier,  dans  de 
meilleures  conditions,  le  morcellement  de  cette  vaste  région,  notamment  aux 
abords  de  la  rue  du  Vieux-Colombier,  de  la  rue  de  Rennes  et  du  carrefour 
de  la  Croix-Rouge.  L'exécution  de  nouveaux  percements  lui  réserve  sans 
doute  d'autres  découvertes,  qui  le  mettront  en  mesure  de  pousser  un  peu 
plus  loin  le  parcellaire  resté  incomplet.  Dans  cette  situation  et  avec  cette 
perspective,  le  monde  savant  voudra  bien  attendre  que  les  fouilles  aient  dit 
leur  dernier  mot  :  les  deux  feuilles  du  plan  d'ensemble,  et  le  plan  particulier 
de  la  paroisse  Saint-Su Ipice,  à  petite  échelle,  paraîtront  alors  soit  avec  le 
quatrième  volume  de  la  Topographie, — Région  du  faubourg  Saint-Germain, 
—  soit  avec  le  cinquième,  —  Fief  de  l'abbaye  Saint-Germain  intra-muros. 

Des  raisons  identiques  commandent  l'ajournement  du  plan  périraétral 
de  l'Abbaye,  que  feu  Berty  avait  entrepris  dès  i865,  et  dont  il  a  légué  la 
continuation  à  l'un  de  ses  auxiliaires,  M.  Bienvenu.  Le  prolongement  du 
boulevard  Saint-Germain  à  travers  l'enclos  monastique  est  une  de  ces  rares 
occasions  qui  s'offrent  aux  archéologues  de  contrôler  sur  place  le  résultat  de 
leurs  recherches  dans  les  dépôts  d'archives,  et  de  vérifier  la  légitimité  de 
leurs  inductions.  Nous  n'avons  eu  garde  de  la  laisser  échapper.  MM.  Th. 
Vacquer  et  Bienvenu  ont  donc  mis  à  profit  les  fouilles  déjà  faites,  et  ils  se 
promettent  de  tirer  tout  le  parti  possible  de  celles  que  l'exécution  des  tra- 
vaux de  voirie  ou  de  construction  doit  entraîner.  Le  plan  projeté  par  feu 
Berty  ne  peut  qu'y  gagner  :  tout  ce  qui  sera  constaté  matériellement  ajou- 
tera à  ce  que  l'on  sait,  et  diminuera  d'autant  le  nombre  des  restitutions 
hypothétiques. 

Pour  suppléer  à  l'absence  momentanée  de  ces  documents,  ainsi  que  pour 
satisfaire  au  vœu  de  feu  Berty,  nous  avons  fait  divers  emprunts  à  ces  plans 
contemporains,  ou  rr pourctraicts  de  Paris,  w  qu'il  était  loin  de  dédaigner  et 
auxquels  il  a  donné  place  dans  le  premier  volume  de  la  région  du  Louvre 
et  des  Tuileries.  La  Tapisserie,  Saint-Victor,  Quesnel  et  Mérian  nous  ont 
fourni  quatre  planclies,  que  d'habiles  artistes  ont  soigneusement  exécutées, 
après  les  avoir  réduites  au  format  de  l'ouvrage. 


>  AVANT-PROPOS.  xu 

On  nous  permettra  de  rappeler,  en  terminant,  que  ies  épreuves  du  pre'sent 
volume,  communiquées  aux  érudils  les  plus  autorisés,  ont  été  lues  par  eux 
avec  un  vif  intérêt.  Dans  le  sein  delà  commission  municipale  des  Beaux-arts 
et  des  Travaux  historiques,  MM.  Léopold  Delisle,  Hauréau,  A.  de  Longpérier, 
VioHet-le-Duc,  H.  Cocheris;  au  dehors,  MM.  Jules  Quicherat,  Henri  Bordier, 
Boutaric,  Jules  Cousin,  de  Boisllle,  etc.,  ont  bien  voulu  les  annoter  et  faire 
ainsi  profiter  l'auteur,  ainsi  que  l'éditeur,  de  leurs  précieuses  observations. 
Cette  seconde  partie  d'un  ouvrage  honoré,  à  son  début,  de  tant  et  de  si  hautes 
approbations,  se  présente  donc  au  public  dans  les  mêmes  conditions  que  la 
première.  Le  patronage  de  l'administration  municipale  lui  est  acquis,  et  les 
sympathies  du  monde  savant  ne  lui  feront  pas  défaut. 

L.-M.  TISSEKAND. 


.  t^îik—af 


SOMMAIRES   DU   TEXTE. 


PRÉLIMIINAIRES. 

Origine  et  developpeiie.it  du  bodbg.  —  Territoire  possédé  par  les  religieux  de  Saint-Genuain  au  ix'  siècle. 

—  Droits  féodaux  de  l'abbaye.  —  Immunités  du  bourg.  —  Aspect  général.  —  Accroissements  définitifs. 

—  Tableau  des  voies  de  communication i 

CHAPITRE  PREMIER. 

RijBs  DU  BOURG  Sâint-Gebmaih.  —  Kue  des  Petits-Augustins.  Ck)uvent  de  la  Sainte -Trinité  ou  des  Petits- 
Augustins.  Noue  ou  Petite-Seine.  —  Rue  Saint-Benoit.  —  Rue  Beurrière.  —  Rue  des  Boucheries.  Hôtel 
de  Malicome.  —  Rue  de  Russy.  Maison  de  l'Annonciation.  Rue  Bourbon -le -Château.  —  Rue  des 
Canettes.  —  Rue  du  Canivet.  —  Rue  Cassette.  —  Rue  de  la  Chaise.  —  Rue  Carpentier.  —  Rue  du 
Cherche-Midi.  —  Rue  des  Ciseaux.  —  Rue  du  Cœur- Volant.  —  Rne  du  Colombier.  Chapelle  Saint- 
Martin-le-Vieux  ou  Saint-Martin-des-Orges.  Le  Petit  Pré-aux-Clercs.  —  Rue  du  Vieux-Colombier.  Clos 
Chéradame.  —  Rue  de  rAnciennc-Comédie.  Jeu  de  Paume  de  l'Écu  tie  Savoie.  —  Rue  de  Condé.  Hôtel 
de  Gondi.  Maison  du  Cheval-d'Airain.  —  Rue  Saint-Dominique.  —  Rue  du  Dragon.  Granges  aux  Ma- 
lades de  Naples.  Hôtel  du  Sépidcre.  —  Rue  de  l'Ecbaudé 18 

CHAPITRE  II. 

Arbaye  de  SAiKT-GERMAivDES-PBis.  —  Fondation  de  la  basihque. —  Sépultures. —  Dévastations  des  Nor- 
mands. —  Réédifications.  —  Enceinte.  —  Église.  —  Inscription»  funéraires.  —  Armoiries  et  sceaux  de 
l'abbaye 97 

CHAPITRE  III. 

Sdite  DR  LA  DEscRiPTiox  DIS  BOBS  DD  BODBG  SAi!<rT-GERMAiii.  —  Ruc  de  TÉgout.  —  Rue  d'Enfer.  Ferme  ou 
pressoir  de  l'Hôtel-Dieu.  Clos  aax  Bourgeois.  —  Rue  Férou i3i 

CHAPITRE  IV. 

Eglise  Saint-Solpice.  —  Origine.  —  Df'scriplion  fie  l'ancienne  église.  —  Sceau  des  marguilliers . .      i4.5 

CHAPITRE  V. 

SoiTB  BB  LA  DESCRIPTI0.1  DES  RUES  Dc  BotRG  SAi!<T-GERMAm.  —  Rue  Férou.  Cimetière  Saint-Sulpice.  —  Im- 
paase  Férou. —  Rne  du  Four.  Hôtel  de  Navarre.  Foire  Saint-Germain.  Carrefour  de  la  Cruix-Rouge. 


XXIV  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

Hôtel  de  Garaaches.  Hôtel  de  Casin.  —  Rue  Garancière.  Hôtel  de  Garancière.  —  Rue  des  Mauvais- 
Garçons  ou  Grégoire-de-Tours.  —  Rue  du  Gindre.  —  Rue  de  Grenelle.  —  Rue  Saint-Guillaume.  —  Rue 
Honoré-Chevalier.  —  Rue  du  Petit-Lion.  —  Quai  Malaquais  et  emplacement  du  quai  Voltaire.  Ilot  de 
la  fiutte.  Séjour  de  Nesle.  La  Charité  ou  le  Sanitat.  La  Saumonière.  Écorcherie  Sablonnière.  La  Tuilerie 
aux  Flamands.  —  Rue  des  Marais.  Maison  de  Nicolas  le  VauqueUn ,  seigneur  des  Yveteaux.  —  Rue 
Sainte-Marguerite.  Pilori  de  l'abbaye.  —  Rue  Mazarine  et  Petite  rue  de  Nesle.  —  Rue  de  Mézières.  — 
Rue  des  Saints-Pères.  Hôtel  de  Sansac.  Chapelle  et  cimetière  Saint-Pierre.  La  Voirie  ou  la  Butte.  —  Rue 
Saint-Guillaume.  —  Rue  du  Pot-de-Fer.  Hôtel  de  Mézières.  —  Rue  Monsieur-le-Prince  et  rue  des  Francs- 
Bourgeois.  —  Rue  du  Sabot.  —  Rue  de  Seine.  Hôtel  Dauphin.  Hôtel  de  la  Reine-Marguerite.  —  Rue 
Servandoni.  —  Rue  de  Sèvres 1 5 1 

CHAPITRE  VI. 

Malâdrerie  Saint-Germaw.  —  Histoire  de  l'établissement.  —  Fondation  des  Petites-Maisons.  —  Petite- 
Ménages 267 

CHAPITRE  VII. 

Suite  de  la  description  des  rues  du  bourg  Saint-Germain.  —  Rue  Saint-Sulpice.  Presbytère  de  Saint-Sul- 
pice.  —  Rue  Taranne.  Hôtel  de  Taranne.  Clos  ou  Courtille  de  l'abbaye.  —  Petite  rue  Taranne.  —  Rue 
de  Tournon.  Hôtel  de  Savoie.  —  Rue  de  Vaugirard a6ô 

CHAPITRE  VIII. 

Le  palais  de  Médicis  ,  d'Orléans  ou  de  Luxembourg.  —  Les  propriétés  comprises  dans  l'enceinte  du  palais 
et  des  jardins.  Hôtel  de  Champrenard.  Hôtel  de  Luxembourg.  —  Le  palais,  les  jardins,  la  grotte,  Ta- 
queduc  d'Arcueil.  —  Le  Petit-Luxembourg  et  le  couvent  des  Bénédictines  du  Calvaire a  85 

CHAPITRE  IX. 

Fin  de  la  description  des  rues  du  bourg  Saint-Gérmain.  —  Suite  de  la  rue  de  Vaugirard.  —  Rue  des 
Quatre- Vents.  —  Ruelle  ou  cul-de-sac  des  Quatre- Vents Saô 


APPENDICES  ET  PIÈCES  JUSTIFICATIVES. 

I.  Charte  apocryphe  de  Childkbert  I" 337 

H.  Note  sur  la  prétendue  charte  de  Childebert  I" 338 

III.  Fondation  de  l'abbaye  Saint-Germain-des-Prés.  —  Discussion  relative  à  l'époque  de  la  dédicace.  — 

Date  vraisemblable  de  la  fondation 338 

IV.  Masumission  des  habitants  du  bourg  de  Saint-Germain-des-Prés.  —  Énumération  des  droits  qui  font 

l'objet  de  l'affranchissement 343 

V.  Droits  de  justice,  censive,  foires  et  marchés  appartenant  à  l'abbaye  Saint-Germain-des-Prés  en  1790. 
—  Limites  de  la  justice  et  de  la  censive  dans  le  bourg.  —  Liste  des  maisons  situées  en  dehors  du 


SOMMAIRES  DU  TEXTE.  xxv 

l'autwui-g  et  doiil  la  censive  appartient  à  l'Abbaye.  —  Droits  de  cens  et  de  rente  sur  les  loges  de 
la  Foire.  —  Droit  de  foire  franche 344 

VI.  Rkl«ti<)k  i)K  ce  qui  s'est  passé  à  I.»  DÉDICACE  DE  L  EGLISE  Saixt-Germain-des-Prés.  —  Visite  du  pape 
Alexandre  III.  —  Cérémonie  de  la  consécration.  —  Liste  des  cardinaux  présents 3hlt 

VII.  Inscriitioms  funéraires  de  Saint-Gbrmain-dks-Phés.  —  Saint  Germain.  —  Hilpericus.  —  Liste  des 

personnages  inhumés  dans  l'église.  —  Procès-verbal  des  fouilles  entreprises  |)our  la  découverte  du 
tombeau  de  Gharibert.  —  Epitaphes  de  Jacques  Douglas,  de  .Mabillon,  de  Monll'aucon ,  de  Des- 
cartes, de  Guillanme  Douglas,  d'Olivier  et  de  Louis  de  Gastellan,  de  lioileau,  du  roi  Gasimir.  .355 

VIII.  Lrs  démêlés  de  l'arrate  de  Sa^t-Germaii^-des-Prés  avec  les  ëvéques  de  Paris  et  l'Université.  — 

Sentence  arbitrale  entre  l'évêque  de  Paris,  fabljé  et  les  religieux  de  Saint-Germain- des-Prés.  — 
Premier  accord  avec  l'Université  do  Paris.  —  Second  accord  avec  l'Université  de  Paris 364 

iX.  Ë\PucATioiii  des  planches  EMPRUNTÉES  À  LA  STATISTIQUE  MONUMENTALE. —  .Ancienne  dis|)osition  du  sanc- 
tuaire. —  Tombeaux  des  rois  et  des  abbés.  —  Tombeau  de  Childebert.  —  Tombeau  de  Chil[)éric. 
— Tombes  de  Ghildéric  II,  de  Clotaire  II  et  de  Bertnide.  —  Tombeau  de  saint  Germain. — Tombe 
de  Fréd^nde.  —  Statue  de  Ghildeberl.  —  Cha|)elle  de  la  Vierge.  Plan  et  détails.  —  Restes  de  la 
chapelle  de  la  Vierge.  Porte.  —  Détails  intérieurs  de  la  chapelle  de  la  Vierge.  —  Vue  de  l'abbaye 
en  i4io.  —  Tableau  de  Saint-Germain-des-Prés.  —  Plan  de  l'abbaye  au  milieu  du  xvi'  siècle.  — 
Plan  du  rei-de-chaussée  de  l'église  Saint-Germain-des-Prés.  —  Plan  du  pren)ier  étage.  —  Façade 
occidentale  restituée.  —  Façade  latérale  restituée.  —  Porte  de  l'église  Saint-Germaiii-des-Prés.  — 
Abside  de  l'élise  restituée.  —  Coupe  longitudinale  de  l'église  Saint-Germain-des-Prés.  —  Coupes 
transversales  de  l'Oise  Saint-Germain-des-Prés.  —  Clocher  de  la  façade  de  l'église.  —  Tombeaux  et 
epitaphes.  —  Tombeaux  et  costumes  d'abbés 371 

X.  UocDHENTS  MANUSCRITS  RBLATirs  À  l' ABBAYE  Saint-Germain-des-Prés.  —  Cartons  de  la  section  histo- 
rique des  Archives  nationales.  —  Registres  de  la  même  section.  —  Cartons  de  la  section  adminis- 
trative. —  Registres  de  la  même  section.  —  Documents  de  la  section  judiciaii-e ;585 

XL  Les  deux  premières  églises  SiiiiT-SoLncE. — Monuments  ayant  appartenu  h  la  décoration  intérieure 
de  l'édifice  :  cuve  baptismale  du  xvi'  siècle;  tombeaux;  inscriptions  funéraires 899 

XII.  La  poibb  Saint-Germai!!.  —  Note  sur  les  loges  et  les  règlements  de  la  foire.  —  Ordre  et  dénomination 
des  galeries.  —  Industries  et  commerces  représentés  à  la  foire 4o5 

XIII.  La  Croix-Rocce.  —  Discussion  sur  l'origine  du  nom  de  ce  carrefour.  —  Aspect  du  carrefour  d'après 

les  anciens  plans 4o8 

XIV.  Pri\ilége  aux  Bourgeois.  —  Bibliographie  du  sujet 409 

XV.  Les  Etats-généraux  de  la  Grenouillère. —  Renseignements  contenus  dans  ce  pamphlet  sur  les  Jar- 
dins de  la  Reine-Marguerite 4 1 1 

XVI.  L'Aqdeduc  d'Arcoeil.  —  Le  Roi  met  la  première  pierre  à  la  source  des  fontaines  de  Rungis.  —  Bail 
fait  à  Jean  Coing  pour  l'entreprise  de  la  conduite  des  eaux  à  Paris.  —  Mémoire  présenté  au  con- 
seil du  Roi ,  au  sujet  de  l'exécution  du  bail  précédent 4 1 3 


> 


SOMMAIRES   DES   PLANCHES. 


I.  — PLANCHES  HORS  TEXTE, 

I.  Ls  BODBG  Sti.iT-tiERiitiN ,  d'après  le  pian  de  Tapisserie '.<■ 

II.  Le  ioorg  rt  le  riDBODRG  StinT-GEBMAiN ,  d'après  le  plan  de  Saint- Victor ,  attribue'  à  Du 

Cerceau <"' 

III.  Le  bodhg  et  le  faubourg  Sii!rr-GERH4i:i ,  d'après  le  plan  de  Quesnel i  o 

IV.  Lb  COUVENT  DES  Petits-Augustins  et  l'Ilot  au  milieu  duquel  il  était  enclavé i(> 

V.  Le  pavillon  d'angle  de  la  bue  Sai!it-BbnoIt  .  dans  l'enclos  de  l'abbaye  Sainl-Germain-des-Prés.  6  4 

VI.  Vue  d'ensehble  de  l'abbate  SAiNr-GEBmAiN-DES-Psés,  d'après  le  Monatlicon ()(> 

VIL    P1EBBE8  TOMBALES  DE  ChILDEBERT  I'  ET  DE  ClIlLP^RIC  I" (|^ 

VIll.  Tombes  de  CaiLDéRic  II ,  de  Clotaire  II  et  de  Bertbude 1  uo 

IX.  Tombe  de  Fr^d^gondi  (pAo(o«Aronwe) t  ou 

X.  Statue  tumulaire  de  Cbildebebt  I"  (photoekromie) 10& 

XI-XII-XIII.  Grande  chapelle  de  la  Viebge,  dans  l'enceinte  de  l'abbaye  Saint-Germain-des- 

Prés  (Plan  et  détails) 1  oti 

XIV.  Vue  de  l'abbate  SAiNT-GERHAiN-DE'i-PRKS  AL'  XV*  SIECLE,  d'apfès  un  ancien  tableau  provenant 

du  monastère 1  «8 

XV.  Plan  manuscrit  db  l'abbate  Saint-Geimain  ad  xvi'  siIkle,  conservé  aux  Archives  nationales.  1  lu 

XVI.  Interprétation  do  m^.he  plan,  par  D.  Bouillant m 

\VII-\XII.  La  basilique  de  Sunt-Germain-des-Prés,  plans,  coupes,  détails,  d'après  les  grandes 

planches  de  la  StalMque  monumentale n-t 

\XIII.  Plan  et  coupes  d'une  trav^  du  parloir  cloItre  de  l'abbate  Saint-Germaix-des-Prék 1 1  /i 

XXIV.  Tombeaux  et  costumes  d'abbés  de  Saint-Germain-desPrés  (chromograrure) 1 1  (i 

XXV-XXVIl.  Le  palais  abbatial  ou  cardinal,  plans,  coupes  et  élévations 1 18  el  suiv. 

XXVIII.  Caves  du  xiii*  sikLB,  voisines  du  palais  abbatial t-ili 

XXiX.   Sceaux  du  HONASTiRE  et  des  abbés  de  SAINT-(iERNAIN-DE8-PRRS i<i6 

XXX.  Sceaux  des  omciERS  claustraux  de  l'abbaye  Saint-Gebmain-des-Prés laG 

XXXI.  Plan  db  l'abbate  Samt-Gebmain  au  xviii' si Iecle ,  d'après  D.  Bouillart iq8 

XXXII.  L'anoenne  église  Saint-Sulpice ,  reproduction  d'une  vue  de  Marot 1/18 


xxHii  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

PagM. 

XXXIH.  La  foire  Saint-Germain  ,  d'après  les  pians  de  la  Tapisserie ,  de  Saint-Victor  et  de  Quesnel. .  160 

XXXIV.  Le  carrefour  de  la  Croix-Rouge,  d'après  les  plans  de  la  Tapisserie,  Truschet,  Quesnel  et 

Gombonst 16G 

XXXV.  L'hApitai,  de  i,a  Charité,  reproduction  d'une  vue  de  Marot aiH 

XXXVi.  L'hôtei.  et  les  jardins  de  la  Reine-Margderite,  d'après  le  plan  de  Mérian -ilxti 

XXXVII.  Plan  général  de  l'ancienne  maladrerie  Saint-Germain  (Petites-Maisons. — Pelils-Ménages).  ^.56 

XXXVIII.  Petites-Maisons,  Petits-Ménages,  plans,  coupes  et  élévations 258 

XXXIX.  Chapelle  de  l'ancienne  maladrerie  Saint-Germain,  plan,  coupes  et  élévations 960 

XL.  Ancien  hospice  des  Petits-Ménages;  porle  sur  la  rue  de  la  Chaise -262 

XLI.  Ancien  hospice  des  Petits-Ménages;  bâtiments  du  xvi'  et  du  xviii"  siècle a64 

XLII.  Le  Clos  adx  Bourgeois  et  les  terrains  sur  lesquels  ont  été  créés  le  palais  et  les  jardins 

DU  Luxemhourg,  d'après  Quesnel  et  Claude  Vellefaux aga 

XLIII-XLIV.  Ancienne  église  Saint-Sdlpice;  plans  restitués  par  M.  Th.  Vacquer SgS-^oo 

XLV.  Monument  funéraire  de  François  Audrant.  dans  l'ancienne  église  Saint-Sulpice liod 

XLVI.  La  foire  Saint-Germain  au  xvii'  siècle  ,  d'après  une  estampe  de  la  Bibliothèque  nationale.  4o6 

XLVII.  Plan  manuscrit  de  la  foire  Saint-Germain,  conservé  aux  Archives  nationales 4o8 

IL  — BOIS  GRAVÉS  DANS  LE  TEXTE. 

I.  La  pierre  tombale  de  saint  Germain 109 

H.  Armoiries  de  l'abbate  Saint-Germain-des-Prés laS' 

III.  Sceau  de  Hugues  V,  abbé  de  Saint-Germain-des-Prés  (1 176) 1 2/4 

IV.  Sceau  et  contre-sceau  de  Eudes,  abbé  de  Saint-Germain-des-Prés  (1  a 34) 120 

V.  Sceau  et  contre-sceau  de  Jean  IV  de  Précy,  abbé  de  Saint-Germain-des-Prés  (i  33 4) 126 

VI.  La  fontaine  de  Jouvence,  enseigne  d'une  maison  de  la  rue  du  Four-Sainl-Germain i6'i 

VIL  Le  passage  souterrain  de  l'hôtel  des  Yveteadx,  plan  et  coupes 206 

VIII.  Les  premiers  bâtiments  des  Petites-Maisons,  élevés  en  lôSy 269 

IX.  Plan  du  palais  du  Luxembourg,  au  temps  de  Marie  de  Médicis , 3o3 

X.  Plan  du  Petit  Luxembourg,  de  son  annexe  et  du  couvent  des  Bénédictines-du-Gâlvaiie . . .  820 

XI.  Cuve  baptismale  de  l'ancienne  église  Saint-Sulpice Itoa 

XII.  Monuments  funéraires  de  l'ancienne  église  Saint-Sulpice. 4o3 


> 


TOPOGRAPHIE 


HISTORIQUE 


DU   VIEUX   PARIS. 


REGION 


DU  BOURG  SAINT-GERMAIN 


PRÉLIMINAIRES. 


ORIGINE  ET  DEVELOPPEMENT  DL  BOLRG. 


En  fondant  Tabbaye  de  Saint-Vincent  et  de  Sainle-Croix,  nommée  depuis 
Saint-Germain  des  Prés'"',  Childebert  lui  fit  don  d'un  vaste  domaine,  qui,  après 
certaines  diminutions  et  de  nombreux  accroissements,  comprenait,  au  n*"  siècle, 
indépendamment  de  quelques  places,  ou  terrains  à  bâtir,  en  la  Cité,  le  lit  de  la 
Seine,  les  ponts  de  la  ville  jusqu'au  ru,  ou  dépression,  de  la  route  de  Sèvres, 
y  compris  le  chemin  de  halage,  les  deux  rives  du  fleuve  sur  une  largeur  d'une 
perche,  l'oratoire  Saint-Andéol,  appelé  depuis  Saint-André-des-Arts,  ainsi  que  les 
vignes  attenantes  (clos  de  Laas),  et  une  terre,  avec  ses  dépendances,  appelée  le 
fisc  d'Issy ,  jiscus  qui  vocatur  lsciacus^^\ 

Rien  n'indique  quelles  étaient,  vers  le  sud-ouest,  les  limites  primitives  de  ce 
fisc  d'Issy;  mais  il   n'y  a  aucune  raison  de  croire  qu'elles  différassent  sensible- 


''  l/abbaye  prit  le  vocable  de  Saint-Germain 
lorsqu'on  y  eut  déposé,  en  ySA,  le  coqis  du  saint 
pvAqup  de  Paris,  et  l'on  ajouta  à  ce  nom  une  d^i- 
(rnation  locale,  a  jtrnlis,  des  Prés,  pour  distinguer 
r^ilice  de  la  basilique  de  Saint-Germain,  voisine 
du  Louvre,  laquelle  avait  emprunta  sa  dénomina- 
tion au  pieux  ëvéque  d"Au\erre. —  l.  m.  t. 

''  M.  J.  Onicheratet  H.  Cocheris  ont  démontré. 


l'un  dans  la  Bibliothèque  de  l'Ecole  de»  cluirtet ,  l'autre 
dans  son  excellente  édition  de  l'abbé  Lebeuf.  lu 
fausseté  de  la  charte  sur  laquelle  on  a  voulu  u|)- 
puyer  cette  donation,  et  que  nous  reproduisons, 
en  appendice,  après  D.  Bouillart.  à  titre  de  curio- 
sité historique.  Toutefois  il  est  certain  que  les  reli- 
gieux (leSaint-GermainfKtssédnient.  dès  le  ix'  siècle, 
le  vaste  territoire  indiqué  ci-dessus.  —  u.  m.  t. 


2  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

ment  de  celles  de  la  seigneurie  de  l'abbaye,  telles  qu'elles  nous  apparaissent  au 
xni*  siècle,  car  il  est  à  peu  près  évident  que,  vers  l'orient,  elles  ne  se  sont  mo- 
difiées que  d'une  façon  insignifiante.  De  ce  dernier  côté,  la  seigneurie  de  l'Abbaye, 
dont  nous  fixerons  plus  loin  et  très-rigoureusement  toutes  les  bornes,  avait 
pour  confins  la  rue  de  l'Abreuvoir-Mâcon  et,  plus  tard,  la  place  du  Pont-Saint- 
Michel,  la  rue  Saint-André-des-Arts,  la  partie  postérieure  de  propriétés  en  bor- 
dure sur  les  rues  de  la  Vieille-Bouclerie  et  de  la  Harpe,  les  rues  Hautefeuille,  des 
Cordeliers  (de  l'Ecole-de-Médecine),  de  la  Harpe,  d'Enfer,  et  l'ancien  chemin  de 
Vanves.  Mesurant  environ  quatre  mille  mètres  dans  sa  plus  grande  longueur,  vers 
le  couchant,  et  deux  mille  huit  cents  mètres  à  peu  près  dans  sa  plus  grande 
largeur,  la  seigneurie  de  l'Abbaye  formait  un  magnifique  territoire  entièrement 
compacte,  à  l'exception  de  l'enclave  du  Pré-aux-Clercs*'',  et  réparti,  par  lots  très- 
inégaux,  entre  l'abbé,  le  pitancier,  l'aumônier,  le  chantre,  le  cénier,  le  trésorier 
et  l'infirmier  du  couvent'^'.  Les  moines  y  exerçaient  les  droits  féodaux  inhérents 
à  la  qualité  de  hauts  justiciers;  un  de  leurs  cartulaires,  rédigé  en  iSaS,  les 
énumère  ainsi  : 

tfEt  est  à  noter  que,  es  dictz  lieux  de  Paris,  Sainct  Germain  et  la  rivière  de 
rtSeyne,  les  dictz  religieux,  abbé  et  couvent,  seigneurs,  ont  toute  justice,  haulte, 
frmoienne  et  basse;  et,  pour  l'exercice  d'icelle,  droict  de  commectre  bailly,  pré- 
(Tvost,  greffier,  sergent,  doien,  geollier,  garde  de  prisons  et  autres  sergens  et 
tr  officiers,  pour  garder  leur  dicte  justice  et  autres  droictz  seigneuriaulx,  et  leur 
ff faire  porter  verges,  masses  et  armes  nécessaires,  si  mestier  est,  pour  deffendre 
trieurs  corps,  leur  dicte  justice  et  autres  droictz,  comme  font  ceulx  du  Chastellet 
rrde  Paris,  comme  appert  par  le  privillége  et  chartre  du  roy  Phlippes;  et,  aussi^ 
a  droict  de  faire  tenir  assises,  congnoistre  de  cause  d'appel,  ressort  et  réformation 
et  des  subjectz  d'iceulx  lieux,  et  les  amendes  des  dictes  appellations,  réglées  de 
ff  soixante  solz  parisis. 

ft Convient  pareillement  entendre  que  la  justice  des  ditz  seigneurs,  à  eulx 
tt  appartenante,  à  cause  que  dessus,  en  la  dicte  ville  de  Paris,  s'extend  ainsi  et 
tfpar  la  manière  qui  s'ensuit,  c'est  assavoir  :  depuis  la  porte  Sainct  Michel,  au- 
tf  trement  appellée  la  porte  d'Enfer,  du  coslé  de  Sainct  Cosnie,  jusques  au  coing 
ftde  l'église  du  dict  Sainct  Gosme  et  jusques  au  ruyssel  de  la  dicte  rue,  et  depuis 
trie  dict  coing  jusques  à  la  porte  du  dict  Sainct  Germain,  du  costé  des  Cordeliers, 
tr  ainsi  que  la  rue  s'extend,  jusques  au  ruyssel  d'icelle  rue. 

^ Item.  En  retournant  devant  la  grant  porte  des  Cordeliers,  en  la  rue  faisant 

'"'  Les  fossés  de  l'enceinte  de  Philippe -Auguste,  sont  bien  connues.  Le  pitancier  et  le  cénier  étaient 

qui  furent  creusés  dans  la  terre  de  l'abbaye,  et  dont  deux  officiers  claustraux  chargés,  l'un  de  distribuer 

la  Ville  obtint  la  seigneurie,  furent  une  autre  en-  la  pitance,    ou  portion  congrue,   aux  religieux, 

clave  dans  le  fief  des  moines.  l'autre  de  faire  préparer,  pendant  l'été,  le  repas  du 


m 


Les  fonctions  désignées  par  ces  noms  divers        soir,c«na. 


L.  M.T. 


UJ 

o 

a. 

_i 

> 

LO 

H 

Z 

< 

en 

o 

pq 

■r. 

(n 

~ 

tn 

•— ■ 

UJ 

O 

{X 

a: 

LL' 

< 

CT 

CL 

tn 

h; 

< 

< 

_J 

1- 

< 

!- 

_l 

UJ 

ai 

z 

Q 

< 

z 
< 

s 

_J 

CH 

û. 

Ui 

UJ 

O 

J 

m 

(- 

LU 

2 

Qf. 

CL 

< 

< 

tn 

Q 

O 

û^ 

> 

O 

û3 

W 

J 

ORIGINE  ET  DEVELOPPEMENT  DU  BOURG  SAINT-GERMAIN.  3 

ffle  coing  du  collège  de  Prëmonstré,  jusques  à  la  porte  Sainct  Germain,  tant  de 
d'un  des  coslez  comme  de  l'autre. 

rllem.  Et  depuis  iceiluy  coing  du  collège  de  Préniontré,  allant  droit  au  coing 
ffde  l'église  Sainct  Andry  des  Ars,  du  costé  du  dit  Sainct  Andry  et  du  dict  Pré- 
r  monstre. 

a  Item.  Du  dict  coing  Sainct  Andry  des  Ars  jusques  à  la  vielle  porte  Sainct 
(T Germain,  appellée  la  porte  de  Bussy  (la  quelle  de  présent  est  fermée),  tant  de 
(rl'un  des  costez  comme  de  l'autre,  et  d'icelie  porte  venant  directement  jusques 
rrà  l'abruvouer  de  Mascon. 

r  lient.  Du  dict  coing  de  l'abruvouer  de  Mascon,  tirant  droit  au  viel  pont  Sainct 
cf  Michel. 

r  hem.  Et  depuis  le  dict  viel  pont,  tirant  à  la  tour  de  Nesie,  tant  de  l'un  des 
(f  costez  de  la  dicte  rue  comme  de  l'autre;  ensemble  la  rivière  de  Seyne  depuis  le 
rdict  viel  pont  jusques  à  une  bourne  qui  faict  séparation  entre  monseigneur 
frlEvesque  de  Paris  et  le  dict  Sainct  Germain,  assise  au  viel  rue  de  Sèvre,  ainsi 
(rque  la  dicte  rivière  se  contient,  et  une  perche  royalle  oultre  chascun  bort  et 
«rryve  d'icelie  rivyère  de  Seyne;  ensemble  toutes  aubeynes  et  confiscations  qui 
frpevent  escheoir  es  lieux  dessus  dicts. 

fi  Item.  Les  dicLs  seigneurs  ont  tout  droict  de  voirie,  tant  dedans  la  ville  de 
(T Paris,  forsbourg  Sainct  Germain,  que  ailleurs,  es  lieux,  fins  et  mettes'"  de  leur 
(T  dicte  justice  et  seigneurie. 

^  Item,  il  n'est  loisible  à  aucun  ou  aucuns  de  ériger  enseignes,  auventz,  sièges 
ffsur  rue,  barres  devant  leui-s  portes,  planter  pieux  dedans  la  rivière  de  Seyne, 
-appartenante  aus  dictz  religieux,  sans  leur  congé  et  mandement  espécial,  sur 
(?  peine  de  confiscation  et  amende  arbitraire. 

rltem.  Les  dicts  religieux  seigneurs  pevent  faire  maislres  jurez  de  chascun  mes- 
rtier,  dedans  les  forsbourgs  du  dict  Sainct  Germain,  tant  seullement  comme  bou- 
"lengers,  crieurs  de  vins,  bouchers,  vendeurs  de  poisson,  drappiers,  cousturiers, 
rchaussctiers,  cordonniers,  serruriers,  chandeliers,  grossiers,  apothicaires,  bar- 
(rbiers,  cirurgiens,  et  generallement  de  tous  autres  mestiers  qu'il  plaist  aus  dicts 
ff  seigneurs,  sans  que  le  Roy,  nostre  sire,  ou  autres  quelconques,  y  puissent  mectre 
cr  aucun  empcschement. 

(tllem.  Les  dicis  religieux  ont  toute  visitation,  amendes  et  confiscations,  à  cause 
(rde  leur  dicte  seigneurie  et  justice,  sur  toutes  et  chascunes  les  faulses  mesures  de 
(rblez,vins,  huilles,  sel,  aulnes,  toises,  poix,  et  generallement  de  toutes  choses 
ff  qui  concernent  les que  dessus  et  autres. 

(T  Item.  Les  dicts  religieux  ont  puissance,  dedans  les  dicts  forsbourgs,  de  instituer 
(rmaistres  jurez,  comme  mesureurs  de  blez,  sel,  foin,  chaulx,  et  generallement 

<''  Bornes,  du  latin  mêla. 


à  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

trde  toutes  sortes  de  marchandises,  sans  ce  que  le  Roy  nostre  sire,  ses  officiers  ou 

«autres,  y  puissent  mectre  aucun  empeschement. 

ftEsquelles  terres  et  seigneuries,  sur  plusieurs  maisons,  masures,  jardins,  terres, 
tf  vignes,  prez,  saulsoyes  et  autres  héritaiges,  sont  deuez  (dues)  chacun  an  plu- 
a sieurs  rentes  et  cens  fonciers  portans  lotz,  ventes  saisines  et  amendes,  quant  le  cas 
tr  eschet,  paiahles  chascun  an  aux  jours  que  deubz  sont,  en  la  dicte  abbaye  de  Sainct 
cf  Germain  Desprez,  sur  peine  de  l'amende  accoustumée'^l  n 

Au  commencement  du  xuf  siècle ,  la  construction  de  l'enceinte  de  Philippe- 
Auguste  ayant  coupé  en  deux  le  fief  de  l'abbaye  Saint-Germain,  l'une  des  deux 
parties  de  ce  fief  se  trouva  renfermée  dans  la  ville,  et  continua  à  relever  de  la 
seigneurie  du  monastère;  elle  constitua  ainsi  la  circonscription  de  deux  paroisses 
nouvelles,  celles  de  Saint-Côme  et  de  Saint-André-des-Arts,  érigées  aux  dépens 
de  la  paroisse  primitive  de  Saint-Sulpice,  qui  en  était  trop  éloignée.  La  seconde 
partie  du  fief  de  Saint-Germain,  séparée  de  la  première  par  la  muraille  des  forti- 
fications, demeura  le  territoire  particulier  de  la  paroisse  Saint-Sulpice,  territoire 
qui  s'est  identifié  avec  ie  faubourg  Saint-Germain,  parce  que,  généralement,  on  a 
considéré  comme  faisant  partie  de  ce  faubourg  non-seulement  le  bourg  lui-même, 
mais  encore  les  terres  cultivées  qui  l'entouraient  et  en  dépendaient. 

Le  bourg  Saint-Germain,  qui  a  été  quelquefois  qualifié  de  ville,  ou  de  village, 
villa  Sancli  Germani,  et  dont  les  habitants  furent  an"ranchis  en  i -i 5 5,  jouissait 
d'immunités  spéciales,  en  raison  de  ce  qu'il  était  considéré  comme  une  agglomé- 
ration entièrement  distincte  de  Paris  et  régie  par  ses  propres  lois.  En  1*^97, 
les  bourgeois  de  Paris  ayant  voulu  faire  supporter  aux  manants  des  bourgs  de- 
Saint-Germain  et  de  Saint-Marcel  leur  part  d'une  somme  de  cent  mille  livres  que 
le  roi  leur  avait  imposée,  Philippe  le  Bel,  par  des  lettres  patentes  du  mois  de 
mars,  reconnut  que  ces  manants  ne  devaient  point  être  réputés  habitants  des 
faubourgs  de  Paris  :  non  esse,  nec  censeri  debere  de  suburbiis  et  perlmenliis  ville  Pari- 
siensis^^\  Le  faubourg  Saint-Germain  n'a  été  définitivement  réuni  à  Paris  que 
sous  Louis  XIV,  de  sorte  qu'en  1611  le  grand  voyer  de  France  fut  débouté  de 


'■'  Arch.  nat. ,  reg.  LL ,  1 1 1 9 ,  P  1  r°. 

'^'  Dom  Bouillart,  HtDt.  de  l'ahb.  royale  deSaint- 
Gefinain-desPrés ,  In-f ,  l'a  ris ,  1 7  9  i .  Preuves ,  p.  7  3 . 

Toutefois,  ainsi  que  le  fait  remarquer  M.  Bordîer, 
l'argument  tiré  de  l'autonomie  des  deux  faubourgs 
n'est  pas  aussi  probant  qu'il  est  dit  ici.  Les  habi- 
tants do  Saint- Marcel  et  de  Saint-Germain- des- 
Prés  étaient  parfaitement  compris,  comme  les  Pari- 
siens ,  dans  les  rôles  de  la  taille  ordinaire.  C'est  ce 
qui  est  mis  hors  de  contestation  par  leur  inscrip- 
tion au  rôle  de  1292,  rôle  que  Gëraud  a  publié 


{Documenlx  inédits ,  1887,  p.  1 73-178).  Seulement 
lescent  mille  livres  tournois,  levées  en  1 997,  étaient 
une  imposition  extraordinaire,  qui  concernait  plus 
spécialement  la  Ville  de  Paris;  et  c'est  sans  doute 
en  se  fondant  sur  ce  que  la  dépense  à  faire  ne  les 
regardait  pas,  qu'ils  n'en  profiteraient  point  on 
qu'ils  n'en  avaient  pas  encore  profité,  que  les  gens 
de  Saint-Germain  obtinrent  d'en  être  exemptés.  Il 
ne  leur  eût  point  suffi  de  dire  qu'ils  n'étaient  pas  Pa- 
risiens, puisqu'on  les  voit  imposés  en  celle  qualilé 
cinq  ans  auparavant.  —  l.  m.  t. 


ORIGINE  FJ  DÉVELOPPEMENT  DU  BOURG  SAINT-GERMAIN.  5 

ses  prétentions  à  y  jouir  du  droit  de  voirie.  Cependant  le  roi  avait  dû  posséder 
certains  droits  de  cette  espèce,  au  moins  sur  la  principale  voie  du  bourg,  puisque 
la  rue  du  Four  est  énoncée  la  (rehaussée  du  Roy  a  dans  une  charte  de  iSgS'''. 

L'abbaye  Saint-Germain-des-Prés,  qui  a  été  l'une  des  plus  considérables  de  la 
France,  a  produit  un  très-grand  nombre  de  savants;  on  serait  donc  disposé 
à  croire  que  ses  archives,  riches  et  soigneusement  conservées,  contiennent  de 
nombreux  renseignements  topographiques,  tant  sur  le  bourg  lui-même  que  sur 
i'abbaye  et  ses  diverses  propriétés  foncières.  Il  n'en  est  cependant  point  ainsi.  Les 
archives  de  l'abbaye,  bien  qu'elles  nous  aient  été  léguées  presque  intactes,  ne 
contiennent,  sur  le  bourg  Saint-Germain,  qu'une  très-petite  quantité  de  titres 
du  xni*  et  du  xiv*  siècle,  pour  la  plupart  sans  application  possible.  Les  documents 
du  3t.v*  siècle  sont  moins  rares;  ceux  qui  datent  de  la  première  moitié  du  xvi*-'  siècle 
sont  fort  nombreux;  mais  malheureusement  cette  abondance  relative  ne  com- 
pense guère  l'obscurité  et  l'incohérence  de  ces  pièces,  qui  se  reproduisent  les  unes 
les  autres  sans  aucune  critique.  De  plus,  leurs  énonciations  inexactes,  ainsi  que 
leur  classement  défectueux,  les  rendent  exceptionnellement  difficiles  à  interpréter  ^*'. 

Les  archives  de  l'abbaye  présentent,  en  outre,  une  fâcheuse  et  irrémédiable 
lacune,  qui  commence  au  milieu  du  xvi*  siècle  et  qui  s'étend  jusqu'au  milieu 
du  XTn*^".  Pour  certaines  régions,  une  pareille  interruption  n'aurait  pas  de  con- 
séquences très-graves;  mais  elle  est  désastreuse  pour  le  bourg  Saint-Germain,  qui 
s'est  si  profondément  modifié  depuis  l'avènement  de  Henri  II  jusqu'à  celui  de 
Louis  XIV.  On  ne  saurait  en  effet  y  suppléer,  puisque  la  quasi-totalité  des  ren- 
seignements sur  le  faubourg  ne  peut  provenir  que  du  chartrier  de  l'abbaye  <* . 


<*'  U  convient,  dit  encore  M.  Bordier,  de  Taire 
remarquer  que  le  roi  s'était  attribué,  dans  toute 
l'étendue  du  royonmc.  la  justice  des  grands  che- 
mins, ce  qui  n'impliquiiit  pas  absolument  un  droit 
sur  les  len-es  bordant  la  via  regia.  —  l.  m.  t. 

"  l^es  ccnsiers .  cette  base  ewentielle  de  notre 
travail  de  restitution,  éaoDcenl  communément  les 
maisons  dans  leur  ordre  lopographique  naturel; 
dans  les  censiers  de  l'abbaye,  le  classement  est  cons- 
tamment interrompu  par  l'ënumération  des  diverses 
propriétés,  rurales  ou  antres,  appartenant  à  l'in- 
dividu dont  l'ordre  topograplii(|ue  amène  le  nom 
80US  la  plume  du  rédacteur.  De  plus,  les  rues  sont 
morcelées  en  fragments ,  ré|>ondant  aux  liefs  secon- 
daim  dont  se  com|>08ail  le  grand  fief  de  l'abbaye. 
Toat  eela  cause  une  insup|)oi-table  confusion ,  qui 
ne  te  retrouve  pas  dans  les  registres  des  autres  sei- 
gneuries. 

'''  Cette  lacune,  que  noas  ne  savons  i  quoi  at- 


tribuer, mais  qui  semble  correspondre  à  l'époque 
des  guerres  de  religion,  est  constatée  vers  1660. 
On  peut  juger  de  son  étendue  par  ce  fait,  que.  de 
1 547  à  t  O87,  il  ne  subsiste  que  deux  ccnsiers  :  l'un 
de  1698,  presque  sans  valeur,  et  l'autre  de  i5()5, 
relativement  fort  précieux.  Ce  dernier  constitue 
runi(|ue  et  fort  insuflisante  ressource  au  moyen  de 
laquelle  nous  avons  essayé  de  relier  l'état  ancien  à 
l'élat  moderne.  \je  censier  qui  porte  In  dote  de  1  SgS 
est ,  en  réalité ,  postérieur,  cl  contient  des  indications 
des  premières  années  du  xvii*  siècle,  parce  que  le 
compte  qui  y  est  transcrit,  réellement  commencé 
en  tôgo,  n'a  été  irdélivréi  qu'en  1607.  On  s'aper- 
çoit facilement,  du  reste,  qu'il  a  été  copié  en  grande 
partie  sur  d'autres  cueillerels  remontant  au  règne 
de  Henri  III. 

'''  Nous  avons  dépouillé  tous  les  titres  doma- 
niaux des  différentes  communautés  du  faubourg 
Saint-Germain ,  dans  l'espoir  de  remédier  à  la  pau- 


6  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

Il  résulte  de  raccumidation  de  ces  circonstances  malencontreuses  l'impossibi- 
lité radicale  de  satisfaire  à  plusieurs  desiderata.  Comment  fixer,  par  exemple,  les 
années  où  furent  ouvertes  les  rues  Charpentier  et  du  Canivet,  qui,  mentionnées 
pour  la  première  fois  dans  le  censier  de  lôgB,  ne  le  sont  ni  dans  celui  de  i  btx'j, 
ni  dans  les  cueillerets  antérieurs  ?  Par  quel  moyen  déterminer  le  point  d'embran- 
chement du  Chemin-Neuf,  quand  l'examen  minutieux  et  deux  fois  répété  intégra- 
lement des  cinquante  cartons  et  des  cinquante  registres  du  monastère''^  ne  fournit 
pas  la  moindre  lumière  sur  la  question  ?  Comment  retrouver  le  tracé  de  la  tran- 
chée qui  protégeait  le  faubourg  Saint-Germain,  pendant  une  période  de  temps  et 
à  une  époque  qui  sont  précisément  celles  sur  lesquelles  il  n'existe  pas  de  docu- 
ments ?  Ces  lacunes  et  l'impossibilité  presque  absolue  de  les  combler  ont  rendu 
notre  tache  extrêmement  laborieuse.  Notre  restitution  du  bourg  et  du  faubourg 
Saint-Germain  compte  parmi  les  travaux  les  plus  ardus  que  nous  ayons  jamais 
entrepris. 

Après  les  explications  qui  précèdent,  on  comprendra  que  nous  ne  sachions  rien 
du  bourg  Saint-Germain  dans  la  première  moitié  du  moyen  âge,  et  que  nous  en 
connaissions  môme  peu  de  chose  au  xni'^  siècle.  En  1270,  le  comte  de  Sancerre 
avait  une  résidence  rue  des  Canettes;  mais,  à  cette  époque,  le  bourg  Saint-Ger- 
main, peu  étendu  et  habité  surtout  par  les  vassaux  de  l'abbaye,  qui  s'adonnaient 
principalement  aux  travaux  agricoles'^',  ne  se  composait  guère  que  de  chaumières, 
de  granges  et  autres  bâtiments  rustiques.  Dans  le  xiv*  siècle,  au  contraire,  le  goût 
de  la  villégiature  s'étant  répandu  chez  les  nobles  et  les  riches  bourgeois  de  Paris, 
le  bourg  Saint-Germain  renferma  plusieurs  habitations  de  plaisance,  telles  que  les 
hôtels  de  Navarre,  du  cardinal  d'Ostie,  des  évêques  de  Rodez  et  de  Limoges,  du 
duc  de  Bourbon,  de M""^  de  Valence,  de  M""^de  Cassel,  du  seigneur  de  Garancière, 
de  la  Folie-Regnier  et  du  séjour  de  Nesle.  Mais  le  lléau  de  la  guerre,  qui  amena 
la  destruction  de  quelques-uns  de  ces  manoirs,  enraya  le  mouvement,  que  la 
domination  anglaise  fut  d'ailleurs  bien  loin  de  favoriser. 

Au  xv*^  siècle,  apparaissent  les  noms  nouveaux  des  hôtels  de  Taranne,  dun 
évêque  de  Chartres  et  de  Casin  d'Estouville,  ou  Estouteville  (').  Toutefois,  c'est 
seulement  au  siècle  suivant  que  commença  la  longue  prospérité  du  bourg  Saint- 
Germain,  dont  la  physionomie  se  transforma  et  perdit  celle  d'un  village  cham- 

vreté  des  archives  de  i'abbaye;  mais,  comme  ces  deiSag.quenousavonsét^oblige'derelirevingU'ois 

communautds  sont  toutes  modernes,  leurs  titres  pour  les  comprendre. 

nous  ont  été  d'une  faible  utilité.  '''  lis  ne  fournirent  que  1 5 1  contribuables  à  la 

'"'  Nous  parlons  seulement  de  ceux  qui  se  rap-  taille  de  199s,  et  i4o  à  la  taille  de  1-296  :  c"est 

portent  à  la  topographie  de  Paris.  Par  suite  de  un  centième  seulement  du  chiffre  total, 

l'étendue  de  son  territoire,  les  censiers  de  l'abbaye  •  '''  Nous   faisons  remarquer  ailleurs  qu'on   ne 

renferment  jusqu'à  douze  et  quatorze  cents  articles ,  trouve,  dans  la  généalogie  de  la  famille  d'Estou- 

et  il  est  des  registres,  comme  celui  de  l'arpentage  teville,  aucun  individu  du  nom  de  Casin.  —  l.  m.  t. 


> 


^w^g* 


Iray  Ch  Cha.rdan  a.)n*  pAri» 


ORIGINE  EX  DÉVELOPPEMENT  DU  BOLRG  SAINT-GERMAIN.  7 

pêtie,  pour  revêtir  l'apparence  d'une  ville  élégante,  au  moins  dans  certains  quar- 
tiers nouveaux;  car  l'antique  Grand'Rue  conserva  longtemps  ses  ctables,  ses  ber- 
geries et  son  aspect  rural.  Débarrassés  aIoi*s  des  voieries  et  des  écorcheries  qu'on 
rejeta  dans  la  campagne,  où  les  tuileries  furent  bientôt  aussi  reléguées,  les  terrains, 
livrés  à  des  propriétaires  opulents  et  à  des  spéculateurs,  se  couvrirent  de  maisons, 
remarquables  par  le  luxe  de  leur  architecture  et  la  beauté  de  leurs  jardins.  Des 
rues  furent  percées,  d'anciens  chemins  mis  en  bon  état  de  viabilité''',  et  les  cons- 
tructions nouvelles  s'y  multiplièrent.  Une  princesse  du  sang,  la  duchesse  de  Savoie, 
des  grands  seigneui-s  comme  les  ducs  de  Montpensier  et  de  Luxembourg,  quantité 
de  personnages  importants,  des  étrangers  notables  comme  les  Salviati  et  les 
Gondi,  et,  plus  tard,  des  hommes  illustres  à  divers  titres,  comme  les  Clément 
Marot,  les  Ambroise  Paré,  les  Jean  Cousin  et  les  Du  Cerceau,  s'y  firent  bàtii-  de 
somptueuses  demeures. 

Au  xvi"  siècle,  la  mode  avait  adopté  le  quartier  Saint-Germain  :  il  était  de  bon 
ton  d'y  posséder  un  hôtel ,  et  la  vie  devait  effectivement  y  être  fort  agréable ,  attendu 
qu'on  y  jouissait  à  la  fois  des  avantages  de  la  ville  et  de  ceux  de  la  campagne. 
Les  lieux  d'amusement  public,  notamment  les  jeux  de  paume  et  les  tavernes,  n'y 
faisaient  point  défaut.  La  foule  qui,  aux  jours  de  fête,  inondait  le  Pré-aux-Clercs, 
y  rencontrait  donc,  ainsi  que  dans  ses  environs,  tous  les  genres  de  plaisir  qu'elle 
pouvait  souhaiter.  Le  rétablissement  de  la  foire,  (jui  n'avait  cependant  qu'une 
durée  très-restreinte ,  favorisa  également  le  développement  du  faubourg,  en  don- 
nant quelque  impulsion  à  son  industrie,  longtemps  limitée  aux  produits  de  l'agri- 
culture, des  carrières  et  de  la  céramique. 

Il  n'est  pas  jusqu'aux  dissensions  religieuses  qui  n'aient  contribué  à  l'extension 
(lu  faubourg  Saint-Germaiu,  en  engageant  les  réformés  à  s'y  grouper.  On  sait 
que  la  rue  des  Marais  fut  qualifiée  de  Pelile-Genève.  Mais,  là,  l'inconvénient  était 
à  côté  de  l'avantage,  car  la  présence  des  maisons  huguenotes  servit  de  prétexte 
au  pillage  et  à  la  destruction.  Les  désordres  dont  les  maisons  du  Pavanier  et 
de  Baptiste  Androuel  devinrent  le  théâtre  n'étaient  point  propres  à  inspirer  la 
sécurité.  D'ailleurs,  une  épreuve  bien  pins  sérieuse  menaçait  le  faubourg  Saint- 
Germain.  En  1689  et  iSgo,  la  Ville,  sur  le  point  d'être  assiégée,  fit  démolir 
toutes  les  maisons  qui,  par  leur  proximité  des  murailles,  auraient  gêné  le  feu 
de  la  place.  Puis  le  faubourg,  ayant  été  pris  deux  fois  par  les  troupes  royales'*', 
eut  à  subir  les  désastres  que  de  semblables  catastroj)hes  entraînent  ordinairement 

'■'  Le»  arrêts  relatifs  nu  |>avcnient  de  la  rue  <1p  toutes  les  rues  du  quartier;  cependant,  en  i6."56,  il 

Seine  sont  de  lô'iô.  I^  3i  octobre  de  cette  année,  y  avait  encore  dans  le  faubourg  un  certain  nombre 

intervint  UD  arrêt,  rendu  sur  la  requête  de  l'abbé  de  de  rues  qui  n'étaient  pavées  que  d'une  façon  Irès- 

Saint-<»emiain  et  ayant  pour  but  de  forcer  les  ha-  iinparfnile. Surquelques poinlsexcentriques,  celétat 

bitants  du  Iwurg  k  paver  devant  leurs  maisons.  Cet  s'est  perpétué  presque  jus<ju'à  nos  jours.  —  l.  «.  t. 

arrêt  s'appliquait  probablement  aux  habitants  de  *'  \j;  t"  novembre  1389  et  le  a C  juillet  1090. 


8  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

à  leur  suite''*.  Les  ravages  furent  si  grands,  que,  quinze  ans  après,  Ton  comptait 
encore  bien  des  ruines  dans  la  paroisse  Saint-Sulpice.  Toutefois  la  tranquillité 
des  dernières  années  du  règne  de  Henri  IV  rétablit  la  confiance  et  ramena  les 
populations  au  faubourg  Saint-Germain,  non  moins  dévasté  par  les  soldats  qui 
l'avaient  défendu  que  par  ceux  qui  l'avaient  attaqué.  Les  maisons  abattues  se 
reconstruisirent,  et  le  développement  du  quartier,  arrêté  pendant  un  quart  de 
siècle,  ne  fut  plus  interrompu. 

Dès  l'origine,  les  premières  maisons  du  bourg  Saint-Germain  s'étaient  grou- 
pées au  pied  des  murs  du  monastère,  le  long  de  la  voie  royale  qui  a  pris  le  nom 
de  rue  du  Four.  Au  milieu  du  \nf  siècle,  les  constructions  se  prolongeaient  sur 
les  bords  du  cbemin  qu'on  appelle  maintenant  la  rue  de  l'Ecole-de-Médecine; 
mais  elles  ne  semblent  pas  avoir  dépassé  l'emplacement  de  la  rue  des  Mauvais- 
Garçons  (actuellement  rue  Grégoire-de-Tours),  qui  fut  ouverte  en  i25i.La  créa- 
tion, en  1276,  de  seize  étaux  de  boucherie,  entre  cette  rue  et  la  porte  des  Cor- 
deliers,  augmenta  le  nombre  des  maisons  bordant  la  voie  qui  conduisait  à  cette 
porte,  et  qu'un  concours  particulier  de  circonstances  favorables  rendit  prompte- 
ment  la  plus  vivante  du  quartier.  Nous  savons  aussi  qu'au  xni''  siècle  les  maisons 
du  bourg  s'étendaient  jusqu'aux  rues  du  Vieux-Colombier  et  des  Saints-Pères  ; 
mais,  au  mois  d'avril  i36o,  lorsque  le  roi  Edouard  III  menaça  Paris,  le  Régent 
lit  brûler  les  faubourgs  de  la  rive  gauche,  pour  empêcher  les  Anglais  de  s'en 
saisir,  et  plusieurs  hôtels  furent  complètement  rasés.  Des  démolitions  analogues 
furent  pareillement  excécutées  aux  alentours  de  l'abbaye  en  i368,  de  sorte  que 
le  terrain  du  côté  septentrional  de  la  rue  Taranne  fut  remis  en  culture,  et  que 
l'extension  du  bourg,  dans  cette  direction,  se  trouva  arrêtée  pour  de  longues 
années. 

A  la  fin  du  xiv'  siècle,  le  bourg  Saint-Germain  avait  pour  limites  :  le  chemin 
sur  les  fossés  (rue  de  l'Ancienne-Comédie),  les  rues  de  Bussy,  de  Seine,  le  quai 
(à  cause  du  séjour  de  Nesle),  diverses  voies  que  remplacent  aujourd'hui  la  rue 
des  Petits-Augustins  (partie  septentrionale  de  la  rue  Bonaparte),  les  rues  Saint- 
Benoît,  Taranne  et  du  Dragon,  le  carrefour  delà  Croix-Rouge,  la  rue  du  Vieux- 
Colombier,  au  midi  de  laquelle  étaient  probablement  quelques  habitations,  indé- 
pendamment du  grand  hôtel  de  Garancière,  enlin  l'emplacement  des  rues  Saint- 
Sulpice  et  des  Quatre-Vents.  Cent  ans  plus  tard,  le  bourg  paraît  avoir  renfermé 
une  population  plus  nombreuse;  mais  la  superficie  occupée  ne  s'était  point  aug- 
mentée d'une  manière  appréciable.  En  effet,  si,  d'un  côté,  l'on  avait  bâti  dans  les 

'''  Dans  la  conférence  qu'il  eut  avec  le  cardinal  r livres  par  les  soldats  qui  les  démolissent."  Ces 

«leGondi,  lors  du  siège  de  Paris,  Henri  IV  disait:  douloureux  événements  se  sont  renouvelés  de  nos 

"Il  ne  se  passe  jour  que  les  fauxbourgs  de  Paris  jours,  dans  la  banlieue  suburbaine,  avecles  mêmes 

"ne  souffrent  ruine  de  la  valeur  de  cinquante  mille  désastres.  —  l.  m.  t. 


ORIGINE  Et  DÉVELOPPEMENT  DU  BOURG  SAINT-GERMAIN.  9 

environs  de  Saint-Sulpice  et  au  fond  des  fossés,  près  des  portes  de  Paris,  d'autre 
part  le  sol  du  séjour  de  Nesle  était  redevenu  une  terre  labourable  t'I 

C'est  à  la  fin  du  xv"=  siècle  que  commence  la  série  des  accroissements  définitifs 
du  bourg  Saint-Germain;  ils  ont  eu  lieu  dans  l'ordre  que  nous  allons  indiquer. 

Vers  l'an  i5oo,  ouverture  de  la  rue  des  Quatre-Vents,  et,  en  i5oi,  bail  à 
bâtir  des  terrains  compris  entre  cette  rue  et  celle  du  Petit-Lion. 

Vers  i5io,  bail  des  terrains  compris  entre  les  rues  de  Tournon  et  de  Condé, 
et,  vers  i5i5,  bail  des  terrains  compris  entre  les  rues  de  Condé  et  Monsieur- 
le-Prince.  H  ne  se  révèle  plus  rien  d'important,  en  fait  d'accensement,  jusqu'en 
1529. 

En  cette  année,  Jean  Lescuyer,  arpenteur-juré  du  roi,  fut  chargé  de  mesurer 
toutes  les  terres  labourables  de  la  paroisse  Saint-Sulpice,  et  son  travail  nous 
permet  de  déterminer  avec  une  extrême  précision  les  limites  du  bourg,  dont  les 
maisons  étaient  agglomérées  presque  sans  aucune  solution  de  continuité.  Ce  péri- 
mètre est  aujourd'hui  représenté  par  les  mes  suivantes  : 

Rues  de  l'Ancienne-Comédie,  de  Bussy,  de  Seine,  du  Colombier  (Jacob); 

Rue  Saint-Benoît,  du  côté  occidental  de  laquelle  était  la  courtille  de  l'abbaye; 

Rue  Taranne  et  rue  du  Dragon,  du  côté  occidental  de  laquelle  était  l'hôtel  du 
Sépulcre; 

Carrefour  de  la  Croix-Rouge,  complètement  entouré  de  maisons,  parce  que 
l'on  avait  bAti  à  la  pointe  des  îlots  compris  entre  les  rues  de  Grenelle  et  du 
Cherche-Midi; 

Rue  du  Vieux-Colombier,  dont  le  côté  méridional  était  garni  de  maisons  depuis 
la  rue  du  Cherche-Midi  jusqu'à  la  rue  Cassette,  et  depuis  l'emplacement  de  la 
rue  du  Gindre,  qui  n'existait  pas  encore,  jusqu'à  Saint-Sulpice; 

Rue  du  Pot-de-Fer  (Bonaparte),  bAtie  des  deux  côtés; 

Rue  de  Vaugirard,  du  côté  méridional  de  laquelle  il  n'y  avait  que  les  édifices 
du  Clos-aux-Bourgeois; 

Rue  Monsieur-le-Prince. 

Le  bourg  Saint-Germain,  qui  avait  pour  dépendances  une  maladrerie  et  son 
cimetière,  renfermait  alors  le  grand  monastère  de  l'abbaye,  l'église  paroissiale  de 
Saint-Sulpice  avec  son  cimetière,  la  chapelle  Saint-Père  et  son  cimetière,  les 
halles  de  la  Foire,  enfin  deux  cent  soixante  maisons,  ou  hôtels  plus  ou  moins 
importants,  un  quai,  celui  du  port  de  Nesle,  et  trente-quatre  rues,  ou  chemins 
pouvant  être  regardés  comme  des  rues,  savoir  : 

•''  Dans  les  lettres  ptentes  données  par  le  roi  r  temps  des  guerres  par  lesquelles  ledict  faulxbourg 

le  3  mai  i55o  et  ordonnant  l'ouverture  des  portes  -^(il  s'agit  du  bourg  Saint-Germain)  fut  ruynë  et 

de  Bussy  et  de  Nesle,  il  est  dit  que  rlesdictes  portes  "rc'duil  en  lorre  labourable,  mesme  à  l'endroit  des- 

rsont  demeurées  closes  et  fermées,  dès  et  depuis  le  rrdictes  deux  portes. n 


10  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

La  rue,  ou  chemin,  sur  les  fossés,  entre  les  portes  Saint-Germain  et  de  Bussy 
(de  l'Ancienne-Comédie); 

Le  chemin  sur  les  fossés,  entre  les  portes  de  Bussy  et  de  Nesle  (rue  Mazarine), 
où  il  n'y  avait  aucune  construction; 

Les  rues  de  Bussy  et  de  Seine; 

Les  quatre  rues  des  fossés  de  l'abbaye  (de  l'Échaudé,  Jacob,  Saint-Benoît  et 
Sainte-Marguerite)  ; 

Les  deux  chemins  allant  à  Saint-Père  (rues  Taranne  et  des  Saints-Pères); 

Les  rues  du  Sépulcre  (du  Dragon),  du  Four,  Coppieuse  (du  Sabot)  et  de 
Taranne  (de  l'Egout); 

La  ruelle  dite  des  Ciseaux  et  celle  de  Cassel  (Beurrière); 

Les  rues  Saint-Sulpice  (des  Canettes),  des  Boucheries  (de  l'Ecole-de-Médecine) 
et  delà  Folie-Regnier  (Grégoire-de-Tours); 

Le  chemin  sur  les  fossés,  entre  les  portes  Saint-Germain  et  Saint-Michel  (rue 
Monsieur-le-Prince)  ; 

La  rue,  ou  chemin,  allant  de  la  porte  Saint-Michel  aux  Chartreux  (rue  d'Enfer); 

Les  rues  de  Vaugirard,  du  Clos-Bruneau  (de  Condé)  et  de  la  Foire  (des  Quatre- 
Vents),  avec  la  ruelle  qui  y  débouchait  (impasse  des  Qualre-Vents); 

Les  rues  Combauit  (du  Petit-Lion),  du  Marché-aux-Chevaux  (de  Tournon)  et 
Garancière; 

La  ruelle  Saint-Sulpice  (Servandoni)  et  une  autre  ruelle  par  laquelle  on  allait 
à  Saint-Sulpice  (rue  Saint-Sulpice); 

Les  rues  Férou  et  Henry-du-Verger  (du  Pot-de-Fer); 

Le  chemin  de  Cassel  (rue  Cassette)  et  la  rue  du  (Vieux-)  Colombier. 

L'année  1699  est  à  noter  dans  les  annales  du  bourg  Saint-Germain  :  elle 
marque  le  point  de  départ  d'une  série  d'accensements  qui  en  reculèrent  les 
limites.  C'est  ainsi  qu'en  1629  furent  ce  baillés  à  bâtir,  n  sur  une  longueur  de  cent 
cinquante  toises,  les  terrains  de  l'îlot  compris  entre  les  rues  du  Cherche-Midi  et  de 
Sèvres,  la  plupart  des  terrains  situés  du  côté  méridional  de  la  rue  de  Vaugirard, 
ceux  du  côté  occidental  de  la  rue  des  Saints-Pères,  au-dessus  du  Pré-aux-Clercs, 
et  ceux  des  deux  côtés  de  la  rue  de  Grenelle,  en  deçà  de  la  rue  de  la  Chaise.  En 
i53o  et  dans  les  années  suivantes,  furent  semblablement  baillés  à  bâtir  les  ter- 
rains de  l'îlot  compris  entre  les  rues  de  Seine  et  Mazarine;  en  i535,  ceux  de 
l'îlot  compris  entre  les  rues  du  Dragon  et  des  Saints-Pères.  Vers  le  même  temps, 
l'espace  compris  entre  la  rue  Cassette  et  la  rue  Férou  acheva  de  disparaître  sous 
les  maisons  et  les  jardins,  en  vertu  de  transactions  dont  les  titres  sont  perdus.  En 
1  538,  l'emplacement  de  l'ancien  marché  aux  chevaux  (entre  les  rues  de  Tournon 
et  Garancière)  et  celui  de  l'ancien  séjour  de  Nesle  (sur  le  quai,  entre  les  rues  de 
Seine  et  Bonaparte)  furent  acquis  par  des  spéculateurs.  Les  constructions  du  côté 


TOPOGRAPHIE    H 


y     f^        --       ■■■.      !  .'    ■■   '  •  AU 


LA   REGION    DV  FA 


D'APRES 


E   DV  VIEVX   PARIS 


> 


G   SAINT   GERMAIN. 


ORIGINE  ET  DÉVELOPPEMENT  DU  BOURG  SAINT-GERMAIN.         11 

occidental  de  la  rue  de  Seine,  entre  la  rue  Jacob  et  la  rivière,  remontent  à  cette 
époque.  Enfin  la  vente  du  reste  des  terrains  entre  la  Seine  et  la  rue  Jacob,  jusqu'au 
droit  delà  rue  Saint-Benoît,  eut  lieu  de  156 1  à  i565,  sauf  quelques  parcelles. 

Ainsi  que  nous  l'avons  dit,  les  documents  comniencent  à  nous  faire  défaut  en 
ibtf];  cependant,  entre  1567  et  1629,  nous  constatons  la  transformation  de 
cinq  chemins  en  rues.  Ces  chemins  sont  :  ceux  des  fossés  entre  les  portes  de 
Bussy  et  de  Nesle  (rue  Mazarine),  de  la  Noue  (rue  Bonaparte),  de  Grenelle,  de 
Sèvres  et  de  la  Vieille-Tuilerie  (du  Cherche-Midi). 

Nous  constatons  aussi  l'ouverture  de  quatre  rues  nouvelles:  celles  de  Nesle, 
des  Marais,  du  Gindre  et  de  Saint-Pierre  (impasse  Pérou),  auxquelles  il  con- 
viendrait peut-être  d'ajouter  les  rues  Honoré-Chevalier,  Mézières  et  Charpentier, 
ce  que  la  rareté  des  titres  ne  nous  permet  pas  de  vérifier. 

Le  seul  accensement  dont  nous  ayons  connaissance,  dans  la  seconde  moitié 
du  XVI*  siècle,  est  celui  auquel  on  procéda,  en  i58i ,  pour  les  terrains  du  côté 
septentrional  de  ta  rue  Saint-Sulpice  actuelle;  il  est  à  supposer  que  les  ter- 
rains riverains  des  rues  Saint-Guillaume  et  de  la  Chaise  furent  aussi  baillés 
après  i55o.  Quant  au  réseau  des  rues,  il  s'augmenta,  dans  la  période  corres- 
pondante, de  la  rue  du  Cœur-Volant,  ouverte  en  1669,  de  la  rue  de  la  Foire 
(.Mabillon),  qui  date  de  i586  et  qui  était  plutôt  un  passage  qu'une  rue,  de  la 
rue  du  Canivet  et  de  la  petite  rue  Taranne,  percées  toutes  quatre  h  travers  des 
propriétés. 

A  la  fin  du  ivi'  siècle,  le  bourg  Saint-Germain  avait  pour  limite  la  tranchée 
qu'on  creusa  dans  tout  son  périniètre  pour  sa  défense ,  et  dont  nous  essayerons 
ailleurs  de  restituer  le  tracé.  Touchant  aux  maisons,  dans  la  partie  centrale  de 
son  parcours,  cette  fortification  embrassait  à  ses  deux  extrémités  des  espaces  assez 
vastes,  qui  restèrent  dépourvus  d'habitationsjusqu'aux  dernières  années  du  règne 
de  Henri  IV,  excepté  dans  la  région  située  derrière  les  Chartreux,  où  l'on  n'éleva 
aucune  construction.  Le  premier  quart  du  xvii*  siècle  n'était  point  écoulé,  et  déjà 
les  maisons  du  faubourg,  ayant  franchi  la  tranchée,  se  pressaient  le  long  de  la 
rue  du  Bac  et  des  autres  grandes  artères  de  la  plaine. 

Avant  l'année  iGii,  le  bourg  Saint-Germain,  dans  le  périmètre  de  la  tran- 
chée, a  été  sillonné  par  cinquante-six  voies  distinctes,  qu'on  peut  répartir  ainsi  : 

VOIES  DOM  L'EXISTEKCE  EST  CONSTATEE  DES  LE  XUI*  SIECLE. 

Rue  de  Bussy.  Rue  Beurrière. 

Rue  de  Seine.  Rue  du  Perron  (remplacée  par  la  rue  Sainte- 
Rue  des  Mauvais-GarçoDs(Grégoirede-Tours).  Marguerite,  dénommée  depuis  rue  Goziiu). 
Rue  des  Roucheries.  Rue  Taranne  (confondue  souvent  avec  la  pré- 
Ruedu  Four  (habituellement  morcelée  en  deux  cédente). 

parties).  Rue  NeuveSainl-Père  (des  Saints-Pères). 


12 


TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 


Rue  des  Canettes. 

Rue  du  Vieux-Colombier. 


Rue  de  Vaugirard. 

Rue  d'Enfer  et  chemin  de  Vanves. 


VOIES  DONT  L'EXISTENCE  N'EST  CONSTATEE  QU'AU   XIV"  SIECLE. 


Chemin  sur  les  fossés,  entre  les  portes  Saint- 
Michel  et  Saint-Germain  (rue  Monsieur-le- 
Prince). 

Chemin  sur  les  fossés,  entre  les  portes  Saint- 
Germain  et  de  Bussy  (rue  de  l'Ancienne- 
Comédie). 

Chemin  sur  les  fossés, entrelesportesde  Bussy 
et  de  Nesle  (rue  Mazarine). 

Chemin  sur  le  fossé  de  l'abbaye  (rue  de  l'É- 
chaudé). 


Chemin  de  la  Noue  (rue  Bonaparte,   partie 

septentrionale). 
Chemin  des  Vaches  (rue  Saint-Dominique). 
Chemin  (rue)  de  Grenelle. 
Chemin  (rue)  de  Sèvres. 
Chemin  de  Saint-Germain  à  Vaugirard  (rue 

du  Cherche-Midi). 
Rue  du  Dragon. 
Rue  de  l'Égout. 


VOIES  DONT  L'EXISTENCE   N'EST  CONSTATEE  QU'AU  XV""   SIECLE. 


Rue  du  Sabot. 
Rue  des  Ciseaux. 

Rue  de  la  Voirie  des  bouchers  (remplacée  par 
la  rue  des  Quatre-Vents). 


Ruelle  des  Quatre-Venls. 

Rue  du  Clos-Bruneau,  puis  de  Condé. 

Rue  du  Pot-de-Fer. 

Sentierdu  Pressoir  de  IHôtel-Dieu  (supprime). 


VOIES  DONT  L'EXISTENCE  N'EST  MENTIONNEE  QU'AU  XVI*  SIECLE,   OU  AVANT   l6l  1. 


Petite  rue  de  Nesle. 

Rue  des  Marais. 

Rue  du  Colombier  (Jacob). 

Rue  Saint-Benoît  (cette  voie  et  la  précédente 

ont  remplacé  des  chemins  du  xiii°  siècle). 
Rue  Saint-Guillaume  (partie  débouchant  en 

la  rue  des  Saints-Pères). 
Rue  des  Rosiers  (Saint-Guillaume). 
Rue  de  la  Chaise. 
Petite  rue  Taranne. 
Rue  de  la  Foire  (Mabillon). 
Rue  du  Cœur-Volant. 
Rue  du  Petit-Lion. 
Rue  de  Tournon. 


Rue  du  Petit-Bourbon  (Saint-Sulpice). 

Rue  Garancière. 

Rue  du  Fossoyeur  (Servandoni). 

Rue  du  Canivet. 

Rue  Férou. 

Rue  Saint-Pierre  (impasse  Férou). 

Ruelle  longeant    le    cimetière  Saint-Suipice 

(supprimée). 
Rue  du  Gindre. 
Rue  Charpentier. 
Rue  Mézières. 
Rue  Honoré-Chevalier. 
Rue  Cassette. 
Rue  Bourbon-le-Château. 


RUE  DES  PETITS-AUGUSTINS.  13 


CHAPITRE  PREMIER. 

RUES   DU   BOURG   SAINT-GERMAIN. 

RUE   DES   PETITS-AUGUSTINS. 

(aCTUELLE](E>'T    partie    SEPTE^ITRIUNALE    de    la    rue    BONAPARTE.) 

La  rue  des  Petits-Augustins  commençait  au  quai  Malaquais  et  finissait  à  la  rue 
du  Colombier  (Jacob). 

Le  long  du  canal  connu  sous  le  nom  de  la  Petite-Seine  (voir  p.  18),  il  y  avait 
deux  chemins,  dont  le  plus  important,  situé  sur  la  rive  orientale,  datait  à  peu 
près  de  la  même  époque  que  le  canal,  puisqu'il  en  était  évidemment  la  voie  de 
halage.  Nous  le  trouvons  clairement  désigné  dans  un  document  de  i368,  par 
la  formule  :  «fcbemin  duquel  on  va  dudit  Pré  aux  Clercs  à  la  rivière  de  Seine; 
(T lequel  chemin  tient,  du  cousté  devers  la  ville  de  Paris,  à  la  place  où  jadiz 
<T  furent  les  jardins  de  Nesles,  et  d'autre  costé,  au  fossé  neuf  qui  vient  de  l'église 
ff  droit  à  la  rivière  de  Seinne.  ■»  On  l'appelait  également  :  «le  chemyn  de  la  Noue ^ 
(1 5^9),  <r  le  grand  chemin  de  la  Nouei)  (i5a3),  ir  chemin  allant  de  Sainct  Germain 
ttk  la  rivière,  anciennement  dict  la  Nouen  (iBag),  et  trie  hault  chemyn. 'n  Ce 
dernier  vocable  avait  pour  but  de  le  distinguer  du  chemin  creux,  produit  par  le 
comblement  de  la  Petite-Seine.  Or,  vers  t563,  le  chemin  de  la  Noue  fut  sup- 
primé, au  moins  partiellement,  par  les  moines  de  l'abbaye,  qui  en  baillèrent  à 
bâtir  l'emplacement,  sans  tenir  compte  des  droits  d'usage  de  l'Université,  et  à  son 
grand  détriment.  Aussi,  lors  du  procès  qui  amena  l'émeute  de  i568,  l'Université 
réclama-t-elle  vivement  qu'on  rétablît  dans  son  ancien  état  le  chemin  usurpé;  ce 
que  prescrivit,  en  effet,  un  arrêt  du  Parlement  rendu  le  i4  mai  i55i. 

Le  chemin  de  la  Noue  rétabli  donna  naissance  à  la  rue  des  Petits-Augustins,  qui 
n'a  par  conséquent  point  été  tracée  sur  le  Petit-Pré-aux-Clercs,  comme  le  soutenait 
l'Université  et  comme  l'assure  Jaillot,  mais  qui  occupe  l'emplacement  d'un  vieux 
chemin  ayant  toujours  limité  ce  Petit^Pré  et  le  séparant  de  la  Noue  et  du  Grand- 
Pré.  A  la  fin  du  xvf  siècle,  la  ruedes  Petits-Augustins  était  ainsi  énoncée  :fr  rue  que 
irl'on  dict  estre appelée  la  Petite  Seyneu  (i585),  (rrue  de  la  Petite  Seines  (i588), 
ff  petite  rue  de  SeineT»  (1.^90),  et  simplement  aussi  (rrue  qui  vient  du  Petit  Pré 
«raux  Clercs  à  la  rivières  (1695).  Nous  avons  trouvé  un  titre  de  i58i ,  où  elle  est 


14  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

appelée  «rue  de  Bouyn,^  à  cause  du  propriétaire  de  la  grande  maison  qui  la  bor- 
dait à  l'occident.  Le  nom  de  rue  des  Petits-Angustins  n'a  prévalu  qu'une  vingtaine 
d'années  après  la  fondation  du  couvent  des  Augustins  réformés;  on  en  faisait  usage 
dès  1698. 

L'an  1606,  la  reine  Marguerite  renferma  dans  son  hôtel  l'extrémité  septen- 
trionale de  la  rue  de  la  Petite-Seine,  qui  cessa  ainsi  d'aboutir  sur  le  quai  ;  mais, 
sur  la  requête  présentée  le  16  décembre  1617  par  les  habitants  du  faubourg,  le 
Parlement  ordonna,  \e  id  août  1619,  que  la  route  serait  rouverte  d'après  sou 
ancien  alignement  et  avec  sa  largeur  primitive  de  dix-huit  pieds.  Néanmoins,  de- 
puis ce  temps,  cette  voie  présente  une  légère  brisure  dans  sa  direction.  Quant  à 
la  largeur  de  dix-huit  pieds,  indiquée  aussi  dans  un  arrêt  de  1 55 1 ,  nous  ne  voyons 
point  à  quelle  époque  elle  a  pu  être  augmentée.  Convaincu  que  les  propriétés  du 
côté  oriental  n'ont  point  subi  de  reculement,  nous  croirions  volontiers  que  la  rue 
n'a  jamais  été  plus  étroite  qu'aujourd'hui.  Au  surplus,  en  1  SSy,  l'Université  se 
proposait  de  lui  donner  six  toises  de  largeur;  en  effet,  c'est  manifestement  la  rue 
des  Petits-Augiistins  qui  est  désignée  par  cette  phrase  du  toisé  du  18  février  : 
ffla  rue  que  l'on  entend  faire  et  continuer,  de  six  toises  de  largeur,  au  derrière  des 
ff  maisons  et  jardins  appartenans  à  monseigneur  de  Montpensier,  monsieur  du 
ff  Serseau  et  aullres.  n 

CÔTÉ  OCCIDENTAL. 

PAROISSE  SAINT-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAVE. 

L'emplacement  occupé  de  nos  jours  par  les  maisons  bordant  le  côté  occidental 
de  la  rue  des  Petits-Augustins  était  celui-là  même  où  passait  le  canal  de  la 
Petite-Seine.  Lorsque  ce  canal  eut  été  comblé,  le  terrain,  divisé  en  trois  pièces 
de  quatre-vingt-trois  toises  et  demie  chacune,  fut  baillé  par  l'abbaye  à  Jean  Bouyn , 
barbier  et  chirugien,  qui  y  établit  un  clos  et  une  maison  couverte  d'ardoise. 
L'ensemble  des  trois  pièces,  vendues  les  10  mars  15/11,9  mars  et  17  avril  i5/i3, 
était  limité,  au  nord,  par  le  chemin  ou  quai  de  la  rivière;  à  l'est,  parle  chemin 
dit  depuis  rue  des  Petits-Augustins  ;  à  l'ouest,  par  les  fossés  du  Sanitat,  et,  au 
midi,  par  le  chemin  des  fossés  de  l'abbaye  (rue  .Facob).  La  maison  de  Bouyn 
était  large  de  sept  toises  quatre  pieds,  du  côté  du  quai,  et  le  jardin  qui  en  dépen- 
dait touchait  à  la  borne  d'encoignure  du  Grand-Pré-aux-Clercs  ;  ce  qui  prouve 
que,  du  côté  de  la  rue  Jacob,  ce  jardin  avait  environ  dix-sept  toises  de  largeur. 

En  1  585,  le  7  septembre,  la  maison  de  J.  Bouyn  fut  vendue  par  son  fils  Prosper 


•       RUE  DES  PETITS-AUGUSTINS.  15 

Bouyn,  conseiller  au  Parlement,  à  Hugues  de  Castellan,  seigneur  de  Castelniore, 
chevalier  servant  de  la  reine  de  Navarre;  elle  était  alors  bornée,  vers  l'ouest, 
par  la  tranchée  de  l'égout.  Deux  ans  plus  tard,  la  partie  méridionale  de  la  pro- 
priété, qui  en  avait  été  retranchée,  formait  une  place  que  l'Université  voulut 
bailler  à  bâtir,  comme  on  le  voit  par  un  toisé  du  t8  février  iSSy,  où  elle  est  dite 
située  entre  ffla  rue  que  l'on  entend  faire  et  continuer,  de  six  toises  de  largeur,  au 
(T  derrière  des  maisons  et  jardins  appartenans  à  monseigneur  de  Montpensier, 
(T  monsieur  du  Serseau  et  aultres  (la  rue  des  Petits-Augustins),  et  ladicte  rue  faicte 
(rpour  l'esgout  du  faulbourg  S' Germaine  (voir  rue  Saint-Benoît).  Cette  place 
avait  douze  toises  et  demie  de  largeur  irpar  le  bout  vers  la  rue  du  Colombier,  à 
«f  distance  de  quatre  toises  du  mur  de  closture  qui  sépare  la  rue  du  Colombier 
(ret  le  fossé  de  l'abbaye;  a  quinze  toises  un  pied  à  l'autre  bout,  trvers  le  mur  de 
tt  clôtnre  du  jardin  de  M.  Bouyn.  n  et  quarante-huit  toises  cinq  pieds  de  profondeur, 
dimension  qui  se  retrouve  encore  dans  le  mur  mitoyen  du  couvent  des  Petits- 
Augustins,  actuellement  l'Ecole  des  Beaux-Arts. 

Sur  les  plans  de  Quesnel  et  de  Mérian  figure  une  ruelle  qui,  longeant  le  mur 
méridional  de  l'hôtel  de  la  Reine,  forme  une  communication  entre  les  rues  des 
Petits-Augustins  et  des  Sainls-Péres;  mais  il  n'est  point  d'autre  indication  de  cette 
ruelle,  et  nous  ignorons  si  elle  a  réellement  existé. 

La  place  dont  il  s'agit  ])arait  avoir  été  comprise  plus  tard  dans  les  six  arpents 
cédés  à  la  reine  Marguerite,  le  3i  juillet  j6oG,  et  elle  lit  ensuite  partie  des  dix- 
sept  cent  trente-deux  toises  du  fameux  jardin  de  Nicolas  Vauquelin,  seigneur  des 
Yveteaux.  Celui-ci  en  fit  acheter  le  terrain  des  Auguslins,  en  trois  lots,  par  le 
nommé  Nicolas  le  Prestre,  sieur  de  la  Chevalerie,  les  la  février  1611,  12  juillet 
161  3  et  8  janvier  1618.  Le  jardin  des  Yveteaux  n'ayant  été  aliéné  qu'en  i65g, 
c'est  postérieurement  à  cette  date  que  furent  bâties  les  maisons  qui  en  couvrent 
aujourd'hui  l'emplacement.  Quant  à  la  maison,  amoindrie,  ainsi  que  nous  venons 
de  le  dire,  par  le  retranchement  de  sa  partie  méridionale,  elle  fut  vendue,  le 
7  juin  iSgg,  ])ar  Renée  Forget,  veuve  de  Castellan,  à  la  dame  Renée  Lebeau. 
veuve  d'Etienne  Hue,  puis  revendue  par  celle-ci,  mais  en  partie  seulement,  si  nous 
ne  nous  trompons,  au  sieur  Gillel,  amjuci  elle  fut  définitivement  adjugée  par 
décret  du  18  février  i6oii.  Du  reste,  il  en  disposait  auparavant,  puisque,  dès  le 
dernier  jour  de  février  i6o3,  il  l'avait  baillée  aux  religieux  de  la  congrégation 
de  Jean  de  Dieu,  plus  connus  sous  le  nom  de  Frères  de  la  Charité,  congrégation 
dont  Henri  IV,  par  lettres  patentes  du  mois  de  mars  1602,  autorisa  l'établisse- 
ment en  France,  suivant  le  désir  de  sa  femme  Marie  de  Médicis. 

La  reine  avait  fait  venir  de  Florence  ces  bienfaisants  hospitaliers,  dont  l'ordre 
avait  été  fondé  à  Grenade,  vers  i^tio,  et  qui  s'étaient  voués  au  soulagement  des 
malades.  Les  Frères  de  la  Charité  se  répandirent  promptement  dans  une  partie  de 


16  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

l'Europe  et  arrivèrent  à  Paris,  où  ils  furent  quelque  temps  sans  trouver  un  lieu 
convenable  pour  s'établir;  ils  s'installèrent  enfin  dans  la  maison  de  Gillet,  La 
reine  paya  d'abord  le  loyer  de  cette  maison;  puis  elle  l'acheta,  le  6  janvier  i6o5, 
et  en  fit  don  à  ses  protégés,  le  5  février  suivant W.  D'importantes  réparations 
durent  y  être  exécutées  après  le  rétablissement  de  la  paix,  car  elle  avait  été  dé- 
vastée au  moment  du  siège  de  Paris,  parce  que  Castellan  tenait  le  parti  du  roi. 
En  lôgi,  elle  n'était  plus  qu'une  masure  renfermant  deux  corps  d'hôtel,  l'un 
sur  le  quai,  mesurant  sept  toises  de  large  et  trois  toises  et  demie  de  profondeur, 
et  l'autre  cren  potences  sur  la  rue. 

Bientôt  la  reine  Marguerite  eut  besoin  de  l'habitation  des  «pauvres  Frères  igno- 
ffransii  pour  la  construction  de  son  nouveau  palais'^'.  Elle  s'en  empara  donc,  en 
les  indemnisant,  le  4  septembre  i6o6,  par  l'abandon  d'une  autre  maison,  située 
rue  des  Saints-Pères,  là  oii  est  maintenant  l'hôpital  de  la  Charité  (voir  rue  des 
Saints-Pères).  La  propriété  de  Gillet  paraît  avoir  formé  le  coin  du  quai,  sur  le- 
quel elle  avait  une  façade;  dans  tous  les  cas,  elle  était  distincte  encore,  en  i6o5, 
d'une  autre  maison  de  la  dame  Renée  Lebeau,  à  laquelle  elle  aboutissait,  suivant 
les  titres (''.  Toutes  deux  furent  absorbées  dans  le  palais  de  la  reine  Marguerite, 
et,  après  la  destruction  de  ce  palais,  le  terrain  qu'elles  avaient  occupé  servit  à 
bâtir  plusieurs  hôtels,  dont  nous  parlons  ailleurs  (voir  art.  du  Sanital). 


Toutefois,  un  terrain  d'un  demi-arpent,  qui  bordait  la  rue  de  la  Petite-Seine  et 
qui  avait  dépendu  de  la  maison  de  Gillet,  est  le  premier  de  ceux  où  fut  établi  le 
Couvent  de  la  Sainte-Trinité,  appelé,  dans  la  suite,  des  Petits-Auglstins. 

Ce  terrain  d'un  demi-arpent,  dont  il  vient  d'être  question,  fut  acquis  de  Jean 
Carrel,  le  ik  mai  i6o8,  par  la  reine  Marguerite,  qui,  le  samedi  26  septembre 
1609,  en  fit  don  aux  Augustins  déchaussés**',  en  y  joignant  : 

1°  Un  grand  jardin  clos,  d'une  superficie  de  deux  arpents  et  demi  et  demi-quartier, 
situé  derrière  la  pièce  de  Carrel '''';  lequel  jardin,  planté  d'arbres  fruitiers,  renfer- 
mant une  maison  et  renfermé  lui-même  dans  une  pièce  de  trois  arpents  un  quar- 


'"'  On  lit  dans  la  Chronologie  septénaire  de  Palma 
Cayet,  année  1606:  «Dans  le  fauxbourg  Sainct- 
(tGermain  des  Prés,  se  sont  établis  les  Frati  igno- 
«ranti,  autrement  dicts  de  Sainct-Jean,  lesquels 
csont  très  sçavants  es  remèdes  de  toutes  maladies, 
fils  s'appellent  ainsi  par  une  façon  de  modestie 
ffet  ne  recherchent  pas  les  disputes  de  paroles,  n 
—  fcCes  religieux  ont  eu  pour  favorable  la  Royne 
irtrès-chreslienne,  qui,  par  sa  piété,  les  a  faict  es- 
-fftablir.  Ils  sont  hospitaliers,  non -seulement  poui- 
ir héberger  les  passants,  mais  aussi  les  malades, 
frmesmes  de  maladies  dangereuses,  les  panser  eux- 
trmesmes  de  leurs  mains,  leur  fournir  des  médica- 


(tments  et  les  nourrir,  n  (Édition  Michaud,  p.  988.) 

'*'  On  les  avait  appelés  Frali  ignoranti  en  Ita- 
lie, parce  qu'ils  n'étudiaient  ni  la  théologie  ni  les 
belles-lettres. 

'''  Les  renseignements  qu'on  y  trouve  sont  fort 
confus  sur  toute  cette  région;  ils  ne  suffisent  point, 
d'ailleurs,  pour  en  faire  bien  comprendre  les  détails 
topographiques. 

'**  C'est  celui  oii  s'élèvent  l'église  et  les  bâtiments 
en  bordure  sur  la  rue  Bonaparte. 

<*'  Ce  jardin  est  demeuré  celui  du  couvent,  et 
c'est  sur  son  emplacement  qu'a  été  construit  le  grand 
bâtiment  de  l'École  des  Beaux-.Arls. 


> 


s  1  V  xl  Ô  V  T  V  K 


I  V  n  Ô 


y. 


■f. 


',<'..   X-y 


•*"H 


L_^ 


^^? 


RUE  DES  PETITS-AUGUSTINS.  17 

tier,  qui  aboutissait  sur  la  rivière,  avait  été  acquis,  le  17  mars  1608,  des  jardiniers 
Louis  Charly  et  Antoine  Dalleray,  après  avoir  été  acheté  par  Mathieu  Aubourg,  les 
16  octobre  1  600  et  i3  février  1601,  des  frères  Lefèvre  et  de  Julienne Bouchardeau; 

9°  Six  arpents  du  Grand-Pré-aux-Clercs,  cédés  par  l'Université,  le  3i  juillet 
1606  (voir,  dans  le  second  volume  de  cet  ouvrage,  la  notice  sur  le  Grand-Pré- 
aux-Clercs). 

Sur  le  terrain  de  Carrel,  contigu,  vers  le  nord,  au  palais  de  la  Reine,  et  borné, 
du  côté  de  l'occident,  par  l'égout  du  faubourg,  avait  été  élevé  tt  un  logis  de  trois 
r travées  1?  avec  une  chapelle  «bastie  d'une  nouvelle  façon,  en  forme  d'exagone,Ti 
et  couverte  d'un  dôme.  La  première  pierre  en  avait  été  posée  le  21  mars  1608, 
d'après  l'inscription  suivante,  gravée  en  lettres  d'or  sur  une  plaque  de  marbre, 
qu'on  y  voyait  près  de  la  porte:  «Le  21  mars  mil  six  cens  huict,  la  royne  Mar- 
r  guérite,  duchesse  de  Valois,  petite  fille  du  grand  roy  François,  fille  du  bon  roy 
ff  Henry,  sœur  de  trois  rois,  et  seule  restée  de  la  race  des  Valois,  ayant  esté  visitée 
(ret  secourue  de  Dieu  comme  Job  et  Jacob,  et  lors  luy  ayant  voué  le  vœu  de 
«Jacob,  et  Dieu  l'ayant  exaucée,  elle  a  basti  et  fondé  ce  monastère  pour  tenir  lieu 
frdo  l'autel  de  Jacob,  où  elle  veut  que  perpétuellement  soient  rendues  actions  de 
ff  grâces,  en  recognoissance  de  celles  qu'elle  a  receues  de  sa  divine  bonté.  Et  a 
r  nommé  ce  monastère  de  la  Saincte  Trinité,  et  cette  chapelle  des  Louanges,  où 
«telle  a  logé  les  Pères  Augustins  réformez  deschaux. ■" 

Les  religieux  choisis  par  la  reine  Marguerite  pour  accomplir  le  vœu  qu'elle 
avait  fait,  lorsqu'elle  se  trouvait  en  danger  de  mort  au  chcUeau  d'ilsson,  étaient 
au  nombre  de  vingt,  soit  six  prêtres  et  quatorze  frères.  Ils  avaient  à  leur  tète  le 
P.  Mathieu  de  Sainte-Françoise  et  le  P.  François  Amel,  qui  avait  obtenu,  dès  le 
26  juin  I  607,  une  aulorisalion  royale  d'établissement  pour  le  nouvel  ordre,  dont 
il  fut  le  principal  |)romoteur.  Ce  môme  religieux  remplissait  les  fonctions  de  pré- 
dicateur ordinaire  de  la  Reine;  mais  il  ne  conserva  pas  longtemps  sa  faveur.  Ne 
rencontrant  [)oint  chez  lui  autant  d'indulgence  ([u'elle  l'eût  désiré  pour  couvrir 
les  désordres  de  sa  vie,  elle  s'avisa  tout  d'un  coup  que  les  moines,  par  elle  dotés 
de  six  mille  livres  de  rente,  ne  pouvaient,  suivant  fleurs  constitutions,  posséder 
-aucunes  rentes,  ne  possessions,  ny  mesmes  chanter  à  note,  qui  étoient  choses  du 
irtout  contraires  à  son  intention.-!'  Elle  les  renvoya  donc  en  1612,  et,  par  contrat 
du  1  3  avril  1 6 1 3 ,  elle  leur  substitua  les  Augustins  réformés  de  la  province  de 
Bourges,  dits  Petits- Auguslins.  Elle  avait  promis  à  ceux-ci  de  leur  construire  une 
grande  église;  mais  elle  mourut  avant  d'avoir  tenu  sa  parole. 

La  première  pierre  de  l'église  des  Petits- Augustins  fut  posée,  le  i5  mai  1617, 

par  la  reine  Anne  d'Autriche,  et  l'édifice,  achevé  au  bout  de  deux  années,  fut 

dédié  sous  l'invocation  de  saint  .\icolas  de  Tolenlin.  Les  bâtiments  du  cloître, 

commencés  le  27  juin  1619,  et  utilisés  comme  musée,  après  la  suppression  du 

III.  3 


18  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

monastère  en  1790,  font  actuellement  partie  de  l'Ecole  des  Beaux-Arts.  iNous  en 
donnons  un  plan  dressé  par  M.  Albert  Lenoir. 

Noue  ou  PEIIIE-SEmE.  On  a  bien  souvent  parlé  de  ce  canal,  mais  toujours 
avec  inexactitude  et  sans  parvenir  à  éclaircir  les  nombreuses  questions  qui  s'y  rat- 
tachent. L'origine  de  la  Noue,  par  exemple,  est  demeurée  fort  obscure,  et  Dulaure 
ne  l'a  certes  point  élucidée,  en  supposant  que  la  Petite-Seine  fut  d'abord  un  fossé 
destiné  à  limiter  le  palais  des  Thermes.  Une  pareille  opinion  ne  se  discute  pas; 
c'est  de  l'érudition  de  fantaisie. 

Pendant  le  procès  de  ibkS,  l'avocat  de  l'Université  répondit  aux  assertions 
des  religieux  de  Saint-Gerraain-des-Prés,  en  leur  rappelant  que  la  Noue  n'avait 
été  creusée  qu'à  l'époque  où  l'on  entoura  de  fossés  le  monastère.  On  pourrait 
citer,  à  l'appui  de  cette  assertion,  l'expression  de  Fosse  neuf,  appliquée  à  la  Noue 
dans  une  charte  de  i368,  c'est-à-dire  contemporaine  de  ce  travail.  Nous  pensons 
toutefois  que  la  Petite-Seine  existait  bien  antérieurement,  et  que  si,  en  i368, 
on  l'énonçait  «  un  fossé  neuf,  n  c'est  uniquement  parce  qu'elle  avait  été  depuis  peu 
élargie  et  approfondie,  à  l'occasion  de  la  création  des  fossés  de  l'abbaye.  Nous  ne 
croyons  pas,  en  effet,  qu'il  soit  possible  d'expliquer  autrement  le  passage  d'une 
transaction  de  1  299 ,  où  il  est  fait  mention  d'un  fossé  attenant  au  Pré-aux-Clercs, 
ainsi  qu'aux  muiailles  de  l'abbaye,  et  débouchant  dans  la  Seine  :  rr Extra  muros 
trabbatie  predicte  conjunctos  cum  ipso  fossato,  juxta  pralum  nostrum  (Universi- 
fftatis),  versus  locum  in  quo  cum  Sequana  conjungitur  predictum  fossatum.fl 
Qu'est-ce  que  ce  fossé?  Evidemment  la  Petite-Seine ''l 

11  y  a  tout  lieu  de  croire  que  la  Petite-Seine  avait  été  creusée  originairement 
afin  qu'on  pût  conduire  des  barques  chargées  jusque  sous  les  murs  du  monastère, 
et  cr  amener  des  bateaux  de  boys  et  autres  dedans  ladicte  abbaye,  pour  la  provi- 
trsion  d'icelle.  n  Ces  conjectures  sont  confirmées  par  un  procès-verbal  de  bornage 
dressé  en  i5i5.  Subsidiairement,  la  Petite-Seine  alimentait  d'eau  les  fossés  du 
couvent;  aussi  l'appelle-t-on,  dans  un  acte  de  ikk^,  rrung  grant  fossé  par  le- 
fcquel  se  vuyde  l'eaue  des  fossez  de  ladite  église  et  abbaye  dudit  Saint-Germain 
trà  Seine.  T  Elle  était  poissonneuse,  et  le  droit  d'y  pêcher  appartenait  aux  moines. 
Utihsée  comme  voirie,  elle  fut  comblée  imparfaitement  entre  i53o  et  iBio,  et, 
comme  elle  demeurait  à  sec,  excepté  dans  les  temps  de  hautes  eaux,  elle  devint 
une  sorte  de  voie  basse  qu'on  appelait  crie  chemin  creux, ti  par  opposition  au 
(t  hault  chemin ,  v  pratiqué  sur  sa  berge. 

'''  Dans  les  plaidoiries  du  procès  de  i548,  on  «environ,  qu'il  y  avoit  un  foss<5  entre  le  Grand  el 

trouve  cette  explication  donnée  par  le  substitut  du  rrle  Petit  Pré   des   Escholiers,  faisant  séparation 

procureur  général  :  rrd'iceux,  qui  commençoit  à  la  poterne  de  l'abbaye 

ffll  fault  entendre  qu'il  y  a  it  trois  cents  ans,  ou  rret  alloit  à  !a  Seine.  t> 


RUE  DES  PETITS-AUGUSTINS. 


19 


A  l'époque  où  la  Petite-Seine  était  encore  navigable,  c'est-à-dire  au  commence- 
ment du  xvi^  siècle,  on  la  nommait  la  Noue,  k  fossé  de  la  Noue,  et,  vraisemblable- 
ment aussi,  la  Petite  Seine,  puisque  la  rue  des  Petits-Augustins  a  été  d'abord 
nommée  rue  de  la  Petite-Seine.  Toutefois,  il  n'est  point  nn  seul  titre,  à  notre  con- 
naissance, où  la  Noue  soit  ainsi  désignée.  Si  l'appellation  de  Petite-Seine  se  re- 
trouve très-fréquemment  dans  les  archives  de  labbaje,  c'est  constamment  pour 
désigner  un  territoire  qui  était  situé  près  de  l'île  Maquerelle,  et  dont  nous  avons 
eu  une  peine  extrême  à  déterminer  l'identité,  par  suite  du  défaut  de  clarté  des 
textes  et  des  idées  fausses  que  nous  avaient  suggérées  les  historiens.  (Voir,  dans 
le  second  volume  de  cet  ouvrage,  le  deuxième  triage  des  terres  en  culture.) 

La  largeur  réelle  de  la  Petite-Seine,  à  partir  du  (juai  Malaquais,  est  mal  indi- 
<|uée  partout,  car  on  a  constamment  répété,  d'après  Du  Boulay  et  Pourchot,  qu'elle 
mesurait  quatorze  toises.  Or  les  fouilles  qu'on  exécuta  au  mois  d'août  i568, 
afin  de  reconnaître  où  passait  jadis  la  Petite-Seine,  pernn'rent  de  constater  que, 
à  l'endroit  de  la  première  tranchée,  près  de  la  rivière,  elle  était  large  de  onze 
toises  seulenjent,  et  qu'elle  allait  ensuite  en  se  rétrécissant,  de  façon  à  ne  plus 
offrir  que  huit  toises  et  demie  de  largeur,  à  la  dernière  tranchée,  près  des  fossés  de 
l'abbaye.  On  constata  également  que  la  largeur  du  fond  ne  dépassait  point  cinq 
toises,  les  parois  étant  disposées  en  talus  et  «  venant  en  quelque  manière  de  roton- 
rdité  par  les  angles  basses,  à  cause  du  roulement  des  terres,  n 

Le  procès-verbal  des  fouilles  de  i5^8  nous  fournit,  en  outre,  quelques  données 
précises  sur  l'emplacement  du  canal,  dont  il  ne  subsiste  aucune  trace  et  dont  les 
restitutions  graphiques  son!  purement  arbitraires.  A  la  hauteur  de  la  troisième 
tranchée,  où  le  canal  était  large  de  dix  toises,  l'espace  entre  la  berge  orientale 
et  le  mur  des  jardins  de  Bastonneau  (l'hôtel  de  la  Hochefoucault)  mesurait  seize 
pieds.  Vis-à-vis  de  la  deuxième  tranchée,  où  le  canal  était  pareillement  large  de 
dix  toises,  il  était  distant,  de  douze  pieds,  de  la  maison  de  Jacques  de  Mesmes. 
Knlin,  au  droit  de  la  première  tranchée,  là  où  la  Noue  était  large  de  onze  toises, 
la  rue,  sur  un  espace  de  douze  pieds,  n'avait  point  été  prise  sur  l'emplacement 
du  canal;  le  reste  occuj)ait  une  zone  de  trois  toises  deux  pieds,  »!l  la  maison 
de  Houyn  sept  toises  quatre  pieds"'.  Or,  l'alignement  des  maisons  de  Baston- 


''  Un  lit,  en  eflet,  au  fol.  80  <lii  dossier  relatif 
au  procès  do  i5^i8  : 

" Dcdnns  laquelle  largeur  de  unze  toises 

"de  fosse,  par  hault.  à  l'endroit  de  la  dicte  maison 
Tcludirt  Bouyn.  icellc  maison  d'icellny  Houyn,  qui 
-contient  ««"pl  toises  quatre  piedz  de  largeur,  de 
ffleliorscn  dehors,  est  assize  et  situde.  Et  le  reste 
rdu  dict  fosse,  qui  est  de  trois  toises  deux  piedz 
rplus  large  que  la  dicte  maison  du  dict  Bouyn.  se 


ir |M>urcliasje  et  cxtend  sur  la  rue  et  chemin  qui  n 
-est^  faicte  entre  la  dicle  maison  et  jardin  d'icellny 
'Bouyn  et  les  maisons  et  jardins  de  monsieur  Jehan 
"Jacques  de  Mesmes,  maistre  Françoys  Baston- 
rrneau  et  autres,  de  costé  du  Petit  Pri*  et  de  l'hos- 
«rtel  de  Nelles;  de  sorte  que  la  dicte  rue  elchemyn 
«qui  y  est  aujourd"huy  est  faict  dedans  le  dici 
(f fosse,  excepté  douze  piedz  de  largeur  en  droit  la 
"•première  tranchée,  près  la  dicte  maison  d'icelluy 

3. 


20  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

iieau  et  de  .1.  de  Mesmes  s'étant  maintenu  jusqu'à  nos  jours,  nous  pouvons  sans 
hésitation  fixer  le  passage  du  canal  devant  ces  maisons.  Pour  déterminer  ensuite 
la  largeur  et  la  direction  de  la  Noue,  dans  le  voisinage  de  la  rivière,  i\  faut  tenir 
compte  de  l'inflexion  de  l'alignement  moderne,  un  peu  difl"érent  de  l'alignement 
ancien.  Cette  condition  observée,  on  reconnaît  que  la  berge  du  canal,  vers  Paris, 
devait  passer  très-près  du  point  où  se  trouve  l'encoignure  actuelle  de  la  rue  Bona- 
parte, du  côté  de  l'Institut. 

On  franchissait  le  canal  de  la  Petite-Seine,  en  amont,  au  moyen  d'un  petit 
pont  qui  était  situé  au  droit  de  la  rue  du  Colombier,  et  dont  la  destruction  fut 
causée  parle  comblement  du  canal.  En  aval,  il  ne  semble  point  qu'il  y  ait  eu  un 
second  pont.  Dans  le  rapport  rédigé  après  les  fouilles  de  1 5/i8 ,  on  lit  que  les  jurés 
admettaient  la  présence  du  haut  chemin  sur  la  rive  orientale  de  la  Noue,  attendu 
que,  disaient-ils,  ce  on  n'eust  sçeu  passer  le  travers  dudict  fossé  et  chemyn  creux, 
«quant  les  eaues  y  estoient,  du  costé  de  la  rivière  de  Seine,  sans  y  avoir  ung  pont 
«dont  ne  nous  est  apparu  aucune  chose;  mais,  le  long  du  chemyn,  du  costé  des  fossés 
(fd'icelle  abbaye,  on  passoit  par  le  petit  pont  dessus  mentionné,  et  venoit-on  par 
ttle  bault  chemyn,  que  nous  estimons  avoir  esté  du  costé  du  Petit  Pré,  au  port 
(fde  Nesles,  sans  plus  ouitre  traverser  ledicl  fossé,  appelle  le  Chemyn  creux. n 

CÔTÉ  ORIENTAL 

DE  LA  RUE  DES  PETITS-AUGUSTINS. 


Ce  côté  était  formé,  d'abord,  par  le  derrière  des  maisons  en  censive  de  Saint- 
Germain-des-Prés,  lesquelles  avaient  leur  entrée  dans  la  rue  de  Seine  (voir  à  l'ar- 
ticle de  cette  rue),  telles  que  l'hôtel  de  Ventadour  et  de  Montpensier;  puis,  par  la 
partie  latérale  de  deux  autres  hôtels  en  censive  de  l'Université,  celui  de  Burgensis, 
faisant  le  coin  septentrional  delà  rue  des  Marais,  plus  tard  à  Nicolas  Des  Yveteaux, 
et  la  maison  de  Du  Cerceau,  formant  l'angle  méridional  de  la  rue  des  Marais 
ainsi  que  le  coin  septentrional  de  la  rue  du  Colombier  (voir  Rue  du  Colombier). 


«tBouyn;  aussi  douze  piedz  de  largeur  en  droit  la 
rrseconde  tranchée,  à  l'endroit  du  jardin  d'icelluv 
ffde  Mesme;  seize  piedz  de  largeur,  à  l'endroit  du 
rtjardin  de  Bastonneau.  à  la  tierce  tranchée;  le  tout 
irdu  dict  costé  du  dict  Petit  Pré  et  hostel  de  Mesmes. 
'Et  à  la  quatriesme  et  cinquiesrae  tranchées,  ne 
(tsçaurions  donner  mesure  ne  distance,  pour  ce  que 
irce  sont  terres  vacques  et  où  il  n'y  a  nul  basli- 
(rment.  Aussi  avons  trouvé  que  le  jardin  du  dict 
ff  Bouyn  est  de  plus  grant  latitude  et  spaciosité  que 
rrsa  maison  et  corps  de  logis,  et  s'enclave  et  entre- 
(rprent  le  dict  jardin,  du  costé  du  Grant  Pré  aux 


ff Clercs,  ouitre  la  douve  et  haull  du  dict  fossé  ap- 
trpellé  chemyn  creux,  de  huic'.  toises  et  ung  pied 
iret  deniy  de  largeur,  eomprins  l'espoissenj-  du 
ffmur  de  la  closture  du  dict  jardin,  du  dict  costé 
rrdu  dict  Grant  Pré  aux  Clercs,  à  prandre  à  l'en- 
(rdroictde  la  dicte  maison  et  corps  de  logis  d'icelluv 
ffBouyn.  Et  à  l'endroict  de  la  quatriesme  tranchée, 
frenviron  le  meilleur  du  dict  jardin ,  icelluy  jardin 
trse  pourchasse  et  extend  du  costé  du  dict  Grant 
rrPré  au\  Clercs,  de  six  toises  cinq  piedz  et  deniy 
tfde  largeur,  aussi  compris  l'espoisseur  du  dict  mur 
ffde  closture »  (Arch.  nat.  carton  S  6188.) 


s  RUE  SAliNT-BENOlT.  21 

RUE   SAINT-BENOIT. 

1^  rue  Saint-Benoît  commence  à  la  rue  Jacob  et  finit  au  carrefour  Saint- 
Benoît  (place  Saint-Germain-des-Prés). 

Avant  que  l'abbaye  Saint-Germain  fût  munie  de  fossés,  le  long  de  son  enceinte, 
vers  l'ouest,  il  existait  sans  aucun  doute  un  chemin  semblable  à  ceux  qui  longeaient 
celte  enceinte  du  côté  du  midi  et  du  côté  du  nord.  11  est  même  parlé  assez  clai- 
rement de  cette  voie  dans  une  charte  de  laSg,  que  nous  citerons  à  l'article  de 
la  chapelle  de  Saint-Martin  des  Orges  (voir  Bue  du  Colombier).  Du  Boulay  dit  que 
ce  chemin  occidental  s'appelait  la  me  des  Varhes,  ce  qui  n'est  point  absolument  in- 
vraisemblable, puisque  la  rue  de  l'Égout,  prolongeant  la  rue  Saint-Benoît,  a  reçu 
le  nom  de  rue  des  Vaches;  néanmoins  plusieurs  raisons  nous  engagent  à  croire 
(|ue  Du  Boulay  a  fait  confusion  <''.  Quoi  qu'il  en  soit  de  cette  opinion  ,  il  est  certain 
que  la  rue  Saint-Benoît  tire  son  origine  du  chemin  qu'on  établit  le  long  des  fossés 
creusés  en  i3()8,  et  dont,  vers  le  couchant,  l'enqdacemont  fut  pris,  pour  la 
majeure  partie,  aux  dépens  des  terrains  du  Grand-Pré-aux-Clercs.  Or,  le  7  fé- 
vrier i5/itj,  l'abbé  du  monastère  permit  à  ses  religieux  w  de  parachever  la  clôture 
«f  de  sept  arpens  de  terre,  pour  iceux  joindre  aux  murailles  de  l'abbaye,  et  faire 
(f  fossés  et  réservoirs  à  poisson '*';  a  ce  qui  signifie  que,  quand  on  transforma  en 
vivier  le  fossé  du  couvent,  on  voulait  prolonger  jusqu'à  son  enceinte  les  murailles 
de  la  courtille. 

A  la  suite  d'incidents  sur  lesquels  nous  reviendrons,  et  dès  le  7  mars  i5/i3, 
les  moines  réalisèrent  leur  projet,  ce  qui  causa  la  suppression  complète  du  chemin 
latéral  au  fossé.  Toutefois,  ce  nouvel  état  de  choses,  fort  contraire  aux  droits  de 
l'Université,  ne  subsista  pas  longtemps,  car,  le  10  juillet  i5^8,  c'est-à-dire 
immédiatement  après  la  grande  émeute  d'écoliers  que  nous  racontons  ailleurs,  le 
Parlement  ordonna  la  réouverture  de  »  l'ancien  chemin  qui  estoit  derrière  les 

(r murailles  de  ladicle  abbaye, n lequel  avait  (testé  eslouppé  (bouché)  par  les 

ff  murailles  du  cloz  do  ladicte  abbaye,  u  et  laissait  des  traces  faciles  à  retrouver.  La 
même  prescription  fut  répétée  dans  l'arrêt  définitif  de  i55i,  où  il  est  dit  que, 
«relativement  à  ....  la  délivrance  et  restablissoment  de  l'ancien  chcmyn  qui 
ffsouloit  eslre  derrière  et  le  long  des  fossez  de  ladicle  abbaye,  commençant  par 
ffhault  au  carrefour  de  la  rue  aux  Vaches  (carrefour  Saint-Benoît)  comme  ancien, 
ffsera  et  demourera  ouvert,  et  de  la  largeur  de  dix-huit  pieds,  à  icelluy  com- 
(rmencer  par  hault  audict  carrefour  aux  Vaches,  et  continuera  le  long  des  fossez 

'■'  Mftn.  hinl.  êur  In  propriété  du  Pré  aux  Clerc* ,  conlribiie  à  nous  faire  rejeter  la  première  asser- 

p.  60a.  —  Du  lloulay  dit  en  même  temps  que  la  lion. 

me  Sainl-Benoll  s'est  appelée  le  Grand  et  le  Haut  '*'  Inventaire  de  l'Abbaye.  (Arcb.  nat.  reg.  LL 

Chemin,  ce  qui  est   assurdnienl  une  mëpri«c  et  ti^45.  p.  tiy.) 


22  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

trd'iceUe  abbaye;  et  à  l'endroit  où  souloit  estre  le  ponceau,  à  présent  descouvert, 
«dndict  lieu,  en  touinant  un  peu  à  main  dextre,  se  continuera  de  pareille  lar- 
ff  geur  le  long  du  Petit  Pré  aux  Clercs  et  jusqu'à  la  rivière  de  Seine,  v  Ce  parcours 
est  représenté  aujourd'hui  par  la  rue  Saint-Benoît,  une  partie  de  la  rue  Jacob  et 
de  la  rue  Bonaparte,  ou  des  Petits-Augustins. 

Le  9  mars  1677,  le  Parlement  rendit,  relativement  à  l'écoulement  des  eaux 
croupies  de  la  rue  Taranne  (de  l'Égout),  un  arrêt  contradictoire  entre  les  manants 
du  faubourg  Saint-Germain,  d'une  part,  et,  d'autre  part,  les  moines  de  l'ab- 
baye, le  Prévôt  des  Marcliands  et  le  sieur  de  Taranne'".  Cet  arrêt,  dont  les  habi- 
tants du  faubourg  réclamaient  l'exécution  le  3o  octobre  suivant,  ayant  été  sans 
effet,  parce  que  personne  ne  voulut  contribuer  aux  dépenses  qu'il  s'agissait  de 
faire,  le  Parlement  en  rendit  un  autre,  à  la  date  du  16  juin  1678.  Prenant  en 
considération  «  l'inconvénient  de  l'air,  qui  pouvoit  estre  infecté  au  moyen  des 
tteauesTi  stagnantes  de  la  rue  de  l'Egout,  il  ordonna  que  les  frais  des  avuidanges 
et  des  terres,  pantes  et  pavez  nécessaires  a  incomberaient  par  tiers  aux  habitants  du 
faubourg,  à  la  Prévôté  des  Marchands  et  à  l'abbaye. 

Le  28  août  suivant,  il  fut  défendu  au  Corps  de  Ville  et  à  l'Université  de  trou- 
bler les  habitants  du  faubourg,  en  les  empêchant  de  pratiquer  l'égout  projeté, 
pendant  qu'on  procéderait  à  la  levée  de  la  taxe,  dont  les  conseillers  Jacques Biisart 
et  Pierre  VioUe  furent  nommés  commissaires  répartiteurs,  le  i5  juin  i579-  Un 
autre  arrêt,  du  16  décembre  delà  même  année,  ayant  décidé  que  l'inspection  et 
la  conduite  des  travaux  appartiendraient  au  Prévôt  de  Paris  et  au  Prévôt  des  Mar- 
chands, on  se  mit  à  l'œuvre,  et  l'on  creusa  un  égout  à  ciel  ouvert.  Cet  égouf. 
voûté  en  16/10,  subsiste  encore  sous  le  sol  de  la  rue  Saint-Benoît.  H  ne  fut. point,' 
au  reste,  immédiatement  conduit  jusqu'à  la  rivière,  car  on  en  abandonna  les 
travaux  lorsque  la  tranchée  eut  atteint  les  environs  de  la  rue  du  Colombier. 
Demeurant  ainsi  sans  issue,  l'égout  déversa  sur  le  Pré-aux-Clercs  un  nouveau 

cloaque ,  où  a  les  immundices  s'arrestoient au  danger  du  publicq.  v  L'Université 

s'en  émut  et  réclama  l'achèvement  de  la  tranchée  jusqu'à  la  Seine,  ce  que  pres- 
crivit un  arrêt  du  Parlement,  du  5  août  i586(-),  rendu  à  la  suite  d'un  arrêt  ana- 
logue, en  date  du  6  septembre  i585. 

Le  7  août  de  cette  dernière  année,  la  Cour  avait  aussi  décidé  qu'on  prierait  la 
Reine  de  faire  autoriser  par  le  Roi  un  emprunt  de  deux  mille  écus,  montant  de  la 
part  de  la  Ville  dans  la  dépense  motivée  par  l'exécution  de  l'arrêt  de  1  678.  Celui 

<''  Il  avait  ('lé  prt^cédé  d'un  premier  arrêl,  en  l'ouvrage  de  Fëlibien  et  les  archives  de  l'Abbaye, 
date  du  9  juillet  1676,  qui  se  rapportait  au  même  '^'  Il  semble  pourtant   que   la    tranchée   était 

sujet,  mais  que  nous  n'avons  pas  plus  retrouvé  achevée  avant  cette  date,  puisque,  dans  l'acte  de 

dans  les  registres  du  Parlement  que  les  divers  vente  du  7  septembre  i585,  cité  plus  haut,  la 

autres  arrêts  dont  nous  parlons  ici.  L'indication  maison  de  Bouyn,  aboutissant  sur  le  quai ,  est  dite 

nous  en  est  fournie  par  les  archives  de  l'Université,  tenir  trà  une  tranchée  nouvellement  faicte.  ^ 


*  RUE  SAINT-BENOIT.  23 

de  i586  autorisa,  de  plus,  l'Université  à  prolonger  la  rue  Saint-Benoît  dans  la 
direction  du  quai,  et  à  bailler  les  terrains  riverains  de  la  tranchée,  à  charge  par 
les  preneurs  de  Mtir  et  de  balayer  chaque  jour  devant  leur  lot.  11  existe  un  procès- 
verbal  de  toisé  de  ces  terrains,  énoncés  les  tr places  que  lesd.  sieurs  (de  l'Univer- 
(Tsité)  entendent  bailler  à  rente  pour  y  bastir  et  faire  closture,  le  long  des  deux 
ffcostez  de  la  rue  naguères  faicte  de  neuf  le  long  dudict  pré,  pour  l'esgout  de  la 
r  rue  de  Tournon  (Taranne)  en  la  rivière,  et  enipescher  que  les  chevaulx,  harnoys 
(tet  gens  de  pied,  qui  passent  ordinairement  par  ledict  pré  et  qui  le  détériorent 
(ret  gastent,  n'y  puissent  plus  passer,  ne  y  porter  d'ordures  et  immundices  comme 
srl'en  faict  à  présent.-? 

L'une  des  places,  profonde  de  huit  toises  et  longue  de  (juatre-vingt-dix-huit 
toises  cinq  pieds,  longeait  la  rue  Saint-Benoît  et  s'étendait,  en  réalité,  de  la  pre- 
mière à  la  trente -troisième  borne  du  Grand-Pré;  l'autre  place  était  comprise 
entre  la  rue  de  la  Petite-Seine  (des  Petits-Augustins)  et  la  rue  Saint-Benoît  pro- 
longée, laquelle  est  nommée,  dans  le  toisé,  tria  rue  faicte  pour  l'esgout  du  faul- 
ff  bourg  Saint-Germain,-)  et,  dans  un  titre  de  i588,  crrue  neufvc  prenant  depuis 
(fia  rue  Tarenne,  du  costé  de  la  rivière. t)  Il  ne  semble  pas  cependant  qu'on  ait 
jamais  commencé  à  y  bâtir,  et  le  projet  en  était  abandonné  cpiand  le  (juartier  se 
couvrit  d'habitations.  Entre  la  rue  Jacob  et  le  quai,  l'égout,  au  contraire,  a  tou- 
jours été  conservé,  et  il  est  encore  aujourd'hui  en  usage,  après  avoir  été  restauré 
dans  le  dernier  siècle.  Il  avait  été  partiellement  recouvert,  en  1608,  par  la  reine 
Marguerite,  irainsy  qu'il  est  justifié  par  le  journal  que  cette  princesse  tenoit  elle- 
rrmême  des  ouvrages  de  cette  construction,  a  est-il  dit  dans  un  mémoire  de  1  789  : 
le  reste  fut  voûté  en  vertu  d'une  transaction  de  t6ti.  (Voir,  dans  le  second  vo- 
lume de  la  Région,  la  fin  de  la  notice  sur  le  Pré-aux-Glercs.) 

La  rue  Saint-Benoît  s'appelait,  en  iSSy,  irla  rue  de  l'Esgout,)»  ou  cla  rue  faicte 
(rpour  l'esgout  du  faulbourg  Saint  Germain, n  et,  en  1609,  tria  rue  de  l'Esgout  de 
(t derrière  les  fossés  de  l'Abbaye. n  Dans  une  permission,  accordée  le  i5  février 
1687  à  Denis  Allan  et  Pierre  Gaudeau,  d'y  passer  avec  c  leurs  harnoys  et  che- 
(T  vaulx,î)  elle  est  considérée  comme  la  continuation  de  la  rue  de  lEgout-du-Four, 
et,  pour  cela,  nommées  rue  de  Tarenne  au  long  du  jardin  du  s'  de  Sansac.  d 
Vei-s  1 6/10 ,  elle  a  été  dite  rue  des  Fossés-Saint-Germain,  et,  dans  un  acte  de  16/42. 
(true  des  Esgoulz.  à  présent  appellée  de  Sainct  Benoist. n  Le  nom  de  Saint-Be- 
noît, fondateur  de  la  règle  suivie  par  les  moines  de  l'abbaye,  avait  été  donné  à  la 
voie  dès  i6/ii,  lorsqu'on  vendit,  pour  y  bâtir,  la  partie  des  fossés  s'étendant  du 
carrefour  Saint-Benoît  à  la  porte  Papale. 

CÔTÉ  ORIENTAL. 

Le  côté  oriental  de  la  rue  Saint-Benoît  était  formé  par  le  fossé  de  l'abbaye. 
Entre  la  rue  du  Golombier  et  la  porte  Papale,  au  lieu  qu'on  nommait  le  Vivier,  il 


U  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

était  large  de  dix  toises  et  avait  sa  contrescarpe  parallèle  aux  muis  de  l'abbaye. 
Au-dessus  de  la  porte  Papale,  et  au  moins  depuis  la  création  de  l'égout,  le  fossé 
allait  en  se  rétrécissant,  de  façon  à  ce  que  la  contrescarpe  passât  fort  près  de  la 
tour  d'encoignure  du  redan  de  l'enceinte  du  couvent.  Au  delà  du  redan,  la  con- 
trescarpe redevenait  parallèle  aux  murs  de  l'abbaye,  comme  le  montre  le  plan  de 
1  568  ;  mais  cet  état  de  choses  paraît  avoir  été  modifié  avant  l'année  1661,  durant 
laquelle  les  terrains  du  fossé,  entre  le  carrefour  Saint-Benoît  et  la  porte  Papale, 
furent  baillés  à  bâtir  en  cinq  lots. 

CÔTÉ  OCCIDENTAL. 

Du  côté  occidental  de  la  rue  Saint-Benoît,  se  trouvait  la  courtille  de  l'abbaye, 
comprenant  le  derrière  de  la  maison  de  Sansac,  puis  le  Pré-aux-Clercs,  dont  les 
terrains  restèrent  dépourvus  de  constructions  jusqu'en  161 3,  époque  où  les  Au- 
gustins,  à  qui  la  reine  Marguerite  les  avait  donnés,  les  vendirent  à  des  particuliei-s. 
Les  moines  de  Saint-Germain  vendirent  également,  en  161 5,  des  places  dépen- 
dant de  la  courtille  et  situées  en  bordure  sur  la  rue  Saint-Benoît. 


RUE   BEURRIERE. 

La  rue  Beurrière  comuiençait  à  la  rue  du  Four  et  finissait  à  la  rue  du  Vieux- 
Colombier.  Elle  a  été  absorbée  par  le  percement  de  la  rue  de  Rennes,  l'élargisse- 
ment de  la  rue  du  Vieux-Colombier  et  le  prolongement  de  la  rue  Madame. 

Jaillot  a  commis,  à  propos  de  cette  rue,  une  erreur  analogue  à  celle  dans 
laquelle  il  est  tombé  à  l'occasion  de  la  rue  du  Cœur-Volant.  Il  a  avancé,  en  efl'et, 
que  la  rue  Guillemin  était  la  voie  ancienne  qui  conduisait  de  la  rue  du  Four  au 
territoire  de  Cassel,  tandis  qu'il  considérait  la  rue  Beurrière  comme  moderne; 
c'est  le  contraire  qui  est  vrai. 

Puisqu'une  seule  des  deux  rues  existait  au  commencement  du  xvn*  siècle,  ainsi 
qu'il  ressort  de  tous  les  documents,  la  question  consiste  à  déterminer  laquelle  a 
été  ouverte  postérieurement  à  l'autre.  Pour  résoudre  le  problème,  il  n'est  point 
nécessaire  d'invoquer  les  présomptions  si  concluantes  qui  naissent  de  la  comparai- 
son des  abgnements  des  deux  voies,  et  du  lotissement  si  caractéristique  de  leurs 
propriétés  riveraines;  nous  nous  abstiendrons  même  de  parler  des  résultats  très- 
précis  que  nous  ont  donnés  nos  restitutions;  nous  nous  bornerons  à  citer  un  fait 
rendant  toute  incertitude  impossible.  Dans  les  archives  des  Dames  de  la  Miséri- 
corde, dont  le  couvent  était  situé  rue  du  Vieux-Colombier,  à  l'orient  de  la  rue 
Guillemin,  il  existe  une  transaction  du  8  octobre  i63o,  relative  à  une  place  pro- 
fonde de  douze  toises  et  large  de  dix  rsur  la  rue  Neufve,  qui,  est-il  dit  dans 


>  RUE  BEURRIÈRE.  25 

l'acte,  sera  faiete  sans  aucune  traverse, d  et  en  laquelle  «ruelle  nouvelle n  les 
preneurs  du  terrain  seraient  tenus  de  faire  paver  devant  leur  lot,  lorsqu'il  y  aurait 
lieu.  Or  on  voit,  par  des  titres  postérieurs,  que  la  place  baillée  en  i  63o  est  celle 
où  s'élevèrent  deux  maisons  faisant  front  sur  la  rue  Guillemin  et  aboutissant  au 
couvent  de  la  Miséricorde,  dont  elles  constituèrent  des  dépendances.  11  est  donc 
matériellement  établi  que  la  rue  Beurrière  est,  des  deux  voies,  la  plus  ancienne,  et 
que  Sauvai  ne  se  trompait  pas  en  donnant  l'épithète  de  nouvelle  à  la  rue  Guillemin. 

Le  four  bannier  de  l'abbaye  était  placé  dans  la  maison  faisant  le  coin  oriental 
de  la  rue  du  Four  et  de  la  rue  Beurrière;  aussi  avons-nous  trouvé  cette  dernière 
appelée  iniella  Fuiiii,  dans  une  charte  de  i  ^66  ('';  ruella  que  dicitur  ruclla  de  Furno, 
dans  une  autre  de  i  271,  et  ir ruelle  du  Four  Banniern  en  1612  et  i5to.  Comme 
elle  débouchait  devant  l'hôtel  ou  territoire  de  Cassel,  elle  a  été  énoncée  «ruelle 
rde  Quassayn  (sic)  (lilog);  (truelle  par  ofi  on  va  pardevant  le  grant  hostel  de 
«Cassel 7)  (1698);  «ruelle  qui  va  de  la  Grant  rue  à  l'hostel  de  Cassel-  (i656, 
1657);  «rue  de  Cassel  a  (i/i56),  et  «ruelle  de  Cassel  n  (i653.  .t522,  etc.).  La 
dénomination  moderne  n'apparaît  qu'au  xvn''  siècle,  et  doit  rappeler  le  nom,  ou  la 
profession,  de  quelque  habitant  du  bourg  Saint-Germain.  Dans  le  censier  de  1  Bgb , 
où  la  rue  est  indiquée  «petite  ruelle  appellée  la  rue  Cassel,  laquelle  dessend  de 
«la  rue  du  Colombier  en  ladicte  rue  du  Four, d  il  est  parlé  des  héritiers  de  «Ri- 
«chard  Beuryer,  d  maître  maçon,  de  «Jehan  Rappart,  dit  le  Beuryer,  d  et  la  maison 
sise  au  coin  oriental  des  rues  du  Vieux-Colombier  et  Beurrière  est  dite  aboutir  à 
«la  maison  du  Beurier;'!î  ce  qui  explique  le  nom  de  «rue  du  Beurieri)  employé 
d'abord  jusqu'en  1687. 

Au  reste,  d'autres  habitants  du  faubourg  donnèrent  pareillement  leur  nom 
à  la  rue  Beurrière,  puisque,  dans  une  transaction  de  iiJ77,  qui  ligure  aux 
archives  des  Incurables,  elle  est  énoncée  «ruelle  que  l'on  nommoyt  par  ci- 
«  devant  la  ruelle  Jehan  Mcolle,  et  de  présent  la  ruelle  du  Masurier.-n  Dans  trois 
autres  pièces  de  i58i,  iBgS  et  iGo5,  faisant  partie  du  même  dossier,  cette 
dernière  formule  est  répétée,  mais  avec  la  variante  de  ruelle  Jehan  Pinmollet,  ou 
Pyinollet,  laquelle  est  une  corruption  de  l'ancienne  dénomination  de  rue  Jehan 
Molet,  que  nous  avons  rencontrée  dans  un  ensaisinement  de  i535.  Quant  à  l'ap- 
pellation de  «ruelle  du  Masurier, n  elle  avait  sa  raison  d'être:  le  conseiller  au 
Parlement  Philibert  Masurier,  ou  plutôt  Masuyer,  qui  mourut  en  ibtio,  possédait 
en  effet  et  fit  rebâtir  la  maison  formant  le  coin  orientai  de  la  rue  du  Four. 

Parmi  les  voies  du  faubourg  Saint-Germain  que  nous  avons  eu  à  retrouver  sous 
des  vocables  jusqu'ici  inconnus,  nous  comptons  une  certaine  rue  de  Vrolande,  dont  le 
coin  était  formé,  en  1 5 1 1 ,  par  un  terrain  attenant  à  la  propriété  du  nommé  Chardon, 

'■'  Ce  doit  être  la  rue  Beurrière  qui  est  désignée  dan»  ce  passage  :  anle  Furtium,  in  cuneo  Huelle,  du  Livre 
du  Pilancier,  rédigé  en  laSg. 

lu.  h 


26  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

mesurant  trente  toises  sur  la  rue  du  Four,  vingt-six  toises  deux  pieds  par  derrière, 
et  quarante  toises  un  pied  et  demi  de  profondeur  par  le  milieu.  Nous  avons  fini  par 
constater  que  la  propriété  de  Chardon  était  la  tuilerie  formant,  vers  le  carrefour 
de  la  Croix-Rouge,  la  pointe  de  l'îlot  compris  entre  les  rues  du  Vieux-Colombier 
et  du  Four.  Nous  nous  sommes  assuré,  en  outre,  que  les  maisons  remplissant  le 
reste  de  l'îlot  occupent  l'emplacement  du  terrain  que  nous  venons  de  mentionner, 
terrain  dont  les  dimensions  se  retrouvent  aujourd'hui  avec  une  exactitude  parfaite, 
si  l'on  tient  compte  d'un  léger  retranchement.  Par  conséquent,  la  rue  Vrolande 
est  la  même  que  la  rue  Beurrière. 

Les  maisons  qui  avaient,  en  dernier  lieu,  leur  façade  dans  la  rue  Beurrière. 
étaient  toutes  d'origine  moderne,  et  provenaient  du  morcellement  de  propriétés 
dont  la  principale  entrée  était  située  dans  l'une  des  rues  du  Four  ou  du  Vieux- 
Colombier. 


RUE   DES   BOUCHERIES. 

(ACTl]ELLEME^T  PARTIE   OCCIDENTALE  DE  LA   RUE  DE  L'ECOLE   DE  MEDECINE.) 

La  rue  des  Boucheries  commençait,  en  dernier  lieu,  au  droit  de  la  rue  de 
Condé,  c'est-à-dire  à  l'extrémité  occidentale  de  la  rue  des  Cordeliers,  avec  laquelle 
elle  est  aujourd'hui  confondue  sous  le  nom  de  rue  de  l'Ecole-de-Médecine,  et  elle 
finissait  à  la  rue  du  Four;  mais,  au  xvi*'  siècle  et  jusqu'au  temps  de  la  démolition 
de  la  porte  Saint-Germain,  on  la  faisait  souvent  partir  de  ce  point;  c'est  pour  ce 
motif  qu'elle  est  appelée  la  rue  de  la  Porte  dans  un  titre  de  1G06. 

La  rue  des  Boucheries  était  l'une  des  deux  grandes  voies  qui  conduisaient  de 
Paris  au  bourg  Saint-Germain.  Probablement  d'une  origine  moins  ancienne  que  la 
rue  de  Bussy,  elle  pourrait  néanmoins  avoir  remplacé  quelque  voie  mérovingienne 
reliant  le  monastère  au  palais  des  Thermes,  et,  avant  la  construction  de  l'enceinte 
de  Philippe-Auguste,  elle  faisait  partie  du  chemin  qui  est  devenu  la  rue  des  Cor- 
deliers. Elle  n'était  encore  que  très-imparfaitement  bâtie  au  milieu  du  xui*"  siècle; 
mais  l'extension,  en  197^,  des  boucheries  qu'elle  renfermait,  dut  la  rendre  plus 
fréquentée;  et,  dans  les  siècles  suivants,  la  fermeture  répétée  de  la  porte  de 
Bussy,  détournant  toute  la  circulation  à  son  profit,  en  fit  le  principal  chemin  du 
faubourg,  l'artère  où  les  maisons  étaient  le  plus  serrées  et  le  mieux  peuplées. 
Aussi  voit-on  que,  depuis  le  règne  de  Charles  V  jusqu'à  celui  de  Louis  XIII,  elle 
a  été  toujours  appelée  Grant  rue,  Grande  rue  Saint-Germain,  ou  simplement  nte 
Saint-Germain  et  Grant  rue  de  la  Boucherie.  On  disait  également  rue  de  la  Boucherie, 
et,  dès  1  ^06,  rue  des  Boucheries. 

Nous  lisons  dans  un  document  de  1876  :  t:  rue  par  où  l'on  va  de  ladite  église 


*  RUE  DES  BOUCHERIES.  27 

ff  de  Saint  Germain  à  la  porte  de  Paris  près  des  Frères  meneurs;  v  et  nous  remar- 
quons qu'on  a  parlois  divisé  la  totalité  de  la  rue  en  deux  sections  :  l'une  en  deçà 
et  l'autre  au  delà  de  la  rue  des  Mauvais-Garçons.  La  seconde  section  est  énoncée 
crrue  qui  va  de  la  Boucherie  à  l'Abbaye,  a  dans  un  titre  de  1607,  et,  dans  un 
autre  de  la  même  année,  la  première  est  dénommée  «Grant  rue  par  laquelle 
«on  va  de  la  porte  de  la  Bastide  dudit  Saint  Germain  à  la  Boucherie. ii  C'est,  en 
effet,  dans  cette  rue  qu'était  située  la  boucherie  qui  lui  a  valu,  dès  1  290,  la  dé- 
nomination de  (rrue  de  la  Boucherie,  a  ou  crvia  Carnificerie  Sancti  Germani,  per 
ff  quam  directe  itur  de  Sancto  Gcrmano  ad  porlam  civilatis  Parisiensis,  que  dicitur 
(T  porta  Fratrum  minoriim.fl  Une  charte  de  1  'j54  contient  une  indication  de  la  rue 
des  Boucheries  sans  désignation  particulière,  et,  dans  l'obituaire  rédigé  en  1  269  *", 
des  maisons  sont  mentionnées  in  cwnificiuria .  .  .  in  villa  isla  (^Sancti  Gennani). 

«rLes  bouchers  de  Saint-Germain,  dit  Jaiilot,  étaient  établis  en  ce  lieu  depuis 
ffun  temps  immémorial.  Plusieurs  actes  du  xii"  siècle  en  font  mention,  ainsi  que 
(f  de  la  maison  des  Trois-Étaux,  située  près  du  Pilori,  d  Mais  la  maison  des  Trois- 
Etaux  était  loin  du  Pilori,  et  nous  sommes  persuadé  que  Jaiilot  n'a  jamais  vu  ces 
prétendus  actes  du  xn*"  siècle  où  il  en  serait  parlé  '*'.  Dans  les  archives  de  l'abbaye, 
il  en  est  question,  pour  la  première  fois,  à  l'occasion  de  la  création,  par  l'abbé 
Gérard,  en  1  276,  de  seize  étaux  qui  étaient  destinés  à  être  tenus  par  des  individus 
natifs  du  bourg  et  furent  chargés  de  redevances  autres  que  celles  dont  était  grevée 
la  maison  des  Trois-Etaux.  11  est  présumable,  au  surplus,  que  ces  trois  étaux 
n'existaient  point  seuls  avant  1276;  les  expressioiis  iVi  camifciaria  et  m  macello 
itlius  ville,  employées  en  laBg,  le  donnent  du  moins  à  penser.  Le  29  mars  iSyS. 
eut  lieu  un  nouveau  bail  de  seize  étaux,  qui  furent  expressément  maintenus  dans 
leur  emplacen)ent  antérieur,  à  l'orient  de  la  rue  des  Mauvais-Garçons  et  de  la 
maison  de  la  Croix-de-Fer.  Î3e  ces  seize  étaux,  les  titres  n'en  font  connaître  que 
douze,  |)arce  que  le  nombre  primitif  ne  se  maintint  pas  longtemps.  Il  était  tombé 
à  dix  quand,  le  3i  janvier  i553,  les  bouchers  Pierre  Moufle  et  Pierre  Mathieu 
rachetèrent,  au  prix  de  5oo  livres,  la  rente  foncière  due  à  l'abbaye  sur  les  seize 
étaux,  (rau  lieu  desquels  seize  estaux,  est-il  dit  dans  l'acte  de  rachat,  sont  de 
f  présent  balis  sept  estaux,  dont  trois  du  costé  de  la  rivière  de  Seine...,  en  ce 
-non  compris  la  maison  des  Trois  Estaux,  qui  est  du  costé  de  l'Escu  de  France. d 

En  1292,  il  y  avait  un  puits  dans  la  rue  des  Boucheries,  au  droit  de  la  rue 
des  Mauvais-Garçons.  Devant  la  maison  de  la  Fleur-de-Lis,  il  y  a  eu  un  autre 
puits,  qu'on  retrouve  d'ailleurs  assez  mal  placé  sur  le  pian  de  Gomboust,  et 
qui,  en  i5i3et  i538,  s'appelait  trie  Puys  de  Malleparole.  d  L'extrémité  orientale 
de  la  rue  est  nommée  nie  Grant  carrefour, ^^  dans  un  document  de  i553. 

'"'  Areti.  nat.  reg.  IJj.  110a,  fol.  ai,  v'.  en  eiïet,  le  terrain  qu'elle  occupait  faisait  iwrtie 

*'  tl  nous  semble  que  la  maison  dite  ndes  Trois-  d'uue  place  baillée,  en  celle  même  année,  à  Itaoul 
Etaux n  ne  peut  guère  avoir  élé  bitie  avant  laSi;        d'Aubusson. 


28  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

CÔTÉ  MÉRIDIONAL. 


PAROISSE    SAINT-SULPICE. 

JUSTICE 
ET  CENSIVE  DU  PARLOIR   ADX  BOURGEOIS. 

Entre  Maison  saiis  désignation,  élevée  sur  une  place  baillée  par  la  Ville,  le  3i  mai 

porte  Saint- Germain  1^86,  à  Guilkume  Moreau ,  et  énoncéc  comme  attenante  aux  murs  de  la  herse, 
etia rue <ie Condé.  ^^  d'autres  termes,  à  la  barbacane  de  la  porte  Saint-Germain.  En  iSaa,  elle  ren- 
fermait un  jeu  de  paume,  qu'on  appelait,  en  i56i,  le  Jeu  de  paume  du  château  de 
Milan.  Elle  fut  démolie  en  i  BSg,  et  sur  le  même  emplacement  s'élevèrent  ensuite 
les  maisons  suivantes  : 

1"  Une  maison  bâtie  sur  une  place  large  de  quatre  toises  et  demie,  baillée  à 
Ferry-Legrand  le  19  décembre  i63i,  et  contiguë  aux  murs  de  la  barbacane; 

a°  Une  maison  bâtie  sur  une  place  large  de  quatre  toises,  baillée  à  Gilles  Pinel 
le  11  mars  1608,  et  par  lui  accrue,  le  U  novembre  1619,  d'une  autre  place 
située  derrière,  ce  qui  donna  une  profondeur  totale  de  neuf  toises  à  sa  propriété, 
laquelle  est  dite  devant  la  troisième  arche  du  pont  dormaut; 

3"  Une  maison  bâtie  sur  une  place  baillée ,  le  2  2  avril  1 6 1 3 ,  h  Pierre 
Forget  ; 

U°  La  maison  avec  jeu  de  paume,  qui  conservait  encore,  au  xviii*  siècle,  le  nom 
de  Jeu  de  paume  du  château  de  Milan.  Le  terrain  de  celle-ci,  mesurant  huit' 
toises  de  large  W  sur  huit  toises  de  profondeur,  fut  baillé,  le  4  août  i6o4,  à 
François  Thomas,  maître  esteufier,  qui  en  agrandit  la  profondeur  par  l'acquisi- 
tion d'une  place  que  lui  céda  le  nommé  Vincent  Notaire. 

Gomme  il  y  avait,  en  outre,  le  long  du  jeu  de  paume,  du  côté  de  la  ville,  un 
espace  large  de  douze  pieds  et  profond  de  dix-huit  toises,  ainsi  que  le  jeu  de 
paume,  lequel  espace  pouvait  servir  de  fftiloirT)  à  un  cordier,  François  Thomas 
sollicita  et  obtint,  le  18  avril  1606,  de  l'annexera  sa  propriété.  Il  y  ajouta  encore, 
le  22  avril  161 3,  la  petite  place,  large  de  quatorze  pieds  et  demi,  qui,  en  bor- 
dure sur  la  rue,  aboutissait  au  filoir;  toutefois,  dès  1G60,  cette  petite  place  a  fait 
partie  de  la  maison  de  Pierre  Forget. 

Maison  sans  désignation,  appartenant,  en  i522,  à  Richard  Le  Tort,  et  s'éten- 
dant  alors  entre  le  jeu  de  paume  de  Milan  et  la  maison  suivante.  C'est  sans  doute 
la  même  que  celle  qui  touchait  à  la  maison  de  Guillaume  Moreau,  derrière 
laquelle  elle  faisait  hache,  et  qui  fut  prise  à  bail,  le  22  décembre  1/188,  par 

'''  Les  plans  ne  donnent  qu'une  longueur  de  7  toises. 


»  RUE  DES  BOUCHERIES.  29 

Jean  Morin.  Elle  paraît  avoir  été  comprise  dans  un  des  lots  adjugés,  en  i6o/i, 
à  François  Thomas  et  à  Vincent  Notaire. 

JUSTICE 
ET  CE.\S1VK  DE  L'ABBAYE  SAINT-GERMAIN  DES  PRÉS. 

Maison  sans  désignation  en  iSog,  puis  de  «la  Seraineu  (iSSi-iôSg),  faisant 
le  coin  oriental  de  la  rne  de  Condé.  Elle  appartenait,  en  1622,  à  Guillaume  Le- 
vasseur,  chirurgien  juré  du  roi,  et,  vers  i56o,  à  Charles  de  Dormans,  maître 
des  requêtes,  qui  la  fit  appeler  la  maison  des  Dormans.  Elle  fut  abattue  en  1689, 
et  les  héritiers  de  Charles  de  Dormans  en  vendirent  l'emplacement,  le  3o  janvier 
i6o4,  au  vitrier  Vincent  Notaire,  qui  le  morcela. 

En  i5q2,  la  maison  de  la  Syrène  s'étendait  derrière  les  maisons  précédentes; 
mais  les  limites  n'en  sauraient  être  restituées.  Nous  présumons  qu'elle  se  confond 
avec  celle  que,  le  7  avril  i5io,  Jean  Mosquin  agrandit  d'une  place  de  dix  toises 
de  long  sur  les  deux  côtés,  et  de  cinq  toises  et  demie  <le  large  par  derrière,  te- 
nant, d'une  part,  trau  chemin  allant  à  la  porte  Saint-Michel,  d'autre  part,  aux 
rfrisches  estant  près  les  fessez  de  la  ville,  aboutissant  par  devant  au  preneur,  et 
B  par  derrière,  en  pointe,  à  autres  frisches  vers  la  porte  Saint-Michel,  d 

La  censive  de  la  maison  de  la  Syrène  était  revendiquée  par  la  Ville. 

Maiso  sans  désignation  en  iBsS,  puis  du  Croissant  (i53^-i553),  faisant  le  Ki.in- 

coin  occidental  de  la  rue  de  Condé.  Elle  renfermait  deux  corps  d'hôtel;  celui  du 
coin  a  eu  pour  enseigne,  en  1687,  le  Mortier-d'or.  Elle  fut  aussi  ruinée  pendant 
le  siège  de  Paris  par  Henri  IV,  et  était  encore  à  l'état  de  masure  vers  1  59;"). 

Jardin,    puis    maison   db   la  Coi;ronne    (i523-i565)   et  de    I'Epée-Kovale 

(•687)- 

Maison  et  Jeu  de  palme  du  Dalpiiin,  qui,  ainsi  que  toutes  les  maisons  suivantes, 

aboutissait,  dès  i523,  h  la  rue  des  Quatre-Vents.   Au  xvii*  siècle,  elle  formait 

trois  maisons  distinctes,  dont  l'une  a  eu  pour  enseigne  la  Hure  (1687). 

Maison  sans  désignation  en  i523,  puis  de  la  Licorne  (1 53 1-1 628). 

Maison  sans  désignation  (i523),  contenant  un  étal  à  boucher,  des  écuries  et 
un  échaudoir. 

Maison  sans  désignation  (»  5q3),  avec  étal  à  boucher. 

Maison  de  l'Imaue-Saint-Jacques  { 1  667-1 628),  avec  étal  à  boucher. 

Maison  des  Moitons  (1/129-1595),  avec  étal  à  boucher. 

Grande  maison  de  l'Imaige-Saint-Miciiiel  (1620-1595).  Elle  renfermait  deux 
étaux  à  boucher,  et  avait  été  élevée  sur  l'emplacement  de  deux  maisons,  dont 
l'une  pourrait  bien  être  celle  de  f  Image-Saint-Germain ,  qu'une  note  ajoutée  à  un 
litre  de  i/i53  identifie  avec  la  maison  de  it  limage  Saint-Michel,  n  De  même  que 


el 
du  Cœiir-Volant. 


80  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

la  plupart  des  maisons  précédentes,  elle  fut  saccagée  pendant  les  guerres  de  la 

Ligue.  Ce  n'était  plus  qu'une  masure  en  iSgB. 

Maison  DE  l'Image-Sainte-Catherine  (lùag-iSgB),  puis  de  I'Image-Notre-Dame 
(1687).  C'était  aussi  une  masure  en  iBgS,  et  il  en  dépendait  alors  un  corps 
d'hôtel  qui,  donnant  sur  la  rue  du  Cœur-Volant,  était  anciennement  compris 
dans  la  maison  suivante. 

Masure  sans  désignation  en  1377,  puis  Maison  de  l'Ecu-de-Bretag>e  (iAo3- 
1687),  faisant  le  coin  oriental  de  la  rue  du  Cœur-Volant.  Elle  contenait  un  jeu 
de  paume,  qui  avait  sa  façade  dans  la  rue  des  Quatre-Vents  (iBaS).  La  rue  du 
Cœur-Volant  a  été  ouverte  sur  une  partie  de  ce  jeu  de  paume,  et,  du  côté  de  la 
rue  des  Boucheries,  sur  la  partie  antérieure  de  la  maison  suivante. 

En  1877,  la  maison  de  l'Ecu-de-Bretagne  contenait  une  place  avec  tr  grant  fosse 
ttà  eaue,n  et  aboutissait  aux  cr terres  du  roy  de  Navarre. n  En  1619,  elle  est  dite 
aboutir  à  la  Voirie. 

Enlrelcsnies  MaISON  DE  LA  CrOIX-DE-FeR   (  1  87  6-1  609  ) ,  puis  DE  LA  CrOIX-d'Ob  [iUi^l   \hk'j, 

''"pl'r'Fin!"'  i^gS),  faisant  le  coin  occidental  de  la  rue  du  Cœur-Volant.  Elle  renfermait  un 
jeu  de  paume  en  i53o  et  1069,  et  aboutissait  d'abord  rue  des  Quatre-Vents.  Il 
est  question,  dans  les  titres,  des  étables  qui  s'y  trouvaient,  ainsi  que  dans  les  deux 
maisons  précédentes.  Peut-être  faut-il  conclure  qu'il  y  existait  aussi  des  étaux  de 
boucher. 

Maison  du  Chef-Saint-Denis  (1/115-1687),  aboutissant  à  la  rue  et  à  la  ruelle, 
ou  plutôt  à  l'impasse  des  Quatre-Vents.  En  1 53 1,  il  y  avait  une  brasserie  dans 
cette  maison,  et,  vers  1698,  les  deux  corps  d'hôtel  qui  la  composaient  avaient- 
pour  enseigne,  l'un  la  Rose-Rouge,  et  l'autre  l'Escouvetle.  Elle  renfermait,  en  outre, 
un  jeu  de  paume  en  1  /i65. 

Maison  sans  désignation  (i5!i3).  Elle  aboutissait  à  la  suivante,  dont  on  ne  la 
distinguait  point  encore  en  i5io. 

Maison  de  la  Rose  (1600),  ou  Rose-Rolge  (1 563-1 595),  aboutissant  à  l'impasse 
des  Quatre-Vents,  où  il  est  dit  tantôt  qu'elle  n'avait  point  d'issue,  tantôt  qu'elle 
en  avait  une.  Elle  était  en  ruines  vers  1695,  et  renfermait,  en  i523,  quatre 
échaudoirs  avec  des  étables. 

Maison  de  l'Image-Saint-Jacques  (1319-1628).  Cette  maison  aboutissait  au 
retour  d'équerre  de  la  ruelle  des  Quatre-Vents,  et  elle  y  avait  une  issue.  En  lôaS, 
elle  était  déjà  divisée  en  trois  propriétés,  et,  vers  le  même  temps,  elle  a  souvent 
été  appelée  la  maison  aux  Rretcsche,  parce  qu'elle  appartint  aux  héritiers  du  notaire 
Simon  de  la  Bretesche,  entre  autres  à  Regnault  de  la  Bietesche,  général  des  mon- 
naies. Elle  est  indiquée,  dans  plusieurs  documents,  comme  ayant  jadis  dépendu 
de  l'hôtel  de  Navarre;  mais  il  n'est  point  parlé  de  cette  particularité  dans  le  bail 
qui  fut  fait,  le  18  août  1600,  au  boucher  Jean  Cousin.  On  l'énonçait  alors  «rung 


>  RUE  DES  BOUCHERIES.  31 

r  liostel,  avec  ses  appartenances,  assis  à  Sainct  Germain,  au  bout  de  la  Boucherie, 
ff  par  devers  la  porte  de  l'Abbaye,  tenant  d'une  part  à  l'hostel  de  laRoze,  et  d'autre 
(r  au  jardin  de  Navarre  de  tous  coustez;  lequel  hostel  a  et  contient  de  long  quinze 
ff  toises  et  demye,  et  de  large  six  toises  et  demye;  auquel  hostel  a  ung  enclave  con- 
'•  tenant  deux  loises  et  demye  ou  environ,  n  La  maison  de  J.  Cousin  fut  agrandie, 
dès  l'année  suivante,  d'une  propriété  attenante  et  décrite  en  ces  termes:  trUne 
!-  masure,  court ,  puis  et  cave. . .  avec  le  jardin  derrière,  tenant  tout  au  long  audict 
«preneur,  et  d'autre  part  aux  jardins  de  l'hostel  de  la  Roze,  aboutissant  par  der- 
ff  rière  à  ung  huys  par  où  l'on  yst  (sort)  aux  champs,  et,  d'autre  part,  au  long,  aux 
«jardins  de  Navarre;  contenant  tout  ce  que  dessus,  treize  toises  de  large  par  der- 
T  rière  et  par  devant,  sur  le  chemin,  neuf  toises  et  demye,  et  quarante  toises  de 
ff  long  ^''.  fl 

Maison  sans  désignation  (iSaS),  morcellement  de  la  précédente. 

C'est  au  travers  de  cette  maison  que  la  rue  de  Seine  a  été  prolongée,  en  i8ia, 
jusqu'à  la  rue  de  Tournon.  Le  projet  exécuté  à  celle  époque  était  bien  ancien; 
car,  dans  le  traité  que  Pierre  Boyer  passa,  le  18  novembre  i6:j7,  pour  la  cons- 
truction d'une  enceinte  des  faubourgs  de  Paris,  nous  trouvons  parmi  les  clauses 
à  lui  imposées  celle  «d'ouvrir  à  ses  despens,  une  année  après  la  vérillication  du 
s  traité,  la  rue  de  Tournon,  jusqucs  à  la  rue  de  Seine,  de  cinq  ihoises  de  largeur,  n 

Maison  et  tiiuilerie  (i4oi),  partie  de  l'ancien  hôtel  de  Navarre'"^*.  Les  grands 
jardins  de  l'hôtel  de  Navarre  en  ayant  été  retranchés,  celle  maison  fut  baillée,  le 
12  janvier  16/11,  à  Etienne  Sandrin,  tuilier,  demeurant  aux  Tuileries  de  la  porte 
Saint  Honoré.  On  lit  dans  l'acte  original:  «Toutes  voyes  a  esté  appoinclé  que 
«ledit  inons.  l'abbé,  ses  gens,  chevaiilx  et  harnoys,  auront  leur  danger  dépasser 
«et  rappasser  parmy  la  court  dudit  hostel... pour  aller  labourer  et  cultiver  lesdits 
-grans  jardins  qui  sont  réservez  de  ce  présent  marché,  et  aussi  pour  admener  les 
«grains  et  austres  choses  estant  esditsjardins,  jusquesà  deuxans  prochains  venans 
'^seulement;  et,  après  lesdits  deux  ans  passez,  icelluy  inons.  l'abbé  sera  tenu  faire 
«estoupper  à  ses  despens  l'uisserie  d'iceulx  jardins,  à  l'endroit  d'icelle  court,  et 
«trouver  autre  chemin  pour  entrer  esdits  jardins.?)  On  doit  croire  que  la  clause 
fut  rigoureusement  exécutée,  puisque,  les  jardins  de  Navarre  ayant  été  choisis 
comme  lieu  d'emplacement  de  la  foire  Saint-Germain,  le  8  janvier  1/189,  l'abbé 
racheta  de  Sandrin,  au  prix  de  tîo  livres  5  sols,  la  permission  de  laisser  passer 
le  public  par  la  maison,  pendant  la  durée  de  la  foire. 

Cette  transaction  est  l'origine  première  du  passage  de  la  Treille,  qu'on  appe- 
lait, au  xvn'"  siècle,  la  porte  (îrejfière,  non  pas,  comme  l'a  dit  Jaillol,  parce  qu'il 
conduisait  à  une  pelile  maison  servant  d'audience,  mais  parce  que  la  maison 
«juil  traversait  appartint,  vers  i58o,  à  Simon  Caillot,  greffier  en  chef  de  la  jus- 

'■'  Arcb.  nat.  reg.  LL  1091,  fol.  i  r".  —  '*'  Voir  Rue  du  Four,  maison  <k  la  Foire. 


32  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

tice  temporelle  et  du  bailliage  de  Saint-Germain-des-Prés.  A  en  juger  d'après  la 
teneur  des  titres,  à  la  fin  du  xnf  siècle,  le  passage  qu'on  nommait  déjà*  l'allée  de 
(tla  Treille  t  en  1669  n'aurait  encore  été  public  qu'aux  jours  de  foire.  U  est  re- 
présenté sur  le  plan  de  Quesnel  (1609)  comme  une  allée  fermée,  du  côté  de  la 
rue,  par  une  grande  porte  en  retraite  sur  l'alignement  des  maisons. 

La  maison  de  Sandrin,  qui  était  chargée  d'une  rente  de  2,000  tuiles  envers 
l'abbaye ,  formait  quatre  propriétés  distinctes  vers  1 5 1 5 ,  savoir  : 

1°  La  maison  de  l'Annonciation-Notre-Dame  (1  522-1  543),  puis  DES  Trois-Rois 
(i585-i628),  oij  était  la  tuilerie,  qu'un  arrêt  au  Parlement,  rendu  le  19  no- 
vembre i56o,  ordonna  d'abattre.  Bien  que  le  censier  de  1628  indique  cette 
maison  comme  si  elle  conservait  encore  l'enseigne  des  Trois-Rois,  il  est  certain 
que,  dès  1625,  elle  avait  celle  du  Cardinal.  Le  corps  d'hôtel,  bâti  au-dessus  de 
l'entrée  du  passage,  en  dépendait  jadis  comme  aujourd'hui. 

2°  La  maison  du  Dauphin  (1519-1628). 

3°  Une  maison  sans  désignation  en  i523,  puis  du  Cheval-Blanc  (1  595). 

U"  La  maison  de  la  Magdeleine  (i5o5-i628).  Elle  est  dite,  en  i5i8,  aboutir 
cl  l'hôtel  de  Navarre,  ce  qui  suppose  qu'elle  était  plus  profonde  que  maintenant. 
On  lit  dans  le  censier  de  iSgS  :  «Toutes  ces  maisons,  depuis  celle  des  Trois 
ffRoys  jusques  à  celle  de  la  Souche,  n'estoient  anciennement  qu'une  prise,  et  a 
(cà  présent  dix  ou  douze  maisons  qui  en  dépendent,  n  Sur  le  même  emplacement,  il 
y  en  a  maintenant  sept,  dont  quatre  formées  par  l'ancienne  maison  des  Trois-Rois. 

Maison  de  la  Souche  (159 5- 1687),  morcellement  de  la  suivante.  En  1628, 
elle  en  était  séparée  par  une  petite  maison  ayant  pour  enseigne  rÉloile. 

Maison  sans  désignation  en  i46i,  puis  de  Notre-Dame-de-Boulogne  (i522-' 
1687),  en  laquelle  se  trouvait  un  jeu  de  paume  vers  i525. 

Maison  sans  désignation  en  1^95,  puis  du  Saint-Esprit  (1628-1687). 

Maison  de  la  Trinité  (15/17-1628),  contiguë  à  la  première  maison  de  la  rue 
du  Four.  Cette  maison  et  la  précédente  paraissent  avoir  d'abord  fait  partie  de 
celle  de  Notre-Danie-de-Boulogne;  le  tout  formait  la  rr  prise  n  du  boucher  Louis 
Gauldry,  dans  la  première  moitié  du  xv*"  siècle. 

CÔTÉ   SEPTENTRIONAL. 


Enli'e 

les  rues  de  Bussy 

et 

des  Mauvais-Garçons 


PAROISSE    SAINT-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 


Maison  de  l'Image-Saint-Jean  (i5o9-i5/i3),  faisant  le  coin  de  la  rue  de  Bussy. 
(Grégoire-de-Tours).      Maison  sans  désignation  (i523),  partie  ou  morcellement  de  la  précédente. 


RUE  DES  BOUCHERIES.  33 

Maison  sans  désignation  en  iSgô,  et  énoncée  en  1628  :  irqui  souUoit  estre 
ff  appelée  la  Maison  des  Forges,  -n 

Maison  sans  désignation  en  iBgB,  puis  dite  de  l'Image-Saint-Claude  en  1687, 
parce  qu'elle  dépendait  alors,  et  depuis  longtemps,  d'une  maison  de  la  rue  de 
Bussy  qui  avait  celte  enseigne. 

Maison  dk  la  Flelb-de-Lis  (i452-i53/i),  située,  suivant  les  titres  de  1  Si 3  et 
i538,  devant  le  «puys  de  Malleparolle.  t»  Ce  puits,  dont  nous  ne  connaissons 
l'emplacement  que  d'une  manière  approximative,  Ggure  sur  le  plan  de  Gomboust. 

Maison  sans  désignation  en  1/176,  puis  du  Lion-d'Or  (1  500-1628). 

Maison  des  Trois-Poissoss  (1695-1628),  morcellement  de  la  précédente. 

Maison  de  l'Image-Saint- Pierre  (1611-1628),  où  il  y  avait,  en  i53i,  des 
étables  à  chevaux. 

Maison  DU  Havre-de-Gràce  (1696-1628).  Dans  la  première  moitié  du  xvi'  siècle, 
elle  était  annexée  à  la  suivante;  mais  plus  anciennement  elle  paraît  en  avoir  été 
distincte,  et  s'est  confondue  ensuite  avec  la  maison  dd  Fer-à-Moulin  <"'  (1396- 
i486),  qu'une  seule  maison  séparait  de  l'hôtel  de  Malicorne,  en  1/119.  Il  est  dit 
de  la  maison  du  Havre,  dans  le  censier  de  1667,  que  M*  Audry  de  Commeaulx, 
procureur  à  la  Chambre  des  comptes,  l'avait  trrepparé  de  neuf,  n  et  qu'il  y  avait 
alors  rsur  l'iiuys  et  entrée  d'icelle.  . .  une  petite  enchapperonneuse,  ou  portail  cou- 
ff  vert  d'ardoise.  -^ 

Maison  de  la  Caige-Verde  (1623-1628).  En  1623,  lorsqu'elle  était  unie  à  la 
maison  du  Havre-de-Grâce ,  elle  aboutissait  rue  de  Bussy,  et  renfermait  des  étables 
ainsi  que  deux  jardins.  Elle  aurait  ainsi  présenté  une  superficie  de  trois  quar- 
tiers; toutefois  cette  superficie  semble  fort  exagérée,  de  même  que  celle  qui  est 
donnée  à  plusieurs  maisons  des  environs.  Il  y  avait  là  anciennement  une  tuilerie. 

Maison  de  l'Image-Sainte-Marglerite  (1696-1687),  partie  de  celle  de  la  Cage. 
Cette  maison  et  la  précédente  furent  construites  sur  l'emplacement  de  masures  qui, 
après  avoir  été  plus  de  quarante  ans  sans  propriétaire,  furent  baillées  à  Laurent 
Leblanc  le  3  octobre  1678.  Elles  avaient  contenu  une  tuilerie,  et  pourraient 
n'être  point  distinctes  de  rimage-Saint-Jacques ,  qui,  en  i3i9,  tenait  à  celle  de 
l'abbé  de  Corbie,  et,  en  1 453,  était  séparée,  par  une  autre  masure,  de  l'hôtel  de 
Malicorne,  auquel  elle  aboutissait. 

Maison  et  Jardin  sans  désignation  (  1  6/!i3).  Elle  était  large  d'environ  trois  toises, 
et  fut  bâtie  sur  le  premier  tiers  d'un  terrain  large  de  huit  toises  cinq  pieds  et 
demi  dans  œuvre,  portion  occidentale  de  l'hôtel  de  Malicorne,  vendue  par  Antoine 
Prime,  le  8  juin  1620,  à  Pierre  Vaucombert  et  consorts,  et  divisée  par  ceux-ci 
en  trois  lots,  le  8  juin  1621.  Cette  maison  a  été  détruite  par  le  prolongement  de 
la  rue  de  Seine,  qui  a  également  entamé  les  deux  suivantes. 

'''  Le  fer  à  moulin,  ou  anitle,  est  une  pièce  h^ral-  relié»  par  une  courte  traverse,  percée  d'un  trou 
dique  ayant  la  forme  de  deux  croissants  adossés  et        carré. 


34  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

Maison  de  l'Annonciation-Notre-Dame  (i55a),  et  aussi  de  Notre-Dame-des- 
Vertus  (1645-1628),  dite,  en  i536,  aboutir  rue  de  Bussy. 

Maison  de  l'Image-Saint-François  (iSaa-iGaS).  Elle  appartenait,  vers  iSgS,  à 
un  nommé  Barthélémy  Prieur,  qui  pourrait  bien  être  le  sculpteur  de  Henri  IV. 

Maison  sans  désignation  (iBôa),  puis  des  Trois-Pigeons  (iBgB-iôaS),  bâtie 
sur  l'emplacement  d'une  masure  faisant  partie  de  l'hôtel  de  Malicorne.  Cette 
masure,  large  de  trois  toises,  fut  vendue  par  Ant.  Prime  à  Guillaume  Lunel,  le 
7  mai  iSai. 

Maison  du  Seigne-de-la-Groix  (iSaa-iSgB),  aboutissant  rue  de  Bussy.  C'était 
la  plus  grande  de  toutes  celles  qui  furent  construites  sur  le  terrain  de  l'hôtel 
de  Malicorne,  dont  le  dernier  possesseur,  Antoine  Prime,  la  réserva  pour  sa  part. 

HÔTEL  DE  Malicorne.  Ce  manoir  appartint,  en  i3ig,à  un  abbé  de  Corbie; 
puis,  vers  1872,  à  «madame  de  Tournabu,'n  et,  en  iSgBjau  chevalier  Pierre 
de  Villaines,  qui  y  annexa  une  petite  maison  attenante,  du  côté  de  l'orient.  Pierre 
de  Villaines  tenait  son  hôtel  du  chef  de  sa  femme,  dite  «  madame  de  Malicorne,!) 
et  leur  fille,  adamoiselle  Jehanne  de  Fescamp,  t)  la  posséda  après  eux.  Le  92  sep- 
tembre 1671,  il  en  fut  passé  xme  reconnaissance,  au  terrier  de  l'abbaye,  par  Jean 
Aubin,  sieur  de  Malicorne-en-Puisaye,  premier  chambellan  du  duc  de  Berry,  et 
héritier  de  Jeanne  de  Fécamp.  Philippe  de  Suzes,  baron  de  Malicorne,  l'un  des 
gentilshommes  du  roi,  le  céda  ensuite  à  M*  Vaast  de  Marie,  seigneur  de  la  Fa- 
laize,  qui  le  revendit,  le  i  U  mai  iSig,  au  voiturier  Antoine  Prime,  par  lequel  la 
propriété  fut  morcelée.  Au  commencement  du  xvi"  siècle,  l'hôtel  de  Malicorne,  dont 
les  dépendances  s'étendaient  sur  la  rue  de  Bussy,  contenait  un  four  à  tuiles  et 
des  bâtiments  appliqués  à  l'industrie  céramique.  En  i4oo,  il  avait  pour  enseigne 
LE  Dauphin,  et  avait  eu  précédemment  celle  du  Chef-Saint-Denis. 

Maison  sans  désignation  en  lioo,  puis  du  Soleil-d'Or  (1569-1687).  Cette 
maison,  morcellement  de  la  suivante,  fut  annexée,  avant  l'an  1600,  par  Pierre  de 
Villaines  à  son  hôtel  de  Malicorne.  Jeanne  de  Fécamp  l'en  sépara  et  la  céda  à  Jean 
Augrand. 

Maison  de  l'Image-Saint-Martin  (1613-1687).  Des  maisons  de  la  rue  des  Mau- 
vais-Garçons en  dépendaient  au  xvi'  siècle,  et  elle  faisait  hache  derrière  la  précé- 
dente. Elle  est  indiquée,  dans  le  censier  de  1628,  comme  appartenant  à  la  veuve 
de  Claude  Velfaux,  l'architecte  voyer  de  Saint-Germain-des-Prés. 

Maison  du  Porc-Espic  (1595-1628).  Sur  l'emplacement  de  celte  maison  et  de 
la  suivante  se  trouvaient  plusieurs  masures  en  i453. 

Maison  sans  désignation  (1695),  qui,  avec  la  précédente,  provient  du  morcel- 
lement d'une  des  maisons  contiguës,  très-probablement  de  la  suivante. 

Maison  de  l'Ermite  (1678-1522),  ou  de  l'Hermitage  (1568-1687),  faisant  le 
coin  occidental  de  la  rue  des  Mauvais-Garçons.  Au  xvn"  siècle,  elle  fut  divisée  en 


de  l'Ancienne- 
Comédie. 


>  RUE  DES  BOUCHERIES.  35 

deui,  et  la  premièi-e  moitié  conserva  l'ancienne  enseigne.  Elle  est  indiquée,  en 
1671,  comme  composée  de  plusieurs  masures  et  attenante  à  l'hôtel  de  Saint- 
Martin. 

Maison  sans  désignation  en  iBsS,  puis  de  l'Homme-Sauvage  (iBBg-iôSs),  fai-     Entre  les  rue» 

,  .  .  111  1        »i  •     r'  ^^  Mauvais-Garçons 

sant  le  coin  oriental  de  la  rue  des  Mauvais-Garçons.  et 

Maison  de  l'Image-Saim-Antoixe  (iBaS-i  BgB),  oii  se  trouvait  un  jeu  de  paume 

en  iSaS  et  ibltS.  Elle  avait,  en  1 53 1,  une  issue  sur  la  rue  des  Mauvais-Garçons, 

et,  en  1667,  il  en  dépendait  une  autre  maison  sur  la  rue  de  Bussy. 

Maison  de  l'Echiqlieb  (1 /iaS-iGaS).  Elle  contenait  un  étal  à  boucher,  et,  en 

tBaS,  des  étables,  une  foulerie,  ainsi  qu'un  jeu  de  paume,  et  avait  eu,  selon 

toute  vraisemblance,  une  assez  grande  profondeur,  puisque  la  maison  des  Trois- 

Maures,  de  la  rue  des  Mauvais-Garçons,  y  a  abouti  pendant  un  certain  temps. 

Dans  ce  sens,  les  limites  en  sont  douteuses,  car  elles  ont  subi  des  modifications 

dont  on  ne  saurait  se  rendre  compte  avec  précision. 

GbaSGE,  puis  MAISON  DE  LA  TrUIE   (i6o6),   DU   PoURCELET  (l5l'i),   DE  LA  TbU1E-ET- 

des-Cochons  (1517-1595)  et  du  Mouton-Blanc  (1597-1687). 

Maison  de  l'Image-Nothe-Dame  (1/106-1 53 1),  puis  de  l'Image-Saint-Sébastien 
(1 531-1595),  avec  étal  à  boucher.  Elle  appartint  au  collège  de  Boissy,  et  fut  re- 
construite, avant  1  53i,  par  M'  Michel  Bénard,  qui  la  légua  au  couvent  de  Sainte^ 
Croix-de-la-Bretonnerie,  où  il  était  moine.  C'est  lui  qui,  avec  cla  permission  et 
ff  congé r»  des  religieux  de  l'abbaye,  remplaça  l'ancienne  enseigne  de  Notre-Dame 
par  celle  de  l'Image-Saint-Sébastien,  La  première  se  voyait  encore,  avec  l'autre, 
en  15/17. 

Maison  de  l'Image-Sainte-Geneviève  (1635-1687),  avec  étal  à  boucher. 

Masure  à  demi-pignon,  avec  étal  à  boucher  (i/i53).  En  i53i,  elle  était  con- 
fondue avec  une  des  maisons  qui  y  sont  contiguës;  mais,  en  1628,  elle  formait 
une  maison  distincte,  et  moins  étroite  que  jadis,  puisque,  en  i/i53,  elle  n'avait 
que  neuf  pieds  de  large  par  devant  sur  sept  pieds  de  large  par  derrière,  et  sept 
toises  de  profondeur. 

Maison  des  Trois-Etaux  (1276-1595),  ou  des  Trois- Eciiauldouebs  (i53i), 
et  aussi  du  Beuf-Violé  (i653)  ou  Trompé'''  (i455-i693).  Celte  maison  est 
énoncée,  en  1 667,  comme  attenante  à  celle  de  Notre-Dame.  Elle  comprenait  donc 
les  deux  précédentes,  et  par  conséquent  renfermait  réellement  trois  étaux. 

Gbande  maison  de  l"Ecu-de-Fr\nce  (1605-1695),  dont  les  dépendances  s'éten- 
daient sur  la  rue  des  Fossés.  En  1  689,  elle  est  dite  renfermer  un  étal,  une  cour, 
un  colombier,  un  jardin ,  un  jeu  de  paume  et  trois  louages;  elle  tenait  alors,  vers 
l'est,  à  la  voirie,  c'est-à-dire  au  chemin  des  fossés,  et,  de  l'autre  côté,  à  la  maison 

'''  Celle  enseigne  coniportail  tin  jeu  de  mois;  elle  représenlail .  en  effet,  un  bœuf  devant  lequel  on  jouait 
de  la  viole  ou  l'on  sonnait  de  la  trompe. 


36  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

des  (T  Trois-Escurieux.  Ti  Mais  cette  maison  des  Trois-Ecureuils,  qui  semblerait  se 
confondre  avec  celle  des  Trois-Étaux,  n'est  point  indiquée  ailleurs.  Le  jeu  de 
paume  de  l'Écu-de-France  subsistait  encore  au  xvu"  siècle. 

Petite  maison  dépendant  de  la  précédente  et  y  aboutissant  (i  53 1-1687). 

Maison  de  l'Image-Saint-Nicolas  (i475-i595),puis  de  la  Tête-de-More  (1628). 

Maison  de  l'Écu-de-Savoïe  (i5o5),  ou  Jeu  de  paume  de  Savoye  (1521-1687), 
aboutissant  sur  la  rue  des  Fossés.  Le  jeu  de  paume  de  Savoie  paraît  avoir  été 
construit  un  peu  avant  1^89.  Au  même  lieu  se  trouvait  une  petite  place  où  l'on 
jouait  aux  ff billes, n  en  1/175. 

Maison  sans  désignation  (lôgS),  aboutissant  sur  la  rue  des  Fossés.  Elle  était 
divisée  en  deux,  au  xvii*  siècle,  et  avait  dépendu,  d'abord,  soit  de  la  suivante,  soit 
plus  probablement  encore  de  la  précédente. 

JUSTICE 

et  censive  du  parloir  aux  bourgeois. 

Entre  la  rue  Maison  saus  désignation  (i5o5),  puis  DE  l'Image-Sainte-Barbe  (lôog-iSaS), 

l'Ancienne^- Comédie  f^isaut  le  coiu  occidcntal  de  la  rue  des  Fossés.  Elle  formait  deux  maisons  en 
et  ia porte  1628,  et  a  eu  pour  enseigne  l'Image-Saint-Ntcolas  en  1687.  En  1/189,  ^  '^  place 
de  cette  maison,  il  y  avait  une  place  à  bâtir,  profonde  de  vingt-trois  toises,  large 
de  trois  toises  et  demie  sur  la  rue  et  de  buit  pieds  seulement  par  derrière,  qui  fut 
baillée,  le  11  janvier,  à  Jean  de  Mauray.  En  1/176,  la  maison  du  coin  des  fossés 
était  immédiatement  attenante  à  celle  de  l'Ecu-de-France,  ce  qui  implique  la  non- 
existence,  à  cette  époque,  des  deux  propriétés  précédemment  énoncées. 

Maison  sans  désignation  (1 53 1),  faisant  le  coin  oriental  du  cbemin  sur  les  fossés. 
Elle  mesurait  trois  toises  et  demie  de  largeur  par  devant,  trois  toises  de  large  par 
derrière  et  sept  toises  de  profondeur.  On  l'avait  élevée  sur  un  terrain  baillé  à 
Philippe  Lasnier,  le  20  avril  1 507,  et,  ainsi  que  toutes  les  suivantes,  elle  fut  abattue 
lors  du  siège  de  Paris  par  Henri  IV.  Vers  1595,  un  marché  se  tenait  sur  son  em- 
placement, qui  était  alors  isolé  vers  l'est,  comme  de  l'autre  côté.  Ce  marché  fut 
supprimé  à  la  suite  d'une  requête  présentée  en  i63/i  par  le  prince  de  Gondé. 

Maison  sans  désignation,  qui  a  formé,  après  la  précédente,  le  coin  de  la  rue 
des  Fossés.  Le  terrain  en  fut  baillé  par  la  Ville  à  l'épicier  Hugues  Le  Comte,  le 
2/1  juin  i5/i3,  et  un  renouvellement  du  bail  eut  lieu,  le  16  août  160/t,  au  profit 
de  Jean  Le  Comte,  son  petit-fils.  Ce  dernier  augmenta  la  maison  d'une  place  de 
sept  toises,  le  28  septembre  1606,  et  il  l'agrandit  encore  en  1 6 1 5  et  1 63 1 .  C'était 
une  dépendance  ou  un  morcellement  de  la  suivante. 

Maison  sans  désignation  en  i/igS,  puis  de  la  Boule- Verte  (1 53 1-1 578).  Avant 
i5o7,  elle  formait  le  coin  du  chemin  sur  les  fossés,  la  maison  de  Lasnier  n'étant 
point  encore  bâtie,  et  elle  est  désignée  comme  une  petite  maison  neuve  en  1  /»93. 


*  RUE  DE  BUSSY.  37 

Elle  renfermait  trois  alouaiges.  :?  Démolie  en  1689,  elle  a  été  remplacée  par  deux 
maisons.  Le  terrain  de  la  première,  large  de  vingt  pieds  et  profond  d'environ 
quatre  toises  et  demie,  fut  baillé  à  Antoine  Charpin,  le  29  septembre  i6o/i;  le 
terrain  de  la  seconde  fut  accensé,  le  même  jour,  à  Jean  Marchand;  l'égout  des 
eaux  du  carrefour  y  passait. 

Maison  sans  désignation,  tenant  à  l'avant-portail  de  la  porte  Saint-Germain.  Elle 
fut  prise  à  bail,  le  6  juin  1  5A6,  par  Philibert  Pourfillot,  et  avait  été  bâtie  sur  un 
terrain  acquis  par  Philippe  Le  Roy  en  i5oy  ;  néanmoins  il  paraît  en  être  question 
dans  un  document  de  ligB.  Elle  fut  abattue  en  1689.  La  vente  de  son  empla- 
cement, dont  les  limites  précises  restent  douteuses,  eut  lieu  le  7  mars  t6i3  et  le 
12  avril  161/4,  à  charge  de  bâtir,  et  au  profit  des  nommés  Aubry  Lecoq  et  Ber- 
trand L'Hoste.  Le  lot  du  premier  avait  quatorze  pieds  et  demi  de  large,  sur  cinq 
toises  et  demie  de  profondeur;  le  lot  du  second  était  large  de  trois  toises  par  de- 
vant et  d'une  seulement  par  derrière.  Bertrand  L'Hoste  augmenta  sa  part,  le 
la  août  1628,  d'une  autre  place  contiguë,  large  de  quinze  pieds  et  profonde 
de  sept  toises,  de  sorte  qu'il  s'éleva  là  une  maison  large  de  sept  toises  cinq  pieds 
et  demi. 


RUE   DE   BUSSY. 

La  rue  de  Bussy  commence  au  carrefour  de  ce  nom,  c'est-à-dire  près  du  lieu 
où  débouchait  le  pont  de  l'ancienne  porte  de  Bussy,  et  elle  finit  à  la  rue  des  Bou- 
cheries (de  l'École-de-Médecine),  ainsi  qu'à  la  place  Sainte-Marguerite. 

Cette  voie  formait  la  continuation  de  celle  qui,  traversant  la  terre  de  Laas,  con- 
duisait du  Petit-Pont  à  l'abbaye;  elle  doit  donc  être  ainsi  fort  ancienne.  La  fer- 
meture réitérée  de  la  porte  de  Bussy,  au  xiv*  et  au  xv*  siècle,  paraît  avoir  alors 
transmis  à  la  rue  des  Boucheries  l'importance  que  la  rue  de  Bussy  était  naturel- 
lement destinée  à  prendre,  et  qu'elle  n'a  acquise  qu'après  la  réouverture  de  la 
porte  et  surtout  après  le  percement  de  la  rue  Dauphine. 

Dès  le  règne  de  Charles  VI,  la  rue  de  Bussy  fut  bordée  de  constructions  ('), 
excepté  entre  les  rues  de  Seine  et  du  Fossé  (Mazarine),  endroit  ofi  l'on  a  commencé 
de  bâtir  en  1  53o;  à  cette  dernit're  date,  c'était  moins  une  rue  qu'un  chemin  me- 
nant soit  à  l'abbaye,  soit  à  la  rivière,  au  moyen  de  la  rue  de  Seine,  avec  laquelle 
elle  était  fréquemment  confondue.  Dans  ce  cas,  la  partie  comprise  entre  la  place 
Sainte-Marguerite  et  la  rue  de  Seine  était  considérée  parfois  comme  une  rue  par- 
ticulière qu'on  a  appelée  me  du  Pilori  (1292-1531),  trrue  par  oti  l'en  va  de  de- 
(rvant  le  Pilory  vers  le  Pré  aux  Clercs d  (i388),  «rue  par  où  l'en  va  au  Pré  aux 

"'  Il  a  été  dit  qu'on  avait  commence  à  y  bâtir  car  il  s'y  trouvait  d^jà  une  maison  appartenant  à 
en  1357;  mais  cette  assertion  est  sans  fondement,        l'évêque  d'Orléans  en  fjg-i. 


38  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

ff Clercs,  du  Piloiyn  (liia),  ou  ttrue  qui  tend  du  PiHory  au  Pré  aux  Clercs n 
(i523),  mais  à  laquelle  on  donnait  aussi  le  nom  de  rue  de  Bussy,  puisqu'on  a 
écrit  dans  un  acte  de  i53o  :  trrue  de  Bussy,  tendant  du  Pillory  au  Pré  aux 
ff  Clercs,  n 

La  rue  de  Bussy  est  énoncée  dans  des  chartes  :  rr  vicus  per  quem  exitur  de  porta 
(fParisiensi,  que  vocatur  porta  Sancti  Germani  (laS/i);  vicus  per  quem  itur  ad 
ffSecanam  (laSg),  et  via  publica  per  quam  directe  itur  de  Sancto  Germano  ad 
ffportam  civitatis  Parisiensis,  que  vocatur  porta  Sancti  Germanin  (1292);  puis, 
dans  d'autres  documents  :  «  rue  allant  de  l'abbaye  à  la  vieille  porte  de  Bussy,  au 
ffPré  aux  Clercs n  (1670);  cr  chemin  devant  la  porte  de  Bussy  a  (liigS  et  i53)); 
ff  chemin  qui  vient  de  la  porte  Sainct  Germain  à  la  rivières  (1629);  te  chemin  par 
ff  lequel  on  va  de  Paris  au  Pré  aux  Clercs  n  (i53i);  cf  chemin  qui  tend  de  Paris 
ffà  la  rivière  de  Seyneii  (i53i);  ftrue  de  la  porte  de  Bussy n  (1622);  enfin  rue 
de  Bussy,  en  1628,  et  ftde  Buxy, n  dans  un  titre  de  i535  ''l  On  lit  dans  le  censier 
de  i5ii7  :  et  rue  de  Bussy,  naguères  et  auparavant  l'ouverture,  de  nouvel  faicte, 
tfde  la  porte  de  Bussy,  appelle  le  chemyn  allant  au  Pré  aux  Clercs. -n 

Celte  voie,  qu'on  pava  en  i55i,  doit  son  nom  à  la  porte  de  Bussy,  ainsi  ap- 
pelée parce  qu'elle  appartint,  au  milieu  du  xiv^  siècle,  à  Simon  de  Bussy,  premier 
président  du  Parlement.  Or,  quel  que  soit  le  lieu  d'où  la  famille  de  Bussy  était 
originaire,  le  vocable  servant  à  désigner  ce  lieu  semble  venir  du  latin  buxus,  buis. 
Dans  cette  hypothèse,  l'orthographe  moderne  Bussy  serait  préférable  à  celle  de 
Biici  ou  Bucy  [de  Buciaco),  qu'on  rencontre  ordinairement  dans  les  anciens  textes. 

CÔTÉ   MÉRIDIONAL   ET  ORIENTAL. 


PAROISSE   SAIINT-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DU  PARLOIR  AUX  BOURGEOIS. 

Eniie  Maison  sans  désignation,  tenant  au  pont  de  la  porte  de  Bussy,  et  bâtie  sur  un 

'  eUa'rue '^'^    terrain  large  de  trois  toises  et  demie  et  profond  de  cinq  toises  deux  pieds,  baillé 

de  lAncicnne-     ^  Pierre  Janson,  le  1 5  avril  1606.  Dans  ce  terrain  existaient  encore  les  fondements 

d'une  maison  détruite  en  1  589  ''^^  :  c'était  sans  doute  la  même  que  celle  dont  l'ein- 

*■''  Buxy  n'est  pas  une  corruption  à  proprement  frque  plusieurs  caymans  et  aultres  gens  malvivans 

parler;  c'est  une  orthographe  savante,  comme  on  en  irfaisoient  leur  retrait  ordinaire   soubz  certaines 

'  adoptait  au  \vr  siècle.  Pendant  les  xv' et  xvi' siècles,  trvoultes  de  caves,  quiii  étaient  (rresléesdes  ruynes 

on  ëcrivait  Artî'ntes,  Xnmctm/fe.  Gela  ne  changeait  rdes  maisons  cy-devant  assises  hors  la  porte  de 

rien  à  la  prononciation.  —  a.  de  l.  «Bussy,»  le  Bureau  de  la  Ville  ordonna  le  comble- 

'''  Le  \l\  juillet  1609,  après  avoir  été  informé  ment  de  ces  excavations. 


"^  RUE  DE  BUSSY.  39 

placement  lïit  cédé  à  Jean  de  Bernay,  le  19  mai  i5^3.  La  maison  de  Jean  de 
Bernay  était  large  de  dix-neuf  pieds  par  devant,  de  vingt-quatre  par  derrière,  et 
profonde  de  douze  toises.  Elle  touchait  à  la  amasser  du  pont. 

Maison  sans  désignation,  qui  parait  avoir  été  construite  sur  l'emplacement 
d'une  masure  baillée  au  nommé  Cordier,  avant  le  mois  d'août  i6o5. 

Maison  sans  désignation,  faisant  le  coin  oriental  de  la  rue  des  Fossés  (de  l'An- 
cienne-Comédie).  Elevée  sur  un  terrain  baillé  à  Simon  Bridon ,  le  10  août  1862, 
elle  fut  abattue  en  1889,  et  rebAtie  par  Léon  Ficquet,  à  qui  l'emplacement  en 
fut  accensé  le  20  mai  1  6o5;  il  s'en  défit  quatre  jours  après,  au  profit  du  nommé 
Pierre  Nolant. 

JUSTICE 
ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE  SAINT-GEBMAIN  DES  PItÉS. 

Jabdiî!  (ibaS),  puis  maison  sans  désignation  (iSgo),  faisant  le  coin  occidental      Enireiesrue» 
de  la  rue  des  Fossés.  Le  terrain  de  cette  maison,  qui  était  déjà  divisée  en  deux  rAiicienne-ComMie 
vers  1628,  contenait  huit  perches,  et  fut  baillé  le  6  mai  i5io,  lorsqu'il  était  ,   .,     *' 

1  I  <u'S  Mauvais-Oiirçons 

encore  en  jardin,  à  Jean  Ganeron:  il  dépendait  de  la  maison  contiguë,  faisant  front  (t;r.ijoire-do-Tours). 
sur  les  fossés. 

Maisos  sans  désignation  en  lôaS,  puis  ou  Gband-Tckc  (1628).  En  i53i,  elle 
renfermait  un  jeu  de  paume,  et,  pendant  tout  le  xvi*  siècle,  elle  s'étendait  fort 
loin  vers  le  sud,  puisque  les  maisons  de  la  rue  des  Fossés,  jusqu'à  celle  de 
l'Étoile  inclusivement,  sont  toujours  dites  y  aboutir.  Plus  tard ,  la  partie  postérieure 
de  la  maison  a  servi  à  l'agrandissement  de  diverses  propriétés  en  bordure  sur  la 
rue  des  Mauvais-Garçons,  et  c'est  apparemment  cette  même  partie  qui  dépendait, 
en  iS/lcj,  de  la  maison  de  l'Image-Saint-Antoine,  en  la  rue  des  Boucheries. 

Maison  sans  désignation  (1  53 1),  faisant  le  coin  oriental  de  la  rue  des  Mauvais- 
Garçons.  Elle  fut  élevée  sur  une  partie  de  jardin,  large  de  trois  toises  deux  pieds 
et  profonde  de  dix''',  cédée  par  Jacques  Ledreux  à  Nicolas  Maretz,  le  18  jan- 
vier 1827.  Détruite  pendant  le  siège  de  Paris,  elle  n'était  point  encore  rebâtie 
vers  iSgS;  mais,  en  »6ii,  sur  son  emplacement  et  sur  celui  de  trois  masures 
situées  le  long  de  la  rue  des  Mauvais-Garçons,  Jean  Clergy  avait  fait  construire 
quatre  nouvelles  maisons,  dont  l'une  avait  pour  enseigne  la  Fortune.  En  1616, 
les  quatre  maisons  avaient  pour  enseignes  la  Justice,  la  Prudence,  la  Force  et  la 
Tempérance.  Nous  ne  saurions,  d'ailleurs,  fixer  avec  certitude  les  limites  de  ces 
quatre  constructions. 

Jabdin  d'un  demi-quartier  (1  620),  puis  maison  sans  désignation  (tS^y),  faisant      Eniif  les  me» 
'■'  Dans  œuvre,  saii»  doiiU". 


40  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

des  le  coin  occidental  de  la  rue  des  Mauvais-Garçons.  Elle  appartint,  dès  10/17,  ^"'^ 

Mauvaise-Garçons    j.gjjgjgy^^  j]g  Sainte-Croix-dc-la-Bretonnerie ,  auxquels  elle  avait  été  donnée  par 

des  Boucheries     ^e  Michel  Béuard,  oui  l'avait  fait  bâtir  quelques  années  auparavant. 

lÉcoie-dc-Médecine).       Maison  sans  désignation  en  1  SgS,  puis  de  l'Image-Saint-Louis  (1638).  De  même 

que  les  quatre  ou  cinq  suivantes,  elle  fut  construite  sur  des  terrains  ayant  fait 

anciennement  partie  de  l'hôtel  de  Malicorne.  (Voir  Rue  des  Boucheries.) 

■  Maison  de  la  Croix-Blanche  (1  BgS-i  780) ,  faisant  hache  derrière  la  précédente. 
Vers  i6/io,  elle  appartenait  à  la  duchesse  de  Schomberg  et  renfermait  un  jeu  de 
paume.  On  y  établit  ensuite  une  salle  de  spectacle,  qui  fut  connue  sous  le  nom  de 
Théâtre-Illustre  (i6iii-i6/i5),  et  où  Molière  fit  ses  débuts  à  Paris. 

Partie  postérieure  de  la  maison  du  Cïgne-de-la-Croix,  située  rue  des  Bouche- 
ries. Les  deux  maisons  précédentes  paraissent  avoir  été  bâties  sur  une  partie  de 
son  emplacement. 

Maison  sans  désignation  en  iBgB,  puis  de  l'Image-Saint-Nicolas  (1687-1733). 
Elle  semble  avoir  eu  aussi  pour  enseigne  l'Église,  et  elle  appartenait  au  collège 
Saint-Nicolas-du-Louvre. 

Maison  du  Grand-Cerf  (1595-1780),  où  il  y  avait  une  hôtellerie  au  xvii*"  siècle. 
C'était  d'abord  la  partie  postérieure  de  la  maison  de  Notre-Dame-des-Vertus,  ayant 
sa  façade  sur  la  rue  des  Boucheries. 

Grande  maison,  qui  paraît  avoir  eu  pour  enseigne  l'Albanoys  en  i595,  et  est 
dite,  dans  le  censier  de  cette  année,  appartenir  à  «  J.  de  Messe,  •«  conseiller  d'Etat W, 
après  avoir  été  possédée  par  M.  de  la  Marcdlière.  Si  nous  ne  nous  trompons,  elle 
fut,  comme  les  précédentes,  bâtie  sur  les  jardins  de  l'hôtel  de  Malicorne.  La  rue 
de  Seine  passe  aujourd'hui  sur  une  partie  de  son  terrain  et  de  celui  de  la  maison- 
suivante. 

Hôtel  de  Venise  (iSgô),  où  pendait  pour  enseigne,  en  1687,  la  Ville-de-Venise. 
Suivant  le  censier  de  lôgS,  il  appartenait  à  M.  de  Vailly,  et  avait  été  construit 
sur  l'emplacement  d'une  masure  qui  avait  jadis  été  une  grange.  Cette  grange  doit 
être  celle  que  Regnaut  Beauvallet  vendit,  le  8  janvier  1 5 1 5 ,  au  voyer  de  l'abbaye, 
Jean  Bart,  dit  Brodequin;  elle  comprenait  quatre  travées,  était  contiguë  à  l'hôtel 
de  Malicorne,  et  aboutissait  aux  propriétés  de  L.  Leblanc,  c'est-à-dire  aux  mai- 
sons de  la  Cage  et  du  Havre-de-Grâce,  qui  étaient  situées  dans  la  rue  des  Bou- 
cheries. Vers  le  même  lieu  s'élevait,  en  lioi,  une  maison  ayant  pour  enseigne 
la  Hache. 

Maison  sans  désignation,  dont  nous  n'avons  pu  préciser  l'identité  que  grâce  au 
censier  de  1595,  mais  qui  existait  un  siècle  auparavant.  En  1628,  elle  était  sé- 
parée de  la  maison  suivante  par  une  allée ,  ou  corps  d'hôtel ,  servant  d'issue  à  une 
maison  ayant  son  entrée  principale  en  la  rue  des  Boucheries.  Ce  corps  d'hôtel 

'''  Ce  doit  être  le  même  que  Jean  Huiault ,  sei-  Hurault ,  seigneur  de  Maisse ,  ambassadeur  à  Venise , 
gneur  de  Bois-Taillé  et  de  Bourré ,  et  frère  d'André        mort  en  1607. 


N  RUE  DE  BUSSY.         '  41 

forma  ensuite  une  maison  particulière,  que  Christophe  Gamard,  qui  y  demeu- 
rait, légua  à  IHôtel-Dieu  par  son  testament  du  3  décembre  1669;  il  l'avait  achetée 
le  21  avril  t63i. 

Maison  sans  désignation  (iBgB). 

Maison  sans  désignation  en  lôaS,  puis  de  l'Image-Saint-Claude  (lôgô-iGSy). 
Elle  avait  des  dépendances  sur  la  rue  des  Boucheries. 

Maison  sans  désignation  (iBgô),  morcellement  probable  de  la  précédente. 

Petite  maison  mentionnée  en  iBaS,  et  alors  appartenant  à  Rémond  Piquet. 
Elle  avait  pour  enseigne  îe Petit-Broc  en  1628,  et,  comme  la  suivante,  avait  d'abord 
fait  partie  de  la  maison  du  coin  de  la  rue  des  Boucheries. 

Maison  du  Pavillon  (iBqô),  puis  des  Quatre-Fils-Aïmon ,  contiguë  à  la  maison 
du  coin  de  la  rue  des  Boucheries. 

CÔTÉ   OCCIDENTAL  ET   SEPTENTRIONAL. 


PAROISSE   SAIM-SILPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE  SAINT-T.EBMAIN. 

Maison  du  Croissant  (1/174-1628),  faisant  le  coin  de  la  place  Sainte-Margue-     Emrc  i»  place 
rite,  La  partie  postérieure  de  celte  maison,  donnant  sur  la  rue  de  l'Échaudé,   '        «i  ' 
avait  pour  enseigne  le  Paon,  au  xvii*"  siècle.  i«  rue  de  scmc. 

Maison  du  Grand-Cornet  (iSgS),  puis  du  Mouton  (1628). 

Maison  de  la  Biche  (1595-1628),  puis  du  Gros-Raisin  (1687). 

Maison  de  l'Arbalète  (1  595-1 628). 

Maison  de  l'Annonciation  (1  5/17- 1 687  ).  Cette  maison  et  les  maisons  précédentes, 
qui  toutes  aboutissaient  à  la  rue  de  l'Échaudé,  furent  construites  sur  l'emplacement 
d'une  grande  propriété,  laquelle  renfermait  une  grange  avec  des  étables,  et  est 
déclarée,  en  i523,  s'être  appelée  anciennement  (tl'hostel  de  la  Forge,  ii  Cet  hôtel 
de  la  Forge  est  mentionné  en  1637  et  1  466  ;  il  n'était  j)oint  distinct  de  la  maison 
du  Croissant  mentionnée  en  1/17/1,  puisqu'il  est  énoncé  adevant  le  Pillory.r  Nous 
trouvons  en  outre,  dans  les  archives  des  Chartreux,  l'indication  d'une  maison 
énoncée,  en  i3i9,  devant  le  Pilori,  ren  laquelle  maison  la  Forge  est,  ad  présent, 
p  faisant  le  coing  donc  l'en  va  de  la  Boucherie  à  Sainct  Germain,  et,  de  l'autre  part, 
(T  devers  les  prez,  en  alant  à  Sainct  Souplice,  et  tenant  aus  maisons  dudit  Clément 
«f  Le  Fèvre.  d  Cette  maison  de  la  Forge  parait  être  celle  dont  il  est  question  dans  le 
présent  article;  toutefois  le  fait  n'est  point  entièrement  certain,  parce  qu'il  a  existé 
aussi  une  autre  maison  de  la  F'orge  vers  le  coin  de  la  rue  des  Boucheries.  La  pre- 
mière se  confondait,  vers  i5/i8,  avec  la  maison  suivante,  dont  il  est  dit,  dans  le 


42  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

censier  de  cette  année,  que  le  ttprincippal  manoim  avait  effectivement  pour  en- 
seigne l'image  de  «  l'A  nnonciation-Nostre-Damcn  Au  même  lieu  il  y  avait,  en  i388, 
une  grange  appartenant  à  Jehan  Laigneau. 

Deux  maisons,  dont  l'une,  faisant  le  coin  méridional  de  la  rue  Bourbon-le- 
Château,  a  eu  pour  enseigne  la  Herse  en  1628,  et  la  Herse-en-Croissant  en  1671. 
L'autre  appartenait,  vers  i63o,  à  Joachim  et  Pierre  ftSauvalle,^  père  et  oncle  de 
l'historien,  qui  lui-même  en  fit  don  à  l'Hôpital  général,  le  i4  mars  1671.  Ces 
deux  maisons  avaient  été  construites  sur  l'emplacement  d'une  grange,  avec  ber- 
peries  et  étables  (iSaB),  dont  les  limites,  vers  la  rue  de  Seine,  paraissent  répondre 
au  côté  méridional  de  la  rue  Bourbon-le-Château.  C'est,  en  effet,  sur  le  terrain 
de  la  maison  suivante  que  cette  rue  fut  ouverte. 

Rue  BoURBON-LE-ChÂTEAU.  François  de  Bourbon,  prince  de  Conti,  abbé 
commendataire  de  Saint-Germain,  ayant  fait  rebâtir  la  porte  du  palais  abbatial 
et  voulant  éviter  le  long  détour  au  moyen  duquel  on  y  accédait''',  résolut  de  percer 
une  rue  ff  depuis  le  pont  neuf  de  la  Maison  abbatialle  jusqu'à  la  rue  de  Bussy.  "^ 
Dans  ce  dessein,  le  5  juillet  1610,  il  acquit  de  Jean  de  Moussy,  auditeur  à  la 
Chambre  des  comptes,  une  zone  de  terrain  dépendant  de  la  maison  de  celui-ci, 
et  mesurant  quatre  toises  de  large  sur  dix-neuf  et  demie  de  profondeur.  Jean  de 
Moussy  reçut,  comme  indemnité,  une  propriété  à  Cachan,  et  la  construction  du 
mur  destiné  à  séparer  sa  maison  de  la  rue  nouvelle  fut  payée  par  l'abbé'^'.  Il  est 
dit,  dans  le  texte  du  contrat  d'échange,  que  la  voie  à  ouvrir  s'appellera  «la  rue  de 
ft  Bourbon-Guise,  n  et  telle  est,  en  effet,  la  dénomination  qu'elle  a  portée  d'abord, 
et  à  laquelle  a  ensuite  été  substituée  celle  de  rue  Bourhon-le-Château.  On  lit  rr  rue  ' 
ftde  Bourbon-le-Château,  cy-devant  rue  de  Bourbon-Guise, n  sur  un  titre  de 
1768  (^'.  La  première  dénomination  avait  été  choisie,  non  point,  comme  on  le  dit, 
à  cause  du  cardinal  de  Bourbon,  mais  bien  en  l'honneur  de  François  de  Bourbon 
et  de  sa  seconde  femme,  M"°  de  Guise,  qui  continua  à  jouir  des  revenus  de  l'ab- 
baye, longtemps  après  la  mort  de  son  mari. 

Maison  et  tuilerie  (i388-i5/i7),  s'étendant  jusqu'au  coin  de  la  rue  de  Seine, 
et,  le  long  de  cette  dernière,  jusqu'à  la  rue  du  Colombier.  Du  temps  de  Fran- 
çois I",  elle  appartenait  au  nommé  de  Moussy  et  s'appelait  la  Tuilerie  de  Moussy. 
Elle  est  énoncée  «une  loge,  masure,  place  et  tuillerieii  dans  le  bail  qui  en  fut  fait, 
le  28  avril  i388,  au  tuilier  Jehan  Fleurye,  moyennant  diverses  conditions,  parmi 
lesquelles  figure  l'obligation  de  fournir  chaque  année  deux  mdliers  de  tuiles  à 
l'abbaye.  Elle  présentait  alors,  sur  la  rue  de  Seine,  une  longueur  de  trente-neuf 

'■'  On  ne  pouvait  y  arriver  de  Paris  que  par  la  '^'  Sur  le  plan  de  Gomboust,  la  rue  Bourbon- 
rue  du  Colombier,  ou  par  la  place  appelée  aujour-  le-Cbâteau  est  de'nomruée  rue  du  Petit-Bourbon,  ce 
d'hui  de  Sainte-Marguerite.  qui  constitue  une  erreur  manifeste  et  fait  confusion 

'-'  Arch.  nat.  cart.  S  2875.  avec  la  rue  voisine  de  Saint-Sulpice. 


■*  RUE  DE  BUSSY.  43 

toises,  laquelle  se  retrouvait  naguère  entre  la  rue  de  Bussy  et  la  rue  du  Colom- 
bier. Nous  croyons  que  le  terrain  qu'elle  occupait  se  confond  avec  certaine  place 
vide,  d'environ  un  demi-arpent,  tenant  d'une  part  «au  terrouer  des  fossezn  du 
monastère,  et  d'autre  part  «au  chemin  par  oià  on  va  de  Saint-Germain  à  la  rivière 
ffde  Senne,  T)  qui  fut  cédé,  en  1872,  au  tuilier  Guillaume  Frère,  à  charge  par  lui 
d'y  bâtir.  La  tuilerie  de  Moussy  doit  avoir  cessé  d'exister,  en  vertu  d'une  ordon- 
nance de  l'abbé  de  Saint-Germain,  ordonnance  dont  nous  ignorons  la  date,  mais 
à  propos  de  laquelle,  le  6  juin  i556,  le  Parlement  ordonna  une  enquête,  sur  les 
réclamations  des  autres  possesseurs  de  tuileries  du  faubourg  et  sur  celles  de  l'Uni- 
versité. Il  est  parlé,  dans  le  censier  de  1590,  des  maisons  qui  avaient  remplacé 
la  tuilerie.  En  1628,  elles  étaient  au  nombre  de  sept  sur  la  rue  de  Bussy.  A  cette 
époque,  les  quatre  premières,  après  la  rue  Bourbon-le-Chàteau,  étaient  encore 
possédées  par  la  famille  de  Moussy. 

Maison  de  Notre-Dame-de-Liesse  (1543-1687),  faisant  le  coin  oriental  de  la  Entre 

rue  de  Seine.  En  1628,  elle  était  divisée  en  six  maisons  :  la  première,  faisant  le      etMaiarine. 
coin,  conservait  l'ancienne  enseigne;  la  deuxième  avait  celle  des  Balances;  la  qua- 
trième, celle  de  rAtige;  la  cinquième,  celle  des  Deux-Auges;  la  sixième,  celle  du 
Rosier-Croissant. 

La  maison  de  Notre-Dame-de-Liesse  et  la  suivante  furent  construites  sur  un 
terrain  cédé  par  Simon  Charlier  à  Jean  Laurent,  le  1 1  septembre  iB3i. 

Maison  sans  désignation  en  1 667,  et  alors  inachevée.  En  1 5ç)5,  elle  renfermait 
un  jeu  de  paume.  En  1G28,  elle  était  divisée  en  deux  parties  :  la  maison  de  l'Ecti- 
de-Botilogne  et  le  jeu  de  paume  de  la  Diligence. 

Maison  sans  désignation  (15/17),  <^''<^vée  sur  un  terrain  baillé  à  Jean  Cham- 
pion, le  iG  mai  i53o.  En  1595,  elle  formait  plusieurs  corps  d'hôlel,  et,  en 
1628,  cinq  maisons  distinctes  :  la  première,  actuellement  réunie  à  la  deuxième, 
a  eu  pour  enseignes  le  Petit-Monde  [i  G  aS)  et  le  ChefSainl-Jean  (1687);  la  deuxième, 
celle  de  la  Belle-Image  (1620);  la  troisième,  maintenant  confondue  avec  la  qua- 
trième, a  eu  pour  enseigne  le  Cheval-d'or  (1629-1696),  et  il  s'y  trouvait  un  jeu 
de  paume  en  1687;  la  quatrième  a  eu  pour  enseigne  le  Jitgement-de-Salomon^^^ 
(1628-1687),  ^^  '**  cinquième,  le  Pavillon-Royal  (1687). 

Maison  sans  désignation  en  15^7,  puis  de  la  Salamandre  en  i595,  contiguë  à 
la  maison  faisant  le  coin  de  la  rue  Mazarine.  Elle  fut  élevée  sur  un  quartier  de 
terre  baillé  à  Nicolas  Maretz,  le  i  1  mai  i53o,  et  était  déjà  divisée  en  deux,  vers 
1625.  C'était  une  place  vide  en  i595,  par  suite  des  ravages  de  la  guerre. 

C  Probablemenl  par  allusion  au  nom  de  Salomon  Champion,  propriiUairc  du  tout  en  iSgS. 


6. 


iU  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 


JUSTICE 
ET  CENSIVE  DU  PARLOIR  AUX  BOURGEOIS. 


Entre  Deux  MAISONS  sans  désignation  (1607),  dont  la  première  faisait  ie  coin  oriental 

ctbpTrtcdrBÛrsy.  du  chemin  sur  les  fossés  ou  rue  Mazarine,  et  a  formé  ensuite  l'angle  de  la  rue 
Dauphine.  Le  terrain  de  ces  maisons  paraît  avoir  été  baillé  en  i6o5  aux  nommés 
Simon  Turpin  et  Jean  Raimbaut. 

Deux  maisons  sans  désignation  (1607),  élevées  sur  une  place  large  d'environ 
cinq  toises  et  profonde  de  quatre,  baillée  à  Jean  Bayet,  le  26  mai  160 5.  Au  même 
lieu  avaient  existé,  avant  iBSg,  deux  maisons  bâties  sur  un  terrain  large  de  huit 
toises  et  profond  de  six,  vendu  par  la  Ville  à  Jean  Gabory,  le  8  août  i5/i2.  Ce  ter- 
rain était  attenant  à  une  place  large  de  cinq  toises,  la  même  peut-être  que  celle 
de  Bayet. 


RUE   DES   CANETTES. 

La  rue  des  Canettes  commence  à  la  rue  du  Four  et  finit  à  la  rue  du  Vieux- 
Colombier. 

Des  documents  de  laSg  et  1270,  ainsi  que  le  rôle  de  la  taille  pour  1292, 
la  mentionnent  sous  le  nom  de  vicus  Sancti  Sulpicii,  ou  tr  rue  Saint  Souplice.  1)  Ce 
vocable,  provenant  de  ce  que  la  rue  conduisait  à  l'église  consacrée  sous  l'invo- 
cation de  saint  Sulpice,  se  rencontre  diversement  orthographié  :  Saint  Suplice," 
Soulpice,  etc.,  dans  presque  tous  les  titres  jusqu'au  milieu  du  xvii^  siècle,  époque 
où  le  nom  de  rue  des  Canettes  commence  à  devenir  fréquent.  Empruntée  à  une 
enseigne,  celte  dernière  dénomination  était  déjà  usitée  en  1628,  puisque  le  cen- 
sier  de  cette  année  énonce  a  la  rue  Sainct  Sulpice,  dicte  des  Canettes,  a  Aupara- 
vant on  faisait  quelquefois  usage  de  la  locution  :  Grande  rue  Saint  Sulpice  (iBog, 
1617,  etc.),  apparemment  pour  éviter  la  confusion  avec  les  ruelles  Saint-Sulpice 
aboutissant  au  chemin  de  Vaugirard.  Nous  avons  lu  dans  une  charte  de  iûi3  : 
ff  rue  par  oili  l'on  va  à  l'hostel  de  Sainct  Sulpice ,  ii  et  «  rue  Sainct  Sulpice ,  autre- 
rrment  dicte  le  Trou  Punetz,  v  sur  des  actes  dei5iieti578. 

Le  Trou-Punais  dont  il  est  ici  question  était  une  propriété  privée,  car  une 
maison  située  au  coin  de  la  rue  du  Four  et  de  la  rue  des  Canettes  est  énoncée, 
en  i5o5,  aboutir  «au  jardin  du  Trou  Punais'^'.n  D'autre  part,  la  maison  du  Trou- 
Punais  est  l'objet  d'un  article  dans  des  comptes  de  i656,  i663,  etc.  Au  reste, 
il  y  avait  encore  des  bourbiers  dans  la  rue  des  Canettes  et  dans  les  environs, 

'"'  Cette  dénomination,  qui  comporte  l'existence        quente  dans  le  vieux  Paris;  on  la  trouve  également 
d'un  puisard,  ou  bouche  d'égout,  est  assez  fré-        appliquée  aux  voiries  et  décharges  publiques,  l.m.t. 


< 


N  RUE  DES  CANETTES.  45 

sous  le  règne  de  Charles  IX  :  un  arrêt  du  Conseil  privé,  rendu  le  22  juillet  i566, 
ordonna  que  le  Prévôt  des  Marchands  et  les  Échevins  fourniraient  cent  raanou- 
vriers  pendant  deux  mois,  pour  être  employés,  sous  la  direction  des  officiers  de 
l'abbaye,  à  faire  les  ir  vidanges  des  terres  massives,  haussement  et  baissement  des 
(f  terres,  rues  et  cloaques  des  rues  du  Four,  de  Saint  Sulpice  et  autres  circum- 
ff  voisins^'',  fl 

Au  nombre  des  rues  mentionnées  dans  la  liste  que  donne  Corrozet,  et  dont 
l'identité  est  restée  jusqu'ici  à  l'état  d'hypothèse,  figure  celle  de  Vtracottblé;  mais, 
alors  même  que  l'édition  du  livre  des  tr  Antiquitez,  chroniques  et  singularitez  de 
ff  Paris,  fl  donnée  en  i563,  ne  nous  eût  point  appris  les  aboutissants  de  cette 
rue*'>,  il  nous  aurait  été  facile  de  comprendre  que  cette  voie  ne  différait  point 
de  la  rue  des  Canettes,  puisque  nous  savons  que  le  seigneur  de  Villacoublay  avait 
là  son  habitation,  au  temps  de  François  I".  Un  censier  de  i4oo  indique  six  ou 
sept  maisons  pour  le  côté  oriental  de  la  rue  des  Canettes,  et  dix  pour  le  côté  occi- 
dental. Toutes  les  maisons  dont  nous  allons  parler  existaient  donc  dès  le  xiv*  siècle; 
toutefois  ce  n'est  qu'au  xvi*  siècle  qu'il  est  possible  de  les  distinguer  entre  elles. 

CÔTÉ   ORIENTAL. 


PAROISSE    SAIM-SL'LPICE. 

JUSTICE 

BT  CBlfSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Maiso!»  sans  désignation  enioi'j,  puis  de  l'Image-Saint-Claide  (161 5),  contiguë 
à  la  propriété  du  coin  de  la  rue  du  Four.  Elle  en  avait  fait  partie  anciennement, 
et,  après  avoir  été  détruite  pendant  le  siège  de  Paris,  elle  fut  rebâtie  en  i6o5. 

Maison  sans  désignation  (i523).  Achetée  vers  i535,  du  nommé  Bigant,  par  le 
président  René  Gentil,  et  comprise  dans  la  confiscation  de  ses  biens,  en  i5/i3, 
ainsi  que  la  suivante,  elle  passa  aux  mains  du  cardinal  de  Tournon,  et  devint,  en 
i566,  la  propriété  de  son  neveu,  le  comte  de  Roussillon. 

Maison  de  l'Image-Notbe-Dame  (16/16-1 53 1),  dont  les  jardins,  énoncés  comme 
ayant  un  arpent  et  demi,  s'étendaient  jusqu'aux  halles  de  la  Foire,  en  longeant 
la  partie  postérieure  des  dépendances  du  presbytère  Saint-Sulpice.  Elle  appartint 
aux  xMathurins,  puis  à  Edmond  Hesselin,  seigneur  de  Villepèle.  Le  3i  décembre 
i535,  elle  fut  vendue  par  la  fille  de  Hesselin,  épouse  de  l'avocat  Guy  Cotte- 
Blanche,  à  Jérôme  Gentil.  René  Gentil,  le  père  de  celui-ci,  la  posséda  d'ailleurs, 

'*'  Inv.  de  l'Abbaye.  Arcli.  nat.  rcg.  LL  11 65,        est  dite  aboutir  d'un  bout  fh  la  rue  Sainct  Ger- 
fol.  11  V*.  irmain»  (du  Four)  et  cde  i'aultre  bout  au  coing 

'*'  Dana  le  livre  de  Corrozet,  la  rue  des  Canettes        ir  Sainct  Supplice." 


46  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

comme  l'indique  le  censier  de  iS/iy,  où  il  est  rapporté  qu'elle  fut  confisquée 
au  profit  du  cardinal  de  Tournon.  On  y  dit,  en  outre,  que  cren  partie  desquelz 
(T  lieux  ledict  delfunct  Gentilz  feist  bastir  et  édiffier  une  grant  maison  de  la 
ftniodde  italienne,  couverte  de  IhuiHe,  où  il  y  a  trois  tournelles  couvertes  d'ar- 
cr  doises.  fl 

C'est  sur  l'emplacement  de  cette  maison,  absorbée  avec  la  précédente  dans 
l'hôtel  de  Roussillon  (voir  Rue  du  Four),  qu'a  été  ouverte  la  rue  Guisarde,  d'abord 
dite  Guyarde,  suivant  un  titre  du  mois  d'octobre  1G21.  De  plus,  il  semble  que 
l'hôtel  du  comte  de  Sancerre,  qu'on  trouve  mentionné  dans  le  censier  de  i355, 
et  devant  lequel  se  trouvait  une  masure  contiguë  à  l'hôtel  des  Carneaux  et  à  ce 
dernier  manoir ''',  s'élevait  vers  le  lieu  où  a  été  percée  la  rue  Guisarde.  Il  est 
parlé  de  cet  hôtel  du  comte  de  Sancerre  dans  un  document  de  1270. 

Maison  sans  désignation  (i53i),  contiguë  à  la  maison  du  coin  de  la  rue  du 
Vieux-Colombier.  Elle  appartint  aux  marguilliers  de  Saint-Yves. 

CÔTÉ   OCCIDENTAL. 


PAROISSE   SAINT-SULPÏCE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Grande  maison  sans  désignation,  formant  le  coin  de  la  rue  du  Vieux-Colom- 
bier. C'était  d'abord  une  propriété  composée  d'une  grande  et  d'une  petite  mai- 
son, avec  un  grand  et  un  petit  jardin.  Le  tout  fut  vendu,  en  1609,  par  Gasset 
le  Viel  [alias  le  Véel)  à  Jean  Tabour,  orfèvre,  qui  s'en  défit,  le  19  avril  ibao, 
au  profit  de  Léon  le  Gentiliiomme,  prêtre  et  licencié  en  droit.  Celui-ci  y  fit 
bâtir  un  hôtel  important,  que  possédèrent  après  lui  messire  François  de  Mon- 
seaulx,  seigneur  de  Villacoublay  (i53/i),  M^  Oudart  Hennequin,  Christophe  de 
Thou,  avocat  au  Parlement  (iSiy),  puis  Philippe  Goureau,  sieur  de  la  Prous- 
tière,  maître  des  requêtes  (iByG).  Dès  1628,  on  y  avait  établi  un  manège,  qui 
fut  possédé,  vers  i656,  par  Hugues  de  Villelongue,  sieur  de  Mesmonl,  écuyer 
ordinaire  de  la  grande  écurie,  et  qui  s'est  appelé  Académie  de  Mesmont,  et  plus 
tard  de  Vaiidreuil. 

Maison  sans  désignation  (1595). 

Maison  sans  désignation  (1576),  qui,  dans  la  première  moitié  du  xvi"  siècle, 
était  confondue  avec  la  suivante. 

Maison  du  Pe'lican  (1575-1687).  L'emplacement  de  cette  maison  et  de  la  pré- 

'''  irMons.  Bernart  le  Brun,  pour  sa  masure  des  Querneaux,  devant  i'ostel  nions,  de  Sancerre,  vi  s. « 
Arch.  nat.  reg.  LL  io33,  fol.  3o  v°. 


N  RUE  DES  CANETTES.  M 

cédente  doit  être  le  même  que  celui  de  l'ancien  Hôtel  «aux  Carneaulx,?'  qu'on 
trouve  encore  mentionné  en  i53i.  Il  appartenait,  en  i3o6,  à  l'abbé  de  Saiat- 
Remy  de  Reims,  lequel,  contraint  par  les  moines  de  Saint-Germain-des-Prés 
ffd'en  vider  ses  mains, ^  le  vendit  à  l'évêque  de  Limoges,  Rernard  Brun.  L'bôtel 
des  Carneaux  était  peut-être,  à  cette  époque,  plus  vaste  qu'il  ne  l'a  été  depuis; 
car  Bernard  Brun,  dans  une  reconnaissance  du  a  juin  i3io,  parle  de  plusieurs 
maisons  qui  y  étaient  attenantes.  Le  ai  mars  i6o3,  les  Quinze-Vingts  le  cédèrent 
à  Henry  Joigneau.  Ce  dernier  l'aliéna,  le  2  janvier  1^09,  au  profit  du  pitancier 
de  l'abbaye,  qui  le  revendit,  le  29  novembre  liiG,  à  Laurent  Poutrel. 

Maison  sans  désignation  (i5ii),  propriété  de  l'abbaye  au  xvn"  siècle.  Cette 
maison,  ou  l'avant-dernière,  avait  pour  enseigne,  en  lôyS,  ïe  Purgatoire,  et  l'une 
des  maisons  contiguës  à  l'hôtel  des  Carneaux  s'appelait  l'Iiâlel  de  la  Hotte,  en  1 4o3. 

Maison  sans  désignation  en  i595,  puis  des  Canettes  (1628-170..).  Elle  fut 
élevée  sur  une  portion  de  jardin  que  J.  Daneau,  propriétaire  de  la  maison  pré- 
cédente, vendit,  en  i5ii,  à  Jean  de  Montjay,  à  la  condition  de  réserver,  auprès 
de  la  maison  attenante,  l'emplacement  d'une  ruelle  longue  de  douze  toises  et 
large  de  quatre  pieds  et  demi.  Cette  ruelle,  dont  il  est  encore  question  en  ir)99, 
était  une  propriété  privée  et  a  promptement  disparu.  Jaillot  dit  qu'on  l'appelait 
la  ruelle  du  Chef-Saint-Jean. 

Entre  la  maison  des  Canettes ''^  et  la  maison  suivante,  il  eu  existe  aujourd'hui 
une  troisième,  qui  semble  être  un  morcellement  de  cette  dernière;  elle  a  eu  pour 
en.seigne  r Autruche,  vers  i58o,  et  les  Canettes-Blanches,  en  1628;  mais  il  n'en  est 
point  fait  mention  au  xvi*  siècle.  Le  décrochement  que  présente  le  mur  mitoyen 
méridional  de  la  maison  de  l'Autruche  nous  paraît  être  une  trace  du  passage  de 
la  ruelle. 

Maslre  (iSgf)),  puis  MAISON  DU  Chef-Saint-Jean  (1.^00-1628),  contiguë  à  la 
maison  faisant  le  coin  de  la  rue  du  Four.  Jaillot  dit  que  l'enseigne  de  celte  mai- 
son existait  dès  le  xiv*  siècle,  de  même  que  la  ruelle  attenante;  mais  c'est  une 
erreur  de  sa  part,  ou  le  résultat  d'une  faute  d'impression. 


RUE   DU   CANIVET. 

La  rue  du  Canivet  commence  à  la  rue  Servandoni  et  finit  à  la  rue  Férou. 

Cette  rue,  percée  à  une  époque  que  nous  ne  pouvons  préciser,  mais  très-pro- 
bablement peu  après  i55o,  n'apparaît,  en  tout  cas,  qu'un  peu  plus  tard,  car  la 
plus  ancienne  indication  que  nous  en  ayons  rencontrée  se  trouve  dans  le  censier 

'*'  L'enseigne  de  celle  maison,  sculplée  en  bas-relief  dans  le  siècle  passe,  existe  encore  au  moment  où 
noas  écrivons. 


48  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

de  iBgB.  Elle  y  est  énoncée  crrue  des  Fossoyeurs,  d  tandis  que  la  vraie  rue  de  ce 
nom  y  est  appelée  rue  des  Cordiers.  On  lit  rue  du  Canivet  dans  le  censier  de  1628 
et  dans  tous  les  documents  postérieurs,  qui  ne  fournissent  d'ailleurs  aucune  don- 
née sur  l'origine  de  cette  désignation.  Un  canivet  étant  une  sorte  de  canif,  on 
suppose  volontiers  qu'elle  provient  d'une  enseigne  du  Canivet;  mais  il  n'y  a  jamais 
eu,  que  nous  sachions,  de  pareille  enseigne  dans  cette  rue,  ni  même  dans  aucune 
autre.  Nous  croyons  devoir  indiquer  une  étymologie  fort  différente.  D'après  le 
censier  de  lôgB,  les  deux  seules  maisons  ayant  leur  façade  dans  la  rue  apparte- 
naient au  tailleur  «Jehan  Caminet;T)  or  il  est  extrêmement  vraisemblable  que  le 
copiste  du  cueilleret  a  écrit  par  erreur  Jean  Camtnet  au  lieu  de  J.  Cainivet  ou 
Canivet.  Rien,  en  effet,  n'est  plus  commun  que  de  semblables  méprises;  nous 
constatons,  en  outre,  que,  au  xvi*  siècle,  l'abbaye  comptait  parmi  ses  vassaux  un 
«Nicolas  Canyvet,T)  charpentier  de  bateaux,  à  la  famille  duquel  pourrait  avoir 
appartenu  le  tailleur  au  nom  douteux. 

CÔTÉ  MÉRIDIONAL. 


PAROISSE   SAINT-SULPIGE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Le  côté  méridional  de  la  rue  du  Canivet  était  bordé,  au  xvi^  siècle,  par  le 
flanc  d'une  maison  aboutissant  sur  les  rues  Servandoni  et  Férou.  Cette  maison* 
avait  son  issue  sur  la  rue  du  Canivet  en  1628,  et  elle  a  été  morcelée  depuis,  de 
façon  à  former,  le  long  de  la  rue  du  Canivet,  deux  propriétés  distinctes. 

CÔTÉ  SEPTENTRIONAL. 


PAROISSE   SAINT-SULPIGE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Deux  maisons  sans  désignation  (lôgS),  dont  la  première  faisait  le  coin  de  la 
rue  Férou,  et  la  seconde  celui  de  la  rue  Servandoni (?).  Ce  sont  ces  deux  maisons 
qui  appartenaient  au  tailleur  Jehan  Caminet;  en  1628,  comme  de  nos  jours, 
elles  constituaient  déjà  trois  maisons  différentes. 


RUE  CASSETTE.  49 


RUE   CASSETTE. 

La  rue  Cassette  commençait,  il  y  a  peu  d'années,  à  la  rue  du  Vieux-Colombier; 
son  extrémité  septentrionale  a  été  raccourcie  par  l'ouverture  de  la  rue  de  Rennes. 
Elle  finissait  et  finit  encore  à  la  rue  de  Vaugirard. 

Nous  trouvons  cette  voie  désignée  comme  il  suit  :  tr  chemin  tendant  de  la  rue 
«du  Colombier  aux  murs  des  Chartreux, n  dans  un  document  de  i52i,  et  «che- 
«  min  tendant  de  Sainct  Germain  aux  Poulignis,  i>  ou  simplement  «  chemin  des  Pou- 
fflignisjT)  dans  d'autres  pièces  datées  de  iBaS.  Toutefois  elle  avait  pour  nom 
caractéristique  et  habituel  celui  de  «chemin  de  Cassel,^  autrement  «ruelle  de 
«Cassel;T  elle  est  ainsi  indiquée  sur  un  acte  de  1612,  le  premier  où  il  en  soit 
parlé  à  notre  connaissance.  Vers  i56o,  le  nombre  des  maisons  bordant  le  chemin 
de  Cassel  lui  avait  donné  la  physionomie  d'une  rue;  aussi  lit-on  dans  le  censier 
de  16/17  •  "rue  de  Cassel,  que  naguères  on  nommoit  le  chemyn  de  Cassel. n  Pour 
la  distinguer  des  deux  petites  rues  également  dénommées  Cassel,  on  a  dit  quel- 
quefois :  «Grant  rue  Casseli»  (i56i)  et  «rue  du  Grant  Cassel-n  (tb'ji);  mais 
cette  appellation  n'a  point  eu  longtemps  sa  raison  d'être  et  a  peu  duré.  Quant  à  la 
transformation  du  vocable  primitif  en  celui  de  Cassette,  elle  a  eu  pour  cause  ce 
besoin  d'assimilation ,  qui  pousse  le  peuple  à  donner  un  sens  intelligible  à  des  mots 
incompris  et  plus  ou  moins  semblables  à  certains  autres  existant  dans  la  langue 
courante.  On  a  écrit  «en  Cassetu  dès  i563,  et  «rue  Cassettei»  dès  1  Byo. 

L'hôtel  de  Cassel,  auquel  la  rue  Cassette  doit  son  nom  et  peut-être  son  ori- 
gine, n'est  décrit  dans  aucun  des  titres  de  l'abbaye;  nous  sommes  moralement 
sur,  néanmoins,  «ju'il  était  situé  le  long  de  la  rue  du  Colombier,  entre  les  rues 
Cassette  et  du  Cherche-Midi  ''^.  Le  censier  de  1  355  nous  apprend  que,  après  avoir 
appartenu  à  un  archevêque  de  Bourges,  il  était  devenu  la  propriété  de  madame 
de  Cassel  :  «Mad.  de  Cassel,  pour  le  manoir  qui  fu  l'arcevesque  de  Bourges,  au 
«Colombier,  vi  s. '*'d  Un  registre  des  archives  de  Saint-Thomas-du-Louvre  nous 
fait  savoir  que  madame  de  Cassel  n'était  autre  que  «  Mad.  Jehanne  de  Bretègne.  •/> 
Jeanne  de  Bretagne,  née  en  129/i  et  morte  le  aU  mars  i363,  fut  effectivement 
mariée,  par  contrat  j)assé  à  Saint-Germain-des-Prés,  le  jour  de  la  Saint-Matthieu 
i323,  à  Robert  de  Flandres,  seigneur  de  Cassel,  et  de  là  vient  qu'elle  a  été 
connue  sous  le  nom  de  madame  de  Cassel.  Sa  fille,  Yolande  de  Flandres,  com- 
tesse de  Bar,  hérita  de  l'hôtel  de  Cassel,  comme  il  appert  du  censier  de  i365, 
et  elle  put  voir  cet  héritage  détruit,  car  elle  ne  mourut  qu'en  1396.  Or  il  est 
question,  dès  1393,  de  «la  place  où  jadis  fut  l'hostel  de  Cassel. d  Au  reste,  sur 

"'  Entre  autres  preuves,  on  trouve  fpi'une  place        à  la  rue  du  Four.  —  '*'  Arch.  nat.  r^.  LL  io33, 
(levant  celle  où  avait  été  l'hAtel  tenait  d'une  pari        fol.  lû  r*. 


50  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

l'emplacement  qu'il  avait  occupé  subsistèrent  toujours  quelques  constructions, 
maisons  rurales  ou  tuileries,  et  cet  emplacement  forma  un  territoire  qu'on  désigna 
par  l'appellation  de  frCassel.n  La  mention  du  «lieu  dict  Gasselu  et  la  locution 
«en  Casselu  se  rencontrent  très-fréquemment  pendant  la  première  moitié  du 
XVI*  siècle.  Dans  le  procès-verbal  de  l'arpentage  de  iSag,  le  canton  de  Cassel  est 
l'objet  spécial  d'un  triage,  sous  la  rubrique  :  et  Le  buictiesme  triaige  commençant 
ffà  la  Thuiilerye,  tirant  à  la  Fosse  à  l'Aumosnier,  jusques  au  grant  chemyn  de 
ffVaugirart;T5  ce  qui,  traduit  dans  le  langage  actuel,  veut  dire  :  commençant  du 
coin  de  la  rue  du  Vieux-Colombier  et  du  Cberche-Midi,  continuant  le  long  de 
celle-ci  et  de  la  rue  du  Regard,  puis  revenant  par  les  rues  de  Vaugirard  et  Cas- 
sette. En  1629,  le  terrain  du  buitième  triage  était  encore  presque  complètement 
en  culture,  et,  en  iôqS,  du  côté  de  la  rue  du  Chercbe-Midi,  s'étendait  un  arpent, 
lequel  s'était  a  anciennement  appelle  les  Petites  Masures,  n 

CÔTÉ  ORIENTAL. 


PAROISSE   SAINT-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Entre  les  mes  Trois  MAISONS  sans  désiguatiou  (iBqB),  dont  la  première  était  contiguë  à  la 

Vieux-Colombier    uiaisou  faisant  le  coin  de  la  rue  du  Vieux-Colombier;  la  dernière  formait  le  coin 
.tcarpentier.      septentrional  de  la  Tue  Carpentier. 

Entre  Maison  sans  désignation  (1 596),  faisant  le  coin  méridional  de  la  rue  Carpentier. 

les  rues  Carpentier  ti.  ■.  ,    .  .,__,,,  ,,  ,  ^ 

•  tiieMézières.         MAISON  saus  (lesiguation  (1590),  s  étendant  en  hache  sur  la  rue  Carpentier. 
Maison  sans  désignation  (1595),  dont  dépendait  une  autre  maison  sur  la  rue 
de  Mézières. 

Maison  sans  désignation  (1596),  faisant  le  coin  septentrional  de  la  rue  de 
Mézières. 

Enire  Grande  maison  sans  désignation  (iSgB),  faisant  le  coin  méridional  de  la  rue 

les  rues  de  Mézières    j^jt>->  i-  ■>  i  -i  r      r  •  n  -iiti 

et  de  Mézières,  et  dite,  dans  le  censier  de  1095,  appartenir  à  François  de  la  Forte, 

Honoré-Chevalier.   ^  président  de  Brethaigne  W.  V 


Maison  sans  désignation  (iSgS). 


''  Eustache  de  la  Porte,  président  des  enquêtes  Bretagne  publie  par  M.  Potier  de  Conrcy.  Il  y  eut. 

nu  Parlement  de  Bretagne  en  i563,  est  le  seul  par-  au  surplus,  un  François  de  la  Porte,  seigneur  du 

sonnage  qui  puisse  s'identifier  avec  celui-ci ,  et  dont  Boisliet  et  autres  lieux ,  qui  épousa  Claude  Bochart  en 

nous  trouvions  une  indication  dans  le  Nobiliaire  de  1 5 48  et  ("ut  l'aïeul  du  premier  duc  de  la  Meilleraye. 


>  RUE  CASSETTE.  51 

Maison  avec  jel'  de  palme  (i565-i6/io),  acquise  par  les  Jésuites  en  février  et 
mars  1689.  Elle  appartenait,  vers  i565,  à  Pierre  de  Vallès,  qui,  dès  iBiy, 
était  possesseur,  au  même  lieu,  de  sept  quartiers  de  terre,  où  s'élevait  une 
maison. 

Maison  sans  désignation  (1  Byi),  faisant  le  coin  septentrional  de  la  rue  Honoré- 
Chevalier.  Elle  fut  vendue,  le  19  avril  1071,  au  sieur  de  TAubépine,  par  le  char- 
pentier Jean  de  la  Rue,  qui  l'avait  fait  bâtir  sur  un  terrain  large  de  huit  toises  et 
profond  de  seize,  à  lui  cédé  par  Pierre  de  Vallès,  le  i3  décembre  i565. 

Au  delà  de  la  rue  Honoré-Chevalier,  la  rue  Cassette  était  bordée  par  une  maison      Enue  i.»  rues 
dont  la  façade  principale  donnait  sur  la  rue  de  Vaugirard,  (Voir  à  l'article  de  cette    eiTJuu^ZrT 
dernière.) 

CÔTÉ  OCCIDENTAL. 


PAROISSE  SAINT-SLLPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSITE  DE  L'ABBAYE. 

Maison  avec  grand  jardin,  contiguë  au 'clos  faisant  le  coin  de  la  rue  de  Vaugi- 
rard. Le  1 5  juillet  1 565,  M*  Robert  de  Rémisson,  procureur  au  Parlement,  acheta 
de  Pierre  de  Vallès  une  pièce  d'un  arj)ent  et  demi  et  trois  perches,  que  ce  dernier 
avait  acquise,  le  9  février  i55o,  de  Laurent  de  llsle.  Le  aS  juillet  de  la  même 
année  i565,  Robert  de  Rémisson  acheta  pareillement  de  Cuillaunie  Rourdin  une 
autre  pièce  de  terre,  et,  l'unissant  à  celle  qu'il  tenait  de  Pierre  de  Vallès,  il  forma 
la  propriété  dont  nous  parlons.  Elle  consistait  en  un  clos  d'environ  trois  arpents, 
planté  en  jardin,  lorsque,  le  1  1  juin  i583,  elle  fut  cédée  à  Robert  Rarat  par 
Léon  de  Rémisson,  ayant  cause  de  son  parent  Robert.  Le  18  octobre  1608,  elle 
fut  partagée  entre  les  héritiers  Leroy  et  le  nommé  Claude  Duinont  :  la  partie 
méridionale,  achetée,  le  7  juillet  1621,  par  Nicolas  Vivien,  fut  donnée  par  lui, 
le  11  .septembre  suivant,  aux  Cannes  déchaussés,  dont  elle  compléta  l'enclos, 
vers  l'est;  la  partie  septentrionale,  d'une  superGcie  de  cinq  quartiers,  fut  annexée, 
le  i^juillet  1659,  au  couvent  des  Bénédictines  du  Saint-Sacrement. 

Grande  maison  avec  jardins,  qui,  en  i565,  appartenait  à  Jean-Jacques  de  Ma- 
gaures,  et,  en  1628,  au  contrôleur  Louis  Le  Barbier''*,  lequel  l'avait  acquise  d'An- 
toine et  de  Henri  de  Loménie,  comte  de  Montbron;  ceux-ci  la  possédaient  vers 
1622.  Elle  contenait  environ  deux  arpents  et  demi;  mais  Le  Barbier  y  annexa 

'"'  Le  même  qui  figure  parmi  les  acquéreur»  de  l'hôtel  de  la  reine  Marguerite  :  c'était  apparemment  un 
de«  grands  spéculateurs  de  l'époque. 


52  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS, 

un  grand  clos  de  quatre  arpents,  qui  était  situé  derrière,  en  bordure  sur  la  rue 
du  Cherche-Midi,  et  avait  été  composé  de  plusieurs  parcelles.  Dans  cet  état,  Le 
Barbier  le  vendit,  le  i3  mai  i634,  aux  religieuses  de  Notre-Dame-de-Consolation, 
dites  du  Chasse-Midi.  Elles  ne  s'y  établirent  que  dans  la  partie  donnant  sur  la 
rue  du  Cherche-Midi,  et  elles  cédèrent  l'autre,  les  2  mars  et  8  avril  1608,  aux 
Bénédictines  du  Saint-Sacrement. 

Maison  sans  désignation  (iBgô),  contenant  un  jardin.  Elle  est  énoncée  simple- 
ment «un  jardin  clos  d'environ  un  demi-arpent , n  dans  la  vente  qui  en  fut  faite 
par  Guillaume  Lamy  et  Jehan  Marbais,  grand  arpenteur  de  France,  à  Pierre 
Boursier,  le  k  janvier  1619.  Trois  ans  plus  tard,  le  18  avril  1622,  P.  Boursier 
en  céda  la  partie  méridionale  à  Gabriel  Legentil,  par  lequel  elle  fut  donnée  à 
l'hospice  des  Incurables. 

Maison  sans  désignation,  qui  fut  achetée,  vers  i58o,  par  Robert  Barat.  En 
1619,  elle  formait  hache  derrière  la  précédente.  Des  remaniements  en  ont  rendu 
les  limites,  vers  le  nord,  très-problématiques. 

Maison  en  plusieurs  corps  d'hôtel,  contiguë  à  celle  qui  faisait  le  coin  delà  rue 
du  Vieux-Colombier.  Elle  appartint  à  r.M"  Liger  Duchesne,  lecteur  du  Roy''>,n 
puis  à  Robert  Barat,  qui  l'acquit  avant  les  guerres  de  la  Ligue.  Elle  aboutissait 
à  l'Académie  Chéradame. 


RUE   DE   LA   CHAISE. 

La  rue  de  la  Chaise  commence  à  la  rue  de  Grenelle  et  finit  à  la  rue  de  Sèvres. 

Cette  voie  est  une  de  celles  qu'on  ne  trouve  mentionnées  qu'au  xvi*  siècle,  bien 
qu'elles  soient  évidemment  beaucoup  plus  anciennes.  Ouverte  probablement  pour 
le  service  de  la  Maladrerie,  qu'elle  reliait  au  cimetière  dépendant  de  cet  établisse- 
ment, elle  est  énoncée  dans  l'arpentage  de  i529  :  frchemyn  qui  va  de  la  Malla- 
cr  derye  à  Sainct  Père,  ■"  et  « chemyn  qui  va  du  moulin  à  vent  à  la  Malladerye.  n  Ces 
deux  formules,  répétées  dans  d'autres  documents,  montrent  qu'on  ne  distinguait 
point  originairement  la  rue  de  la  Chaise  de  la  rue  des  Rosiers  (Saint-Guillaume), 
qui  en  forme  la  continuation.  Il  est  probable  que  cette  dernière  voie  se  raccordait 
jadis  avec  la  rue  de  la  Chaise  beaucoup  mieux  qu'aujourd'hui.  Le  nom  actuel  de 
la  rue  de  la  Chaise  provient  de  l'enseigne  d'une  tuilerie,  et  ne  paraît  pas  avoir 

'''  Liger  Duchesne,  Lcodegarius  a  Qucrcu,  pro-  violent  contre  les  Réformes  (De  intcrnecione  Gasp. 

■fesseur  et  lecteur  royal  au  Collège  de  France ,  s'est  Colignœi  et  Pelr.  lîami,  ad  regein  Carolum  IX,  Paris , 

fait  connaître  par  ses  travaux  d'érudition  et  de  1670,  in-4°).  Il  y  approuve  le  massacre  de  l'ami- 

poésie  latine.  La  liste  de  ses  œuvres  littéraires  est  rai  et  celui  de  Ramus,  dont  il  avait  été  cependant 

assez  longue.  On  cite  également  de  lui  un  pamphlet  le  collègue.  —  l.  m.  t. 


•*  RUE  DE  LA  CHAISE.  53 

été  en  usage  avant  la  seconde  moitié  du  xvi''  siècle.  Nous  lisons  encore,  dans  un 
titre  de  1678  :  s  rue  tendant  du  moulin  dudict  Sainct  Germain  à  l'hospital  du- 
ffdict  lieu,  11  et,  dès  i588  :  a  rue  de  la  Chaise,  qui  tend  de  la  Maladerye  au 
(f  moulin  à  vent  du  Pré  aux  Clercs.  •» 

CÔTÉ  ORIENTAL. 


PAROISSE  SAINT-SLLPIGE. 

JUSTICE 

BT  CENSIVE  DE  L"ABBAYE. 

D'après  le  censier  de  iBgS,  il  y  avait,  entre  la  propriété  faisant  le  coin  de  la 
rue  de  Grenelle  et  celle  qui  formait  le  coin  de  la  rue  de  Sèvres  :  1°  une  petite 
maison  avec  un  demi- arpent  de  terre  derrière;  9°  une  maison  à  M*  André; 
3"  une  petite  maison  qui  avait  appartenu  à  Jean  Marteau;  ti"  une  masure.  Or, 
en  1G87,  entre  les  propriétés  des  coins  de  la  rue,  il  n'existait  plus  que  les  dé- 
pendances du  grand  hôtel  de  Beau  vais  de  la  rue  de  Grenelle,  les  maisons  men- 
tionnées dans  le  censier  de  iBgB  ayant  été  détruites.  Cette  circonstance  et  l'ab- 
sence de  tout  titre  relatif  au  côté  oriental  de  la  rue  de  la  Chaise  ne  permettent 
pas  d'y  tenter  une  restitution  parcellaire. 

CÔTÉ  OCCIDENTAL. 


PAROISSE  SAIM-SLLPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Jabdin  d'environ  deux  arpents,  qui  contenait  une  maison  ou  masure,  et  dont 
dépendait  une  pièce  de  trois  arpents  située  derrière.  Ce  jardin  est  dit,  en  i6olx, 
tenir  à  l'hôpital  Saint-Germain  (voir  Rue  de  Sèvres);  mais  il  avait  sans  doute  fait 
précédemment  le  coin  du  chemin  de  Grenelle,  qu'on  nonune  aujourd'hui  la  rue 
de  Babylone,  et  qui  se  prolongeait  jusqu'à  la  rue  de  Sèvres'''.  Le  7  octobre  1611, 
il  fut  cédé  à  l'hôpital,  dans  lequel  il  a  été  depuis  absorbé,  par  Martin  Haguenyer, 
qui  en  serait  devenu  adjudicataire  le  3o  juin  1606,  suivant  certaine  pièce  des 
archives  de  l'Assistance  publique.  Il  ressort  pourtant  d'un  autre  document  que, 

'"'  La  démolition  de  l'hospice  des  Petits-Mdnages  Babylone,  ancien  chemin  de  Grenelle,  a  élé  pro- 
( ancienne  Maladrerie)  a  permis,  il  y  a  quelques  longée  à  travers  les  terrains  de  l'hospice,  et  elle 
années,  de  rétablir  cet  état  de  choses.  La  rue  de        aboutit  de  nouveau  h  la  rue  de  Sèvres.  —  l.  m.  t. 


54  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

dès  i588,  Martin  Haguenyer  était  possesseur  du  terrain  de  ce  jardin,  qu'il  avait 
acquis  des  marguilliers  de  Sainl-Jean-en-Grève,  et  sur  lequel  il  leur  assigna  une 
rente,  à  la  date  du  i" janvier  1587. 

Deux  pktites  maisons  sans  désignation  (i588),  tenant  d'une  part  et  aboutissant 
à  la  suivante.  Vers  iSgô,  elles  étaient  en  ruines;  mais  elles  durent  être  rebâties, 
car  elles  sont  de  nouveau  mentionnées  en  i635. 

Grande  maison  et  tuilerie,  ayant  pour  enseigne  la  Chaise  (1 588-1  BqB).  L'em- 
placement de  cette  propriété,  qui  a  été  renfermée  dans  l'hospice  des  Ménages,  est 
celui  où  se  trouvait  l'hôpital  des  Teigneux,  qui  figure  sur  le  plan  de  Gomboust. 

Grande  maison  avec  jardin,  qui  est  dite,  en  iSgB,  appartenir  à  M*  Boyer  Re- 
gnault,  ff général  de  France''', •a  et  avoir  appartenu  précédemment  à  un  évêque 
d'Auxerre.  Elle  s'étendait  derrière  les  maisons  précédentes,  et  c'est  à  travers  son 
jardin  que  Raphaël  de  la  Planche  fit  ouvrir  la  rue  qui,  récemment,  portait  encore 
son  nom.  En  effet,  dans  une  déclaration  passée,  le  16  décembre  1611,  par  Eli- 
sabeth Claire  de  la  Planche,  d'une  maison  située  rue  de  la  Planche,  il  est  dit  que 
cette  maison  avait  été  bâtie  sur  une  place  cf  faisant  partye  d'un  grand  jardin...  au 
«travers  duquel  a  esté  pris  ladite  rue  de  la  Planche,  donnée  au  public  par  le  sieur 
«de  la  Planche,  père  de  ladite  dame'^'.  ■»> 

Raphaël  de  la  Planche,  trésorier  général  des  bâtiments,  qui  succéda  en  1629 
à  son  père,  François  de  la  Planche,  dans  la  direction  de  la  manulacture  de  tapis- 
series des  Gobelins,  établit,  rue  de  la  Chaise,  la  fabrique  qu'il  dirigea  seul  à 
partir  de  i633,  époque  où  fut  rompue  son  association  avec  Charles  de  Comans. 
Le  censier  de  1628  mentionne  Raphaël  de  la  Planche  comme  possesseur  d'une 
grande  maison,  qui  doit  être  celle  de  l'évêque  d'Auxerre.  Raphaël  de  la  Planche' 
acquit  aussi  celle  qui  était  contiguë ,  du  côté  de  la  rue  de  Grenelle.  L'absence  de 
documents  ne  nous  permet  ni  de  restituer  avec  certitude  les  limites  de  ces  deux 
propriétés,  ni  de  fixer  l'époque  où  fut  ouverte  la  rue  de  la  Planche.  11  n'en  est 
point  encore  question  dans  le  censier  de  1628;  mais  elle  figure  sur  le  plan  de 
Gomboust  (1652),  où  elle  est  appelée  rue  de  Varennes,  comme  aujourd'hui. 

Petite  maison  sans  désignation  (1 695 ).  Elle  occupait  l'emplacement  où  débouche 
la  rue  de  la  Planche ,  prolongement  actuel  de  la  rue  de  Varennes. 

Trois  maisons  sans  désignation  (iBgô),  dont  la  dernière  était  contiguë  à  la  tui- 
lerie faisant  le  coin  de  la  rue  de  Grenelle.  Les  deux  plus  rapprochées  de  cette 
rue  étaient  en  masure,  vers  iBgB. 

•''  On  donnait  ce  nom  à  certains  officiers  de  la  (Traité  de  la  Cour  des  Monnaies);  il  ne  figure  ni 

Cour  des  Monnaies.  Boyer  Regnauit,  maigre  le  dans  les  listes  des  officiers  de  cette  cour,  ni  dans 

titre  que  lui  attribue  le  censier  de  1 5^5 ,  n'est  pas  les  biographies.  —  l.  m.  t. 
mentionné  dans  l'ouvrage  de  Germain  Constant  '*'  Arch.  nat.  cart.  Sa846. 


< 


>  RUE  CARPENTIER.  55 

RUE   CARPENTIER. 

La  rue  Carpeiitier  commence  à  la  rue  du  Gindre  et  flnit  à  la  rue  Cassette. 

Il  n'y  a  rien  dans  les  archives  de  l'abbaye  qui  soit  relatif  à  l'origine  de  cette 
rue;  il  ne  semble  pas,  d'ailleurs,  qu'elle  puisse  remonter  au  delà  du  règne  de 
Henri  II.  Dans  le  censier  de  iBgB,  le  plus  ancien  document  où  nous  en  ayons  vu 
une  mention,  et  dans  celui  de  1628,  elle  est  énoncée  crrue  du  Charpentier, a  et 
non  me  Chat-penlier  commo  plus  tard,  ce  qui  donne  à  penser  qu'elle  doit  son  nom 
au  métier  qu'exerçait  soit  l'un  de  ses  habitants,  .soit  l'individu  sur  les  terrains 
duquel  elle  a  été  ouverte.  L'appellation  de  la  rue  du  Oindre''',  où  elle  aboutit, 
donne  l'exemple  d'une  semblable  origine ,  et  parmi  les  propriétaires  de  cette  ré- 
gion, au  XVI*  siècle,  nous  en  connaissons  un  ou  deux  qui  étaient  charpentiers. 

On  remarquera  que  les  enseignes  ont  été  fort  rares  dans  tout  le  quartier  com- 
pris entre  les  rues  de  Tournon  et  du  Cherche-Midi,  par  cette  raison  bien  simple. 
que  le  quartier  était  peu  industriel  et  peu  commerçant.  Il  en  résulte  beaucouj)  de 
monotonie  dans  l'énoncé  des  maisons  de  celte  région. 

CÔTÉ  MÉRIDIONAL, 


PAROISSE  SAINT-SLLPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

pETirE  MAISON  sans  désignation  (1096),  contiguë  à  celle  du  coin  de  la  rue  du 
Gindre. 

Partie  postérieure  d'ine  maison  ayant  sa  façade  principale  rue  Cassette,  et  fai- 
sant hache  derrière  la  maison  du  coin  de  la  rue  Cassette. 

CÔTÉ  SEPTENTRIONAL. 

PAROISSE  SAINT-SLLPICE. 

JUSTICE 

ET  CE.NSIVE  DE  L'ABBAVE. 

Maison  sans  désignation  (iSgS),  contiguë  aux  maisons  faisant  les  deux  coins 
''  Giniln»  in(li(|iif  iinliirellenw'nl  un  boulanger,  maigre  la  «Jlëbrilé  du  han!  de  saint  Joseph. —  k.uz  l. 


56  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

de  la  rue.  Elle  appartenait,  en  iSgô,  à  Mesnager,  clerc  au  greffe  du  Châtelet, 
et,  en  1628,  à  Pierre  Baudouin,  sieur  de  Montarsy.  Elle  a  été,  dans  la  suite, 
annexée  à  la  maison  des  Orphelines  de  Saint-Sulpice,  à  laquelle  elle  aboutissait. 


RUE   DU   CHERCHE-MIDI. 

La  rue  du  Cherche-Midi  commence  au  carrefour  de  la  Croix -Rouge,  et  finit 
actuellement  à  la  partie  de  la  rue  de  Vaugirard  située  au  delà  du  boulevard  du 
Montparnasse;  du  temps  de  Henri  IV,  elle  se  terminait,  en  tant  que  rue,  à  cette 
partie  de  la  Tranchée  qui  était  voisine  de  la  rue  du  Regard. 

C'était  jadis  le  chemin  qui  conduisait  spécialement  du  bourg  Saint-Germain  à 
Vaugirard,  et,  en  conséquence,  il  était  énoncé  tr chemin  allant  à  Vaugirard n 
(1372),  cr  chemin  de  Vaugirard  :i(i  388,  i^gS,  i53i,etc.),  et  cf  chemin  de  la  Croix 
ft de  Vaugirard n  (ii47).Au  xvf  siècle,  l'anciernie  tuHerie  qui  formait  le  coin  de  la 
rue  du  Vieux-Colombier  a  produit  les  appellations  suivantes  :  tt  chemin  qui  tend 
cfde  la  Tuillerie  à  Vaugirard n  (i5io,  i523),  et  aussi  rr chemin  qui  tend  du  lieu 
Cf  appelle  la  Tuilerie  aux  Chartreux ,  n  ou  «  à  la  Fosse  de  l'Aumosnier.  v  Ces  dernières 
dénominations  ne  s'appliquaient  toutefois  qu'à  la  partie  septentrionale  de  la  voie, 
sur  laquelle  s'embranchait  le  Chemin-Herbu  (rue  du  Regard),  qui  menait  à  la 
Fosse  à  l'Aumosnier  et  au  Clos  des  Chartreux.  Après  avoir  été  appelée  le  chemin 
de  la  Tuilerie,  la  rue  du  Cherche-Midi  a  porté  le  nom  de  chemin  de  la  VieiUe-Ttii- 
lerie  (iSag),  puis,  par  corruption,  on  l'a  nommée  chemin  des  Vieilles-Tuileries,  et 
enfin  rue  des  Vieilles-Tuileries,  vocable  qu'on  a  fini  par  appliquer  exclusivement  au 
tronçon  moyen  de  la  voie.  Le  censier  de  iBgS  mentionne  cria  rue  des  Vieilles 
tr  Thuilleryes,  aultrement  dict  Cherche-Midy, n  et  dans  le  censier  de  1628,  où  se 
trouve  la  même  locution,  on  rencontre,  en  outre,  celle  de  (true  Chasse-Midyt' , 
et  dict  Petit  Vaugirard ,  -n  employée  pour  désigner  l'extrémité  méridionale  du  chemin, 
c'est-à-dire  la  rue,  dite  encore  naguère  du  Petit- Vaugirard,  que  l'arpentage  de 
iB'iQ  nomme  cr  chemin  delà  Poincte,'»  à  cause  d'un  territoire  voisin '"^l 

Le  censier  de  t  BgB  est,  à  notre  connaissance,  le  premier  document  dans  lequel 
figure  l'appellation  de  rue  Cherche-Midi  ou  rr  Chasse-Midyn  (161 3,  1628,  etc.). 
Elle  provient,  suivant  Sauvai,  d'une  enseigne  «où  l'on  avoit  peint  un  cadran,  et 
ffdes  gens  qui  y  cherchoient  midi  à  quatorze  heures,  n  INous  croirions  plutôt  que 
l'enseigne  a  été  inspirée  par  le  nom  de  la  rue*'),  et  que  ce  nom  dérive  de  quelque 

'''  L'appellation  de  Chasse-Midi  était  la  plus  or-  '■'  Voir,  dans  le  tome  second  de  cet  ouvrage, 

dmairemeiit  employée  du  temps  de  Piganiol,  car  il  les  Terres  en  culture,  septième  triage, 
ilit  :  trLe  nom  de  Chasse-Midi,  tout  corrompu  qu'il  '''  On  voit  encore ,  au  n°  1 9  de  la  rue  du  Cherche- 

irest,  a  prévalu,  et  il  n'y  a  plus  que  quelque  érudit  Midi,  une  enseigne  sculptée  en  bas-relief,  repré- 

(rprécieux  qui  l'appelle  la  rue  du  Cherche-Midi.  1  sentant  un  homme  qui  trace  un  gnomon  à  l'aide 


RUE  DU  CHERCHE-MIDI. 


57 


cadran  solaire,  ornant  l'une  de  ses  maisons,  par  exemple  l'Académie  Chéradame, 
établie  sur  l'emplacement  de  la  Vieille-Tuilerie.  La  gnomonique,  on  le  sait,  était 
en  grande  faveur  à  l'époque  de  la  Renaissance  '"'. 

CÔTÉ   DU    SUD-EST. 


PAROISSE  SAINT-SULPICE. 


JUSTICE 


ET  CENSiVE  DE  L'ABBAYE  SAINT- GEBMAIN. 


(Voir  Je  plan  de  la  paroisse  Sainl-Sulpice.) 


\KisoN  en  plusieui-s  corps  d'hôtel  et  avec  jardin,  qui  tenait  vers  l'occident  à  la 
Tranchée,  et  vers  l'orient  à  des  terres  en  culture.  Cette  maison  est  la  seule  que 
le  censier  de  iSgS  mentionne  comme  étant  située  dans  la  rue  du  Cherche-Midi, 
du  côté  de  la  ville,  et  elle  est  dite,  dans  le  même  registre,  ajipartenir  à  M"'  de  la 
Planche,  clerc  au  greffe  civil  du  Châtelet.  Cinq  quartiers  du  terrain  qu'elle  occu- 
pait avaient  été  cédés,  le  af)  avril  1690,  par  Jean  de  Camet  à  J.  de  la  Place, 
suivant  les  archives  des  Carmes  déchaussés,  auxquels  elle  fut  vendue  par  Jean  de 
la  Planche,  le  i3  avril  i635<"''. 

CÔTÉ  DU   >ORD-OUEST. 


PAROISSE  SAINT-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE  SAINT-GEBMAIN. 

(Voir  le  plan  de  la  paroisse  Saint-Sulpice.  ) 


Pièce  db  tkbke  attenante  à  la  Tranchée  (iGgB),  et  aboutissant  rue  de  Sèvres. 
Le  3  juillet  1609,  les  administrateurs  de  l'Hôtel-Dieu  la  cédèrent,  à  charge  d'y 
bâtir,  au  nommé  Jean  Langellé,  dont  les  héritiers  la  partagèrent  le  i3  mars  lôiy. 


du  compas;  on  lit  au  bas  :  Au  Cherche-midi;  mais 
cetle  enseigne  n'apprend  rien ,  car  elle  ne  date  que 
du  ivin'  siècle,  et,  sur  l'emplacement  de  la  mai- 
son qu'elle  servait  à  désigner,  il  n'y  avait  point 
encore  de  construction  vers  l'an  1600,  époque  oii 
l'on  employait  dt^à  la  dénomination  de  rue  du 
Cherche-Midi. 

'*'  Un  émdit,  fort  au  courant  des  choses  pari- 
tiennes,  M.  Edouard  Foumier,  inclinée  croire  que 


le  ir cherche»  ou  c chasse  niidy»  était  tout  simple- 
ment un  parasite  alTamé,  cherchant  une  invitation 
ou  châtiant  au  diner.  L'heure  traditionnelle  de  ce 
repas,  qui  s'est  conservée  encore  dans  les  collèges. 
dans  les  pensionnats  et  dans  certaines  petites  villes 
du  midi  de  la  France,  était  invariablement  lixée  à 
midi.  —  t.».  T. 

''*  A  l'orient  de  cette  maison ,  sur  un  emplace- 
ment que  coupe  actuellement  la  rue  d'Assas,  que 

8 


5«  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

Sur  la  partie  qui  bordait  la  rue  du  Cherche-Midi,  furent  alors  construites  deux 
maisons,  qui  ont  servi  à  l'établissement  de  la  communauté  du  Bon-Pasteur. 

Maison  sans  désignation,  en  plusieurs  corps  d'hôtel  (lôga),  formant  la  partie 
postérieure  d'une  propriété  ayant  sa  principale  façade  rue  de  Sèvres. 

Trois  maisons  sans  désignation  (i  BgS),  qui  furent  construites,  ainsi  que  celles 
auxquelles  elles  aboutissaient,  sur  des  terrains  baillés  à  bcilir  en  i  69.9  et  i5.3o. 
(Voir  Rue  de  Sèvres.) 

Petite  maison  élevée  sur  un  terrain  large  de  trois  loises  et  profond  de  quatre, 
qui  fut  retranchée  de  la  maison  conliguë,  dans  la  direction  du  carrefour,  et  que 
Jean  Larchevêque  vendit  à  Bastien  Soissons,  en  i535. 

Trois  maisons  sans  désignation,  dont  la  dernière  était  contiguë  à  la  grande  pro- 
priété faisant  le  coin  du  carrefour  de  la  Croix-Rouge.  La  deuxième  était  déjà 
construite  en  16/17;  ^^^^  "^'^^  "^  trouvons  d'indication  positive  des  autres  que 
dans  le  censier  de  iBgB.  Elles  avaient  été  construites  sur  des  morcellements  de 
terrain,  dont  nous  donnons  le  détail  à  l'article  de  la  rue  de  Sèvres. 


RUE   DES   CISEAUX 

La  rue  des  Ciseaux  commence  à  la  rue  Sainte-Marguerite  (Gozlin)  et  finit  à  la 
rue  du  Four. 

C'était  primitivement  une  ruelle  sans  importance,  (jui  conduisait  de  la  rue  du 
Four  sur  le  chemin  des  fossés  de  l'abbaye,  et  ne  renfermait  aucune  maison  ayant 
là  sa  façade,  ou  sa  principale  entrée.  Aussi  les  anciens  titres  ne  la  désignent-ils  que 
par  une  périphrase,  comme:  rrrue  qui  va  des  fossez  à  la  rue  de  BlancboueTi 
(1/199);  ff^iielle  qui  va  de  la  Grant  rue  sur  les  fossez  de  l'abbaye  1?  (1662),  et 
plus  souvent  par  le  simple  mot  ruelle.  Le  censier  de  ibgB  est  le  premier  docu- 
ment où  nous  ayons  vu  la  cr  ruelle  des  Ciseaulxn  indiquée  parce  nom,  qu'un  acte 
de  1  633  modifie  en  celui  de  crrue  des  Ciseaulx  d'Or,  n  II  est  à  croire  que  l'on  di- 
sait communément  crue  des  Ciseaux n  avant  l'époque  oîi  celle  appellation  apparaît 
dans  les  documents,  puisque  l'enseigne  des  Ciseaux,  distinguant  la  maison  qui 
lormait  le  côté  occidental  de  la  rue,  existait  dès  le  milieu  du  xv"  siècle. 

Jaillot  dit  que,  dans  certains  actes,  la  rue  des  Ciseaux  a  été  tr  confondue  avec  une 

la  rue  de  Rennes  a  coupé  de  nouveau  dans  une  de  ia  Ville  de  Paris,  et  à  Marguerite  Masson,  sa 

direction  oblique,  et  où  l'on  voyait,  il  y  a  quelques  femme,  ce  jardin  était  possédé,  en  i6a8,  parleurs 

années,  une  petite  chapelle  dépendant  des  Carmes,  trois  enfants,  le  peintre  Augustin  Quesnel,  le  li- 

a  existé  un  jardin  d'environ  un  arpent,  qui  renier-  braire  Jacques  Qnesnel ,  et  Denise  Quesnel,  épouse 

niait  une  petite  maison.  Après  avoir  appartenu  à  de  Jean  Perruchon,  audiencier  de  l'élection   de 

François  Quesnel ,  l'artiste  auquel  nous -devons  le  Paris.   (Arch.  nat.  cart.  S  d'jSo.  Inventaire  des 


premier  plan  géométral  et  assez  généralement  exact        Carmes,  fol.  t  /i6  v"  et  1 47  r°). 


L.  M.  T. 


RITES  DES  CISEAUX  ET  DU  COEUR-VOLANT.  59 

(T ruelle  voisine,  située  plus  près  du  Pilori,  et  qui  ne  portoit,  dans  le  siv""  siècle, 
«rdaufre  nom  que  celui  de  ruelle  qui  descend  des  fossés  Sainl-Germain  à  la  me  de  la 
(f  Blanche-Oie  et  à  la  rue  du  Four;i  mais  il  est  évident,  au  contraire,  que  la  seule 
rue  qui  ait  conduit  des  fossés  aux  rues  du  Four  et  de  la  Blanche-Oie  est  bien  la 
rue  des  Ciseaux,  car  elle  débouche  au  point  même  oi!i  les  deux  rues  s'unissaient, 
tandis  qu'une  ruelle,  placée  comme  Jaillot  l'a  imaginé,  n'aurait  mené  qu'à  la  rue 
de  la  Blanche-Oie  exclusivement.  Aussi  bien  est-il  certain  que  la  ruelle  dont  parle 
Jaillot  se  confond  avec  la  rue  des  Ciseaux,  puisque  les  documents  où  il  en  est 
question  la  présentent  comme  une  des  limites  du  grand  hôtel  plus  tard  appelé 
Casin''',  qui  occupait  la  totalité  de  l'îlot  compris  entre  les  rues  des  Ciseaux, 
Sainte-Marguerite  et  du  Four.  Cet  îlot  ne  peut  donc  avoir  été  coupé  par  aucune 
ruelle'^':  les  archives  de  l'abbaye  en  fournissent  vingt  fois  la  preuve. 

î.^  propriétés  qui  bordaient  la  rue  des  Ciseaux  avaient  leur  entrée  dans  les 
rues  du  Four  et  Sainte-Marguei'ite. 


RLE   DU   COELR-VOLANT. 

La  rue  du  Cœur-Volant  commençait  à  la  lue  des  Boucheries  et  fînissait  à  la  rue 
des  Qualre-Vents.  Elle  est  maintenant  confondue  avec  la  rue  Grégoire-de-Tours, 
auparavant  appelée  rue  des  Mauvais-Garçons. 

Suivant  Jaillot,  dont  l'opinion  n'a  jamais  été  réfutée,  cette  rue  se  serait  nom- 
mée, jusqu'au  XV*  siècle,  ruelle  delà  Voirie-des-Bouc  tiers;  il  n'en  est  rien  toutefois. 
Non-seulement,  comme  nous  le  démontrerons,  la  voirie  des  bouchers  correspond 
à  la  rue  des  0ualre-\enl8,  mais  encore  la  rue  du  Cœur-Volant  n'a  été  percée  que 
postérieurement  à  l'époque  où  la  voirie  des  bouchers  a  été  transportée  hors  du 
bourg  Saint-Germain.  Nous  voyons  effectivement,  par  tous  les  titres  et  censiers  de 
l'abbaye,  y  compris  celui  de  iS^y,  que,  dans  la  première  moitié  du  xvi*'  siècle,  les 
maisons  de  l'Ecu-de-Brelagne  et  de  la  Croix-d'Or,  au  lieu  d'être  séparées  par  une 
rue  ou  ruelle  quelconque,  se  touchaient  sur  la  rue  des  Boucheries,  ainsi  que  sur 
la  rue  des  Quatre-Vents.  Nous  constatons  même  que,  de  ce  dernier  côté,  la  maison 
delà  Croix-d'Or  ayant  eu  cinq  toises  de  façade,  la  rue  du  Cœur-Volant  a  dû  être 
ouverte  sur  son  emplacement;  car,  en  réunissant  sa  largeur  à  celle  de  la  maison 


<'>  Dans  un  titre  de  1&99,  relatif  à  l'bAtel  Ca- 
Rin,  la  rue  des  Ciseaux  est  effectivement  énoncëe 
vrue  qui  va  desdits  fossez  en  ladite  rue  de  Blan- 
•chone.i 

'*'  Il  n'a  pu  l'être  qu'au  xvii*  siècle,  c'est-à-dire 
bien  après  le  morcellement  de  l'hôtel  Casin.  Lecensier 
de  I C87  fait  mention  d'une  petite  rue  appelée  wrue 
-Gamard,ii  qui  communiquait  de  la  rue  Sainte- 


Marguerite  ù  ici  rue  du  Four,  et  était  située  près 
delà  maison  du  Polonais-Armé ,  de  sorte  qu'elle  de- 
vait débouclier  vers  le  milieu  de  l'espace  compris 
entre  les  rues  Mabillon  et  Princesse.  Cette  rue 
n'était,  en  réalité,  qu'un  passajfe peu  ancien ,  et  dont 
il  ne  reste  rien  aujourd'hui.  Elle  portait  le  nom  de 
Christophe  Gamard,  qui  bâtit  les  maisons  du  côté 
septentrional  de  la  rue  Sainte-Murguerile. 

R. 


60  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

du  coin  occidental  de  la  rue,  on  retrouve  la  dimension  de  cinq  toises,  donnée 
par  le  cueilleret  de  lôaS  comme  largeur  du  jardin  de  l'hôtel  de  la  Croix-d'Or, 
près  de  la  rue  des  Quatre-Vents. 

Sur  un  croquis  fait  vers  i58i,  la  rue  du  Cœur-Volant  est  indiquée  par  la  for- 
mule «rue  pour  descendre  aux  Bouscheries,  a  et  le  censier  de  iSgB  l'énonce 
tr  rue  de  la  Croix  d'Or,  dicte  des  Marguilliers.  n  La  première  de  ces  appellations 
s'explique  tout  naturellement  par  la  situation  de  l'hôtel  que  nous  venons  de  men- 
tionner. Quant  à  la  seconde  appellation,  elle  provient,  et  c'est  là  une  circonstance 
ignorée  de  tous  les  historiens,  de  ce  que  la  rue  fut  percée,  par  les  marguilliers 
de  Saint-Sulpice ,  à  travers  une  partie  de  l'hôtel  de  la  Croix-d'Or,  lequel  fut  acheté 
par  eux,  dans  cette  intention,  le  27  février  1669,  d'un  nommé  Nicolas  Dardelet, 
ainsi  qu'il  est  rapporté  dans  un  cartulaire  de  la  paroisse''*.  Les  marguilliers  se 
proposaient  d'aliéner  le  terrain  acquis,  et,  le  19  mars  suivant,  ils  commencèrent 
par  céder  à  Jean  Ménard  un  corps  d'hôtel  avec  un  petit  jardin  sur  la  nouvelle  rue. 
Celle-ci,  dite  dans  l'acte  de  vente  rue  des  Marguilliers ,  existait  donc  à  cette  der- 
nière date,  avec  une  dénomination  déjà  consacrée.  On  lit  dans  le  censier  de  1698  : 
«rrue  Neufoe  des  Marguilliers,  dicte  du  Cœur  Voilant, n  et,  dans  les  titres  un  peu 
postérieurs,  rue  du  Cœur  Volant  seulement.  La  rue  renfermait  dès  iBgS  une  en- 
seigne du  Cœur-Volant,  origine  du  vocable  actuel;  on  le  trouve  employé  dans  la 
troisième  partie  des  Aventures  du  baron  de  Fenœste^^\  ouvrage  publié  en  1619,  et 
il  devait  être  usité  alors  depuis  un  certain  nombre  d'années. 

CÔTÉ   ORIENTAL. 


PAROISSE   SAINT-SULPICE. 
JUSTICE 
ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE, 

Dépendances  de  la  maison  de  ï Image-Sainte-Catherine  (i595),  contiguë  à  la  mai- 
son de  l'Ecu-de-Bretagne ,  faisant  le  coin  de  la  rue  des  Boucheries.  Le  terrain  oc- 
cupé par  ces  dépendances  et  par  les  propriétés  suivantes  était  compris  dans  l'hôtel 
de  l'Ecu-de-Bretagiie,  avant  le  percement  de  la  rue. 

Place  close  (i595),  puis  Maison  de  la  Croix-de-Fer  (1628).  La  partie  posté- 
rieure de  cette  maison  occupait  un  emplacement  qui  avait  précédemment  fait 
partie  de  la  maison  de  l'Image-Sainte-Catherine,  sise  en  la  rue  des  Boucheries. 

AiTRE  place  close  (iSgB),  attenante  au  jeu  de  paume  qui  faisait  le  coin  de  la 
rue  des  Quatre-Vents.  Il  s'y  trouvait  deux  maisons  en  1628. 

'''  Arch.  nat.  reg.  LL  gSa,  fol.  3ii  r°.  —  '''  Voir  l'édition  qu"en  a  donnée  Mérimée,  p.  i55. 


.      >  RUE  DU  COLOMBIER.  61 

CÔTÉ   OCCIDEfVTAL. 

PAROISSE   SAINT-SULPICE. 
JUSTICE 
ET  CENSIVE  DE  L'ABBAÏE. 

Maison  sans  désignation  (iBgB),  contiguë  à  ia  maison  faisant  le  coin  de  la  rue 
des  Quatre-Vents.  Ainsi  que  toutes  les  suivantes,  elle  l'ut  bâtie  sur  un  emplace- 
ment qui  provenait  du  morcellement  de  la  maison  de  la  Croix-d'Or,  située  en  la 
rue  des  Boucheries. 

Maison  sans  désignation  en  iSgS,  puis  de  l'Image-Saint-Antoine  ?  (1628). 

Maison  du  Coelr-Volant  (lôgS). 

Maison  sans  désignation  (iBgS).  C'est  le  corps  d'hôtel  (avec  petit  jardin  atte- 
nant) qui  fut  baillé  en  1569  à  J.  Ménard,  par  les  marguilliers  de  Saint-Sulpice. 

Corps  d'iiôtel  dépendant  de  la  maison  du  Clief-Saint-Denis,  et  contigu  à  la 
maison  faisant  le  coin  de  la  rue  des  Boucheries. 


RUE   DU   COLOMBIER. 

La  rue  du  Colombier  commençait  à  la  rue  de  Seine  et  finissait  au  droit  de  la 
rue  Saint-Benoit;  on  ne  la  distingue  plus  aujourd'hui  de  la  rue  Jacob. 

Cette  rue  était  anciennement  un  chemin  qui  conduisait  au  Grand-Pré-aux-Clercs, 
en  longeant  d'un  coté  le  fossé  de  l'Abbaye,  et  de  l'autre  le  Petit-Pré-aux-Clercs. 
On  ne  lui  donnait  aucun  nom  particulier,  si  ce  n'est  peut-être  celui  de  chemin  du 
Pré-aujc- Clercs,  et,  d'ailleurs,  il  en  est  à  peine  question  avant  l'époque  où  le  Petit- 
Pré  fut  baillé  à  bâtir.  Jaillot  assure  qu'en  i585  on  l'appelait  rue  du  Pré-aux- 
Clercs,  el  on  la  trouve  encore  désignée  par  la  formule  analogue  de  c  ruelle  qui  va  aux 
«Prés  aux  Clercs, t)  dans  un  titre  de  1607.  Nous  avons  lu  dans  d'autres  titres 
«chemin  à  aller  au  Préaux  Clercsn  (t  5/i5,  i553,  etc.)  et  «Grant  rue  tenant  aux 
(ffossez  de  l'Abbaye -n  (i5/i6).  Quant  au  nom  de  rue  du  Colombier,  il  ne  nous  est 
point  apparu  avant  iSSq,  et  il  provient  de  la  proximité  du  colombier  du  monas- 
tère, puisque,  dans  un  document  de  i5.^3,  la  troisième  maison  du  Petit-Pré-aux- 
Clercs  est  énoncée  «devant  le  colombier  de  l'Abbaye,  ii  Ce  colombier  existait  déjà 
en  1  696  ;  cependant  il  est  à  croire  que  la  rue  n'a  porté  ce  nom  que  vei-s  la  fin 
du  xvi* siècle,  et  nous  sommes  parfaitement  sûr  que,  contrairement  à  l'opinion  de 
Jaillot,  les  indications  antérieures  d'une  rue  du  Colombier  se  rapportent  exclusi- 
vement à  celle  des  environs  de  Saint-Sulpice.  D'ailleurs,  la  rue  du  Colombier  est 


62  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

demeurée  à  l'état  de  simple  chemin,  dépourvu  de  toute  construction,  jusqu'en 
1 563 ,  et  il  n'y  avait  point  lieu  de  la  regarder  auparavant  comme  une  rue.  C'est,  en 
outre,  depuis  i  5/ii  seulement  que,  l'îlot  del'Echaudé  ayant  été  bâti,  elle  a  atteint 
la  rue  de  Seine.  Moins  large  que  le  reste,  la  section  comprise  entre  cette  dernière 
rue  et  celle  de  l'Echaudé  a  été  appelée  «petite  rue  allant  sur  les  fossez  de  l'Abbaye 
n  et  au  Pré  aux  Clercs,  a  en  i  SgB,  et  «petite  rue  par  laquelle  on  va  au  Pré  aux 
«  Clercs ,  Ti  en  1 5  6  7 . 

La  rue  du  Colombier  a  été  pavée  aux  frais  des  propriétaires,  et  en  vertu  d'un 
arrêt  du  Parlement  du  5  août  i58G('l  Le  k  octobre  de  l'année  précédente,  l'ali- 
gnement définitif  en  avait  été  fixé,  de  concert  avec  l'Université,  par  Pierre  Martin, 
voyer  de  Saint-Germain,  qui,  le  lendemain,  défendit  aux  charretiers  d'y  passer,  et 
ordonna  de  mettre,  aux  extrémités,  des  barrières  destinées  à  être  fermées  la  nuit'^'. 

Jaillot  dit  que,  avant  i585,  la  rue  du  Colombier  était  plus  rapprochée  de  la 
rivière,  par  suite  de  l'existence  du  fossé  qui  entourait  l'abbaye;  mais  il  se  trompe  : 
la  rue  moderne  occupe  exactement  la  même  situation  que  l'ancien  chemin  lon- 
geant ce  fossé.  Nous  en  avons  acquis  la  certitude  en  étudiant  les  baux  des  terrains 
du  Petit-Pré ,  qui  n'a  point  été  agrandi ,  et  en  constatant  que  les  maisons  du  côté 
méridional  de  la  rue,  adossées  à  l'enceinte  du  monastère,  présentent  une  pro- 
fondeur de  dix  toises  environ,  équivalente  à  la  largeur  du  fossé,  qu'on  retrouve 
en  cet  endroit  même,  à  l'orient  et  au  midi.  Les  maisons  du  côté  méridional  de  la 
rue  du  Colombier  ont  eu  leur  mur  de  face  posé  sur  la  contrescarpe  du  fossé.  Au 
reste ,  il  est  certain  que  la  rue  du  Colombier  n'a  jamais  été  plus  près  de  la  rivière 
qu'aujourd'hui;  elle  a  dô,  au  contraire,  en  être  un  peu  plus  éloignée.  Le  chemin 
qui  a  précédé  la  création  des  fossés  occupait,  en  effet,  une  partie  de  l'emplace-' 
ment  de  ces  fossés;  il  était  donc  plus  distant  de  la  Seine  que  ne  l'est  la  rue  actuelle. 
11  longeait  le  pied  des  murs  du  monastère,  passant  entre  ces  murs  et  la  chapelle 
Saint-Marlin-des-Orges  ;  une  sentence  de  1278  l'énonce  «antiqua  via  quae  olim 
«fuit  interdictam  capellam  veterem  et  murum  abbatiae  Sancti  Germani.n 

CÔTÉ  MÉRIDIONAL. 


PAROISSE   SAIM-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Maison  avec  JARDI^,  «où  souloit  estre,au  dessus  de  la  porte,  la  Coro>neh(i595), 
et  qui  faisait  le  coin  occidental  de  la  rue  de  l'Echaudé.  En  1  SgS,  elle  appartenait 

'"'  Cet  arrêt  est  le  même  que  celui  qui  ordonna  '*'  L'inventaire  de  l'abbaye  parle  de  barrières 

la  continuation  de  la  rue  de  l'Égout.  et  non  de  portes,  comme  on  l'a  dit  tant  de  fois. 


*  RUE  DU  COLOMBIER.  63 

au  sieur  de  Chanteloup,  qui  la  tenait  des  hoirs  du  sieur  de  Moussy,  le  propriétaire 
de  la  tuilerie  voisine,  lequel  l'avait  fait  bâtir,  avant  1667,  sur  deux  lots  de  terre, 
l'un  de  neuf  perches  et  demie  et  l'autre  de  six.  Cette  maison,  dont  le  plan  trian- 
gulaire, ou  plutôt  trapézoïdal,  s'est  maintenu  intact,  tenait  vers  l'occident  à  un 
petit  chemin  longeant  le  fossé  de  l'Abbaye.  De  ce  côté,  le  mur  mitoyen  entre  les 
deux  propriétés  est  à  peu  près  parallèle  à  la  direction  biaise  que  présentait  celui 
du  monastère.  Vers  le  milieu  du  siècle  passé,  la  maison  de  la  Couronne  était  con- 
nue sous  le  nom  dliôtel  de  Luynes. 

La  maison  de  la  Couronne  a  longtemps  été  la  seule  qui  existât  du  côté  méri- 
dional de  la  rue  du  Colombier,  et,  au  delà,  on  ne  voyait  plus  que  le  fossé  de 
l'abbaye,  déjà  presque  entièrement  comblé  en  i5i8(''.  L'an  i585,  le  cardinal  de 
Bourbon  en  céda  la  propriété  à  ses  moines,  en  leur  interdisant  de  le  bailler  à  bâtir, 
mai^  en  leur  laissant  la  faculté  de  le  clore  d'un  mur,  ce  qu'ils  firent  jusqu'au 
droit  de  la  tour  du  Colombier;  c'est  à  cette  occasion  que  fut  pris  l'alignement  du 
h  octobre  1 585 '"•''.  A  cette  même  époque,  on  creusa  de  nouveau  une  partie  du 
fossé,  longue,  dit  D.  Bouillard,  de  trente-trois  toises  trois  pieds  et  demi,  et, après 
l'avoir  revêtue  de  maçonnerie,  on  la  transforma  en  un  vivier  ''.  L'emplacement  de 
ce  vivier  a  été  depuis  absorbé  par  le  grand  jardin  du  monastère ,  et  n'a  laissé  aucune 
trace  pouvant  aidera  vérifier  l'exactitude  des  dimensions  que  lui  attribue  D.  Bouil' 
lard.  Il  est  certain,  au  surplus,  que  le  vivier  formait  l'encoignure  de  la  rue  Saint- 
Benoit,  et  que,  à  l'époque  où  il  fut  détruit,  on  comprenait,  sous  le  nom  de  le 
Vivier,  les  deux  tiers  environ  du  fossé  de  la  rue  Saint-Benoît.  Les  maisons  placées 
entre  celle  de  la  Couronne  et  le  jardin  du  couvent  ont  été  construites  à  partir  de 
1660.  Un  des  baux  porte  la  date  du  5  juillet  1661. 

Au  côté  méridional  de  la  rue  du  Colombier  se  rattache  le  souvenir  de  la 
Chapelle  SaINT-Marti>-LE-VieIX,  ou  Saint-MarTIN-DES-OrgES.  Elle  appar- 
tenait à  l'Université  et  était  située  «  sur  sa  terre ,  -n  c'est-à-dire  sur  le  Pré-aux-Clercs, 
En  1278,  elle  fut  rebâtie,  ou  du  moins  restaurée,  ce  qui  prouve  qu'elle  était  déjà 
ancienne,  et  les  moines  de  l'abbaye  furent  alors  condamnés  à  y  entretenir  un  cha- 
pelain. Elle  n'en  possédait  point  antérieurement  :  le  service  religieux  ne  s'y  faisait 
que  par  occasion  et  d'une  façon  accidentelle.  Elle  est  énoncée  simplement  Capella 
Sancli  Martini  dans  l'épitaphe  de  l'abbé  Simon,  mort  en  126^;  puis  :  Velus  rapella 

'•'  ffCar  sont  encore,  de  présent,  les  vestiges  main-<les-Préi ,  p.  i84)  que,  vers  i543,  les  moines 

«rdesdicts  fessez  apparens;*  c'est  ce  qu"on  lit  dans  firent  aussi  creuser  le  fossé  du  côté  du  l'ré-aux- 

les  plaidoiries  du  procès  qui  eut  lieu  alors  entre  Clercs,  afin  que  l'eau,  y  venant  avec  plus  d'abon- 

l'abbaye  et  l'Université.  dance,  formât  une  espèce  de  vivier.  Cette  assertion 

"  D'après  l'inventaire  de  l'abbaye.  l'Université  est  fondée  sur  un  article  de  l'inventaire  des  titres; 

aurait  consenti,  dàs  i584,  à  la  clôture  des  fossés  toutefois,  comme  en  i543  la  Noue, ou  Petite-Seine, 

du  monastère.  était  comblée  en  partie,  on  ne  voit  pas  comment  ce 

'''  D.  liouillart  dit  {llixt.  de  l'abbaye  Saint'Ger-  vivier  devait  être  alimenté  d'eau. 


64  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

Sancli  Martini  infra  muros  abbatie  en  1978,  Capella  vêtus  Beau  Martini  juxta  eccle- 
siam  nostram  en  laSB,  Capella  vêtus  Sancli  Martini  juxta  muros  abbatie  en  1286, 
et  enfin  Capella  Sancti  Martini  de  Ordeis  en  1817,  i368  et  1869.  On  la  jeta  bas 
en  i368,  et  la  chapelienie  qui  y  avait  été  fondée  fut  transférée  dans  l'église  de 
l'abbaye,  où  on  lui  donnait  quelquefois  le  nom  de  chapelienie  des  Bienfaiteurs. 

Puisque  la  chapelle  Saint-Martin-des-Orges  disparut  pour  faire  place  aux  fossés 
du  monastère,  il  y  a  tout  lieu  de  croire  que  l'édifice  était  très-voisin  des  mu- 
railles du  couvent,  dont  un  chemin  seulement  la  séparait.  D.  Bouillard  assure 
qu'elle  s'élevait  vers  l'angle  du  grand  jardin,  proche  du  Pré-aux-Clercs,  c'est-à-dire 
au  lieu  qu'occupe  maintenant  la  maison  sise  rue  Jacob,  entre  les  rues  Saint-Benoît 
et  Bonaparte.  Cette  indication  doit  être  exacte.  En  effet,  c'est  au  nord  du  monas- 
tère que  se  trouvait  certainement  la  chapelle,  puisqu'il  est  parlé,  dans  une  charte 
de  1817,  d'un  terrain  s'étendant  entre  ce  petit  édifice  et  les  jardins  de  Nesles  : 
ff  Platée  site  inter  capellam  Sancti  Martini  de  Ordeis  et  muros  jardini  de  Nigelia;7) 
et,  d'un  autre  côté,  dans  une  transaction  de  1289,  citée  par  Du  Boullay,  une 
place  qui  y  était  contiguë,  et  oii  l'on  voulait  bâlir  une  maison  pour  le  chapelain, 
est  dite  tenir  de  deux  côtés  à  des  voies  publiques  :  trQuadam  platea  sita  apud 
(rSanctum  Germanum  de  Pratis,  prope  Parisius,  contigua,  ex  una  parte,  sive  ex 
ffuno  latere,  capelle  Sancti  Martini  Veteris  de  Sancto  Germano,  et,  ex  alia  parte, 

adomui  dicti  magistri  (Pétri  de  Ancelira) :  et,  ex  tertio  latere,  est  via  pu- 

trblica;  ex  quarto  vero  latere,  est  via  publica,  et  prope  muros  abbatie  dicti  Sancti 
fc  Germani  '''. 

Sur  une  partie  de  l'emplacement  occupé  par  la  chapelle  Saint-Martin-des- 
Orges,  à  l'angle  que  formait  en  cet  endroit  le  mur  de  clôture  de  l'abbaye,  c'est- 
à-dire  à  la  jonction  des  rues  du  Colombier  et  Saint-Benoît,  on  construisit,  dans 
le  premier  quart  du  xvu'' siècle,  un  pavillon  de  garde,  ou  de  jardinage,  qui  a  sub- 
sisté jusqu'à  nos  jours.  Une  petite  tourelle  quadrangulaire,  à  consoles  sculptées, 
y  était  accolée  dans  les  mômes  conditions  que  celle  de  l'hôtel  Lamoignon,  qu'elle 
surpassait  en  élégance,  comme  le  prouve  la  planche  ci-jointe.  Cette  échauguetle , 
qui  rappelait  celles  des  rues  Hautefeuille  et  des  Francs-Bourgeois,  de  la  place  de 
Grève  et  de  la  Maison  de  Ville,  a  disparu  vers  i85o'^l 


'''  Du  Boullay,  Historia  Untversitatts ,  voi.  III, 
p.  /igo.  Un  terrain  en  forme  de  T,  placé  à  l'angle 
des  deux  chemins  représentés  par  les  rues  Jacob  et 
Saint-Benoît,  satisferait  aux  conditions  énoncées 
dans  la  charte  de  1817  et  dans  la  transaction 
de  1280. 

<*'  Feu  Berty ,  on  le  sait ,  avait  adopté ,  pour  point 
extrême  de  son  travail  de  restitution,  l'année  1610, 
date  de  la  mort  de  Henri  IV.  Il  lui  semblait  qu  elle 


marque  à  Paris  le  terme  du  moyen  âge,  ainsi  que 
de  la  Renaissance,  et  que  la  topographie  parisienne 
des  deux  derniers  siècles,  d'ailleurs  beaucoup  plus 
facile  à  retracer,  appartient  au  Paris  contemporain. 
Cette  opinion  nous  a  paru  trop  absolue  :  partout 
où  nous  avons  jugé  utile  de  franchir  la  date  de  i  6 1  o, 
nous  l'avons  fait  sans  scrupule,  ajoutant,  comme 
nous  le  faisons  ici,  un  paragraphe  au  texte  et  une 
gravure  à  la  série  des  planches.  —  l.  m.  t. 


TOPOGRAPHIE    H1ST0R1Q.VE   DV  VIRVX   PARIS 


A  CiiillAumot  del  et  «c 


LE  PAVILLON  D'ANGLE  DES  RVES  SAINT  BENOIT  ET  DV  COLOMBIER 

DANS    LENCLOS    DE    LABBAYE    SAINT    GERMAIN    DES    PRÉS 
d  Aprrs  un  Desdn  ori6inal 


>  RUE  DU  COLOMBIER.  65 


COTE  SEPTENTRIONAL. 


PAROISSE   SAINT-SULPICE. 

JUSTICE  DE  L'ABBAYE  SAIIST-GERMALVDES-PRÉS, 

CENSIVE  DE  L'UMVEHSITÉ. 

(Pelit-Pré-aux-Clercs.) 

Gba>de  maison  sans  désignation,  faisant  le  coin  oriental  de  la  rue  Bonaparte 
et  aboutissant  rue  des  Marais.  Elle  occupe  la  moitié  d'un  terrain  de  cinquante- 
neuf  perches  de  superficie,  qui  était  encore  vague  lorsque,  le  21  février  i565, 
l'Université  le  bailla  à  Alexandre  Papin,  écuyer  et  seigneur  deBeaulieu,  moyen- 
nant deux  sous  parisis  de  cens,  douze  livres  de  rente,  et  à  charge  de  bâtir  avant 
cinq  ans.  Mais  cette  dernière  clause  ne  fut  point  observée  par  le  preneur,  qui  se 
défit  de  sa  propriété,  le  5  février  i586,  au  profit  du  maçon  Christophe  Mercier, 
ou  Le  Mercier,  demeurant  «au  logis  de  Neesie.  n  Le  Mercier  divisa  son  lot  en  deux 
parcelles,  et  céda  celle  du  coin,  le  11  novembre  i586,  à  Baptiste  Androuet  du 
Cerceau,  architecte  du  roi  et  fils  de  Jacques  Androuet  du  Cerceau,  l'auteur  du 
livre  «des  plus  excellens  baslimens  de  France. n  Dès  l'année  suivante,  une  maison, 
p  bastie  avec  grand  artifice  et  plaisir,  d  s'élevait  sur  le  terrain  do  Baptiste  Androuet, 
qui  avait  sans  doute  déployé  tout  son  talent  dans  la  construction  de  sa  nouvelle 
demeure.  Toutefois  il  ne  put  en  jouir  bien  longtemps;  car,  au  mois  de  décembre, 
aimant  mieux,  dit  Lestoile,  ff  quitter. . .  ses  biens  que  de  retourner  à  la  messe,  ii  il 
fut  obligé  de  s'éloigner  et  d'abandonner  sa  maison ,  n  qui  fust  toute  ruinée  sur  lui.  y 

Nous  avons  établi  que  Baptiste  Androuet,  à  la  suite  de  cet  événement,  ne  quitta 
point  la  France,  comme  on  l'a  longtemps  cru,  et  qu'il  resta  même  au  service 
de  Henri  lll^'';  mais  nous  ne  saurions  dire  si,  avant  la  reddition  de  Paris  en 
169^,  il  revint  habiter  sa  maison,  qui  dut  être  une  fois  de  plus  saccagée  pen- 
dant le  siège  de  la  Ville.  Le  23  mars  1602,  Marie  Raguidier,  veuve  de  Baptiste 
Androuet  et  tutrice  de  leurs  enfants,  vendit  la  maison  à  son  beau-frère  Jacques 
Androuet  du  Cerceau,  architecte  et  contrôleur  des  bâtiments  de  la  Couronne. 
Après  la  mort  de  celui-ci,  qui  fut  enterré  le  17  septembre  iGiii,  sa  femme, 
Marie  de  Malaper,  continua  à  habiter  la  maison ,  et  elle  la  laissa  eu  héritage  à 
leur  fille  Marie  Androuet,  laquelle  épousa  Élie  Bedée,  propriétaire  de  la  maison 
voisine**). 

Maison  sans  désignation,  aboutissant  rue  des  Marais,  et  élevée  sur  la  seconde 
parcelle  du  lot  de  Le  Mercier,  parcelle  qu'Antoine  Delaistre,  veuve  de  ce  dernier, 

'"'  Conf.  la  notice  sur  cet  architecle  dans  la  Topographie  historique  du  Vieux  Paris  (Région  du  Louvre 
et  des  Tuileries,  t.  I",  p.  «73.  —  '"  Arcli.  nat.  cart.  S  6188. 


6fi  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

vendit,  le  1 1  juiHel  1602,  à  Jean  Bedée,  sieur  de  la  Gourmandière,  avocat  au 
Parlement.  Jean  Bedée  y  fit  bâtir  une  maison  qu'il  transmit  à  ses  deux  fils  David 
et  Élie''*,  et  qui  fut  acquise,  le  29  février  1669,  par  Alexandre-Simon  Bolé,  sei- 
gneur de  Champlay. 

Maison  sans  désignation,  aboutissant  rue  des  Marais,  et  construite  sur  un  ter- 
rain dit  de  trois  cents  toises,  accensé  par  Pierre  Leclercà  Jean  Courjon,  bourgeois 
de  Paris,  le  7  mars  i566.  Cette  maison,  qui  présentait  onze  toises  de  façade  sur 
la  rue  du  Colombier,  neuf  toises  sur  la  rue  des  Marais,  et  plus  de  trois  cents  toises 
de  superficie  totale,  appartenait,  en  lô^iy,  à  Jean  Beddon,  par  la  fille  duquel  elle 
fut  vendue,  le  2  août  i582,  à  François  Coignet,  sieur  de  Pontchartrain.  Ce  der- 
nier la  revendit,  le  12  novembre  suivant,  à  Jean  Honoré,  écuyer,  sieur  de  Bagis. 
Dans  l'acte  de  vente,  la  maison  est  énoncée  a  joignant  la  barre  du  Pré  aux  Clercs. . . 
rtet  faisant  l'un  des  coings  dudict  Prén  (le  terrain  de  Papin  n'était  point  bâti). 
Vers  le  milieu  du  xvn"  siècle,  Marie  Thibalier,  descendante  de  Jean  Honoré,  la 
fit  abattre  et  rebâtir  en  deux  propriétés  distinctes,  l'une  sur  la  rue  du  Colombier 
et  l'autre  sur  la  rue  des  Marais.  Au  commencement  du  xvni*  siècle,  la  partie  don- 
nant sur  la  rue  des  Marais  formait  une  propriété  à  part,  nommée  l'iiôtel  de 
Rannes  et  possédée  par  Louis  d'Argouges,  marquis  de  Bannes. 

Maison  sans  désignation,  aboutissant  rue  des  Marais,  et  élevée  sur  la  parcelle 
dont  Pierre  Leclerc  se  réserva  la  possession  lorsque,  le  3i  octobre  i552,  il  ré- 
trocéda le  Petit- Pré-aux-Clers  à  l'Université.  Les  Iiéritiers  de  P.  Leclerc  abandon- 
nèrent cet  emplacement,  oii  il  existait  un  jardin,  au  cardinal  de  Givry'"^',  qui,  le 
9  avril  i6o/i,  le  vendit  à  Guillaume  Lusson,  docteur  en  médecine.  De  la  famille 
Lusson,  la  maison  passa  à  la  famille  des  conseillers  Loiseau,  en  i658.  Vers  le- 
même  temps,  elle  formait  deux  propriétés,  dont  l'une  faisait  bâche  derrière  l'autre. 

Maison  sans  désignation,  élevée  sur  une  place,  dite  de  cent  soixante-huit  toises 
et  n'en  renfermant  réellement  que  cent  cinquante-six,  baillée,  le  18  juin  i5/i5. 
par  P.  Leclerc  à  Jean  Dupont,  sergent  à  verge.  Le  6  mai  iSày,  cette  place  ayant 
été  mesurée,  on  trouva  qu'elle  avait,  hors  œuvre,  six  toises  moins  dix  pouces  de 
largeur  sur  la  rue  du  Colombier,  vingt-quatre  toises  de  profondeur  par  son  milieu, 
et  sept  toises  dix  pouces  de  largeur  à  son  extrémité  septentrionale,  qui  demeurait 
ouverte  et  donnait  sur  ffung  heurt  descendant  en  bas  à  ung  lieu:5  que  l'on  disait 
ff  estre  en  différent  entre  ledict  Leclerc  et  M*  Pierre  Boullant.  n  Le  terrain  fut 
vendu,  le  i3  mai  1882,  par  les  héritiers  Dupont  au  procureur  Guillaume  Guyon; 
et  une  maison  que  celui-ci  paraît  y  avoir  construite  fut  aliénée  par  sa  veuve,  le 
17  mai  i6o5,  au  profit  d'Etienne  Tricot.  Suivant  Pourchot,  le  10  juin  1619,  les 
filles  de  Guyon  vendirent  à  Jean  Boyer  les  deux  tiers  d'une  autre  maison  élevée 

'"'  Elie  Bedée ,  «/ws  Beda ,  sieur  des  Fougerais,  <"'  Anne  de  Peyrussed'Escars,  cardinal  de  Givry, 

reçu  docteur  en  médecine  l'an  1621,  et  praticien        né  le  ag  mars  i546,  mort  le  19  avril  161a,  à 
fort  connu  de  son  temps.  l'Age  de  soixanle-sepl  ans. 


>  RUE  DU  COLOMBIER.  67 

sur  le  terrain  de  Dupont;  mais  nous  croirions  plutôt  que  cette  seconde  maison 
occupait  une  partie  du  lot  de  Leclerc,  qui  aurait  été  annexé  à  celui  de  Dupont. 
Quoi  qu'il  en  soit,  les  deux  maisons,  réunies  en  une  seule,  dépendaient,  au 
xvm"  siècle,  de  la  grande  propriété  contiguë  et  précédemment  énoncée. 

Maison  sans  désignation,  élevée  sur  un  terrain  de  cent  cinquante-huit  toises, 
baillé  par  P.  Leclerc,  le  18  juin  i565,  à  Robert  Sourdeau,  praticien,  qui,  le 
37  janvier  ibli-j,  l'échangea  avec  Henry  Millet  [alias  Jean  Mallet).  Jean  [alias 
André),  frère  de  celui-ci,  vendit,  le  20  décembre  iSBg,  la  maison  bâtie  sur  ce 
terrain  à  Ambroise  Aray,  procureur,  aux  héritiers  duquel  elle  appartint  ensuite 
pendant  longtemps.  A  la  fin  du  xvn*  siècle,  elle  était  divisée  en  deux,  après  l'avoir 
été  en  trois.  Aujourd'hui,  elle  forme  hache,  après  avoir  été  agrandie,  dans  sa 
partie  postérieure,  aux  dépens  du  manège  Boulanger  de  Viarmes,  qui  constituait 
son  aboutissant  en  1662. 

Maison  sans  désignation,  construite  sur  un  terrain  large  de  six  toises  du  côté 
de  la  rue  du  Colombier,  de  sept  toises  et  demie  à  son  autre  extrémité,  et  contenant 
cent  cinquante-deux  toises  de  superficie.  Ce  terrain  fut  baillé,  le  18  juin  i565,  à 
Nicolas  Baujoan,  maître  brodeur,  par  lequel  vingt-quatre  toises  et  demie  furent 
cédées  au  procureur  Gabriel  Montaigne,  pour  l'accroissement  d'une  maison  dont 
l'entrée  était  en  la  rue  de  Seine.  Le  lot  de  Baujoan  appartenait,  en  i568,  à  Am- 
broise Amy,  et  la  maison  qui  y  fut  bâtie  paraît  être  celle  que  le  nommé  Régnier 
vendit  au  procureur  Etienne  Bonnelz  le  li  août  1607,  et  que  celui-ci,  le  7  oc- 
tobre 1629,  donna  à  sa  fille,  à  l'occasion  de  son  mariage  avec  Pierre  Calluze. 

Deux  maisoss  sans  désignation,  élevées  sur  un  terrain  de  cent  quarante-six 
toises,  baillé,  le  5  janvier  1  bhà ,  par  P.  Leclerc  à  Husson  Frérot,  doreur  sur  fer. 
ffM.  René  Reignier,  dit  Pourchot,  ayant  acquis  les  droits  dudit  Frérot,  fit  bastir 
«deux  maisons  sur  ladite  place,  et,  après  sa  mort,  sa  veuve  Marguerite  Lespicier 
«rayant  fait  .saisir  réellement  ladite  maison  sur  M.  Pageot,  tuteurdesenfans  mineurs 
p dudit  défunt  Reignier  et  d'elle,  par  sentence...  du  3i  mai  1628,  elle  fut  adjugée 
rà  M.  Athanase  Amy,  avocat,  n 

Maison  sans  désignation,  élevée  sur  un  terrain  de  cent  quarante-deux  toises, 
baillé,  le  5  janvier  i5/i6,  par  P.  Leclerc  à  Guillaume  Maillard,  libraire  et  doreur 
de  livres,  auquel,  en  i565,  était  substitué  Jean  Bonainy,  aussi  libraire.  Cette 
maison,  dite  en  i553  située  a  devant  le  colombier  de  l'Abbaye,  ti  aboutit  aujour- 
d'hui à  la  suivante,  qui  fait  hache  derrière  et  a  été  agrandie  à  ses  dépens;  néan- 
moins, en  rétablissant  la  partie  supprimée,  on  est  encore  loin  de  trouver  la  surface 
de  cent  quarante-deux  toi.ses,  énoncée  dans  l'accensenient. 

Maison  sans  désignation,  bâtie  par  Marin  Duhaval  [alias  Duhamel),  prêtre  de 
Saint- André-des-Arls,  sur  un  lot  de  terrain  acquis  par  lui,  le  22  août  i565,  du 
brodeur  Richard  Carré,  et  faisant  partie  d'une  pièce  de  cent  trente-huit  toises 
baillée  par  P.  Leclerc  à  Carré,  le  5  janvier  ibkh.  La  maison  de  Duhaval  fut 

9- 


68  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

vendue  par  ses  héritiers  à  messire  Jean  de  Feu,  conseiller  au  Parlement,  et  l'un 
de  ceux  que  les  Seize  proscrivirent  au  mois  d'avril  iBgi. 

Maison  sans  désignation,  élevée  sur  un  lot  de  soixante-quatre  toises,  partie  de 
celui  qui  fut  accensé  à  Carré,  en  i5i4.  Ce  lot  de  soixante-quatre  toises  fut  vendu 
par  Carré,  le  28  août  i556,  à  Adam  Godard,  marchand  au  Palais,  qui  y  fit 
bâtir  une  maison,  et  ia  céda,  le  29  janvier  i556,  à  François  Desprez,  acommis 
«à  relier  les  livres  de  la  Chambre  des  comptes,  n  Catherine  Longis,  veuve  de  ce 
dernier,  s'étant  remariée  en  secondes  noces  au  chirurgien  Christophe  Godin,  les 
enfants  nés  de  ce  mariage  échangèrent  la  maison,  le  2.3  juillet  i597,  avec  le  pro- 
cureur Jean  Petit,  par  la  fille  duquel  elle  fut  vendue  au  procureur  Michel  Pous- 
teau,  le  8  juillet  162^.  Il  y  avait,  par  derrière,  un  petit  emplacement  de  cinq 
toises  carrées,  qui  formait  une  encoignure  du  Pré  et  qui  fut  cédé,  le  2  novembre 
i543,  à  Louis  Lemaignan,  pour  l'accroissement  de  sa  maison  de  la  rue  de  Seine. 
La  maison  bâtie  par  Adam  Godard,  rue  du  Colombier,  et  située  à  3h"',']o  du  coin 
de  la  rue  de  l'Echaudé,  était  la  première  du  Petit-Pré-aux-Clercs. 

Le  Petit-Pré- AUX-CleRGS.  En  i368,  lorsque,  pour  creuser  ses  fossés, 
l'abbaye  eut  besoin  d'une  certaine  quantité  de  terrain  appartenant  à  l'Université, 
elle  lui  abandonna,  entre  autres  choses,  à  titre  d'indemnité,  une  pièce  de  terre 
qu'on  disait  contenir  deux  arpents  et  demi.  Cette  pièce  de  terre  est  celle  qui  a  été 
nommée  depuis  le  Petit-Pré-aux-Clercs.  Elle  renfermait,  en  réalité,  près  de  trois 
arpens  et  trois  quartiers,  et  l'on  ne  voit  pas  néanmoins  qu'il  y  ait  jamais  eu  de 
contestation  importante  sur  sa  contenance.  Ses  limites  étaient,  au  midi,  le  chemin 
sur  les  fossés,  ou  rue  du  Colombier,  à  l'ouest,  le  chemin  de  la  Noue  (rue  Bona- 
parte), au  nord,  une  ligne  longue  d'environ  cinquante  toises,  parallèle  à  la  rue  des 
Marais  et  commençant  à  27  mètres  au  delà  du  coin  de  cette  rue.  Vers  l'orient,  le 
Petit-Pré-aux-Clercs  présentait  un  grand  angle  rentrant,  dont  le  tracé  précis  ne 
nous  laisse  aucune  incertitude,  bien  qu'il  ne  se  rencontre  nulle  part'''. 

L'an  1539,  le  Petit-Pré-aux-Clercs ,  exposé  à  de  continuelles  usurpations,  de- 
venu un  réceptacle  d'immondices  et  souvent  inondé  au  temps  des  hautes  eaux, 
ne  produisait  plus  rien  à  l'Université.  Il  lui  était,  au  contraire,  onéreux  par  les 
dépenses  que  coûtait  périodiquement  l'entretien  des  fossés  dont  il  était  entouré. 
L'Université  résolut  en  conséquence  de  l'aliéner.  La  proposition  en  fut  faite  le 
3i  mars,  et  la  question,  soulevée  déjà  six  ans  auparavant,  ayant  été  agitée  dans 
des  assemblées  des  5,  6  et  2  1  juin,  on  convint  d'annoncer,  par  des  affiches,  que  le 
Pré  serait  baillé  aux  enchères.  Plusieurs  acheteurs  se  présentèrent  immédiatement; 
mais  l'accensenient  ne  fut  décidé  que  le  29  mai  i5/io,  et  il  s'effectua  le  2  juin 
suivant,  au  profit  de  Pierre  Leclerc,  vice-gérant  du  conservateur  des  privilèges 

*''  On  le  trouve  cependant  sur  le  plan  levé  en  i5i8,  plan  que  reproduit  l'atlas  de  1758  (Arch.  nat. 
allas  n"  39).  —  th.  v. 


>  RUE  DU  COLOMBIER.  69 

apostoliques,  dont  la  redevance  fut  fixée  à  deux  sousparisis  de  cens  et  à  dix-huit 
livres  de  rente  annuelle.  Ce  chiffre  était  le  résultat  d'une  première  enchère  du 
prêtre  Claude  Barbier,  qui,  le  jour  de  l'adjudication,  en  offrit  une  seconde  dont 
on  ne  tint  pas  compte. 

Barbier,  mécontent  de  ce  procédé,  intenta  à  Leclerc,  devant  le  Parlement,  un 
procès  qui  fut  terminé,  en  août  1 5^9  ,  par  un  arrêt  donnant  gain  de  cause  à  Le- 
clerc et  à  l'Université.  Leclerc  eut  pareillement  maille  à  partir  avec  l'abbé  de  Saint- 
Germain,  et,  la  minute  du  contrat  de  i54o  ayant  été  égarée,  le  3i  mars  i5/t3 
on  en  passa  un  nouveau ,  que  Leclerc  fit  homologuer  le  k  octobre  par  les  vicaires 
de  l'évêque  de  Paris.  Le  jour  môme  il  commença  la  vente  du  terrain,  divisé  en 
parcelles.  Nous  venons  d'indiquer  la  plupart  des  transactions  relatives  à  cette  vente, 
y  compris  la  dernière,  qui  est  du  y-iS  mai  i566. 

Le  traité  avec  Pierre  Leclerc  n'avait  point  été  conclu  sans  soulever  de  l'oppo- 
sition au  sein  de  l'Université.  Les  écoliere  regrettèrent  cet  amoindrissement  de 
leur  fief,  et  prétendirent  qu'il  constituait  une  spéculation  imaginée  dans  l'intérêt 
de  certains  de  leurs  suppôts.  Les  plaintes  prirent  bientôt  un  tel  caractère  de  viva- 
cité, que  les  chefs  de  l'Université,  entraînés,  demandèrent  au  Parlement  la  cassa- 
tion du  traité,  et,  ce  qui  était  fort  injuste,  la  démolition  des  maisons  construites 
en  vertu  des  baux  passés  par  Leclerc.  Celui-ci  fut  amené,  le  17  avril  16/19.  à 
résilier  tous  ses  droits,  dont  il  proclama  derechef  l'abandon  le  3i  octobre  i552, 
mais  à  la  condition  qu'il  demeurerait  possesseur  d'un  lot  et  que  les  maisons  ré- 
cemment élevées  seraient  laissées  intactes.  L'Université  recouvra  ainsi  la  propriété 
du  Pelit-Pré-aux-Clercs.  En  1  55q  ,  il  était  entièrement  couvert  d'édifices  et  de  jar- 
dins, à  l'exception  de  cette  pièce  de  cinquante-neuf  perches  qui  était  en  bordure 
sur  le  chemin  de  la  Noue  et  ne  fut  accensée  qu'en  1 565  '*'. 


CONTINUATION 
DE  LA   RUE   DU   COLOMBIER 

DU   CÔTÉ  SEPTENTRIONAL. 

CENSIVE  DE  L'ABBAYE  SAINT-GERMAIJi-DES-PRÉS. 

Quatre  maisons  sans  désignation  (lôgô),  dont  la  dernière  faisait  le  coin  occi- 

'"'  Les  titres  relatifs  aux  propriétés  da  Petit-Pré-  moire  touchant  la  seigneurie  du  Pré-aux- Clercs, 

aux-Clercs  se  trouvent  aux  Arcliives  nationales,  car-  appartenante  à  l'Université  de  Pari»,  pour  servir 

ton  S  61 88,  et  ils  ont  été  résumés  dans  l'opuscule  d'instruction  à  ceux  qui  doivent  entrer  dans  les  charges 

anonyme  publié,  en  lôgi,  sous  le  titre  de  A/e-  de  l'Université ,  in-4";  Paris.  Cet  opuscule,  réceni- 


70  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

dental  de  la  rue  de  l'Echaudé,  et  qui  furent  élevées  sur  un  terrain  d'environ 
trente  et  une  perches,  baillé  à  bâtir,  le  17  février  1  5 Ai,  au  libraire  Jean  Longis. 
Les  deux  dernières  de  ces  maisons  en  formaient  trois  vers  1 680  et  n'en  constituent 
plus  qu'une  aujourd'hui. 


RUE   DU  VIEUX-COLOMBIER. 

La  rue  du  Vieux-Colombier  commençait  autrefois  à  la  rue  du  Petit-Bourbon 
(partie  occidentale  de  la  rue  Saint-Sulpice),  et  finissait,  comme  aujourd'hui,  au 
carrefour  de  la  Croix-Rouge.  Elle  a  maintenant  son  point  de  départ  à  l'ouest  de 
la  place  Saint-Sulpice. 

Le  nom  de  cette  rue  provient  d'un  colombier  qui  appartenait  probablement 
aux  moines  de  l'abbaye,  lesquels,  d'ailleurs,  ne  semblent  pas  avoir  monopolisé  le 
droit  d'en  posséder  dans  leur  fief.  Le  censier  de  i355  mentionne  la  k masure  du 
ff  Colombier,  Ti  que  nous  croyons  avoir  été  voisine  du  carrefour.  On  l'appelait  en- 
core en  1567  :  ffle  lieu  appelle  le  Coulombieret  carrefour  du  Jeu  de  boulie.^  Le 
rôle  de  la  taille  de  1292  renferme  un  article  consacré  aux  contribuables  de  la 
trrue  du  Colombier;  75  elle  est  souvent  indiquée  par  la  formule  trau  Colombier,  n 
et  n'a  commencé  à  être  dite  rue  du  Vieux-Colombier  qu'au  xvii*  siècle,  quand  l'exis- 
tence d'une  voie  homonyme,  devenue  importante,  a  suggéré  l'idée  d'établir  une 
distinction  entre  les  deux. 

Par  suite  de  la  proximité  du  territoire  de  Casse!,  la  rue  du  Vieux-Colombier 
a  été  parfois  appelée  «rue  ou  chemin  deCasselu  (i4i  i).Dans  un  contrat  de  i/i53,- 
on  la  voit  nommée  cr  rue  de  Cassel ,  dite  du  Colombier  ;  ■»  dans  d'autres  pièces ,  c  ruelle 
tr  par  où  l'en  va  par  devant  l'ostel  de  Cassel,  en  alant  du  chemin  de  Vaugirart  (rue 
ffdu  Cherche-Midi)  devers  Saint  SouppliceT)  (i388);  victis  per  (juevi  ilur  ad Sanctum 
Sulpitium  (1279),  et,  si  nous  ne  nous  trompons,  via per  qtiam  ilur  de  Sancio  Sul- 
picio  apud  Vallem-Viridem '^^^  (1267).  La  rue  a  porté  également  les  dénominations 
suivantes  :  tr  chemin  qui  va  à  Saint  Supplice  ti  (1^09);  cGrant  rue  Sainct  Sulpicen 
(1609,  i524);  ce  rue  Sainct  Sulpicen  (i52i);  arue  qui  vient  de  Sainct  Supplice 
cfà  la  TuillerieT  (i/j53);  trrue  du  Puysn  (i36o)  ou  «du  Puys  de  Mauconseilu 
(i5o6,  i5ii);  (true  de  la  Maladerien  (1/116);  ccrue  qui  tend  de  la  Maladerie  à 
tr  Sainct  Sulpiccn  (1622).  Mais  la  dernière  de  ces  désignations  s'appliquait  seule- 
ment réimprimé  dans  les  Variétés  historiques  de  Midi  et  du  Regard ,  ainsi  qu"avec  la  rue  du  Pol-de- 
M.  Éd.  Fournier,  est  l'œuvre  d'Edme  Pourcliot,  Fer,  elle  conduisait  effectivement  de  Saint-Sulpice 
recteur  de  l'Université.  Dans  ce  travail,  d'ailleurs  à  Vauvert.  D'ailleurs,  le  terrain  énoncé,  dans  la 
fort  intéressant,  se  sont  glissées  plusieurs  erreurs  charte  de  1S67,  comme  attenant  à  la  voie  menant 
que  la  comparaison  avec  les  documents  originaux  de  Saint-Sulpice  à  Vauvert,  est  celui  qu'on  appela 
nous  a  permis  de  rectifier.  plus  tard  le  clos  Pérou,  et  qui  faisait  le  coin  de  la 

'■'  Communiquant  avec  les  rues  du  Cherche-        rue  du  Vieux-Colombier. 


>  RUE  DU  VIEUX  COLOMBIER.  71 

ment  au  tronçon  oriental  de  la  rue,  lequel  est,  en  outre,  énoncé  me  des  Champs 
dans  certains  titres  des  années  iSog,  iSao  et  i52/i,  qui  sont  tous  relatifs  à 
la  maison  du  seigneur  de  Villacoublay. 

Ce  manoir,  qui  faisait  le  coin  des  rues  du  Vieux-Colombier  et  des  Canettes,  est 
décrit  comme  ayant  sa  façade  sur  la  rue  Saint-Sulpice  (des  Canettes)  et  son  flanc 
sur  la  rue  (les  Champs.  Il  ne  faut  donc  pas  admettre,  avec  Jaillot,  que  la  rue  du 
Gindre  représente  la  rue  des  Champs.  Cette  dernière  rue  avait  été  ainsi  dénommée 
parce  que, pendant  bien  longtemps,  il  n'y  eut  guère  au  delà,  dans  la  direction  du 
midi,  que  des  terres  en  culture,  sans  groupes  de  maisons. 

Le  puits  de  Mauconseil,  que  l'on  nommait  aussi  tr  puits  de  l'église  Saint  Sul- 
«picei)  (1673),  était  situé  en  face  de  la  rue  des  Canettes;  il  existait  encore  au 
milieu  du  xvi*  siècle,  et  on  le  trouve  déjà  mentionné  dans  le  rôle  de  la  taille 
de  1296. 

CÔTÉ   MÉRIDIONAL. 


PAROISSE   SAINT-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CEXSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Maison  sans  désignation  (iSai),  faisant  le  coin  occidental  de  la  rue  Férou.  Le  Eiiuv 

terrain  qu'elle  occupait,  avec  la  suivante,  dépendait  du  clos  Férou,  et  était  en  ^i ,1,,  p,'[i-,ip-Fe'r. 
nature  de  jardin.  Dans  une  transaction  de  i525  relative  à  ce  clos,  elle  est  dite 
(rde  présent  appellée  la  ntaison  Todisséc-n  Vers  i539,  elle  était  possédée  par 
Guillaume  Audrant,  protonotaire  du  Saint-Siège.  En  iSgS,  elle  est  mentioiniée 
comme  appartenant  aux  «r hoirs  Estienne  Faron  (sic),  nommez  messieurs  les 
«Boullardz.  T  Elle  était,  en  1628,  la  propriété  de  Robert  Fusée,  sieur  d'Assy, 
qui,  le  9  septembre  i655,  la  vendit  à  Michel  Le  Boutiller,  dit  La  Plante,  mar- 
chand de  vin  à  l'enseigne  de  la  Nouvelle  Plante.  Elle  fut  acquise,  le  v.3  janvier 
lylio,  par  la  fabrique  de  Saint-Sulpice,  et  son  emplacement  a  servi  à  l'agran- 
dissement de  l'église. 

Maison  sans  désignation  en  iSai,  puis  de  riMAGE-SAiM-PiERnE-Au-PAViLLo.N 
(1695),  qui  appartint  également  à  Etienne  Férou.  Vers  1628,  elle  était  divisée 
en  deux  parties,  dont  la  première  a  eu  pour  enseigne  les  Trois-Jusles  (1687),  et 
fut  vendue,  le  28  aoîit  1726,  à  la  fabrique  Saint-Sulpice.  La  seconde  maison  a 
eu  pour  enseigne  les  Trois-Pomom  (1628-1  643),  puis  le  Pied-de-Biche  (i683- 
1750),  et  a  été  cédée  aux  marguilliers  de  Saint-Sulpice,  le  9  décembre  i7'-<7. 

Deux  maisons  sans  désignation,  dans  l'une  desquelles  était  une  étable  à  pour- 
ceaux, vers  i523.  Judas  Beaufils,  r  sieur  de  Rinarenne,7»  après  les  avoir  rebâties. 


72  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

en  fit  don  à  Daniel,  seigneur  de  Cernay,  et  celui-ci,  le  3o  avril  15^7,  les  vendit 
à  Gilles  Bourdin,  avocat,  puis  procureur  général  au  Parlement.  Elles  sont  dites 
être,  l'une  petite  et  l'autre  grande,  dans  l'acte  du  12  octobre  i663,  par  lequel 
Gilles  Bourdin,  s""  de  Genouilly,  les  donna  en  échange  à  Biaise  Méliaud,  s""  d'Es- 
gligny  et  président  aux  Enquêtes  du  Parlement.  Elles  furent  acquises  pour  la  fon- 
dation du  grand  séminaire  Saint-Sulpice,  le  27  mai  i645.  Nous  ne  savons  rien  de 
positif  sur  leur  profondeur;  mais  il  est  fort  probable  qu'elles  s'étendaient  jusqu'au 
terrain  où  s'éleva,  dans  la  suite,  le  petit  séminaire. 

Grande  maison  sans  désignation,  faisant  le  coin  oriental  de  la  rue  du  Pot-de-Fer 
et  aboutissante  la  rue  de  Vaugirard,  après  avoir  d'abord  abouti  à  la  maison  pré- 
cédente. Elle  fut  bâtie,  vers  la  fin  du  xv°  siècle,  par  le  boulanger  Henry  du 
Verger,  et  fut  donnée,  le  3  juillet  i5i5,  par  sa  veuve  Marguerite  à  leur  fils 
Jean  du  Verger,  qui  exerçait  le  même  métier  que  son  père.  Honoré  Chevalier  la 
posséda  ensuite  du  chef  de  sa  femme,  fille  de  Jean  du  Verger.  Elle  était  alors  fort 
délabrée,  et  le  nouvel  héritier  la  morcela  de  telle  sorte  qu'elle  forma,  le  long  de 
la  rue  du  Pot-de-Fer,  plusieurs  propriétés,  dont  nous  n'avons  jamais  trouvé  le 
détail-  La  partie  qui  faisait  front  sur  la  rue  du  Vieux-Colombier  constituait,  en 
1628,  trois  maisons  distinctes,  dont  deux  furent  achetées  par  le  séminaire  Saint- 
Sulpice,  le  i5  septembre  i655.  La  troisième,  celle  du  coin,  large  de  quatre 
toises  et  demie,  fut  acquise  par  le  séminaire,  le  18  septembre  1728;  mais  elle 
n'y  fut  point  absorbée  comme  les  autres,  et  elle  a  subsisté  jusqu'à  la  destruction  de 
l'établissement. 

Entre  Maison  sans  désiguation  (i523),  faisant  le  coin  occidental  de  la  rue  du  Pot-de- 

etdiiGindre.  Fcr.  Le  terrain  de  cette  maison  paraît  avoir  encore  été  en  culture  vers  le  com- 
mencement du  XVI*  siècle. 

Maison  sans  désignation,  qui,  en  i523,  dépendait  de  la  précédente.  Toutes 
deux  occupaient  une  superficie  d'environ  un  demi-arpent,  et,  après  avoir  appar- 
tenu à  Pierre  de  Bresme  et  à  Millet  Perrot,  elles  furent  possédées  par  les  hoirs  de 
ce  dernier,  ainsi  que  la  maison  suivante. 

Maison  sans  désignation  (iBaS),  faisant  le  coin  oriental  de  la  rue  du  Gindre, 
et  attenante  auparavant  à  des  terres  en  culture.  Antérieurement  à  iSgB,  elle 
avait  déjà  subi  deux  morcellements  dans  le  sens  de  sa  profondeur;  ce  qui  en 
subsistait,  sur  la  rue  du  Vieux-Colombier,  était  divisé  en  deux  parties  dès  1628. 

Entre  Maison  saus  désignation  (i586),  faisant  le  coin  occidental  de  la  rue  du  Gindre. 

et  Cassette.     .Elle  fut  dounéc  à  l'église  Saint-Sulpice  par  Jean  Lemaire,  dont  le  testament  est 

daté  du  5  octobre  1617.  Le  terrain  occupé  par  cette  maison  et  par  celles  qui 

suivent,  jusqu'à  la  rue  Cassette,  était  encore  cultivé  vers  1  Sag.  La  pièce  de  cinq 

quartiers,  qui  avait  existé  en  cet  endroit,  était  déjà  couverte  de  maisons  en  1  ôôg. 


>         RUE  DU  VIEUX  COLOMBIER.  73 

Maisons  qui  sont  dites,  en  iBgô,  appartenir  aux  héritiers  de  Jean  Martin, 
voyer  de  l'abbaye  Saint-Germain,  et  qui,  en  1628,  étaient  au  nombre  de  quatre. 
La  deuxième  a  eu  pour  enseigne  le  Compas-Couronné  (16/11),  puis  le  Barillet 
{i663).  Elle  fut  donnée,  le  i5  septembre  i663,  par  la  dame  Rousseau  aux 
Filles  de  l'Instruction  chrétienne.  Elle  avait  été  bâtie  sur  une  place  contenant 
quatorze  pieds  et  demi  de  largeur  dans  œuvre,  par  devant,  sur  quatorze  toises 
deux  pieds  de  profondeur,  place  cédée,  le  16  décembre  1679,  par  Marin  Loret 
à  Fourcy  Lefèvre,  et  provenant  d'un  morcellement  de  la  maison  de  Loret,  la- 
quelle constituait  la  première  des  quatre.  La  troisième  maison  a  eu  pour  enseigne 
la  Croix-Verte  (1698-1687).  Elle  est  aussi  mentionnée  en  1679,  mais  nous  ne 
savons  si  elle  était  alors  distincte  de  la  quatrième.  Avec  celle-ci  et  la  deuxième, 
elle  a  été  absorbée  dans  l'établissement  des  Orphelins  de  la  paroisse  Saint- 
Sulpice. 

Deix  maisons  sans  désignation  (1596). 

Maisos  sans  désignation  en  1696,  puis  trou  Mïlioîi  d'OBt  (1628-1687),  faisa'il 
le  coin  oriental  de  la  rue  Cassette. 

Maison  sans  désignation  en  i5a3,  puis  roE  la  Pïeti  (1695-1628),  faisant  le 
coin  occidental  de  la  rue  Cassette.  Dans  la  première  moitié  du  xyi*"  siècle,  elle 
renfermait  les  deux  suivantes  : 
Maison  sans  désignation  en  1695. 
Maison  dl"  (t Porte-Enseigne d  (iSgô). 
Maison  de  la  Toor  (1695)  ou  Tour-d'Abgent  (1628). 

Tuilerie,  puis  clos  Chéradame,  faisant  le  coin  oriental  de  la  rue  du  Cherche- 
Midi.  La  tuilerie  située  sur  ce  point  existait  déjà  en  1  /i  1 6 ,  et  il  y  avait  alors  à 
l'encoignure  de  ia  rue  du  Cherche-Midi  (r  une  haulte  maison,  -n  Au  commencement 
du  XVI*  siècle,  elle  s'appelait  la  Vieille-Tuilerie  ou  la  Tuilerie-Bailly,  du  nom  d'un 
de  ses  propriétaires,  mort  avant  1622,  et  elle  contenait  environ  un  arpent,  plus 
cinquante  perches  situées  derrière.  Le  lieu  appartint  ensuite  à  (rscientiflicqueper- 
«r sonne  M'  Jehan  Chéradame,  professeur  des  trois  langues,  c'est  assavoir  :  grec, 
(rhébraïcque  et  latin"'. ^^  Le  censier  de  i536  consacre  un  article  à  ce  personnage, 
à  cause  de  sa  maison,  (r qu'il  a  de  nouvel  fait  bastir,  avec  galleries,  estuddes, 
f  cour,  caves  et  jardin,  dedans  lequel  jardin  il  a,  ceste  année,  fait  bastir,  sur  ung 
ff  petit  mont  environné  de  arbres,  une  petite  maison  pour  servir  à  se  aler  recréer 
fraux  escolliers;T5  le  tout  cr  anciennement  appelle  la  Vieille-Tuilerie  et  de  présent  le 
<t  Collège  de  l'Academye  Chéradame.  v  D'après  le  censier  de  ib^b,  le  clos  Chéra- 
dame, considérablement  augmenté  puisqu'il  renfermait  alors  quatre  arpents,  était 

'''  Jean  Chéradame,  savant  français,  originaire  des  dictionnaires  et  des  grammaires.  Il  tenait  évi- 

d'Argentan,  vivait  au  commencement  du  \vi' siècle.  demment,  dans  sa  maison  de  la  rue  du  Vieux-Co- 

II  fut  un  des  premiers  professeurs  de  grec  au  collège  lombier,  une  sorte  de  pédagogie  d'enseignement 

Royal.  On  lui  doit  plusieurs  ouvrages,  notamment  supérieur.  —  l.  h.  t. 


74  TOPOGRAPHIE  HISTORIOUE  DU  VIEUX  PARIS. 

possédé  par  un  nommé  Bouchardeau,  qui  y  avait  construit  plusieurs  maisons.  En 
1628,  ces  maisons,  sur  la  rue  du  Vieux-Colombier,  étaient  au  nombre  de  deux, 
et  celle  du  coin  avait  pour  enseigne  la  Cvoix-Blariche.  A  la  même  époque,  d'autres 
maisons,  le  long  de  la  rue  du  Cherche-Midi,  couvraient  l'emplacement  du  clos, 
dont  les  limites  vers  le  midi  sont  toujours  confuses  par  suite  des  fausses  énon- 
ciations  des  titres,  et  sur  la  transformation  duquel  les  documents  font  défaut. 

CÔTÉ   SEPTENTRIONAL. 


PAROISSE    SAINT-SLLPICE. 
JUSTICE 
ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 


Entre  le  carrefour        TuiLERiE ,  puis  MAISON  DES  Quathe-Vents  (iBgô),  faisant  le  coin  du  carrcfour  de 


de 


et  l'ancienne  rue 
Beiiriière. 


la  Croix-Rouge     ï»  Croix-Rouge.  (Voir  Rue  du  Four.  ) 

Partie  postérieure  de  la  Maison  de  l'Image-Notre-Dame,  située  rue  du  Four. 
C'était  une  propriété  distincte,  dès  le  commencement  du  xvn^  siècle,  et  Adrien 
Drappier,  qui  l'acheta  de  Jean  Cabry,  le  16  juin  i6o3,  la  donna,  le  12  mars 
1626,  à  l'hôpital  des  Petites-Maisons.  Elle  a  été  rebâtie  ensuite  en  deux,  puis  en 
quatre  maisons. 

Partie  postérieure  des  maisons  de  la  Vieille-Fontaine  et  de  la  Fontaine,  ayant 
leur  principale  entrée  rue  du  Four. 

Maison  sans  désignation  en  i523,  puis  du  Gril-Fleuri  (1628) ,  faisant  le  coin- 
occidental  de  la  rue  Beurrière.  Ainsi  que  les  deux  précédentes,  elle  fut  élevée  sur 
la  place  vendue,  en  i5i  1,  à  Vaucombert;  nous  en  avons  parlé  à  l'article  de  la  rue 
Beurrière. 

Partie  postérieure  de  la  maison  de  la  Corne-de-Cerf,  faisant  le  coin  oriental  de 
la  rue  Beurrière.  Elle  était  tout  à  fait  distincte  de  cette  maison,  à  la  fin  du 
xvi'=  siècle,  et  bientôt  après  elle  a  formé  deux  ou  trois  propriétés  différentes,  dont 
l'agencement  est  devenu  méconnaissable  par  suite  des  modifications  radicales  qui 
furent  apportées  dans  la  disposition  du  lotissement,  à  l'occasion  du  percement  de 
la  rue  Guillemin. 

Maison  sans  désignation  (iSgB),  oïl  fut  établi,  en  iG5i,  le  couvent  des  Filles 
de  la  Miséricorde.  Les  titres  de  cette  communauté  ne  remontant  pas  au  delà  de 
i63o,  il  est  impossible  de  constater  si  la  maison  qu'elle  occupait  représente, 
comme  cela  est  vraisemblable,  certaine  propriété  d'environ  trois  quartiers  de  su- 
perficie, laquelle  était,  vers  i523,  intermédiaire  entre  la  maison  du  coin  de  la 
rue  Beurrière  et  la  maison  du  coin  de  la  rue  des  Canettes. 

Maisons  sans  désignation  (i  BgS),  contiguës  à  celles  du  coin  occidental  de  la  rue 


RUE  DE  L'ANCIENNE  COMEDIE.  75 

des  Canettes.  Ces  maisons,  probablement  au  nombre  de  deux,  ont  été  abattues 
pour  l'agrandissement  de  l'Académie  de  Vaudreuil,  et  il  ne  reste  plus  de  trace 
appréciable  de  leurs  limites  du  côté  de  l'orient.  Du  temps  de  François  1",  il  y  avait 
sur  le  même  emplacement  une  grange  enclavée  dans  la  grande  maison  faisant  le 
coin  de  la  rue  des  Canettes. 


—  »»■ 


RUE   DE   L'ANCIENNE-COMEDIE. 

La  rue  de  l'Ancienne-Comédie  commence  à  la  rue  de  Bussy  et  finit  à  la  rue 
des  Boucheries  (de  l'Ecole-de-Médecine). 

Ancien  chemin  ménagé  le  long  des  fossés  de  la  ville,  cette  rue  s'est  appelée 
(rla  Fue  Neufve  du  fossé 'i  au  commencemeut  du  xvii''  siècle,  et,  depuis,  la  rue  des 
Fossés-Saint-Gemiain;  mais  elle  n'avait  d'abord  aucun  nom  particulier,  et  on  la 
désignait  par  les  appellations  suivantes  :  «sur  les  fossez,T)  n chemin  par  lequel 
rl'on  va  sur  les  fossez  de  ladite  villes  (i5o3),  et  w chemin  allant  à  la  rivière  de 
cfSeyne  et  au  Pré  aux  Clercs'n  (iBoy).  Un  titre  de  t56o  l'énonce  irla  rue  ou 
(Tchemyn  qui  est  sur  les  fossez,  entre  les  portes  Sainct  Germain  des  Prez  et  de 
ff  Bussy p  c'est  à  cette  époque,  en  effet,  que  le  chemin  se  transforma  en  rue.  Les 
inventaires  de  l'abbaye  mentionnent,  à  la  date  du  21  janvier  i56o,  le  procès- 
verbal  de  Toussaint  Villette,  voyer  du  monastère,  trpour  faire  l'alignement  de  la 
(t  rue  des  Fossés,  entre  la  porte  de  Bussy  et  celle  de  Saint-Germain,  n  Le  côté  occi- 
dental de  la  voie  était  alors  et  depuis  longtemps  bordé  de  constructions,  tandis 
que  le  côté  oriental  n'était  qu'iuiparfaitement  bâti.  Circonstance  assez  surprenante, 
il  parait  que,  de  ce  dernier  côté,  il  avait  existé  une  fontaine,  dite  «la  fontaine 
ffdes  fossez  Sainct  Germaine  en  iBai.  Elle  était  moins  rapprochée  de  la  porte 
de  Bussy  que  de  la  porte  Saint-Germain,  et  nous  ne  l'avons  vue  indiquée  qu'en 
i5ai  et  i533. 

CÔTÉ  ORIENTAL. 

PAROISSE   SAINT-SULPICE. 
JUSTICE 
ET  CENSIVE  DU   PARLOIH   AUX  BOURGEOIS. 

Maison  sans  désignation  (1610),  contiguë  à  la  maison  faisant  le  coin  de  la  rue 
Saint-André-des-Arts.  Elle  fut  abattue  en  1689,  et  rebâtie  sur  le  même  terrain, 
baillé  par  le  Prévôt  des  Marchands,  le  5  août  i6o5,  à  Jean  Thibaut,  fils  de  celui 
qui  la  possédait  lorsqu'elle  fut  démolie.  Elle  avait  pour  enseigne  a  l'Escu  Daulphinv 


76  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

en  161^;  sa  profondeur  était  d'abord  d'environ  sept  toises  et  demie  par  le  milieu; 
mais,  comme  les  deux  maisons  suivantes,  elle  fut  augmentée,  le  11  août  1616, 
d'une  partie  du  fossé,  ce  qui  lui  donna  les  proportions  qu'elle  présente  aujourd'hui. 

Maisox  de  l'Image-Sainte-Geneviève  (iByS-iGSB).  Elle  fut  ruinée  pendant  le 
siège  de  Paris,  et  ce  qui  en  restait  fut  baillé,  le  1^  août  1606,  au  nommé  Nicolas 
Caron,  qui  la  reconstruisit. 

Maison  sans  désignation  (1610),  élevée  sur  un  terrain  large  de  trois  toises  et 
profond  de  cinq,  que  Jean  Pichard  prit  à  bail  ie  10  novembre  1678.  Abattue 
pendant  le  siège  de  Paris,  elle  fut  remplacée  par  un  autre  bâtiment  construit  sur 
un  terrain  large  de  cinq  toises  et  demie,  que  Nicolas  Dubois  acheta  le  26  sep- 
tembre 1606. 

Deux  maisons  sans  désignation  (1610),  bâties  sur  une  place  dite  large  de  quatre 
toises  et  demie  W  et  profonde  seulement  de  trois  et  demie,  qu'on  bailla  à  Simon 
Turpin,  le  2^  mars  1607.  Au  xvi*"  siècle,  sur  l'emplacement  de  ces  maisons,  il 
existait  deux  autres  constructions  contiguës,  qui  furent  détruites  en  iSSg  et  dont 
nous  ignorons  les  dimensions.  La  première  était  attenante  à  celle  de  J.  Pichard. 

Maison  sans  désignation,  bâtie  sur  une  place  large  de  trois  toises,  baillée  au 
nommé  Cheveneu,  le  1"  juin  1607,  et  sur  une  autre  place  large  d'environ  deux 
toises  et  un  quart,  qu'il  avait  acquise  de  Jean  Lepaintre,  le  22  mai  précédent. 
La  profondeur  de  cette  maison  et  de  la  suivante  fut  augmentée  en  1682. 

Maison  sans  désignation  (1610),  construite  sur  la  seconde  moitié  d'un  terrain 
large  de  quatre  toises  et  demie,  baillé  à  Jean  Lepaintre,  le  18  mai  1607;  l'autre 
moitié  fut  comprise  dans  la  maison  précédente. 

Maison  sans  désignation  (1610),  bâtie  sur  une  place  large  de  trois  toises,  cédée 
à  Louis  Billonneau,  le  18  décembre  1607,  et  formant  la  moitié  d'une  place  large 
de  six  toises  et  profonde  de  cinq,  baillée  à  Guillaume  Clément,  le  2 4  no- 
vembre 1607.  Cette  maison  et  les  deux  précédentes  sont  actuellement  réunies  et 
forment  celle  du  café  Procope.  Procope  Coutraux  les  acquit  les  8  octobre  1696, 
i3  août  1699  et  21  décembre  1760. 

Maison  du  Soleil-d'Or  (1616),  bâtie  sur  une  place  large  de  trois  toises,  que 
Guillaume  Clément  retrancha  de  la  sienne,  le  28  novembre  1607,  au  proQt 
d'Etienne  Miot.  Elle  fut  augmentée,  le  ik  juin  1617,  d'un  terrain  de  quatre 
toises  et  demie  de  profondeur  et  de  quatre  toises  de  largeur,  qui  s'étendait  un 
peu  derrière  la  maison  suivante. 

Trois  maisons  sans  désignation  en  1610,  dont  la  dernière  a  eu  l'enseigne  de  la 
Couronne-d'Or,  en  1620.  Elles  furent  élevées  sur  trois  lots  de  terrain,  larges  chacun 
de  trois  toises,  et  baillés,  le  premier,  le  26  novembre  1607,  à  Pierre  Clavier;  le 
deuxième,  le  26  novembre  1607,  à  Jacques  Geoffroy,  et  le  troisième,  le  27  no- 

'■'  II  faut  probablement  lire  cinq  toises  et  demie. 


«      RUE  DE  L'ANCIENNE  COMEDIE.  77 

vembre  1607,  à  Guillaume  Charrier.  De  même  que  toutes  les  suivantes,  ces  mai- 
sons n'étaient  d'abord  profondes  que  de  cinq  toises;  elles  durent  ensuite  leurs 
proportions  actuelles  à  l'addition  d'une  zone  du  fossé,  vendue  aux  propriétaires 
le  1 1  août  1616, 

Maison  sans  désignation  (1610),  bâtie  sur  une  place  large  de  trois  toises  cinq 
pieds,  baillée  à  Gédéon  Bouchet,  le  a8  novembre  1607.  C'est  sur  une  partie  de 
l'emplacement  de  cette  maison  qu'a  été  ouverte  l'entrée  du  passage  du  Commerce. 

Maison  sans  désignation,  construite  en  1607  sur  une  place  large  de  deux  toises 
et  demie,  baillée,  le  6  juin  de  cette  année,  à  Simon  Turpin. 

Maison  sans  désignation  (1610),  bâtie  sur  une  place  large  de  deux  toises  et 
demie,  baillée  à  Thomas  Névot,  le  19  janvier  1607,  et  par  lui  cédée,  le  27  sep- 
tembre suivant,  à  Durant  Lorée,  maître  brodeur  du  roi. 

Delx  maisons  sans  désignation  (1610),  dont  l'emplacement,  large  de  quatre 
toises  et  demie  ('*,  fut  baillé  à  Thomas  Névot,  le  g  novembre  1606. 

Maison  sans  désignation  (1610),  construite  sur  une  place  large  de  trois  toises 
et  profonde  de  cinq,  baillée  à  Jean  Lepaintre,  le  19  novembre  1606,  et  par  lui 
cédée  au  brodeur  Nicolas  Gibert,  le  29  (ou  le  2^)  janvier  1607.  Elle  est  actuel- 
lement réunie  à  la  suivante. 

Maison  sans  désignation  (1610),  attenante  à  celle  du  coin  de  la  rue  de  l'Ecole- 
de-Médecine.  Elle  fut  élevée  sur  un  terrain  large  de  quatre  toises  et  demie,  baillé, 
le  28  septembre  1606,  à  Durot,  alxa»  Evro  Lefebvre,  qui,  le  17  octobre  1608, 
la  revendit  au  nommé  François  Macaire.  Sur  l'emplacement  de  cette  maison,  dès 
i56i,  il  s'en  trouvait  une  qui  a|)partenait  au  nommé  Jean  Périgaut.  Elle  était 
attenante,  vers  le  nord,  à  une  autre  qui,  large  de  cinq  toises,  profonde  de  seize 
pieds  vers  le  midi  et  de  douze  vers  le  nord,  avait  été  construite  sur  une  place 
baillée  à  Michel  de  Maupertuys,  le  3o  juin  1 54 1.  Toutes  deux  furent  détruites 
en  1689. 

CÔTÉ  OCCIDENTAL. 


PAROISSE   SAIM-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Maison  sans  désignation  (iSgS),  contiguë  à  celle  du  coin  de  la  rue  des  Bou- 
cheries, et  j)rovenant  du  morcellement  de  cette  propriété.  Elle  dépendait  proba- 
blement de  l'immeuble  situé  entre  la  maison  du  coin  et  le  jeu  de  paume  de  Savoie, 
dans  la  rue  des  Boucheries. 

'"  Celle  dimension  semble  inférieure  à  la  réalité  et  ne  se  reirouve  point  sur  le  terrain. 


78  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

Partie  du  Jeu  de  paume  de  l'Ecu-de-Savoie  (iBsS),  qui,  à  la  fin  du  xvf  siècle, 
formait  une  grande  maison.  Vers  1628,  celle-ci  en  formait  quatre  ou  cinq  autres, 
et  la  précédente  trois  ou  quatre.  Ces  diverses  maisons,  que  les  documents  ne 
permettent  point  d'identifier  avec  certitude,  étaient  disposées  dans  l'ordre  suivant  : 
deux  maisons  ayant  pour  enseigne  TEcritoire  et  attenantes  à  la  maison  du  coin;  — 
une  autre  ayant  pour  enseigne  la  Talemouse,  et  depuis  la  Tour-d' Argent  (i6i3); 
—  deux  maisons  ayant  eu  précédemment  pour  enseignes  le  Champ-des-Oiseavx  et 
r Ane-Vert;  —  deux  maisons  ayant  pour  enseignes  la  Clef  et  la  Roze-Rouge;  —  enfin 
une  dernière  maison  dont  l'enseigne  n'est  point  indiquée. 

Petite  maison  avec  jeu  de  paume  (iSgS),  qui  semble  avoir  été  élevée  sur  une 
certaine  place  mentionnée  en  iBaS.  11  y  avait  là  un  chantier  énoncé  «devant  la 
cf  Fontaine  Ti  et  appartenant  à  Jean  Huot. 

Maison  sans  désignation  (1  523) ,  dépendant  du  grand  hôtel  de  l'Ecu-de-France , 
situé  rue  des  Boucheries.  Dès  1  BgS ,  elle  renfermait  un  jeu  de  paume,  qu'on  appe- 
lait le  Jeu  de  paume  de  l'Ecu,  en  1628  et  1892. 

Maison  du  Colombier  (i523-i53i)  ou  aDu  Coulons  (1567),  puis  de  l'Aigle- 
Royal  (1628). 

Maison  de  l'Etoile  (i523-i688),  qui  renfermait  un  jeu  de  paume  dès  1667; 
elle  dépendit  d'abord  du  grand  hôtel  de  l'Écu-de-France.  Elle  se  composait,  en 
1 523 ,  de  deux  petites  maisons,  et,  au  xvii*^  siècle,  elle  en  formait  également  deux, 
qui  furent  achetées  les  8  mars  et  23  décembre  1688  par  les  comédiens  du  roi.  Ils 
y  établirent  le  théâtre  de  la  Comédie-Française,  lequel  a  donné  son  nom  à  la 
rue  et  y  a  subsisté  jusqu'en  1770. 

Maison  sans  désignation  (i523),  qui  fit  aussi  partie  des  dépendances  du  grand 
hôtel  de  l'Ecu-de-France.  Elle  avait  pour  enseigne  «le  Petit  More,-n  en  1628. 

Maison  sans  désignation  (1595),  contiguë  à  la  maison  faisant  le  coin  de  la 
rue  de  Bussy.  C'était  un  morcellement  de  la  précédente,  dont  elle  n'était  point 
distincte  encore  dans  la  première  moitié  du  xvi"  siècle.  Elle  était  déjà  divisée  en 
deux,  vers  i63o. 

Presque  toutes  les  maisons  du  côté  occidental  de  la  rue  de  l'Ancienne-Comédie 
furent  abattues  lors  du  siège  de  Paris,  et  on  ne  les  rebâtit  que  graduellement, 
plusieurs  années  après  la  paix.  Il  se  peut  que  les  anciennes  limites  des  propriétés, 
qui  sont  extrêmemenl  difficiles  à  déterminer,  aient  alors  été  changées. 


RUE   DE   CONDE. 

La  rue  de  Condé  commençait  à  la  rue  des  Boucheries  (de  l'École-de-Médecine) 
et  finissait,  comme  aujourd'hui,  à  la  rue  de  Vaugirard. 


>  RUE  DE  CONDE.  79 

Le  nom  que  porte  cette  rue,  et  dont  elle  est  redevable  au  grand  hôtel  de 
Condé,  commence  à  paraître  dans  la  seconde  moitié  du  xyu*"  siècle,  et  remplace 
celui  de  rue  Neuve-Saint-Lambert,  qu'on  lui  donnait  habituellement  alors,  et 
qui  provenait  sans  doute  d'une  enseigne.  Nous  l'avons  rencontré  pour  la  première 
fois  à  la  date  de  i6o/».  Dans  les  documents  antérieurs,  la  rue  de  Condé  est 
énoncée  :  «rue  qui  tend  au  clos  aux  Bourgeoise  (iSaS);  «rue  qui  tend  de  la 
(f  porte  Sainct  Germain  au  cloz  auxBourgoys  et  à  Vaugirardu  (i5i  7);  «rue  Neufve 
reliant  à  la  porte  Sainct  Michels  (i53o);  trrue  Neufve  de  la  FoircTi  (i5io); 
(rrue  Neufve,  par  cydevant  dicte  le  cloz  Bruneaue  (i53i);  rue  Neufve  aultre- 
frment  dicte  le  cloz  Bruneam»  (iBaS  et  i563);  (true  du  Cloz  Bruneaun  (iBiy, 
i5io,  iBoa),  et,  le  plus  souvent,  rue  Neuve  seulement. 

Il  est  évident  que  la  rue  de  Condé  n'a  point  été  ouverte  avant  la  fin  du 
XV*  siècle,  et  l'on  pourrait  supposer  que,  comme  la  rue  du  Petit-Lion,  elle  n"a 
été  percée  que  vers  i5oi,  puisqu'elle  n'est  point  mentionnée  dans  le  bail  fait, 
en  cette  année,  du  terrain  qui  a  formé  l'extrémité  orientale  de  l'îlot  compris 
entre  les  rues  du  Petit-Lion  (Saint-Sulpice)  et  des  Quatre-Vents.  Le  terrain  est 
dit  aboutir,  du  côté  de  la  ville,  •  aux  Friches, n  en  d'autres  termes,  aux  terrains 
vagues.  Toutefois  la  partie  de  cette  voie  la  plus  rapprochée  de  la  rue  des  Bou- 
cheries était  ouverte  dès  xh^fi;  on  la  considérait  comme  le  commencement  de 
la  rue  des  Quatre-Vents,  et  elle  était  qualifiée  de  «chemin  qui  va  à  la  Foire, 
«près  la  voierie  des  Bouchiers. -^  Quant  au  reste  de  la  rue  de  Condé,  il  est 
vraisemblable  qu'il  y  avait  là  tout  au  moins  un  sentier  qui  isolait  le  clos  Bru- 
neau. 

Ce  clos,  peu  connu,  était  planté  de  vignes,  suivant  des  documents  de  1667  et 
1  h-ja;  il  est  indiqué,  dans  le  censier  de  i355,  par  la  formule  «en  Borneau,^  et. 
dans  un  titre  de  i/iia,  par  les  mots  :  «certains  champs  appelés  clos  Bruneau.n 
On  en  rencontre  la  première  mention  dans  le  bail  qui  fut  consenti,  au  mois  d'avril 
1268,  à  Guillaume  surnommé  Lescervelé,  bail  de  deux  arpents  à  prendre  «m 
(fhco  qui  dicilur  Benieau.-'  Il  était  limité,  au  midi,  par  la  rue  de  Vaugirard,  et, 
au  nord,  par  la  voirie  des  Bouchers,  ou  rue  des  Quatre-Vents,  laquelle  est  dé- 
clarée y  tenir  en  iSog.  Vers  le  levant,  rien  n'indique,  contrairement  à  l'alfirma- 
tion  de  Jaillot,  que  le  clos  Bruneau  ait  jadis  atteint  le  chemin  sur  les  Fossés,  au 
lieu  d'être  borné  par  l'emplacement  de  la  rue  de  Condé,  qui  en  était  certaine- 
ment la  limite  en  dernier  lieu.  Vers  le  couchant,  il  paraît  s'être  étendu  d'abord 
jusqu'à  la  rue  Garancière,  car  l'hôtel  de  Garancière  est  déclaré  y  aboutir  en  1667. 
Plus  tard,  il  ne  dépassait  point  la  rue  de  Tournon,  attendu  que  l'îlot  dans  lequel 
il  était  contenu  avait,  lorsque  l'abbaye  le  bailla  à  bAtir,  ccst-à-dire  aux  environs 
de  i5io,  à  peu  près  les  mômes  dimensions  qu'aujourd'hui.  Du  reste,  il  n'est  pas 
une  seule  pièce  des  archives  de  l'abbaye  qui  ait  directement  trait  au  clos  Bru- 
neau, avant  l'époque  de  sa  transformation.  Nous  croyons  inutile  d'ajouter  que  le 


80  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

clos  Bruneau  du  bourg  Saint-Germain  n'a  jamais  eu  rien  de  commun,  si  ce  n'est 
le  nom,  avec  le  clos  Bruneau  de  la  montagne  Sainte-Geneviève.  En  affirmant  le 
contraire,  Géraud  a  commis  une  grave  erreur. 

CÔTÉ   ORIENTAL. 


PAROISSE   SAINT-SULPICE. 

JUSTICE 
ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Maison  des  Cinq-Pucelles  (i6i3),  contiguë,  d'une  part,  à  la  maison  faisant  le 
coin  de  la  rue  des  Cordeliers  ou  de  l'Ecole-de-Médecine ,  et  attenante,  de  l'autre 
côté,  à  la  maison  qui  formait  l'angle  septentrional  de  la  rue  Monsieur-le-Prince. 
Elle  fut  bâtie  sur  un  terrain  large  de  cinq  toises,  cédé,  le  29  mai  i6o/i,  à  Charles 
Barbe,  par  Vincent  Notaire,  qui  l'avait  retranché  de  l'emplacement  de  la  maison 
de  la  Sirène,  à  lui  vendu  quatre  mois  auparavant. 

Maison  sans  désignation  en  lôaS,  puis  dite  du  RiCHE-LABOUREun  (1581-1773), 
et  aussi  la  Grande-Maison  (i58o).  Elle  faisait  le  coin  méridional  de  la  rue  Mon- 
sieur-le-Prince, et  fut  bâtie  sur  un  terrain  baillé,  le  1"  mars  1^9^,  à  M*"  Jehan 
Rouyer.  Ce  terrain  appartenait  à  l'enlumineur  J.  Pichore,  lorsque  celui-ci  y  joignit, 
le  3o  avril  i5i6,  une  petite  place  vide,  qui  forma  la  pointe  de  l'îlot  et  qui  pré- 
sentait treize  pieds  de  largeur  sur  un  de  ses  côtés,  sept  toises  et  quatre  toises  sur 
les  autres.  La  maison  fut  ensuite  possédée  par  le  banquier  italien  Albert  Sal\  iati , 
et,  dès  i523,  par  Julien  de  Bonacoursi,  trésorier  de  Provence,  notaire  et  secré- 
taire du  roi.  Partagée,  le  8  juillet  i58o,  entre  les  héritiers  de  Jean  Arnoul,  puis 
complètement  abattue  pendant  le  siège  de  Paris,  elle  n'était  point  encore  réédifiée 
en  1695,  et  elle  le  fut  plus  tard  de  manière  à  former  trois  maisons  distinctes.  Une 
partie  de  son  emplacement  a  été  absorbée  dans  le  carrefour  de  l'Odéon. 

Maison  du  Petit-Ecu-de-France  (1517-16/18),  contenant  environ  un  quartier, 
et  élevée  sur  un  terrain  pris  à  bail,  le  28  août  i5o9,  par  Jean  Lefort.  Au 
xviii''  siècle,  c'étaient  les  écuries  de  l'hôtel  de  Condé. 

Maison  sans  désignation  (1  593),  construite  sur  un  terrain  large  de  neuf  toises  et 
profond  de  vingt-six  et  demie,  pris  à  bail ,  le  8  (i  o?)  décembre  1 5 1 0 ,  par  Durant 
[alias  Laurent)  Pergues.  Elle  appartenait,  en  1595,  à  Jean  Briçonnet,  seigneur  de 
Glatigny,  président  des  généraux  des  finances  en  la  Cour  des  aides.  Elle  avait 
pour  dépendance  une  maison  sur  la  rue  du  Fossé,  et  la  propriété  s'appelait  l'Iiâlel 
de  Provence,  vers  17/10. 

Maison  de  cr l'Image-Saint-Eustace ^  (i523),  bâtie  sur  un  terrain  large  de  neuf 
toises  et  profond  de  vingt-huit,  baillé  à  Jacques  Morant,  le  17  janvier  i5o9.  à 


>  RUE  DE  CONDÉ.  81 

charge  d'y  construire  une  ^r  maison  manable,Ti  de  paver  devant  jusqu'au  milieu 
de  la  rue,  et  de  ne  point  nourrir  de  pourceaux.  La  maison  de  Tlmage-Saint-Eus- 
tache  appartint,  vers  i585,  à  l'avocat  de  Rochefort,  bailli  de  Saint-Germain-des- 
Prés;  elle  était  encore  possédée  par  sa  famille  en  1628. 

Maison  de  l'Epée-Royale  (iSaS),  bâtie  sur  un  terrain  large  de  neuf  toises  et 
profond  de  vingt-neuf  et  demie,  qui  fut  accensé,  le  1  7  janvier  iBog,  à  Guy  Her- 
luppe.  Au  XYin*"  siècle,  elle  faisait  partie  de  l'hôtel  de  Gondé,  et  contenait  ce  qu'on 
appelait  la  cour  des  Fontaines  et  la  cour  des  Ecuries. 

Maison  sans  désignation  (i523),  bâtie  sur  un  terrain  de  dix  toises  de  largeur 
et  de  trente  et  une  toises  et  demie  de  profondeur,  pris  à  bail,  le  17  mars  i5io, 
par  Waleran  de  Bées  [alias  Bèze),  tr marchant  appoticaire.  •»  En  lôgB,  elle  appar- 
tenait à  Jérôme  de  Gondi,  et  a  été  absorbée  dans  l'hôtel  de  Condé. 

Petites  maisons  avec  étables,  ayant  pour  enseigne  I'Image-Notre-Dame  (lôaS). 
Elles  furent  élevées  sur  un  quartier  de  terre  accensé  à  Jean  Martin  en  1 5 1 5 ,  et 
par  lui  revendu,  avec  le  commencement  d'habitation  qui  s'y  trouvait,  ie  'ii  no- 
vembre i5i8,  au  marchand  Jean  Bruneau.  En  1667,  à  la  place  de  ces  petites 
maisons,  il  y  en  avait  une  grande  que  le  chanoine  de  Paris,  M*  Robert  Cordier, 
avait  fait  construire'"',  et  qui  fut  le  noyau  de  l'hôtel  de  Gondi. 


HÔTEL  DE  Gondi,  depuis  de  Condé.  Suivant  Jaillot,  cet  hôtel  célèbre  eut 
pour  origine  une  maison  de  plaisance  élevée  par  Arnaud  de  Gorbie  sur  le  clos 
Bruneau,  achetée,  au  mois  de  juillet  1610,  par  Jérôme  de  Gondi,  duc  de  Retz, 
maréchal  de  France,  et  adjugée  par  décret,  en  1 61 2,  à  Henry  de  Bourbon,  prince 
de  Condé.  Ce  sont  autant  d'inexactitudes.  L'hôtel  de  Gondi,  dont  l'emplacement 
ne  dépendait  pas  du  clos  Bruneau,  ne  fut  [)oiiit  adjugé  au  prince  de  Condé;  mais 
il  lui  fut  donné,  le  a  septembre  1612,  par  le  roi  Louis  Xlil,  auquel  il  avait  été 
adjugé  par  sentence  du  Châtelet  du  16  juillet  précédent,  après  avoir  été  saisi  sur 
Jean-Baptiste  de  Gondi,  gentilhomme  ordinaire  de  la  chambre,  à  cause  des  dettes 
grevant  la  succession  de  son  père.  Le  membre  de  la  famille  de  Gondi  revêtu  de 


'■'  L'article  consacré  à  la  maison  de  l'Irnage-Notre- 
Dnme,  dans  le  ccnsier  de  iBiy,  est  conçu  en  ces 
termes  :  i-De  iiiaislrc  Robert  Cordier,  chanoine  de 
"Paris,  Cl»  de  feu  Guillaume  Cordier,  lequel  Guil- 
-iaume  Cordier  avait  esté  ou  lieu  de  maislre  Adrien 
<r  Forme ,  procureur  ou  Chastellet  de  Paris ,  et  sa  feue 
fffemme,  fille  et  héritière  de  feu  maistre  Guillaume 
'le  Vavasscur,  en  son  vivant  cirurgien,  demeurant 
«à  Paris,  pour  une  maison  de  nouvel  rebastic  par 
■rledict  Cordier,  et  court  en  laquelle  soulloit  na- 
irguères,  auparavant  ledict  rebastiesment ,  plusieurs 
(t  petites  maisons  et  louaiges,  jardins  el  eslables;  le 
'^lieu  comme  il  se  comporte ,  assis  audict  Saincl  Ger- 


irmain  des  Prez,  en  iadicte  rue  Neufve,  où  soulloit 
•^ pendre  pour  enseigne  l'Imatge  Nostre  Dame,  qui 
ffut  à  feu  Jehan  Martin;  tenans  d'une  part  ausd. 
^  vefve  et  héritiers  de  feu  VVaileran  de  Beest ,  d'aullre 
'part  de  présent  à  Baptiste  de  la  Vergne,  ou  lieu 
-de  Albert  Salvyaly;  aboutissans  à  Iadicte  rue,  et 
irpar  derrière  à  maislre  Guillaume  Coignet;  lequel 
'lieu,  qui  contient  ung  quartier,  doibt  de  cens  cha- 
ccun  an,  ledict  jour  sainct  Remy,  xiii  s.  parisis, 
'Tcomme  appert  par  la  lectre  de  prinse  de  ce  faicte 
irpar  ledict  Jehan  Martin,  datlée  de  l'an  mil  cinq 
(tcens  et  quinze.»  (Arch.  nal.  reg.  LL  na5, 
foLiaôv".) 


82  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

la  dignité  de  maréchal  de  France  s'appelait  Albert,  et  non  pas  Jérôme;  il  mourut 
en  1602,  de  sorte  qu'il  n'a  rien  pu  acheter  en  1610.  Ce  n'est  pas  non  plus  à 
cette  époque  que  Jérôme  de  Gondi,  introducteur  des  ambassadeurs,  chevalier 
d'honneur  de  la  reine  Marie  de  Médicis  et  père  de  Jean-Baptiste,  acquit  son  hôtel 
du  faubourg  Saint-Germain,  car  il  mourut  le  3i  janvier  160/1.  11  le  possédait 
déjà  en  iBgS,  comme  le  prouve  un  censier  de  cette  année;  il  en  était  même 
propriétaire  dès  1 58 1 ,  ainsi  qu'il  appert  d'un  croquis  contemporain,  où  sont  indi- 
quées ftla  maison  de  Gondyn  et  «la  rue  Neufve  où  se  tient  M.  de  Gondy-fl 

Les  archives  incomplètes  de  l'abbaye  ne  nomment  point  Arnaud  de  Corbie  à 
propos  de  l'hôtel  de  Gondi''',  et  n'apprennent  rien  sur  l'époque  oii  Jérôme  de 
Gondi  acheta  les  diverses  propriétés  dont  la  réunion  forma  ce  grand  hôtel.  Il  est 
simplement  dit,  dans  le  censier  de  logB,  qu'elles  lui  appartenaient  tr longtemps 
(t  avant  les  troubles,  n  Nous  constatons  d'ailleurs,  par  l'étude  de  ce  censier,  rap- 
proché d'autres  documents,  qu'à  la  fin  du  xvi"  siècle  l'hôtel  de  Gondi  offrait  des 
dimensions  qui  ont  été  peu  modifiées  jusqu'en  1699.  ^^  présentait  ainsi,  sur  la 
rue  des  Fossés  (Monsieur-le-Prince),  un  développement  que  nous  ne  pouvons 
préciser,  mais  qui  ne  devait  point  être  inférieur  d'abord  à  trente  toises,  et  qui 
atteignit  quarante-trois  toises  au  milieu  du  xwf  siècle.  Sur  la  rue  de  Vaugirard, 
le  mur  de  clôture  avait  au  moins  quarante  toises,  et,  sur  la  rue  Neuve  (de  Condé), 
dont  l'hôtel  formait  l'encoignure  et  où  il  avait  sa  j)rincipale  entrée,  nous  sommes 
certain  qu'il  était  large  d'environ  quatre-vingt-quatre  toises  et  demie. 

Jardin  contenant  un  arpent  et  demi  (iSaS).  11  appartint  en  i53i  au  banquier 
Bénard  Carissan,  et  en  iS/ty  à  l'Italien  Baptiste  de  la  Vergue,  crtraeur  d'or  du 
tfRoy, 7)  qui  y  avait  bâti  «une  grande  maison,  couverte  d'ardoise,  à  la  mode  yta-' 
alienne,Ti  à  la  place  d'une  autre  construction  couverte  en  tuiles,  que  le  nommé 
Albert  Salviati,  son  compatriote,  avait  fait  élever  précédemment.  Le  terrain  en 
avait  été  accensé,  le  17  novembre  i52o,à  Ravaut  duMesnil,  procureur  et  rece- 
veur de  l'abbaye. 

Maison  sans  désignation  en  1017,  puis  dc  Heaume  (i523-i543),  faisant  le  coin 
de  la  rue  de  Vaugirard.  Elle  avait  été  bâtie  sur  un  terrain  de  vingt-quatre  perches, 
baillé  à  Jean  le  Fort,  le  2  aoôt  1609,  et  le  jardin  qui  en  faisait  partie,  formant 
l'encoignure  de  la  rue,  mesurait  neuf  toises  cinq  pieds  sur  quinze  toises  de  pro- 
iondeur.  En  1 5/J7,  elle  était  déjà  unie  à  la  précédente,  et  toutes  deux  furent  englo- 
bées dans  l'hôtel  de  Gondi,  avant  iSgf). 

'''  H  esl  probable  que  Jaillol  a  commis  une  er-  néalogie  de  la  maison  de  Corbie,  donnée  par  le 

i-eiir  de  iecUu'e,  cl  que  la  notoriété'  du  chancelier  P.  Anselme,  n'indique  aucun  individu  avant  porté 

Arnaud  de  Corbie  lui  a  fait  voir  ce  nom  là  où  il  y  le  prénom  d'Arnaud ,  depuis  le  cbancelier,  qui  niou- 

avait,  en  réalité    celui  dc  Robert  Cordier.  La  gé-  rut  en  i4j3. 


RUE  DE  CONDE. 


COTE   OCCIDENTAL. 


PAROISSE   SA1^T-SULPICE. 

JLSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Jardin  (iBiy)  faisant  le  coin  de  la  rue  de  Vaugirard  et  aboutissant  rue  de  Enire 
Tournon.  11  fut  vendu  par  Robert  Thierry  à  JeanBruneau,  le  8  janvier  i5i8;  à  ^^iTu  p^ii-Lil"! 
la  fui  du  XVI*  siècle,  il  élail ,  en  partie,  remplacé  par  une  maison,  qui  appartint 
ensuite  au  maréchal  d'Ancre,  et  où  ce  dernier  plaça  ses  écuries.  Cette  maison 
ayant  été  confisquée,  le  8  juillet  1617,  fut  possédée  par  la  reine  Marie  de  Mé- 
dicis  el  vendue,  le  6  septembre  1657,  à  Armand  de  Peyre,  comte  de  Trois- 
villes,  d'où  est  venu  le  nom  dliâlel  de  Troisrilles  ou  Tréinlle,  qu'elle  a  longtemps 
porté. 

Maison  de  l'Image-Sainte-Barbe  (iBqS-i  534),  aboutissant  rue  de  Tournon.  Vers 
1695,  elle  appartenait  au  conseiller  au  Parlement  s Coustel '''.  n  II  semble  qu'elle 
dépendait  de  la  précédente,  en  1 58 1 . 

Maison  sans  désignation  en  i5a3,  dite  du  irCHEVAL-D'ERAiNfl  en  i58i,  et  abou- 
tissant rue  de  Tournon.  Elle  fut  ac([uise  par  le  roi  du  nommé  Pierre  Spine,  qui  y 
avait  fait  élever  un  billiment  propre  à  la  foute  d'une  statue  équestre ,  confiée  au 
.sculpteur  florentin  Jean  Francisque.  Les  Archives  aineuses  renferment  à  ce  sujet 
l'article  que  voici,  extrait  des  comptes  royaux  :  ^ -aS  avril  i53t.  A  Pierre  Spine, 
ffla  somme  de  3,820  livres  tournois,  que  le  Roy  lui  a  ordonné  et  ordonne  pour 
«fson  remboiii'sempnt  de  pareille  somme  qu'il  a  advancée  et  fournie  par  ordon- 
frnance  verballe  du  dit  seigneur  pour  faire  construire  le  cheval  de  fonte  que  icolluy 
ff  seigneur  a  ordonné  estre  faict  par  y^/ifl»  Francisque,  Fleurentin,  inaistre  soulp- 
rteur,  lequel  besongne  es  faulxbourg  Saint  Germain  des  Prez  lès  Paris.  C'esl 
ff  assavoir,  pour  l'achapt  d'une  maison  pour  faire  le  dit  cheval  et  loger  icelluy 
rniaistre  Jean  Francisque  et  son  train,  la  somme  de  5oo  livres  tournois,  et 
(rti2o  livres  tourn.  pour  le  bastimcnt  de  la  granche  qu'il  a  convenu  faire  pour 
rses  besongnes.  Plus,  pour  dix  milliers  de  cuyvre  fourni  au  dit  maistre  Jehan 
«  Francisque,  à  raison  de  six  vingt  cinq  livres  tournois  le  millier,  dont  il  est  de- 
ff  meure  de  reste  jusques  à  près  de  trois  à  quatre  milliers,  duquel  cuyvre  s'en 
(T pourra  faire  la  statue  qui  sera  sur  le  dit  cheval,  douze  cens  cinquante  livres.  Et 

'''  Le  catalogue  de  Blanrlinnl  ne  inenlioiine  hiée  compta  onrore  parmi  ses  conseillers  Antoine 
qu'un  Jact/ue*  Coul,  reçu  conseiller  au  l'nrienicnt  Colel,  auteur  de  poésies  légères,  ne  à  Paris  en 
de  Paris  le  1"  mars  iScj.S.  Cependant  cette  assern-         i55o  et  mort  en  lOto. 


8A  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

rtla  somme  de  i,85o  livres  tournois,  tant  pour  le  vivre  d'icelluy  Francisque  et  de 
te  son  dit  train,  que  pour  faire  la  fonte  du  dit  cheval '''.ti 

Par  lettres  patentes  délivrées  à  Tournan-en-Brie,  au  mois  de  juillet  lôSg, 
François  I"  fit  don  de  cette  maison  à  l'illustre  poëte  Clément  Marot,  pour  ses 
tr  bons,  continuelz  et  agréables  services.  ■»  La  propriété  est  énoncée  dans  les  lettres  : 

ff  une  maison,  grange  et  jardrin  (sic),  le  tout  encloz  de  murailles en  la  rue  du 

rrCloz  Bonneau;  ouquel  lieu  a  esté  fondu  ung  grant  cheval  de  cuivre  que  nous  y 
ff  avons  faict  faire  (^';  laquelle  maison  et  jardrin  a  esté,  pour  cest  effect,  cy-devant 
rr  acquise  par  nostre  commandement  de  M*^  Jehan  Bymont,  presbstre,  et  Pierre 
cr  Espine '''.  Il  La  maison  du  Cheval-d'Airain  fut  possédée,  du  temps  de  Henri  III, 
par  Guillaume  d'Elbenne,  conseiller  au  Grand  Conseil,  et,  du  temps  de  Henri  IV, 
par  Maillet,  seigneur  de  Losson. 

Maison  et  jardin  sans  désignation  (i523),  aboutissant  rue  de  Tournon.  En 
lôgS,  elle  appartenait  au  président  Barjot'*',  et,  comme  celui-ci  était  alors 
ff  absent  et  tenant  le  party  contraire,  n  les  Echevins  la  louèrent,  le  i  2  février  de 
cette  année,  à  Catherine  Rochefort,  veuve  de  Jean  Gatin,  chauffe-cire  de  la  chan- 
cellerie. La  partie  centrale  de  la  maison  s'appelait,  en  1681  et  1727,  l'hôtel  de 
Caderousse,  et  l'extrémité  contiguë,  vers  le  nord,  était  désignée  sous  le  nom 
d'hôtel  de  Valois. 

Deux  maisons  énoncées,  en  lôaS,  comme  une  seule,  et  contenant  deux  jeux  de 
paume.  La  première  paraît  avoir  été  un  jardin  en  iBgS,  et  toutes  deux  aboutis- 
saient d'abord  rue  de  Tournon.  Le  terrain  de  la  seconde  de  ces  maisons,  conte- 
nant environ  un  quartier  et  une  perche,  fut  baillé,  en  i5io,  à  Pierre  Pommier. 


'■'  Archives  curieuses ,  1"  série,  t.  III,  p.  83. 

"'  Le  texte  des  lettres  patentes,  qui  ont  été  si- 
gnalées par  M.  de  Fréville  [AthcnœumAn  19  mai 
i855),  se  trouve  dans  le  registre  des  Archives 
coté  JJ  954,  n°  3oi .  On  ignore  ce  qu'était  ce  che- 
val de  bronze  fondu  par  ordre  de  François  I",  et 
quelle  en  fut  la  destinée.  Il  paraît  que  l'artiste  qui 
l'exécuta  eut  un  collaborateur,  ou  plutôt  qu'il  était 
aussi  connu  sous  un  nom  autre  que  celui  de  Jean 
Francisque,  car  nous  avons  trouvé  dans  les  acquits 
au  comptant  une  pièce  contenant  l'article  suivant  : 
T..  .  .  .  A  François  Roustien,  sculpteur,  lequel  faict 
tle  grant  cheval  de  cuivre,  à  Paris,  pour  sa  pen- 
ffsion  de  sept  mois  entiers,  commencez  le  premier 
frjour  de  juing  mil  v'  xxxi  et  finissant  le  dernier 
"jour  de  décembre  ensuivant,  à  c  I.  tournois  par 
frmois  :  appoincté  moitié  sur  le  quartier  de  juillet 
" et  l'autre  moitié  sur  octobre ,  novembre ,  décembre 
ffprouchain  venans.  Pour  ce  vu'  l.  1  (Arch.  nat. 
J  960,  n"  17.) 


'''  L'article  du  censier  de  t5h-]  est  ainsi  conçu  : 
ffDes  ayans  cause  de  Clément  Marot,  pardonnation 
ffà  luy  faicte  par  le  Roy,  nostre  sire;  qui  estoit  ou 
itlieu  dudict  feu  Pierre  Spine;  lequel  Spine  avoit 
rresté  en  la  place  de  maistre  Pierre  Vymont ,  banc- 
(rquier,  qui  avoit  esté  ou  lieu  de  la  vefve  et  héri- 
T  tiers  feu  Hector  Hardoyn ,  en  son  vivant  tonnelier, 
ffdemourant  à  Paris,  rue  de  la  Huchelto:  pour  une 
(taultre  maison  et  jardin  assis  en  ladicte  rueNeufve, 
croîi,  puis  naguères,  le  Roy,  nostre  dict  seigneur, 
t y  feist  faire  miff  cheval  d'arain.  Contenant  ledict 
rrlieu  demy  quartier,  que  ledit  Hardoyn  acquisl 
ffdudict  maistre  Jehan  Guicbard. "  (Arch.  nat.  reg. 
LL  1  laS ,  fol.  i4o  v°.) 

'*'  Apparemment  Philibert  de  Baijol.  qui, 
comme  son  fi-ère  Claude  III  de  Baijot ,  mort  peu 
après  1679,  fut  premier  président  du  Conseil 
d'Etat.  H  se  montra  fidèle  au  parti  du  roi  pendant 
la  Ligue.  C'est  l'auteur  de  la  branche  des  Baijot 
d'Auneuil. 


>  RUE  DE  CONDE.  85 

Celui  de  la  première  paraît  avoir  été  baillé,  en  la  même  année,  au  nommé 
Baudart. 

Maison  sans  désignation  (lo^S),  qui  aboutissait  d'abord  à  une  place  vide; 
elle  est  énoncée  comme  ayant  dix-neuf  toises  deux  pieds  de  profondeur  sur  huit 
de  largeur.  En  1 53 1 ,  elle  appartenait  à  Michel  Dumayne,  «  orloger  du  Palais,  a  Le 
terrain  en  avait  été  baillé  à  Jean  Motu,  le  27  mai  i5io. 

Maison  de  l'Aventlre  (162 2)  et  de  la  Pomme-de-Pin  (1628).  Le  terrain,  con- 
tenant huit  toises  sur  seize,  en  fut  baillé,  le  10  décembre  i5io,  au  nommé 
Jacques  Canefitte. 

Jardin  (i523),  puis  maison  sans  désignation  en  iSiy,  et  des  Deux-Balles  en 
iBgB.  Elle  contenait  huit  toises  de  largeur  sur  seize  de  profondeur,  et  le  terrain 
en  fut  baillé  à  Philippe  Leroy,  le  9  décembre  i5io. 

Maison  sans  désignation  en  iBqS,  puis  du  Barillet  (i5/i3)et  du  Solëil-Banué 
(1628). 

Maison  sans  désignation  en  iSaS,  puis  du  Petit-Crucifix  (1568-1727). 

Maison  sans  désignation  en  i523,  puis  du  Petit-Ecu  {i568),  faisant  le  coin  méri- 
dional de  la  rue  du  Petit-Lion.  Avec  les  deux  maisons  précédentes,  elle  fut  élevée 
sur  une  place  vague,  qui  avait  été  baillée  à  Thomas  Vaucombert,  le  27  février  i5io 
(i5i  1),  et  qui  mesurait  dix-huit  toises  de  face  sur  les  deux  rues.  Ces  dimensions 
ne  sont  plus  les  mêmes  aujourd'hui;  mais  on  les  rétablit  en  supprimant  la  brisure 
de  l'alignement  actuel.  On  crée  alors  un  autre  alignement  qui  prolonge  en  ligne 
droite  celui  du  reste  de  la  rue;  d'où  il  semble  résulter  que  la  brisure  ne  remonte 
point  à  i5i  t.  Cependant,  lorsque,  le  3i  décembre  i5i5,  Vaucombert  retrancha 
de  sa  propriété,  au  profit  des  brodeurs  chasubliers  J.  Jouaii  et  Cardin,  le  jardin  où 
ceux-ci  bâtirent  les  deux  maisons  du  Petit-Crucifix  et  du  Petit-Ecu,  ce  jardin  avait 
quinze  toises  de  profondeur;  ce  qui  prouve  qu'à  cette  époque  l'alignement  était 
le  même  que  de  nos  jours. 

Jardin  (t532)  formant  le  coin  septentrional  de  la  rue  du  Petit-Lion,  et  faisant      Rmreie. 
hache  derrière  la  maison  suivante,  de  façon  à  aboutir  sur  la  rue  des  Quatre-Vents.        petiiUon 
En  1  595,  au  lieu  de  ce  jardin,  existaient  deux  maisons  avec  un  jeu  de  paume  établi  «"i «i"»  Q'^a'^-^""''- 
déjà  en  1567,  époque  où  l'on  ne  voyait  là  qu'une  seule  maison,  récemment  bâtie 
et  ayant  pour  enseigne  le  Tarlre^^>  du  Monl-Vallénjen. 

Jardin  (i523),  puis  maison  faisant. le  coin  méridional  delà  rue  des  Quatre-Vents, 
sans  désignation  en  i532,  et  nommée  des  Trois-Couronnes  en  lôgB.  Le  terrain 
de  cette  maison  et  de  la  précédente,  contenant  environ  un  demi-quartier,  fut 
baillé,  comme  place  vide,  le  26  août  i5oi,  à  Durand  Parques. 

'''  Le  Tartre,  pour  le  lerlre,  ou  la  bulle.  Dans  un  tilre  de  i6'i4,  il  esl  questiou  du  rseulier  du  tartre 
"an  mont  Valérien.»- 


s  rues 


86  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

Entre  les  rues  Jardin  (iSaS),  piiis  MAISON  et  galerie  (i53i)  faisant  le  coin  septentrional  de  la 

des  Quatre-Veiils  i         /->  t-       .        t  •  •<    i'  i  n  •       i      -ii  / 

et  rue  des  Quatre-Vents.  La  maison  occupait  i  emplacement  d  un  terrain  baille  au 

•les Bmui.eiies.     jjjjj.j,jj.g  jggjj  Petit,  le  92  Hoût  iSog,  et  dépendait  d'abord  delà  propriété  taisant 

le  coin  de  la  rue  des  Boucheries.  En  iBgS,  on  y  voyait  un  jeu  de  paume.  Après 

avoir  été    saccagée   pendant  le  siège  de  Paris,  la  maison  fut  rebâtie,  avec  les 

maisons  suivantes,  par  le  bailli  de  Saint-Germain. 

Maison  sans  désignation  (iBgr)). 

Maison  sans  désignation  en  iSgô,  puis  de  I'Image-Saint-Claude  (1628-1687). 

Maison  sans  désignation  en  1  BgB,  puis  de  l'Arbre-de-Vïe  (1628),  contiguë  à  la 
maison  faisant  le  coin  de  la  rue  des  Boucheries.  Ainsi  que  les  deux  maisons  pré- 
cédentes, elle  faisait  anciennement  partie  de  cette  dernière  propriété. 


RUE   SAINT-DOMINIQUE. 

La  voie  qu'on  appelle  aujourd'hui  rue  Saint-Dominique  commençait  jadis,  ainsi 
qu'aujourd'hui,  à  la  rue  des  Saints-Pères.  Comme  rue,  elle  finissait  à  la  porte  de  la 
Tranchée;  mais,  comme  chemin,  elle  se  prolongeait  au  delà  du  fief  de  l'abbaye, 
en  passant  derrière  la  ferme  de  Grenelle,  point  011  elle  est  devenue  la  rue  Desaix. 

Les  Dominicains  de  la  rue  Saint-Jacques  ayant  donné  le  nom  du  fondateur  de 
leur  ordre  à  une  rue  qu'ils  avaient  ouverte  à  travers  leur  clos,  les  religieux  ré- 
formés du  même  ordre,  établis  au  faubourg  Saint-Germain,  voulurent  appliquer 
la  même  dénomination  à  la  rue  qu'ils  habitaient.  Ils  sollicitèrent  donc  et  obtinrent', 
en  1663,  la  permission  de  placer  à  ses  extrémités  des  tablettes  de  marbre,  avec 
cette  inscription  :  rue  Saint-Dominique,  jadis  des  Vaches.  Jaillot  cite  le  fait  pour 
prouver  que  le  chemin  des  Vaches  doit  toujours  s'entendre  de  la  rue  Saint-Do- 
minique. Mais,  si  cette  assertion  est  vraie  dans  un  grand  nombre  de  cas,  elle  est 
fausse  dans  une  foule  d'autres,  et  donne  lieu  à  une  série  de  méprises.  La  vérité 
peut  se  résumer  en  quelques  mots.  Depuis  le  milieu  du  xiv*"  siècle,  époque  où  la 
rue  Saint-Dominique  commence  à  être  mentionnée,  jusqu'au  commencement  du 
xvi',  elle  est  dite  crvoye  des  Vachesn  (i35i),  ou  rr chemin  aux  Vachesn  (i355). 
Dans  la  première  moitié  du  xvi*  siècle,  plusieurs  appellations  difl'érenles  ont  été 
d'un  usage  habituel,  concurremment  avec  celle  de  rt chemin  aux  Vaches,  ■«  laquelle 
était  quelquefois  accompagnée  des  mots  cr allant  à  l'Isle'n  (i5i2),  ou  rtendant  à 
ftl'isle  Macquerellen  (15^7).  Enfin,  depuis  le  milieu  du  xvi*  siècle  jusqu'au  mi- 
lieu du  xvii'',  le  nom  de  rue  des  Vaches,  ou  chemin  des  Vaches,  suivant  la  partie  dont 
il  était  question ,  a  de  nouveau  et  presque  exclusivement  été  employé. 

Les  dénominations  diverses  que  fournissent  souvent  les  documents  de  la  pre- 
mière moitié  du  xvi''  siècle  sont  les  suivants  :  frchemyn  du  cymetière  SainctPèrer 


>  RLE  SAINT-DOMINIQUE.  87 

()5o2);  ccliemin  allant  de  SainctPère  àGrenellefl  (i5â3,  i53o,  etc.),  ettrclie- 
(rmin  qui  tend  de  Sainct  Père  à  l'Orme  de  GrenellesT»  (lôaS,  1 587,  etc.)  (la  rue 
Saint-Dominique  conduisait  directement  de  la  chapelle  Saint-Père  à  la  ferme  de 
Grenelle  et  à  un  orme  des  environs);  tr  chemin  tendant  au  port  de  Grenelle "^ 
(i53o);  ffchemyn  par  où  l'on  va  dudict  Sainct  Germain  au  port  de  Grenelle •" 
(1526);  pcliemin  allant  du  Moulin  à  vent  au  Portu  (i53i);  irchemin  du  Portu 
(i53o,  1539),  et  (t  chemin  du  Moulin  à  venti»  (1  523).  De  la  rue  Saint-Dominique 
se  détachait  un  embranchement  qui  se  dirigeait  sur  le  port  de  Grenelle,  et  com- 
muniquait avec  la  voie  du  bord  de  l'eau,  par  un  petit  chemin  appelé  aussi  des 
Vaches  (rue  Saint-Jean,  au  Gros-Caillou).  Nous  ne  savons  si  c'est  ce  dernier  che- 
min, ou  la  rue  Saint-Dominique,  qu'il  faut  voir  dans  le  ?  petit  chemyn  du  Port-^ 
de  l'arpentage  de  1529;  «chemin  tendant  de  la  Voiriez  ou  «allant  de  Sainct  Père 
(rà  la  Petite  Seyne-n  (i523,  1629,  etc.). 

La  rue  Saint-Dominique  longeait  le  territoire  de  la  Petite-Seine  (vers  l'empla- 
cement de  l'esplanade  des  Invalides).  Dans  cette  région,  elle  est  fréquemment 
dénommée,  dès  i355,  «la  longue  Raye,'i  appellation  qui  s'est  conservée  jusqu'au 
règne  de  Louis  XV.  La  même  partie  paraît  avoir  été  désignée  sous  le  nom  de 
chemin  Herbu,  puisque,  dans  un  registi-e  de  i523,  il  est  dit  que  trois  quartiei"S 
de  terre  aboutissant,  d'une  extrémité,  sur  la  Petite-Seine,  touchaient,  de  l'autre, 
au  «chemin  Herbu.  1  Nous  avons  vu,  en  outre,  la  rue  Saint-Dominique  appelée 
«le  chemin  de  l'Oserayet  (1597),  à  cause  de  sa  proximité  du  canton  de  l'Oseraye; 
«le  vieil  chemyn  des  Vignesit  (i53o),  et  le  chemin  des  Treilles,  dans  une  multitude 
de  titres  (i/i32,  i523,  loga,  etc.).  Du  reste,  on  ne  la  désignait  ainsi  qu'à  partir 
de  600  à  800  mètres  de  la  rue  des  Saints-Pères,  dans  la  région  où  elle  se  rap- 
prochait dn  climat  des  Treilles,  voisin  lni-m«^me  de  celui  de  la  Petite-Seine. 

Jaillot,  dont  la  science  et  l'esprit  de  critique  sont  des  plus  estimables,  mais 
qui  n'a  pas  toujours  été  bien  servi  par  les  documents  auxquels  il  a  eu  recours, 
affirme  que  le  chemin  des  Treilles  est  la  même  voie  que  la  rue  de  l'Université; 
c'est  une  assertion  que  nous  croyons  erronée,  et  cela  pour  les  motifs  suivants  : 

1°  Si  le  chemin  des  Treilles  était  celui  qui  est  devenu  plus  tard  la  rue  de 
l'Université,  il  aurait  dépendu  de  la  censive  de  l'Université,  et  il  ne  serait  point  si 
fréquemment  mentionné  dans  les  archives  de  l'abbaye,  où  il  en  est  toujours  ques- 
tion à  propos  de  terres  en  culture.  Or  le  Pré-aux-(]lercs  n'était  point  cultivé;  il 
était  même  séparé,  par  uu  fossé,  des  champs  environnants. 

2°  Dans  le  deuxième  triage  de  l'arpentage  de  1329,  lequel  triage  est  compris 
entre  le  Pré-aux-Clercs  et  la  rue  Saint-Dominique,  et  dans  le  troisième  triage, 
compris  entre  les  rues  Sainl-Domini(jiie  et  de  Grenelle,  il  est  très-souvent  question 
du  chemin  des  Treilles.  Ce  chemin  doit  donc  être  commun  aux  deux  triages;  or 
la  rueSaint-Domiiii(|ue,  qui  les  sépare,  satisfait  seule  à  cette  condition. 


88  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

3°  Dans  le  troisième  triage  abondent  les  indications  de  terrain  aboutissant , 
d'une  extrémité,  au  chemin  des  Treilles,  et,  de  l'autre,  au  chemin  des  Vaches.  Mais 
puisque,  comme  nous  l'établissons  ailleurs  (voir  à  l'article  de  la  rue  de  Grenelle), 
le  chemin  des  Vaches  de  l'arpentage  de  1699  n'est  autre  que  la  rue  de  Gre- 
nelle, puisque  le  chemin  des  Treilles  ne  peut  être  situé  au  midi  de  cette  dernière 
rue,  il  faut,  de  toute  nécessité,  que  ce  soit  la  voie  la  plus  rapprochée  vers  le  nord, 
c'est-à-dire  la  rue  Saint-Dominique. 

h"  Enfin,  puisque  le  chemin  de  la  Petite-Seine,  comme  nous  l'établirons  éga- 
lement plus  loin,  se  confond  avec  l'extrémité  occidentale  de  la  rue  de  l'Université, 
les  nombreux  documents,  où.  il  est  parlé  de  terres  aboutissant  simultanément  au 
chemin  de  la  Petite-Seine  et  au  chemin  des  Treilles,  ne  peuvent  désigner,  par 
cette  dernière  dénomination,  que  la  rue  Saint-Dominique. 

Le  fait,  au  surplus,  est  rendu  très-vraisemblable  par  de  nombreux  documents, 
et,  entre  autres,  par  ce  passage  dun  acte  de  iSay,  où  on  lit  :  fr Demi-arpent. . . 
«au  lieu  dict  les  Treilles...  aboutissant  d'un  bout  au  chemin  des  Treilles,  et 
tr  d'autre  à  l'isle  Macquerelle.  -n  On  sait  que  la  rue  de  l'Université  se  terminait 
à  la  pointe  de  l'île  aux  Cygnes,  avant  la  réunion  de  cette  île  à  la  terre  ferme. 
Un  autre  passage,  extrait  d'une  transaction  du  9  juin  1627,  n'est  pas  moins  pro- 
bant :  un  quartier  de  terre,  qui  a  été  compris  dans  le  couvent  des  Filles  de  Saint- 
Joseph,  y  est  déclaré  aboutir,  «d'un  bout  au  Pré  aux  Clerz,  d'autre  au  chemin  des 
«  Treilles  ou  des  Vaches,  n  Citons  en  dernier  lieu  un  article  du  censier  de  1687,  qui 
mentionne  (tun  arpent...  au  terroir  de  Verbisson,  lieu  dit  le  Gros  Caillou...  abou- 
tr  tissant  par  bas  au  chemin  vulgairement  appelé  autrefois  le  chemin  des  Charbon- 
Kiiiers  et  à  présent  le  chemin  des  Treilles,  venant  à  la  rue  Saint-Dominique,  v  Nous  ne 
connaissons  que  cet  exemple  du  nom  de  cr  chemin  des  Charbonniers •«  appliqué 
au  chemin  des  Treilles,  avec  cette  circonstance  qu'il  vient  à  la  rue  Saint-Domi- 
nique, Dans  notre  pensée,  il  en  était  la  continuation. 

CÔTÉ  MÉRIDIONAL. 


PAROISSE   SAIM-SULPIGE. 

JUSTICE 

ET  CEKSIVE  DE  L'ABBAYE  SAIM-GEBMA1.\. 


Entre  lesrucs  Maison  sans  désignatiou  et  avec  jardin  (1695),  contiguë  à  la  propriété  faisant 


des 


Saints-Pèies  le  coin  de  la  rue  des  Saints-Pères.  Elle  appartenait,  en  1628,  à  D"^  Renée  de 
Marnay,  veuve  de  François  Bayot,  et,  le  i4  avril  i643,  elle  fut  adjugée  sur 
Pierre  Rayot  au  marquis  de  Plessis-Châtillon.  Marie  Dauvet  l'ayant  vendue,  le 


N  RUE  SAINT-DOMINIQUE.  89 

•26  janvier  1660,  à  M'^  François  de  Matignon,  la  maison  prit  ie  nom  à'hôtel  de 
Matignon '•^\ 

Maison  sans  désignation  (iBgB),  faisant  le  coin  oriental  de  la  rue  des  Rosiers 
ou  Saint-Guillaume.  En  1687,  elle  dépendait  de  l'hôtel  de  Matignon,  dans  lequel 
elle  a  été  englobée. 

Masi're  (1  5q5)  faisantle  coin  occidental  de  la  rue  Saint-Guillaume.  Au  commen-     Entre  les  mes 

,  .      ,  .,  .       ,  .  ...  1    •        1-  Saint-Guillaume 

cernent  du  xvii*  siècle,  il  y  avait  là  une  maison,  avec  tuilerie  et  grand  jardin,       et  du  Bac 
appartenant  au  nommé  Nicolas  HuUol.  Cette  propriété,  qui  contenait  environ  six 
quartiers,  fut  divisée  ensuite  en  quatre  maisons,  puis  en  cinq. 

Vers  1695,  la  maison  du  coin  occidental  de  la  rue  Saint-Guillaume  était  la 
dernière  construction  que  renfermât  de  ce  côté  la  rue  des  Vaches,  ou  Saint-Domi- 
nique; mais,  en  1628,  la  voie  était  bâtie  jusque  par  delà  la  rue  du  Bac.  Entre 
cette  rue  et  la  rue  Saint-Guillaume,  on  comptait  trois  maisons:  celle  que  nous 
venons  de  mentionner,  celle  du  coin  de  la  rue  du  Bac  et  une  troisième,  intermé- 
diaire et  fort  vaste,  possédée  par  les  héritiers  Hullot.  Cette  dernière  en  a  formé 
huit  autres,  dont  la  première  est  devenue  l'hôtel  de  Maineville,  depuis  d'Asfeld,  et 
la  cinquième  riiélelde  Clievrevse,  depuis  rfe  Luynes,  dans  lequel  la  quatrième  et  la 
sixième  maison  paraissent  avoir  été  absorbées. 

CÔTÉ  SEPTENTRIONAL. 


PAROISSE   SAINT-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE   L'ABBAYE   SAI>'T-(;ERMAI>. 

Le  censier  de  1  ôgB  ne  mentionne  aucune  maison  du  côté  septentrional  de  la  Entre 

rue  Saint-Dominique;  mais  il  indique  simplement  que  le  coin  de  cette  rue  et  de  etdeVs!inis"p*re.. 
celle  de  Saint-Père  était  formé  par  la  maison  de  Georges  Régnier,  laquelle  abou- 
tissait à  la  propriété  de  Denis  Allain.  Or  nous  ne  savons  quelle  était,  sur  la  rue 
Saint-Dominique,  la  limite  de  la  maison  de  Georges  Régnier,  qui  avait  probable- 
ment une  certaine  profondeur,  car  elle  contenait  un  grand  jardin.  Quant  à  la  pro- 
priété de  Denis  Allain,  vendue  par  Régnier  le  3o  novembre  1  GaS ,  elle  a  fait  partie 
de  ce  vaste  clos,  renfermant  une  maison  et  un  jardin,  que  les  nommés  Jacques 
Lefebvre  et  Pierre  Piscard  vendirent,  le  5  juin  i63q,  aux  Jacobins,  et  oii  ceux-ci 
établirent  le  noviciat  de  leur  ordre.  Il  est  donc  probable  que  la  maison  de  Régnier 
se  prolongeait  jusqu'au  mur  de  ce  même  noviciat,  et  ce  mur  paraît  correspondre 
au  lieu  où  s'élevait  la  porte  de  la  Tranchée. 

"'  Piganiol  s'est  donc  trompe  en  disant  que  rhôtet  avait  é[é  bâti  par  Charles  de  Matignon ,  mort  en  1 6^8. 

■II.  |S 


90  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

Si,  à  la  fin  du  xyi*"  siècle,  la  maison  de  Régnier  demeurait  la  seule  qui  existât 
du  côté  septentrional  de  la  rue  Saint-Dominique,  il  en  était  autrement  cinquante 
ans  plus  tôt.  On  voit  effectivement  que ,  en  i55i,le  tr  heurt  n  bornant  le  Pré-aux- 
Clercs  atteignait  ttà  l'alignement  et  au  coing  de  partie  de  la  maison  de  Jehan  de 
cfLicieux,  dict  le  Pavanier,  •»  laquelle  ne  pouvait  ainsi  se  trouver  que  du  côté 
septentrional  de  la  rue  Saint-Dominique,  et  était  effectivement  attenante  aux  7*, 
8%  9^  et  10*  bornes  du  Pré-aux-Clercs,  situées  au  delà  de  la  rue  du  Bac,  là  où  a 
été  bâti  depuis  l'hôtel  Mole.  Cependant  on  lit,  dans  le  censier  de  16/17  et  dans 
l'inventaire,  que  la  propriété  de  «noble  homme  Jehan  de  Lisieulx,  aultrement 
tfdict  le  Pavanier,  varlet  de  chambre  du  Roy''', n  qui  contenait  deux  arpents  et 
demi,  et  où  il  avait  bâti  une  maison  manable,  était  comprise  entre  le  chemin  de 
Grenelle  et  le  chemin  aux  Vaches,  ou  rue  Saint-Dominique.  11  faut  donc  que  l'une 
des  deux  indications  soit  fausse,  ou  que  Jean  de  Lisieux  ait  eu  une  maison  de 
chaque  côté  de  la  rue,  ce  qui  est  peu  probable.  Quoi  qu'il  en  soit,  la  maison  du 
Pavanier,  appartenant  alors  à  Michel  Gaillard,  seigneur  de  Longjuraeau,  avait 
été,  au  mois  d'avril  1  56i,  le  théâtre  d'un  combat  entre  quelques  huguenots  et  la 
populace  ameutée  par  des  écoliers.  Elle  fut  démolie  peu  de  temps  après  et  n'exis- 
tait plus  en  1579.  Le  terrain  en  avait  été  baillé  à  bâtir  à  Jean  de  Lisieux,  le 
28  mai  i5/i5. 


RLE   DU   DRAGON. 

La  rue  du  Dragon  commence  à  la  rue  Taranne  et  finit  au  carrefour  de  la  Croix- 
Rouge,  au  droit  de  la  rue  de  Grenelle;  mais,  anciennement,  on  la  considérait 
souvent  comme  se  prolongeant  jusqu'à  la  rue  de  Sèvres.  Ce  prolongement,  c'est- 
à-dire  la  partie  comprise  entre  la  rue  de  Sèvres  et  la  rue  de  Grenelle,  était  aussi 
regardé  comme  dépendant  de  la  rue  du  Four. 

La  rue  du  Dragon  ne  porte  ce  nom  que  depuis  1806;  elle  s'appelait  aupara- 
vant rue  du  Sépulcre,  à  cause  d'une  propriété  qu'y  possédaient  les  chanoines  du 
Saint-Sépulcre,  de  la  rue  Saint-Denis.  Nous  trouvons  la  rue  du  Dragon  énoncée 
«rue  allant  du  BouUouer  (carrefour  de  la  Croix-Rouge)  au  dict  Sépulcre, 75 
crchemyn  du  Sépulcre n  et  «rue  du  Sépulcre, ti  en  la  même  année  iBaS,  puis, 
dans  un  titre  de  liAi,  a  rue  allant  à  l'hostel  du  Sépulchre.  a  Bien  qu'elle  date 
évidemment  d'une  époque  relativement  ancienne,  nous  ne  saurions  citer  aucun 
document  antérieur  où  elle  soit  certainement  indiquée.  Toutefois  il  existe  une 
charte  de  iSgS,  où  l'on  parle  d'une  maison  située  dans  la  grande  rue  du  Four 

'■'  Jean  de  Lisieux  était  aussi  rr gentilhomme ji  du  cardinal  de  Toumon,  alors  abbé  de  Saint-Gerinain- 
des-Prés. 


N  RUE  DU  DRAGON.  91 

et  faisant  le  coin  d'une  voie  dite  a  la  rue  par  où  on  va  à  l'église  Saint-Père,  r?  Cette 
dernière  rue  est  très-probablement  la  même  que  celle  du  Dragon,  qu'un  ensaisi- 
nement  de  «5-26  énonce  la  t-ue  du  Four,  apparemment  par  erreur. 

CÔTÉ   ORIENTAL. 


PAROISSE   SAINT-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CE.NSIVE  DE  L'ABBAYE  SAINT-GERMAIN. 

Grande  maison  des  Trois-Rois  (  i  BgS) ,  faisant  le  coin  de  la  Grande  rueTaranne  Enin- 

et  s'étendant  jusqu'à  la  Petite.  C'était  un  des  deux  lots  qui  résultèrent  du  inorcel-      «t  du  saimt. 
lement  de  l'ancien  hôtel  de  Taranne.  En  lagB,  elle  appartenait  à  l'écuyer  Jean- 
Baptiste  Vesle;  il  l'avait  fait  alors  nouvellement  rebâtir  et  la  tenait  du  nommé 
Jacques  Miut,  lequel  l'avait  acquise  de  Robert  Fallentin. 

Maison  énoncée  «d'ancienneté  le  cloz  Copieuse,  aultrement  dict  l'Herinitaige "-  isntie 

(i5a3),  faisant  le  coin  méridional  de  la  rue  du  Sabol.  Cette  propriété  est  éga-  '  eiduPour. 
lement  dite  s'être  appelée  tr anciennement. ..  l'hostel  de  Guyon  Pernée.ii  aHaa 
Journée  (i53i).  Elle  contenait  un  demi -arpent,  s'étendait  le  long  de  la  rue  du 
Sabot,  et  n'a  été  morcelée  qu'au  wii^  siècle;  mais  il  y  avait  déjà  là  deux  maisons 
en  i5io.  Le  censier  de  i365  mentionne  un  certain  «Copiose,^!  qui  doit  être 
un  membre  de  la  famille  dont  le  clos  avait  pris  le  nom.  Quant  à  Guyon  Journée, 
c'était  un  marchand  épicier. 

Decx  maisons  sans  désignation  (iBgS),  provenant  d'un  morcellement  de  la 
suivante. 

Maison  dont  la  principale  entrée  était  dans  la  rue  du  Four,  et  qui  tenait  à  la  mai- 
son faisant  le  coin  de  celte  rue.  Les  deux  constructions  n'en  constituaient  qu'une 
dans  la  première  moitié  du  xvi*  siècle.  (Voir  Rue  du  Four.) 

CÔTÉ   OCCIDENTAL. 


PAROISSE   SAINT-SLLPIGE. 
JUSTICE 
ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE  SAINT-GERMAIN. 

Maisoii  sans  désignation  (iBaS).  faisant  le  coin  septentrional  de  la   rue  de    h» rae» ie sè*n^ 


92  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

et  de  Grenelle     Sèvrcs.  En  iBsS  sa  superficic  était  d'un  demi-quartier,  et  il  en  dépendait  un  jar- 

(  carrefour  ,.  „ 

de  ta  croii-Roiige).   oin  reulermant  un  quartier. 

Granges  aux  malades  de  NAPLES,  faisant  un  second  coin  de  la  rue  de  Sèvres. 
Par  une  ordonnance  du  6  mars  l'igy,  où  il  est  dit  que  la  syphilis  avait  eu  rrpuis 
ffdeux  ans  en  çà...  grande  force  en  ce  royaulme,  tant  en  ceste  ville  de  Paris  que 
cf  en  d'autres  lieux,  11  le  Parlement  ordonna  que  les  individus  atteints  de  cette  ma- 
ladie, dont  on  s'exagérait  beaucoup  le  caractère  contagieux,  devraient,  sous  peine 
de  la  hart,  se  retirer  à  Saint-Germain-des-Prés,  «pour  estre  et  demourer  es 
(f  maisons  et  lieux  qui  leuru  seraient  a  baillez  et  délivrez  t)  par  des  commissaires 
nommés  à  cette  fin'".  On  avait,  en  eifel,  disposé  une  sorte  d'hôpital  provisoire, 
destiné  à  recevoir  les  malades  du  mal  de  Naples,  comme  on  disait,  et  moins  de 
trois  mois  après  plusieurs  guérisons  y  furent  obtenues,  à  ce  qu'affirma  l'évêquede 
Paris,  dans  une  visite  qu'il  fit  au  Parlement,  le  28  mai.  La  propriété  où  était  situé 
l'hôpital  avait  jadis  appartenu  à  Lorin  Gauldry,  et  Jean  Pasquier,  capitaine  des 
archers  de  la  Ville,  la  prit,  dit-on,  à  bail  de  l'abbaye,  pour  le  compte  du  Prévôt 
des  Marchands  et  des  Echevins.  Il  est  très-certain  que  cet  emplacement  avait  appar- 
tenu à  Jean  Pasquier;  mais,  suivant  les  cartulaires  dé  l'abbaye,  le  bail  de  1697. 
ayant  pour  objet  une  vieille  grange  et  une  maison  avec  cellier  et  bouge,  aurait 
été  fait  à  Jean  Ferry,  voiturier. 

Quoi  qu'il  en  soit,  en  i523,  il  se  trouvait  là  «deux  granches,fl  en  d'autres 
termes,  deux  salles  couvertes,  puis  une  petite  cour  et  une  masure;  le  tout  occupait 
une  surface  de  trois  quartiers,  dont  il  n'est  point  possible  de  retracer  les  limites. 
Jean  Pasquier  tenait  le  terrain  des  granges  à  titre  précaire;  en  162 8,  son  fils 
Antoine  Pasquier  le  reçut  à  rente  perpétuelle  et  y  bâtit  probablement  la  maison 
qui  remplaça  l'hôpital,  sans  en  occuper  tout  l'emplacement.  Elle  a  eu  pour  en- 
seigne la  Croix-Rouge  (1595-1628),  et,  en  1628,  elle  était  divisée  en  plusieurs 
corps  d'hôtel,  dont  le  dernier  s'appelait  la  maison  de  Notre-Daine- de-Grâce. 

Maison  sans  désignation,  qui  faisait  le  coin  méridional  de  la  rue  de  Grenelle, 
etoi!i,  en  i523,  étaient  construites  trois  «  loges,  r  Jean  Louvet,  propriétaire  dès 
1 523 ,  y  avait  arboré  pour  enseigne  tr  ung  petit  crucifix  et  aultres  petites  ymaiges 
ff  que  feist  icelluy. ..  Jehan  Louvet,  qui  les  y  meist,T)  et  il  avait  agrandi  la  maison, 
en  1529,  d'une  place  large  de  six  pieds  par  devant,  de  onze  pieds  par  derrière,  et 
profonde  de  neuf  toises,  laquelle  formait  l'encoignure.  Vers  lôgô,  la  propriété 
n'était  plus  qu'une  vieille  masure. 

Enire  Maison  sans  désignatiou  (i543),  faisant  le  coin  septentrional  de  la  rue  de 

les  mes  de  Grenelle-    „  ,,  ,  .  iri-r»<  ri  o     a        ■|^       i      ■      ^•    •    r  i 

et  Taranne.      Grenelle  ct  aboutissaut  rue  des  oamts-Peres.  En  1028,  eue  était  divisée  en  deux 


(') 


Arch.  nat.  reg.  X  i5o3,  fol.  7^1  r".  La  pièce  a  été  publiée  par  Félibien. 


N  RUE  DU  DRAGON.  93 

dans  le  sens  de  sa  profondeur.  Un  peu  plus  lard,  elle  a  été  morcelée  en  cinq  et 
même  six  parcelles.  Elle  avait  été  construite  sur  un  lot  de  quinze  perches  et  demie 
de  terre,  tr baillé  à  bâtini  à  Jean  de  Morvillet,  le  19  avril  i535. 

Maison  sans  désignation  (i543),  aboutissant  rue  des  Saints-Pères.  Elle  lut 
construite  sur  un  lot  de  quinze  perches  et  demie  de  terre,  baillé,  le  19  avril 
i535,  à  Philippot  Rebac,  bourrelier.  Cette  maison  et  les  deux  suivantes  étaient 
à  l'état  de  masure  vers  la  fin  du  xvi"  siècle. 

Maison  sans  désignation  (i543),  aboutissant  rue  des  Saints-Pères,  et  cons- 
truite sur  un  quartier  de  terre  baillé  à  Jean  Verdureau.  le  19  avril  i535. 

Maison  sans  désignation  (i543),  bâtie  sur  une  place  d'environ  quatre  toises 
de  largeur  sur  seize  de  profondeur,  laquelle  faisait  partie  d'un  demi-quartier  de 
terre  baillé  à  Jamet  Prévôt,  le  19  avril  i535. 

Maison  sans  désignation  (i563),  bâtie  sur  une  place  d'environ  trente  toises  de 
largeur,  retranchée  du  lot  de  Jamet  Prévôt,  et  cédée  par  lui  à  Pierre  Puissant,  le 
16  février  i536. 

Maison  sans  désignation  (i  563),  élevée  sur  un  demi-quartier  de  terre  baillé  à 
Jean  Feauveau,  le  19  avril  i535.  A  la  fin  du  xvi*  siècle,  réunie  à  la  suivante,  elle 
avait  pour  enseigne  le  Heaume  (1  595-1628).  Sur  le  même  emplacement  ont  été 
construites  depuis  trois  maisons. 

Maison  sans  désignation  (i563) ,  bâtie  sur  un  demi-quartier  baillé  à  Girart  du 
Cerf,  le  19  avril  1 535.  L'emplacement  de  cette  maison,  de  celle  qui  est  derrière 
et  de  tout  le  reste  de  l'îlot,  jusqu'à  la  rue  de  Grenelle,  était  occupé,  en  1529, 
par  une  pièce  de  terre  de  cinq  quartiers  appartenant  à  Jean  Petit,  libraire-juré 
de  l'Université. 

Clos  dépendant  de  l'hôtel  du  Sépulcre,  y  attenant  (i523)  et  aboutissant  rue 
des  Saints-Pères.  Ce  clos  contenait  cinq  quartiers  de  terre  et  n'a  été  couvert  de 
maisons  qu'au  temps  del^ouis  XIII. 

HÔTEL  DU  SÉPULCRE,  dit  aussi  LE  VlEIL-SÉPULCRE  (i5/l8)  et  LE  PeTIT- 
SEPULCRE,contigu  à  la  maison  faisant  le  coin  de  la  rue  Taranne.  Cette  propriété, 
qui  renfermait  une  maison  d'habitation,  une  grange,  un  jardin  et  des  étables, 
lut  acquise,  en  1396,  par  Pierre  Boullard,  et,  au  commencement  du  siècle  sui- 
vant, léguée  par  lui,  pour  fondation  de  messe,  à  l'hôpital  du  Saint-Sépulcre  de  la 
rue  Saint-Denis.  Une  rente  de  8  livres  parisis,  dont  elle  était  chargée  envers 
l'hôpital  '",  étant  venue  à  péricliter,  les  maîtres  du  Saint-Sépulcre  réclamèrent  la 
mise  aux  enchères  de  la  maison,  laquelle  leur  fut  adjugée  par  sentence  du  a 8  mai 
1626,  et  de  là  est  venu  le  nom  (ïh/kel  du  Sépulcre,  qu'on  lui  donnait.  Baillée  à 
vie,  le  6  mai  1660,  au  nommé  Bonvarlet,  et,  le  i5  septembre  1668,  à  Henri 

''  P.  Boullard  n'avait  probablement  fait  que  l^er  la  rente,  et  non  la  maison. 


9à  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

Lemaître,  elle  fut  baillée  de  nouveau,  et  pour  quatre-vingt-dix-neuf  ans,  le  i  4  jan- 
vier 1^77,  au  tuilier  Robert  Montrouge.  En  167/1,  le  fils  de  ce  dernier,  nommé 
Guillaume,  fut  condamné  à  en  déguerpir  à  l'expiration  du  bail,  c'est-à-dire  en 
1576;  mais  Ravaud,  fils  de  Guillaume,  obtint,  le  1 1  octobre  1677,  qu'elle  lui 
fût  cédée  moyennant  une  rente  de  200  livres.  Elle  appartenait  encore  à  la  famille 
Montrouge  en  1668,  année  en  laquelle  les  dernières  cinquante  livres  de  la  rente 
stipulée  en  1677  furent  rachetées  au  chapitre  du  Saint-Sépulcre.  Suivant  un  car- 
tulaire  de  Saint-Germain-des-Prés,  la  maison  du  Sépulcre  était  la  même  que  celle 
sur  laquelle,  l'an  1267,  Jean,  dit  Rane,  et  sa  femme  Théophanie,  vendirent  à 
l'abbaye  une  rente  de  Uo  sous  parisis.  La  maison  de  Jean  Rane  est  énoncée,  dans 
la  charte  originale,  m  vico  per  quem  itur  ab  abbalia  apud  Sanctum  Petrum,  ce  qui 
doit  s'entendre  de  la  rue  Taranne  actuelle,  et  elle  est  dite  tenir  d'une  part  à  la 
maison  de  Gillebert,  dit  Rane,  et  d'autre  part  à  la  maison  du  curé  de  Saint- 
Sulpice. 


RUE   DE   L'ECHAUDE. 

La  rue  de  l'Echaudé  commence  à  la  rue  de  Seine  et  finit  à  la  place  Sainte- 
Marguerite.  De  ce  dernier  côté,  la  construction  du  bâtiment  d'une  boucherie  a 
transformé  la  partie  méridionale  de  la  rue  en  une  impasse,  qui  a  été  nommée 
cul-de-sac  du  Guichet,  et  qui  a  subsisté  depuis  le  milieu  du  xvu"  siècle  jusqu'au 
commencement  de  celui-ci,  époque  oiî  on  lui  a  rendu  un  débouché. 

Ainsi  que  nous  avons  déjà  eu  l'occasion  de  le  dire,  les  échaudés  en  pâtisserie 
affectaient  autrefois  la  forme  triangulaire,  d'oii  est  venu  l'habitude  d'appeler 
échaudés  les  terrains  présentant  une  configuration  analogue.  La  disposition  de 
l'îlot  compris  entre  les  rues  du  Colombier,  de  Seine  et  celle  qui  fait  l'objet  de  cet 
article,  lui  valut,  peu  de  temps  après  sa  création,  le  nom  trde  rEschaudé,n qu'on 
appliqua  ensuite  à  la  rue  qui  remplaça  le  chemin  longeant  le  fossé  oriental  de 
l'abbaye  et  conduisant,  de  la  principale  porte  du  monastère,  au  Pré-aux-Clercs 
et  à  la  Seine.  Cette  voie  a  été  énoncée  successivement:  «chemin  qui  joint  aux 
fffossez  de  ladite  église  (de  l'Abbaye),  par  où  l'on  va  de  la  porte  d'icelle  église  vers 
rr ledit  Pré  aux  Clersn  (i388);  (truelle  par  où  l'on  va  du  Pilory  à  la  rivière  de 
et  Seine  T)  (1612);  tr  sentier  des  fossez  dudit  Saint  Germain  n  (i4i4);  «grant 
ttrue  allant  pardessus  les  fossez  à  la  rivière  de  Seine  n  (i5/n);  tr  petite  rue  allant 
et  sur  les  fossez  de  l'Abbaye. . .  et  au  Pré  aux  Clersn  (  iBgS);  ttrue  du  Guichet*'', 
(tqui  conduit  du  vieux  portail  et  du  pont-levis  de  ladite  abbaye,  le  long  des  fos- 


'"'  Le  guichet  en  question  était  la  vieille  porle  de  labbaye. 


N  RUE  DE  L'ÉCHAUDÉ.  95 

(tsez  d'icelle,  es  dites  rues  du  Colombier  et  de  Seine  n  (1610).  Nous  trouvons 
l'appellation  de  rue  de  l'Echaudé  dès  1B90;  mais  elle  n'a  point  été  communément 
employée  avant  le  siècle  suivant,  pendant  lequel  on  a  dit  aussi  rue  de  Metz,  à 
cause  d'un  jeu  de  paume  de  ce  nom  établi  près  du  palais  abbatial. 

Dès  son  origine,  la  rue  de  l'Echaudé  a  eu  son  côté  oriental  bordé  de  propriétés 
closes;  mais,  comme  il  est  parlé  ailleurs  de  ces  propriétés  (voir  Rues  de  Bussy  et 
de  Seine),  il  ne  doit  être  question  ici  que  de  celles  qu'on  voyait  du  côté  opposé. 

CÔTÉ  OCCIDEMAL. 


PAROISSE   SAINT-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE  SAINT-GERMAIN. 

A  l'exception  de  la  maison  faisant  le  coin  de  la  rue  du  Colombier,  les  construc-     Entre  in  place 
lions  s'étendanl  de  cette  rue  à  la  place  Sainte-Marguerite  ont  été  élevées  sur  des   '  '"  «-^«'g^enie 
terrains  baillés  à  bâtir  en  1698,  1709  et  1708.  Vers  le  centre  de  ces  construc-  '»">«<'"  •^»'o™'"<''' 
lions,  au  droit  de  la  rue  Bourbon-le-C bateau,  était  placée  la  grande  porte  de 
l'abbaye. 

Nous  consacrons  un  chapitre  entier  à  la  monographie  sommaire  de  ce  mo- 
nastère, dont  l'histoire  se  lie  intimement  à  celle  de  Paris,  et  «jui  a  puissamment 
contribué  au  développement  de  la  ville,  sur  la  rive  gauche  de  la  Seine. 

Deux  maisons  sans  désignation  (iSgr)),  dont  la  première  était  contiguë  à  celle  Enii-e 

qui  faisait  le  coin  septentrional  de  la  rue  du  Colombier.  Ces  deux  maisons  furent  rues  du  colombier 
élevées  sur  le  lot   de  trente  et  une  perches  baillé  à  Jean  Longis,  le  17  février       «""«««'ne 
i56i;  elles  appartenaient,  vers  la  fin  du  xvi*  siècle,  au  même  propriétaire  que 
l'habitation  suivante. 

Maison  et  grange  (i  BgT)),  contiguës  à  la  maison  formant  l'encoignure  de  la  rue 
de  Seine. 


L'ABBAYE    DE    SAIN 


i:n 


^77/é:    s.   germant    a    PBATIS       SCENOGRAPHTA  i68n 


^  yif-tfinis        \jo.  Auhx  Ho^piht'^ 

Il  .  offUtna    ofiUciaLum 

PaJrum        12.  ■    Rtftcbirmm. 


(^  ■    HoThiS  Inhrnarut 
ic  .     /irea  fflonarttn/ 


«7 


\8 .  HoHwr  Rtueiyui,  BtPvn    ii.A'-ta  chmiu-  Abkabaù 

Ctmg^egatioruj- .  2.J  ■  Ho^bu     Abbalir 

19  ■  MaUuvùutt  .  Z4.  ■  offù^ma  AUaU^ 

FurrutJ  t  TortuKt  Uffnarif     xo ,  ffor^tum,  .  2^  ■  E<pùlia  Abbatu 

OJpànA    tf .  3.1  ,  Domais   Abbatùdù . 


;rmain  des  prés 


A«BAYE  DE  SAINT-GERMAIN-DES-PRES.  97 


CHAPITRE  II. 

ABBAYE  DE   SAINT-GERMAINDES-PRÉS. 


L'abbaye  Saint-Gerniain-des-Près  fut  fondée  par  le  roi  Childebert,  fils  et  suc- 
cesseur du  grand  Clovis.  Grégoire  de  Tours  rapporte  que,  l'an  5^2,  Childebert 
et  son  frère  Giotaire,  (jui  assiégeaient  Saragosse,  ayant  été  témoins  de  la  véné- 
ration que  les  habitants  de  celte  ville  montraient  pour  l'étole  de  saint  Vincent  de- 
meurée en  leur  possession,  renoncèrent  à  s'emparer  de  la  place,  dans  la  crainte 
d'encourir  la  réprobation  du  saint '''.  Plus  explicite,  l'auteur  des  Gesta  regum 
Franronim,  qui  écrivait  au  commencement  du  vni*  siècle,  et  qui  relate  les  mêmes 
faits  en  termes  presque  identiques,  ajoute  que  Childebert  réclama  le  don  de 
l'étole.  L'ayant  obtenue,  il  fit  élever,  à  son  retour  ù  Paris,  une  église  en  l'honneur 
du  bienheureux  martyr  :  r  Childebertus  vero,  Parisius  veniens,  ecclesiam  in  honore 
(tB.  Vincentii  martyris  a;dificavit '^'. -^  Acquise  de  cette  façon  ou  de  toute  autre,  la 
relique  de  saint  Vincent  détermina  le  vocable  de  la  nouvelle  basilique,  qui  reçut, 
en  outre,  celui  de  Sainte-Croix,  à  cause,  dit  Gislenjar,  d'une  croix  d'or  que  Chil- 
debert rapporta  pareillement  d'Espagne*'',  et  qui  passait  pour  un  ouvrage  de 
Salomofi.  Fortunal,  dans  sa  Vie  de  mini  Gettnain,  raconte  un  miracle  que  ce  prélat 
aurait  acconq)li  en  se  rendant  à  la  basilique  de  Sainte-Croix  '*',  et  Grégoire  de 
Tours  mentionne  plusieurs  fois  la  basilique  de  Saint-Vincent,  où  saint  Germain 
avait  reçu  la  sépulture  '*'. 

La  grande  dévotion  des  Parisiens  envers  saint  Germain,  leur  évéque,  et  la 
présence  de  sa  tombe  dans  un  oratoire  contigu  à  l'église,  amenèrent  prompte- 
ment  la  substitution  du  vocable  de  Saint-Germain  à  ceux  de  Saint-Vmcent  et  de 
Sainte-Croix.  En  61 5,  on  disait  déjà  la  basilique  de  l'évèque  Germain**';  en 

'■'  Gre/f.  Tur.  Mb.  III,  cap.  xxix.  ap.  D.  Bou-  «auil.n {Vila S.  Droctovei,a\u  Ad. SS.ord.  S.  Bened. 

(juet,  t.  Il,  p.  199.  l.  I,  p.  a4o.) 

'*'  D.  Bou(|iiel,  t.  II,  p.  5.S8  C  '*'  irCum  ad  basilicam  BealœCrucis  vir  Dei  pro- 

'*'   (f  Asporlavit  crocem  aiiream  prctiosis  gemmis  itcederet.i  {Vila  S.  Germant,  ibid.  1. 1,  p.  aio.) 
Tedimitam,  necnon  ex  opère  Salonionis  ut  ferlui'...  '''  Lib.  IV,  cap.  xx;  lib.  VIII,  cap.  xxii  et  xxiii, 

-firalia  igitur  vivifies  cracis  ecclesiam  sauctissirai  et  De  Gloria  con/esnorum ,  cap.  xc. 
"martyris,  ubi  ipsam  ciini  aliis  [iretiosissiniis  inonu-  '*'  Cbiidebert  avait  fait  don  h  saint  Germain  de 

■iiipnlisdelegavit.  in  niuduni  crucis eedilicare dispo-  la  basilique  de  Saint-Vincent. 

m.  i3 


98  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

690  et  696,  la  basilique  ou  monastère  des  saints  Vincent  et  Germain,  et,  en 
786.  le  monastère  de  Saint-Germain  seulement '''.  On  a  ensuite  désigné  habi- 
tuellement le  monastère  sous  le  nom  d'abbaye  Saint-Germain  de  Paris,  ahhalia 
Sancti  Germani  Parisiensis;  enfin,  vers  la  fin  du  \if  siècle,  a  prévalu  l'appellation 
de  Saint-Germain-des-Prés,  motivée  par  les  prairies  environnantes*^'.  On  écrivait 
encore,  en  1078,  Cœnobium  Sancti  Vincentii  Sancttque  Germani. 

Suivant  la  prétendue  charte  de  fondation  de  l'abbaye  <*',  qui  porte  la  date  du 
6  décembre  558,  c'est  à  la  sollicitation  de  saint  Germain  que  Ghildebert  entreprit 
l'érection  de  la  basilique  de  Saint-Vincent;  or,  saint  Germain  n'étant  devenu  évèque 
de  Paris  qu'en  555  ou  556,  D.  Bouillart'*'  et  les  auteurs  du  Gallia  christianii  ont 
reporté  jusqu'à  cette  dernière  année  l'origine  du  monument;  mais  l'hypothèse  est 
invraisemblable  pour  diverses  raisons.  Sans  invoquer  le  défaut  d'authenticité  du 
diplôme  qui  lui  sert  de  base,  on  peut  objecter  que  les  relations  de  saint  Germain 
et  de  Ghildebert  sont  antérieures  à  556;  que  ce  monarque  eut  avec  ses  frères,  en 
556  et  557,  des  démêlés  au  milieu  desquels  il  ne  put  guère  songer  à  bâtir  des 
églises,  et  que,  d'ailleurs,  ayant  acquis  les  reliques  espagnoles  en  5/i2,  il  n'avait 
sans  doute  point  attendu  quatorze  ans  avant  de  construire  l'édifice  destiné  à  les 
abriter.  On  connaît  en  outre  ces  vers  souvent  cités  de  Fortunat  : 

Hinc  iter  ejus  erat,  eu  m  limina  sancla  petebal. 

Quai  modo  pro  merilis  incolit  ille  magis. 
Antea  nam  vicibus  ioca  sancta  terebat  amalus; 

Nuiic  tamen  assidue  templa  beata  lenet'*'. 

Ces  vers  sont  généralement  considérés  comme  se  rapportant  à  l'église  Saint- 
Vincent;  il  faut  donc  en  conclure  que  Ghildebert  la  visitait  fréquemment,  et 
qu'il  n'en  commença  point  la  construction  en  556  seulement.  Il  est  sage  de 
croire,  avec  Adrien  de  Valois,  Jaillot  et  Guérard,  que  la  fondation  de  la  basilique 
Saint-Vincent  remonte  à  l'issue  de  la  guerre  de  la  péninsule,  c'est-à-dire  à  563 
ou  à  peu  près;  il  y  aurait  quelque  témérité  à  préciser  davantage. 

Il  y  a  pareillement  doute  sur  l'année  où  saint  Germain  procéda  à  la  dédicace 
de  la  basilique,  cérémonie  que  le  martyrologe  d'Usuard  place  au  28  décembre, 
simultanément  avec  les  funérailles  de  Ghildebert*^'.  La  solennité,  célébrée  avec 


'*'  Conf.  le  testament  de  Bertchrani,  ap.  Pardes- 
sus {Dipl.  t.  I,  p.  aoa),  et  les  chartes  transcrites 
par  D.  Bouillart,  dans  ses  Preuves,  p.  v,  vi  et  xii. 

<^i  L'abbé  Lebeuf  (éd.  Cocheris,  t.  III,  p.  a) 
cite  une  donation  de  811,  dans  laquelle  l'abbaye 
serait  appelée  Sainl-Germain-le-Neuf;  mais,  dans 
son  mémoire  sur  Les  trois  Sainl-Germain  de  Paris, 
M.  J.  Quicherat  a  combattu  cette  opinion ,  que  nous 
aurons  Toccasion  de  discuter  ailleurs. 


'''  Nous  reproduisons  en  appendice,  d'après  D. 
Bouillart,  le  texte  de  cette  charte  apocryphe,  avec 
la  solide  dissertation  de  M.  H.  Cocheris.  —  l.  m.  t. 

'*'  Hist.  de  l'Abbaye,  p.  4. 

'''  De  horto  Ullrogothonis  regiiur,  ap.  D.  Bou- 
quet, t.  II,  p.  5 10. 

'*'  trDecimo  calendasjanuarii,  Parisius,  dedicalio 
fbasilicaB  S.  Crucis  et  S.  Vincentii  martyris.  et  de- 
trpositio  domni  Cbildeberti  régis.  i 


ABBAYE  DE  SAINT-GERMAIN-DES-PBES.  99 

grande  pompe  par  saint  Germain  lui-même,  eut-elle  lieu  en  507,  comme  l'as- 
sure Félibien,ou  en  SSg,  ainsi  que  l'avancent  D.  Ruinart  et  D.  Rivet,  ou  bien  en 
558,  c'est-à-dire  au  moment  de  la  mort  de  Cliildebert,  ce  qu'ont  adnns  D.  Bouil- 
lart  et  Jaillot?  Guérard,  qui  a  discuté  la  question''',  partage  l'avis  émis  par 
D.  Bouillart.  Toutefois  il  convient  de  faire  observer  que  l'opinion  de  D.  Ruinart 
a  pour  elle  un  passage  fort  explicite  d'Aimoin,  ainsi  qu'un  autre  de  Gislemar  (-',  et 
que  l'avis  de  Félibien  est  pareillement  confirmépar celte  phrase  d'Aimoin:  aChil- 
<rdebertu8  acceptam  beati  Vincentii  stolam  Parisius  defert,  œdificatam  solo  tenus 
ffbasilicam  nomini  ejusdem  levit;e  ac  martyris  dedicari  lecit(''.Tt  Les  mots  œdificatam 
Kolo  (enus  basilicam  ont,  au  surplus,  provoqué  des  discussions.  En  prenant  l'ex- 
pression tenus  dans  son  acception  ordinaire,  on  s'est  demandé  comment  Cliildebert 
avait  pu  faire  dédier  une  église  dont  les  fondements  ne  dépassaient  point  le  sol'*'. 
La  contradiction  entre  les  deux  passages  d'Aimoin  a  suggéré  la  pensée  que  Chil- 
debert  avait  fait  simplement  bénir  les  premières  pierres  du  monument,  ou  qu'il 
lui  avait  imposé  un  nom.  Celte  explication  concilie  les  textes,  dont  on  comprend, 
en  outre,  la  discordance,  en  supposant  une  interpolation.  L'unique  vérité  qui  se 
dégage  de  tout  ceci,  c'est  que,  si  la  basilique  de  Saint-Vincent  n'était  point  abso- 
lument terminée  quand  mourut  Cliildebert,  puisqu'on  y  enterra  ce  prince,  elle 
était  du  moins  bien  près  d'un  entier  achèvement.  Il  en  était  probablement  de 
même  des  bâtiments  claustraux.  Les  religieux  (ju'on  y  établit  paraissent  avoir  suivi 
d'abord  la  règle  de  Saint-.\nloine  et  de  Saint-Basile;  ils  embrassèrent  celle  de 
Saint-Benoît  dans  la  seconde  moitié  du  vn"  siècle;  puis  ils  furent  réformés  en 
i5i3,  et  ils  adoptèrent,  en  i63i,  les  statuts  de  la  congrégation  de  Saint-Maur, 
que  ses  magnifiques  travaux  historiques  ont  rendue  si  célèbre.  Soustraite  à  la 
juridiction  de  1  ordinaire,  l'abbaye  Saint-Germain  ne  relevait  que  du  pape,  et  ce 
privilège,  qu'elle  prétendait  tenir  de  saint  Germain  depuis  566,  et  que  les  papes 
confirmèrent  plusieurs  fois,  .s'est  maintenu  intact  jusqu'en  iGGy. 

"'  Polyptyque  d'IrminoH,  Proldgomènes,  |).  (joy  ''   \.\b.    II,    cap.  xx.    ap.  D.  Bouquet,    l.  III. 


et  suiv. 


p.  07. 


''*  Aimoio  (lib.  II,  cap.  un)  dit  :  i^Igilur  de-  '*'  Peut-être  s'agissail-il  d'une  crypte  ou  église 

irfuncio  gloriosissiiiio  rege  Childel)erto  xlix  |iost-  soulerraine.  Beaucoup  de  basiliques,  en  effet,  ont 

cquam    regnare    cu'pit   anno  ,    nondum    quidcni  été  l'objet  d'une  consëcration  provisoire,  et  le  ser- 

irdedicala  vel  consecrata  Sancti  Vincentii  quani  fa-  vice  divin  y  a  été  célébré,  alors  que  leurs  murailles 

ifbricaverot  ecclesia,  gloriosus  Clotharius  rex  non  ne  dépassaient  guère  le  niveau  du  sol.  Les  guerres, 

"dignum  duccns  hoc  fore  procrasiinandum ,  con-  le  défaut  de  ressources,  l'insuflisaiice  des  moyens 

irferre  curavit  cum  beatissimo Germano ,  etc.»  Mais  de  construction,  ou  toute  autre  cause,  entravaient 

ce  texte  a  été  taxé  d'interpolation.  Quant  à  Gis-  l'édillcation  de  ces  grands  édifices  et  en  retardaient 

lemar,   il  exprime  la  date  de  5.5()  (Acl.  SS.  ord.  l'achèvement.  De  nos  jours,  malgré  les  progrès  qu'a 

S.  Bened.  t.  I.  p.  aâ.î);  en  revanche,  il  rapporte  faits  fart  de   bAtir,  ne  se  propose-t  on  point  de 

que  la  cérémonie  eut  lieu  le  même  jour  que  les  fu-  construire  et  d'utiliser,  pendant  un  temps  plus  ou 

néraillcs  de  Ghildebert,  ce  qui  implique  contradic-  moins  long,  l'étage  souterrain  d'une  grande  église 

tion.  s'il  est  vrai  que  Cliildebert  mqurut  en  558;  votive?  M.  Cocheris  (édit.  Lebeuf)  a  discuté  l'ex- 

on  n'en  est  point,  du  reste,  parfaitement  «ûr.  pression  *olo  tenu».  —  l.  h.  t. 


100  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

La  vie  de  saint  Droctovée,  premier  abbé  du  monastère,  écrite  par  Gislemar, 
qui  vivait  dans  la  seconde  moitié  du  xi"  siècle  ''',  nous  fournit  des  détails  intéres- 
sants sur  le  monument  construit  au  \f  siècle,  ail  nous  paraît  inutile,  dit  l'hagio- 
rc graphe,  de  décrire  le  merveilleux  travail  de  cette  basilique,  l'habile  agencement 
crde  ses  fenêtres,  les  marbres  précieux  qui  la  soutenaient,  la  disposition  des  lam- 
(rbris  dorés  dont  la  voûte  était  hérissée,  la  splendeur  des  murailles,  qui,  comme  il 
«convient dans  la  maison  du  Christ,  étaient  revêtues  d'une  brillante  couleur  d'or, 
(ret  la  beauté  du  pavement  orné  de  mosaïques  (^'.  Le  toit  de  l'édifice,  recouvert 
a  de  bronze  parfaitement  doré ,  et  réfléchissant  ainsi  les  rayons  du  soleil ,  étince- 
ftlait  de  telle  sorte  qu'il  éblouissait  les  regards  par  son  éclat  excessif.  De  là  est 
et  advenu  que  jadis  le  vulgaire,  par  métaphore,  et  non  sans  raison,  appelait  le 
«  monument  le  Palais  [auh)  de  Sainl-Germain-le-Doré.  v  Gislemar  ajoute  :  c  Cette 
rrbasilique  étant,  ainsi  qu'on  l'a  dit,  construite  en  forme  de  croix,  contenait 
K  quatre  autels.  Le  premier  était  consacré  à  la  sainte  croix  et  au  saint  martyr 
ff Vincent,  dont  l'étole  y  avait  été  déposée  par  le  glorieux  roi  Childebert,  qui 
cr  l'avait  rapportée  d'Espagne.  Childebert  avait  fait  dédier  l'autel  septentrional  aux 
ff  saints  martyrs  Ferréol  et  Ferrution,  celui  du  midi  au  saint  martyr  Julien  de 
ffBrioude,  et  celui  de  l'occident  aux  saints  Gervais  et  Protais,  au  jeune  Celse  et 
trau  saint  martyr  Georges.  Au  midi  de  l'église,  avait  aussi  été  bâti,  en  l'honneur 
ffdu  martyr  saint  Symphorien,  un  oratoire  où  le  même  Germain,  serviteur  de 
ffDieu,  voulut  plus  tard  être  inhumé.  Du  côté  du  nord,  s'élevait  une  autre  cha- 
ft pelle,  sous  le  vocable  de  l'apôtre  saint  Pierre,  et  dans  laquelle...  à  cause  des 
:t  mérites  particuliers  du  saint  apôtre,  le  Seigneur  accomplissait  chaque  nuit  un 
«nouveau  miracle'^'.'» 

Sous  la  dynastie  mérovingienne,  la  basilique  de  Saint-Vincent,  alors  fort  re- 
nommée, fut  choisie  pour  la  sépulture  de  nombreux  membres  de  la  famille  royale. 
C'est  ainsi  qu'elle  renferma  les  tombeaux  de  Childebert,  d'Ultrogothe,  sa  femme, 
et  de  leurs  filles,  Crotberge  et  Chlodesinde;  du  roi  Charibert;  de  Chilpéric  I'^'', 
de  Mérovée  et  Clovis,  ses  fils,  et  de  Frédégonde,  sa  femme;  de  Clotaire  II  et 
de  Bertrude,  sa  femme;  de  Childéric  II,  de  Bilihilde,  sa  femme,  et  du  jeune 
Dagobert,  leur  enfant,  dont  on  plaça  le  cercueil  sur  celui  de  sa  mère.  Ces  trois 
dernières  sépultures  furent  découvertes,  en  i646,  sous  le  pavé  du  chœur,  près  du 
clocher  septentrional,  puis  déplacées W  avec  toutes  les  autres'*'.  Le  tombeau  de 

'''  Lebeuf,  Histoire  du  diocèse  de  Paris,  édil.  tr était  fait  de  grands  carreaux  en  coiiiparliraents.n 

Gocheris,  t.  HI,  p.  4.  '"'  Ad.  SS.  ord.  S.  Beiied.  t.  I,  p.  a5/i  et  955. 

'*'   Piganiol  dit:  it  Lorsqu'on  1 653  on  changea  la  '*'  Conf.  D.  Bouillarl,  p.  aSa. 

rdisposilion  du  chœur,  et  qu'on  futobh'gé  d'en  lever  '''  Une  autre  sépulture  de  la  même  période  avait 

trie  pavé,  on  trouva  une  quantité  infinie  de  pierres  été  trouvée,  en   i()43,  dans  le  préau  du  cloître, 

"de  différentes  couleurs  et  taillées  différemment;  près  de  la  porte  conduisant  au  dortoir  et  à  l'église: 

rrce  qui  confu-me  qu'autrefois  le  pavé  de  cette  église  c'était  la  tombe  d'uu  personnage  nommé  Hilpéric; 


'^mmmMMj>^-^'^ 


mSB^Mmr$:.::^?^^^^i^mm.^:- 


'R 


^ 


\ 


A 


■^_ 


J-l 


A*BBAYE  DE  SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS.  101 

Clotaire  II  était  une  simple  pierre  élevée  d'un  demi-pied  au-dessus  du  sol,  sans 
ornement  ni  inscription.  Le  tombeau  de  Frédégonde  était  recouvert  par  une  dalle 
en  mosaïque,  d'un  travail  curieux,  mais  qui  ne  datait  que  de  la  fin  du  xn''  siècle, 
comme  les  statues  tumulaires  de  Chilpéric  et  de  Childebert  <''.  Aimoin  reproduit 
l'épitaphe  qui  se  lisait  sur  le  tombeau  primitif  de  Childebert;  elle  avait  vraisem- 
blablement été  rédigée  assez  longtemps  après  sa  mort,  et  elle  était  ainsi  conçue: 

Francorum  rector  prœclarus  in  agmine  ductor, 
Cujus  et  AUobroges  meluebant  solvere  leges; 
Dacus  et  Avernus,  Biitonuin  rex,  Golhus,  [berus. 
Hic  silus  est  diclus  rex  Childeberlus  honestus. 
Coiididit  banc  aulam  Vincent!  noininc  claram, 
Vir  pietate  cluens,  probitalis  munere  pollens, 
Templa  Dei  ditans,  gaudebat  dona  repensans. 
Millia  niendicis  solidoiuni  dans  et  egenis; 
Gazarum  cumulos  salagcbat  condere  cœlo. 

Une  sépulture  bien  autrement  imposante  pour  les  populations  que  les  tombeaux 
des  princes  mérovingiens  était  celle  de  saint  Germain,  mort  le  a8  mai  SyG.  On 
l'avait  enterré  dans  l'oratoii-e  Saint-Sympliorien,  (pi'il  avait  fait  élever,  et  oi!i  repo- 
saient, à  sa  droite,  son  père  Éleutlière,  et,  à  sa  gauche,  sa  mère  Eusébie.  Le 
q5  juillet  754,  le  corps  du  prélat,  enfermé  dans  un  cercueil  de  pierre,  fut  levé 
solennellement  et  transféré  dans  la  partie  orientale  de  la  basili([ue,  derrière  l'autel 
de  Sainte-Croix,  où  l'on  avait  préparé  un  caveau  pour  le  recevoir.  Le  roi  Pépin, 
qui  assistait  à  la  fête,  gratifia,  en  celte  occasion,  le  monastère  de  la  terre  de 
Palaiseau,  près  de  Paris.  Le  foit  fut  attesté  par  une  plaque  de  marbre  blanc,  en- 
castrée dans  le  sotibassement  de  l'autel  de  Saint-Germain  et  entaillée  d'une  croix 
ancrée  avec  celle  inscription  autour:  f  Hic  pansante  sancto  Germano  in  die  trans- 
(rlationis  dédit  ei  rex  Pipinus  fiscum  Palatiolum  cum  appenditiis  suis  omnibus.  nCe 
marbre  faisait,  en  dernier  lieu,  partie  du  cénolaphe  dressé,  en  1670,  dans  la 
chapelle  Sainl-Symphorien,  là  où  l'on  croyait  qu'avait  jadis  été  la  sépulture  du 
prélat.  Sur  l'une  des  extrémités  de  la  dalle  qui  couronnait  le  monument,  était 
écrit  :  c  Hic  primo  fuit  tumulalus  bealus  Germanus  ;  v  mais  les  caractères  et  les 
moulures  n'indiquaient  que  le  xnf  siècle,  et  la  dalle,  que  nous  reproduisons 
d'autre  part,  devait  provenir  d'un  tombeau  refait  alors  seulement. 

Les  richesses  de  l'abbaye  Saint-Germain  étaient  de  nature  à  tenter  l'avidité  des 
Normands,  et  elles  n'échappèrent  point  à  leurs  pillages  ;  le  monastère  lut  ravagé 

dans  rintdrieur  du  cercueil  ëlait  écrit  avec  du  ver-  inscriplion ,  M.  Cocberis,  dans  sa  nouvelle  édition, 

niillon  :  •'Precor  ego  llpericus  non  auferanttir  bine  lui  a  consacré  une  note.  (T.  III,  p.  5o.)  —  i.  m.  t. 

ffossa  niea,i  et  sur  le  couvercle  était  gravée  celte  ''  Elles  ont  été  transportées  à  Saint-Denis.  Les 

inscription  :   TTempore  nullo  volo  bine  tollantur  pierres  tombales  de  Clotaire  11,  de  Uertrade  et  de 

"ossa  Hilperici.»   Lebeuf  n'a  pas  parlé  de  cette  Cbildéricllont  été  refaites  au  milieu  du  xvn' siècle. 


10-2  topographih;  historique  du  vieux  paris. 

par  eux  en  Slxb,  867  et  861.  Le  19  juillet  863,  les  moines  y  rapportèrent,  j)Our 
la  seconde  fois,  le  corps  de  saint  Germain,  qu'ils  en  avaient  tiré  pour  le  mettre 
en  lieu  de  sûreté,  et,  le  calme  renaissant,  l'abbé  Gozlin  put  réparer  les  bâti- 
ments claustraux  dévastés.  La  restauration  de  l'église  paraît  avoir  été  terminée 


vers  869,  et,  selon  la  remarque  de  Lebeuf,  c'est  à  cette  époque  qu'il  convient 
de  placer  l'une  des  dédicaces  indiquées  en  marge  du  martyrologe  manuscrit 
d'Usuard.  Ces  dédicaces,  placées  nécessairement  entre  celles  de  ôSg  et  de  1  i63, 
sont  datées  du  91  juillet  et  du  19  novembre;  elles  indiquent  probablement  des 
reconstructions  plus  ou  moins  importantes.  Au  mois  de  février  886,  les  Nor- 
mands saccagèrent  derechef  l'abbaye,  et  ils  y  brisèrent  le  tombeau  des  parents 
de  saint  Germain. 

Une  nouvelle  réédification  de  l'église  fut  certainement  entreprise  pai'  1  abbé 
Morard,  élu  en  990  et  mort  en  loii.  On  lisait,  en  effet,  sur  sa  tombe,  placée 
au  milieu  du  chœur:  «Morardus,  bonae  memoriaî  abbas,  qui,  istam  ecclesiam  a 
rrpaganis  ter  incensam  evertens,  a  fundamentis  novam  reaedificavit,  turrim  quoque 
cf  cum  signo  *''  multaque  alia  ibi  construxit.  n  Morard  fut  aidé  par  des  libéralités  du 
'''  On  lil  et  signo,  aa  lieu  de  cum  signo,  dans  le  Marlyrolog-e  (Arch.  nalion.  reg.  LL  1026,  fol.  54  i"). 


MBAYE  DE  SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS.  103 

roi  Robert,  à  ce  point  que  le  moine  Helgaud  compte  l'abbaye  Saint-Germain 
parmi  les  monuments  religieux  que  ce  prince  fit  rebâtir  ''*.  Cependant  les  tra- 
vaux de  Morard  n'ont  pu  être  bien  considérables  en  ce  qui  toucbe  le  vaisseau  de 
l'église,  à  moins  de  supposer,  ce  qui  est  fort  invraisemblable,  qu'une  grande  partie 
des  bâtiments  élevés  par  lui  ait  duré  seulement  soixante  ou  quatre-vingts  ans. 
L'édifice  est  là  pour  témoigner  que,  à  l'exception  du  porche  intérieur  et  de  la  tour, 
il  a  été  construit  à  deux  reprises  différentes  :  dans  la  seconde  moitié  du  xi*"  siècle  et 
au  milieu  du  xif.  Complètement  achevé,  il  fut  consacré,  le  21  avril  it63,  par 
le  pape  Alexandre  lU,  accompagné  de  nombreux  prélats.  Suivant  le  continua- 
teur d'Aimoin ,  Hugues  111,  abbé  de  1  1  iG  à  1  i/i5,  avait  précédemment  restauré 
les  biUinipnts  du  monastère. 

En  1227,  l'abbé  Eudes  commença  la  reconstruction  du  vieux  cloître,  qui  tom- 
bait en  ruines,  et,  à  celte  occasion,  plusieurs  anciennes  tombes  ayant  été  dépla- 
cées, les  ossements  qu'elles  renfermaient  furent  mis  dans  des  cercueils  de  pierre, 
qu'on  trouva  dans  la  partie  du  cloître  voisine  du  chapitre'"^'.  Avant  1686.  le 
cloître  appartenait  à  deux  époques.  La  galerie  méridionale,  qui  tenait  à  l'église, 
et  dont  il  n'exista  longtemps  que  les  fondations,  fut  continuée  au  mois  de  no- 
vembre i555.  Elle  mesurait,  dans  œuvre,  vingt-deux  toises  trois  pieds  quatre 
pouces  de  longueur  sur  quinze  pieds  six  pouces  de  largeur,  et  elle  coûta  5, 860  livres 
6  sous  5  deniers  tournois.  Le  bdtiment  consistait  en  deux  étages  :  le  rez-de-chaus- 
sée, voûté  d'arêtes,  orné  à  l'extérieur  de  pilastres  doriques,  en  manière  de  contre- 
forts; le  second  étage,  décoré  de  colonnes  ioniques  et  percé  de  onze  grandes  fe- 
nêtres. 11  renfermait  la  fameuse  bibliothèque  des  moines'**,  et  l'on  y  avait  placé 
les  armoiries  du  cardinal  de  Tournoii,  dans  l'espoir  (jue  ce  puissant  personnage 
contribuerait  à  la  dépense;  mais  il  refusa  d'y  prendre  part,  en  invoquant,  assure 
D.  Bouillart,  les  frais  excessifs  de  son  séjour  à  Borne.  Il  semble  néanmoins  que 
l'affaire  eut  un  autre  dénoûment,  car  nous  avons  lu,  dans  les  archives  du  cou- 
vent, l'indication  d'une  sentence  des  requêtes  du  Palais,  rendue  le  17  juillet  1677 
et  condamnant  Claude  de  la  Tour,  dame  de  Tournon,  nièce  du  cardinal,  à  payer 
cinquante  écus  d'or,  reste  d'une  somme  de  trois  cents  écus  qu'elle  devait,  à  cause 
de  la  réfection  d'un  des  côtés  du  cloître. 

La  galerie  méridionale  était  la  plus  large  des  quatre,  et  le  style  en  était  a  un 

'*>  Jaillot  suppose  que  Helgaud  ne  fait  allusion  <tin  sylvacofrnominata  Ledia.n  (Vita  régis  Robei-li, 

qu'au  monastère  fondé  par  Robert   à  Saint-(jer-  ap.  D.  Bouquet,  t.  X,  p.  ti5  D.) 
main-en-Laye;  mais  le  texte  nous  parait  exclure  '*'  D.  Bouillart,  p.  118. 

celte  interprétation,  car  il  est  ainsi  conçu  :   "In  ^'  En  1714,  on  la  transporta  au-dessus  du  ré- 

■rcivitate  Parisius. ..  monasteriuni  S.  Gerraani  Au-  fecloire.  (Voir,  pour  plus  amples  détails,  dans  la 

-tissiodorensis;  S.  Michaelis  ccclesiain  in  sylva  co-  collection  de  ïllistoirc  générale  de  Purin,  Touvrage 

Tgiioininnla  Biera;  item,  monnsterium  Saiicti  (icr-  intitulé:  Lex  anciennes  bibliolhèfjues ,    pav  M.    A. 

"mani  Parisiensis.  cum  ecclesia  Sancti  Vincentii  Franklin.)  —  1..  m.  t. 


104  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

trpeu  gothique, fl  dit  Sauvai,  qui  ajoute:  «Ce  bâtiment  est  assez  magnifique;  les 
fr  culs-de-lanipe  qui  servent  de  clefs  aux  arcades  du  premier  étage  sont  tous  d'une 
rr  manière  différente,  et  travaillés  avec  une  délicatesse  non  moins  galante  qu'in- 
ff  croyable.  Les  chapiteaux  ioniques  ont  aussi  de  petits  ornements  tout  dissemblables , 
c:de  plus  si  bien  découpés  et  fouillés  qu'il  ne  se  peut  pas  mieux  sur  la  pierre;  de 
(c sorte  que  cet  édifice  seroit  très-bien  entendu,  si  les  colonnes  n'étoient  point  trop 
cr  courtes  de  quatre  grosseurs,  et  les  pilastres  de  trois  ou  environ '*'.  n 

On  voit,  par  le  plan  de  D.  Bouillart,  que  la  galerie  décrite  par  Sauvai  existait 
encore  en  1728,  et  qu'elle  formait  douze  travées.  Elle  fut  refaite  ensuite  dans  la 
même  ordonnance'^'  que  la  galerie  occidentale,  dont  la  réédification  avait  eu  lieu 
aux  mois  de  septembre  et  d'octobre  1686.  pour  servir  de  base  à  une  partie  de  la 
grande  maison  des  hôtes,  qu'on  venait  d'entreprendre  alors.  La  galerie  de  l'ouest 
présentait  d'abord  cinq  travées  et  avait  une  longueur  de  dix-neuf  toises  un  pied. 
Sa  largeur  primitive  ne  différait  probablement  pas  de  celle  des  deux  autres  pro- 
menoirs, et  une  note  de  Du  Breul  apprend  qu'elle  remontait  également  au  temps 
de  l'abbé  Eudes '^'.  Les  galeries  du  nord  et  de  l'est  étaient  larges  de  deux  toises. 
La  première,  longue  de  vingt-trois  toises  cinq  pouces,  était  divisée  en  sept  tra- 
vées, et  la  seconde,  longue  de  dix-sept  toises  quinze  pouces,  en  six  travées'*'.  A  la 
fin  du  xvm''  siècle,  cette  dernière  était  supprimée,  et  la  galerie  du  nord  avait  été 
rebâtie  dans  le  goût  des  autres. 

La  galerie  septentrionale  du  cloître  était  adossée  au  bâtiment  du  réfectoire, 
jadis  réputé  l'un  des  plus  beaux  que  l'on  connût.  D.  Bouillart  le  décrit  en  ces 
termes:  crll  a,  dans  œuvre,  cent  quinze  pieds  de  longueur  sur  trente-deux  dé 
T  largeur.  Sa  hauteur  est  de  quarante-sept  pieds  sept  pouces.  La  voûte  se  soutient 
tf  sans  avoir  des  piliers  au  milieu.  Les  fenêtres,  au  nombre  de  huit,  remplissent  au- 
frtant  d'arcades;  et,  quelque  solide  que  soit  ce  bâtiment,  il  semble  ne  se  soutenir 
ff  que  par  une  infinité  de  petites  colonnes  et  de  petits  cordons,  qui  paroissent  sortir 
trde  la  muraille,  pour  se  réunir  aux  arcades  qui  en  composent  la  voûte.  La  chaise 
«du  lecteur  de  table  est  supportée  par  un  cul-de- lampe  de  pierre  dure,  composé 
rf  de  deux  pièces,  lequel  est  chargé  d'un  grand  cep  de  vigne,  dont  les  branches  et 
ff  les  feuilles  sont  si  bien  vuidées  qu'on  y  voit  le  jour  partout.  A  côté  de  la  chaise 
ttest  une  colonne  de  pierre  très-deliée,  haute  de  vingt  pieds,  y  compris  le  chapi- 

'"'  Anliquitei  de  Paris,  1. 1,  p.  3io.  D.  Bouillart,  la  galerie  septentrionale  se  composait 

'*'  Cette  galerie  fait  partie  d'une  maison  de  la  rue  de  cinq  grandes  travées,  à  cinq  jours,  excepté  la 

de  l'Abbaye.  première,  qui  n'en  aurait  eu  que  trois;  la  galerie 

'^'  Danssonédition  d'Aimoin  (p. /lag),  Du  Breul  orientale  comptait  quatre  travées,  dont  trois  h  quatre 

donne  une  liste  d'abbés  du  monastère,  oii  on  lit  ces  jours  et  une  à  trois.  (Voir  et  comparer,  pour  se 

mots:  (rODO,veterisclaustri,  cujus hodie adhue  1res  rendre  compte  de  ces  différences,  les  divei-s  plans 

r- partes  extant,  asdificator. n  que  nous  reproduisons,  ainsi  que  le  plan  général 

"'  Suivant  le  plan  de  i653.  D'après  celui  de  que  nous  avons  fait  relever.)  —  l.  si.  t. 


ABBAYE  DE  SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS.  105 

(rteau  et  le  piédestal.  Le  diamètre  du  fust  de  cette  colonne  est  de  sept  pouces 
«quatre  lignes.  Elle  porte  des  orneinens  d'architecture  d'une  telle  délicatesse  qu'ils 
«•paroissent  comme  suspendus  en  l'air.  Les  vitraux,  aussi  anciens  que  le  réfectoire, 
"sont  d'un  verre  épais  et  peint  d'une  manière  particulière  et  agréable.  L'un  deux 
«représente  les  armes  de  Castille,  plusieurs  fois  répétées  en  l'honneur  de  la  reine 
r  Blanche,  qui  fut  pendant  longtemps  régente  du  royaume.  L'on  a  placé  à  la  porte 
fcdu  réfectoire  une  statue  de  pierre  qui  représente  Childebert,  laquelle  a  été  faite 
(T  apparemment  sur  le  modèle  d'une  autre  plus  ancienne.  Elle  est  haute  de  cinq 
(T pieds  et  demi.  Childebert  a  une  couronne  ornée  de  trèfles,  et  un  sceptre  à  la 
(rraain,  dont  l'extrémité  d'en  haut  est  cassée.  Il  a  une  robe  qui  descend  jusqu'à 
(rla  cheville  du  pied.  Sa  ceinture,  large  de  six  lignes,  est  ornée,  d'espace  en 
<r espace,  de  petites  roses  façon  d'orfèvrerie.  Son  manteau,  qui  ne  le  couvre 
«t que  par  derrière,  est  attaché  en  devant  par  un  cordon  qu'il  tient  à  la  main 
ff  gauche  *''.  v 

Le  réfectoire  fut  bilti  en  cinq  années,  et  il  était  garni  à  l'intérieur  «d'une  me- 
rnuiserie  extrc^mement  propre,  n  dit  G.  Brice.  Sur  la  porte  était  peinte  l'inscrip- 
tion suivante:  frAimo  Domini  m.ccxxxix,  R.  P.  Simon,  ahbas  xlvmi  hujus  monas- 
ffterii,  hoc  refectorium  fieri  curavit.  ■"  Le  môme  abbé  Simon  avait  fait  pareillement 
rebâtir  les  mui's  de  l'abbaye  depuis  la  porte  voisine  du  Pré-aux-Clercs  jusqu'à  la 
chapelle  Saint-Martin-des-Orges,  comme  l'apprenait  l'épitaphe  gravée  sur  son 
tombeau  et  ainsi  conçue  :  «Hic  jacet  bonae  memori»  Simon  abbas,  qui,  banc  ec- 
«clesiam  laudabiliter  in  spiritualibus  et  temporalibus  regens,  ipsam  rcdditibus  ac 
«aedificiis  magniticis  anq)liavit.  Nam  refectorium  murosque  a  porta  monasterii,  ex 
«parte  Pralorum,  uscjuo  ad  capellam  Sancti  Martini  ac  domum  de  Brolio,  aliaque 
«plura  sumptuosa  a?difiria  construxit.  Obiit  autem  anno  Domini  i  'j/i6,  pridie  ca- 
«lendas  jumi.  Ani(na  ejus  requiescat  in  pace.  Amen.n  Le  monument  de  l'abbé 
Simon  était  |)rimitivement  placé  près  des  degrés  conduisant  de  l'église  au  cloître. 
On  le  transféra  dans  la  galerie  tenant  au  chapitre,  au  commencement  du  xvr  siècle, 
loi-sque  Guillaume  Briçonnet  fit  relever  le  pavé  du  cloître*. 

La  galerie  orientale  du  cloître  longeait  le  bâtiment  du  dortoir  et  du  chapitre, 
qui  fut  construit  par  les  soins  de  l'abbé  Gérard  de  Moret,  vers  l'jyS,  au  moyen 
d'une  somme  de  six  cents  livres  parisis,  donnée  à  cette  fin  par  M*"  Barthélémy  de 
lîegio  '.  A  l'étage  supérieur  était  le  dortoir,  où  les  moines  dormaient  d'abord  en 
commun,  suivant  la  règle,  et  qui  fut  divisé  en  chambres  vers  i5i3.  Au  rez-de- 

'■'  Cette  statue,  contemporaine  du  réfectoire.  '''  D.  Bouillart,  p.  laS  et  lai. 

est  coiHervée  au  niust'e  du  Louvre.  Nous  en  don-  '^'  Suivant  l'obituaire  de  l'ablMiye  (Archives  na- 

nons,  après  M.  Albert  I.,enoir,  une  reproduction  en  tionales,  LL  ioa6),  oîi  son  anniversaire  est  indi- 

couleur.  —  i..  ».  t.  que  au  6  des  calendes  de  mai.  Les  lettres  de  l'anni- 

III.  i& 


106  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

chaussée,  se  trouvait  la  salie  capitulaire,  avec  d'autres  pièces  qui,  au  xvn"  siècle 
et  peut-être  avant,  servaient  de  parloir  et  de  salle  de  récréation'''.  Elles  étaient 
divisées  en  deux  nefs  par  une  rangée  de  colonnes,  dont  la  légèreté  provoquait 
l'admiration  de  D.  Bouillarl.  Cet  historien  dit,  en  parlant  du  chapitre  :  r  C'est  une 
rr  chose  assez  singulière  que  des  colonnes  de  deux  pièces,  et  qui  n'ont  pas  plus  de 
ff  treize  pouces  de  diamètre  (o"',36),  ayent  pu  porter  si  longtemps  une  voûte  chargée 
rrd'un  grand  dortoir  et  qui  a  six  toises  ou  environ  de  largeur  sur  vingt-cinq  pieds 
cf  de  hauteur  et  cinquante-neuf  de  longueur.  Le  parterre  est  à  la  mosaïque,  orné 
crde  divers  compartimens  quarrez,  de  desseins  différens  et  vernis  de  diverses  cou- 
rf  leurs;  ce  qui  ne  s'est  pu  faire  qu'avec  un  travail  incroyable.  La  peine  et  la  même 
cr  variété  éclatent  dans  les  vitres  qui  éclairent  ce  chapitre.  Quantité  d'entrelas  et 
iT  lavis  de  plusieurs  couleurs  en  font  la  beauté  et  marquent  le  goût  du  temps.  La 
ffsale  qui  est  à  côté,  que  l'on  nomme  parloir,  est  voûtée  et  pavée  de  la  même  ma- 
frnière  que  le  chapitre.  Ce  qu'il  y  a  de  surprenant,  c'est  qu'une  colonne  d'une 
!T seule  pièce,  placée  au  milieu,  puisse  soutenir  une  voûte  de  trente-trois  pieds  et 
r.  demi  de  longueur  sur  vingt-neuf  de  largeur.  La  chambre  du  prieur,  les  grandes 
rr  maisons  qui  étoient  entre  les  murs  de  l'abbaye  et  la  grande  chapelle  de  la  Vierge, 
rr  furent  bâties  en  même  temps  (^'.n  Le  style  des  croisillons  de  l'église  prouve  qu'ils 
furent  semblablement  restaurés  dans  le  dernier  fiers  du  xin"  siècle. 

La  grande  chapelle  de  la  Vierge  était  l'édifice  le  plus  remarquable  de  l'abbaye 
Saint-Germain.  Isolée  et  formée  d'une  nef  de  quatre  travées  avec  un  ciievet  à 
sept  pans,  elle  fut  commencée  en  12^5  par  l'abbé  Hugues  d'Issy,  comme  l'in- 
diquait une  inscription  placée  au-dessus  du  portail  :  aHanc  praeclaram  D.  Mariac 
crVirginis  capellam,  anno  Domini  mccxlv,  ab  Hugone  de  Issiaco,  hujus  monas- 
crterii  abbate  xlix,  aedificari  cœptam,  successoi"  ejus  Thomas  de  Malo-Leone  per- 
rrfecit.  n  Hugues  d'Issy  et  Thomas  de  Mauiéon,  en  leur  qualité  de  fondateurs  de  la 
chapelle,  y  travoient  des  sépulcres  élevez  de  terre,  avec  leurs  statues  de  pierre; 
f  lesquels  le  père  Simon  Clou,  vicaire  et  prieur  perpétuel  de  céans,  fit  démolir 
rr  environ  l'an  i5i  y,  pour  aplanir  également  le  cœur  de  ladicte  chapelle,  et  la  ré- 
rr parer  de  tumbes  rapportées  de  cà  et  de  là'^'.ii 

Le  tombeau  d'Hugues  d'Issy  disparut  à  cette  époque;  quanta  celui  de  Thomas 
de  Mauiéon,  lequel  était  devant  le  grand  atitel,  il  fut  remplacé  par  une  sinqile 
dalle  tumulaire,  sur  laquelle  on  grava  son  image  et  cette  autre  inscription:  rcllie 
ctjacet  Thomas  de  Malo-Leone,  quondam  abbas  hujus  ecclesiae.  Cujus  temporibus 
ff  compléta  fuit  ista  capella,  fundata  et  aedificata  per  bonae  mémorise  Hugonem  de 

■  versaire  de  l'abbé  Gérard  contenaient  cette  phrase  :  "'  On  en  voit  deux  arcades  dans  la  nuiisoii  n'  i  o 

(f/Edificavimus  et  de  novo  construxiraus  dorniito-  de  la  rue  de  l'Abbaye, 
trium,  capituluni,  latrinas  operis  niinium  sump-  -''  D.  Bouillart,  p.  tli-j.  ^' 

«tiiosi.»  i')  Du  Breul.  p.  3 18. 


A  [-1  \^ 


•* 

^ 

-2 

^ 

-         .' 

-> 

,>--'■". 

^^^X-O^ 

-^ 

^' 

t 

Ï 

>•• 

;rî 


~Bi 


/•,' 


.^1 

V    ;  ! 


v/ 


rz 


4      i. 

■^      t 


/ 


/r' 


'..il  /- 


•■"f 


X. 


^;-  *>/ 


'ij 


«•f     I 


TOPOGRAPHIE  HISTORIOVE  DV  VIEVX  PARIS 


\  \Zl^^ 


\\ 


H 


^^,^ 


stsTE  et  u  sEromiKM  inuiivu  m  msmos  des  amats 


-='=H 


H/ 


If 


'        fi 

f 

r^i 

i 

ka  SsClMb 


Hélioô.  C«.pnier. 


ABBAYE  DE  ST  GERMAIN  DES  PRES 

DE  TA  ILS    INTÊRI  EVRS   DE    LA    CHAPELLE   DE   LA  VIERGE 


"^■^;^>»  M 


fÊÏ 


g    :i 


-^: 


iyM| 


TOPOGRAPHIE  HlSTOlJigtt  1 

M|[;i«ipirf  ffiirr  observer  qu'il  semblorait  plus  naturel  dt^  placer  les  cryptes  en  ques- 
roiid-pojht  de  la  grande  église,  qu«  l'ordinaire  du  couvent  appelle 

KiT  1 368,- des  ti^Vaux  ^ssez  consid(>ral>les,  prescrits  par  le  roi,  mirent  le  mo- 
nastère en  .état  de  soutenir  un  siège.  L'abbé  Richard,  dit  1).  Bouillart,  reçut  l'ordre 
de  faire  élever  de  nouvelles  murailles  autour  de  son  abbaye,  de  la  fortifier  de 
loiii's  1 1  de  fossés  profonds.  Une  transaction  passée  avec  l'Ujiiversité  rappelle  que 
les  fossés  furent  effectivement  creusés  en  i368;  mais  il  n'y  a,  dan«  les  archives 
(lu  «niivent^  rien  à  apprendre  st/r  l'importance  d**»  constructions  qui  en  renfor- 
(■('•retit  ou  en  transformèrent  l'enceinte.  Cette  enceinte  serait  alors  devenue  beau- 
coup moins  vaste  que  précédemment,  affirme  D.  Bouillarl  ••"(("fois,  si  le  périmètre 
en  lut  réellement  amoindri,  eë  ne  put  être  que  dans  ies  proportions  et 

-culement  du  côté  de  Paris.  H  est  manifeste  que,  dans  i  es  directions,  les 

tfjcienries  limites  ne  furent  point  sensiblement  modifiées. 

L'enceinte  de  l'abbaye,  dont  nous  connaissons  rigoureusemeii  lour,  con- 

sistait eu  une  muraille  crénelée,  non  terrassée,  flanquée  de  ti  s  d'angle 

portant  dé  fond,  et  jnunie  de  cinq  tn.     ''      ou  éfhau'^uetles,  en  on  "    ihmi(. 

Au  Jiord,  Ja  rourtinc  était  reclili""  i<  <  ommençaità  une  tour  tliu  nu  ijoUtin- 

/,!,.,    .firi  .'t;n!  I  ifge  dc  fr"i<  ''>'^        .1  dont  le  <..iii...  .'hilf  nu  ilroit  d'un  point 

^,     nierit m  il  de  la  rue  du  '  -six  toises  dn 

M  rue  de  Seine.  A  l'aatre  fjdréaiilé  d»-  i  ii  rencontrait 

Mde  tour  d'angle  portant  de  fond  coi  te  db  fîolombier.  Vers  l'occi- 

présentaitjin  décrocheniei  u  près  quatorze 

•  saillant  dc  celte  espèce  de  redau  s  fJevail  la  troisième  tour  '"-.  Au 

Il  U*}  U  4;«*urtine  légèrement  brisée  qui  la  reliait  était  une 

pone  flfli        ~   'c  deux  tours  rondes.  On  la  nôniitiail  /  .  jiarce  que, 

lç;Ui  a\i..   .  ......  le  pape  Alexandre  III  y. passa,  dit-on.  i  prêcher  dans 

\v  Pré-aux4'.lercs.  Close  par  un  arrêt  de  i55i,  dont  >■■  _-_  l'occasion  de 

lier,  elle  ne  fut  plus  jamais  ouverte.  D'après  un  <  ulé  au  milieu  du 

lier  qii'il'M  l'ail  point  retiouveiëe  dans  '■'^  Il  (nb>  a  peu  d'années,  nne  parli 

■ve.  ■;    ,^  l,?  mur  mitoyen  delà  maison  te- 

.'t-r.iil.  i  ..->  ..;,;.  ilf  la  rue  Sainl-fJenoll.  Elle  avait 

lises  de  diamètre  intérieur;  ce  qui 

indique  que  la  même  dimension  allribuée  par  t'au- 

leor  à  ta  tour  du  Colombier  est  une  mesure  prise 

dan»  œufre,  et  que,  par  conséquent,  les  tours  do 

indiquée  ir  libayc  avaient  la  mêmç  grwssetir.  LiCur  mur,  ainsi 

tiiiir;  fixIt^iiiiiiiiiH'iit ,   i-ii  ip  (Uni  puis        que  celui  des  courtines,  avait  i"',3o  dVpaisseur. 


-  du  çenli-' 

fond  de 

lis  toinffl 

l'p  (luii  [mis 

;;iii!iii  diarutitiv.  — th.  v. 


TH.    V. 


n^ 


■U.' 
Q. 

Q 

u: 
2  J 
—  o 
<    - 


ce 

0 


< 

< 

J 

Q 

> 
> 


2    z 


< 


W  s  ^ 


^* 


I 


ï 


TOPOGRAPHIE    HISTORIQVE    DV  VIEVX     PARIS, 


L 


û    1^ 


Sulp.S  V. 


A-Bei-ly  dir' 


J     Sulp 


PLAN    MANVSCRIT  DE  L'ABBAYE  DE   S"!"  GERMAIN   DES  PRES, 
1  MILIEV    DU    XVI?    SIECLE  ) 


VXTF,  ORIEN  ; 


(PtMKk*  m»>i   |««  I 


^ 


a 


PI  AN    MANVSCR'T   nt^   ^ 


^:S 


—  TOPOGRAPHIE    HISTORIQUE    DU    VIEUX    PARIS. 


Planète,  € 


VUE  ORIENTALE  DE  L'ABBAYE  DE  S.GERMAIN  DES  PREZ  TELLE  QU'ELLE  ETOITE^ 

i^68  ^ 

Arrangement  et  interprétation  du  desain  original  ci-joint. 

(PUnebc  iaaérfr  ptr  Dom  BoailUrt  dont  wu  llUloin  de  l'aUaye  lit  Smt'Gtrmmt-ila-Prét,  \Mge  160.) 


Y  WT^I^f'^  *-  "  f*  '"  ^  '  T i.  r  *  ^  -ir*..-^  ^   i 


1/ 


ni 


'•V  m.  ■,»L- 


MAI 


STOniQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

[,.  l>as-cAté8  indiquent  ia  fin  du  \f  siècle  et  pré- 

!  Il  historiés  fort  curieux  à  étudier (".  Les  bases  des 

a  été  pemué  sous  la  Restauration.  La  voîite  de  la 

i  1  G/iù  1  iça  un  iauibris,  dont  on  retrouve  les  traces  dans  les 

Ln  i653  <■  '        .ni  bas  côté  méridional,  deux  ou  trois 

ui  ont  été  i  ''-"ment  d'un  cimetière.  Dans  le  tran- 

lioii,  (1..  |.)  le;  mais  les  croisijjons,  avec  leurs 

tii)  du  xni''^'^;  ils  ont  été  fort  renia- 

\6hk.  La  chapelle  à  lanterne  et 

chœur,  dont  le.triforium  offre, 

t)^  en  b'  -re  varié'*',  a  été  bâti  tout  d'un  jet, 

,  et  a  été  terminé  peu  avant  la 


la  toui 
moins  haui 

a  |W!iiȎ  pour  une   -r 
détruite  en  1 5 1 

il  1111    CuUo    8M| 

$Uitur  t'iait  du  j  "'■''''„ 

stolw  oruant  un  tr  »iècte  fât  • 

feilk"  oiittii^if  ; 

'     l.«i«  clwj.i.  „> .•      .-..       .■  ■ 

iirij<i««in  Miiit  «u  fiiuHét'  do  llkiuy.  M. 

tii.'  '  ouriMU  (km  sa  .tuitis 

^|.   f'K  %^#  K'r/^/'.    ÎM.     V. 

t^  ehiii>i(^8ai  de  cette  voûtf^,  qui  étMPtii 
»l\i>^  H«iposil«,  (Htt  été  refaits  rëcauneat  tUi)s 
M\ir  tk  ré|ii»t{ot'  <ie  transition. 


,n.,,.    .,>.,-  ,,,».,.-.  uu  clochers: 

-ées  aux  croisillons  et  au  chœur. 

lumbata,  évidemment  parce  que 

iib.  Elle  n'iifermait  les  cloches 

•  1  luvaicnt.  étant 

'nirèrent  jusqu'à  ce , 

if's  prît  pour  les 

f  fut  COdl'''' 

I .  Les  toiii> 

""•ni  qu'au 

<:  nom- 

ait  on  autel  consacré  à 

I  dans  le  croisillon  ,'sous 

■  u  jtarva,  parce  qu'elle  était 

i|u'ua  é(Ag(:  y  avait  été  ajouté. 

^fiBs  en  îtiï."*«ra*  mrtoat  par  dès  colonnettes 

i'.'s  ont  conservé  leurs  bases 

I!  des  chn- 

I  guérite  a 

ors   1675,  d'après  les  dessins'  de 

..._,...i;ii  iitit  loulos  les  cùl<iiiin,.... .,  ...-  .-^  ti'i- 

lu  parai.«sent  être  en  marbre;  quciques-unes 

l'iitent  sont  réellement  de  cette  matière:  les 

vs,  qui  sont  en  pierre,  ont  été  stncquées  eu 

i^timi  de  marbre,  il  y  a  plusieurs  années,  pour 

\i'v  d'aspect  avec  Us  premières.  —  th.  \. 

t«i;esi  cxxiv,  ci  '    i.vii. 


TOPOGRAPHIE    HISTORIOVE   DV  VIEVX  PARIS, 


ÉTAT  ACTUEL  DU   BASRELIEF 


Pholoéf*vure  Fernlqu 


ABBAYE  DE  S'' GERMAIN  DES  PRÉS. 

PORTE   PRINCIPALE    DE   LECLISE, 
Reproduction  r*duUe  de  la.  pUnche  publiée  par  Dom  BouiUarl  Monlfaucon  et  M.A.Lenoir 


«î 


r 


^1 

i 

s  ki" 

TOPOGRAPHIE  HISTORIQVE  DV  VIEVX  PARIS. 


COUPE   SUR  LA  NEF 


AL*  noir  del 


H«ho6  Carnier 


ABBAYE    DE    ST  GERMAIN    DES    PRÉS 


COVPE  SVR  LES  TRANSSEPTS, 


•-fS^Ùii  ■*- 


X 


114  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  pU  VIEUX  PARIS. 

ve.au  les  autels  de  Saint-Clément,  Saint-Martin,  Saint-Benoît  et  Saint-Placide;  ce 
dernier  était  dans  le  croisillon  septentrional.  Le  lo  août  de  l'année  suivante,  il 
fit  la  même  cérémonie  dans  la  chapelle  Sainte-Marguerite,  à  laquelle  il  donna 
pour  patrons  supplémentaires  saint  Nicaise  et  saint  Eloi.  Six  jours  après,  il  con- 
sacra de  plus,  en  l'honneur  des  anges,  un  autel  érigé  derrière  celui  de  Saint- 
Germain.  On  le  blâma  d'ailleurs,  rapporte  D.  Bouillarl,  d'avoir  ainterrompu  le 
retour  des  chapelles ii  en  prenant  celle  de  Saint-Nicolas  pour  y  placer  la  tribune, 
à  l'usage  de  l'abbé,  qu'on  y  voyait  encore  au  xvni'^  siècle.  En  lôBy,  le  21  avril, 
Charles  Boucher,  évoque  de  Mégare,  consacra  derechef,  en  l'honneur  des  saints 
Etienne,  Vincent,  Gervais  et  Germain  de  Paris,  le  grand  autel  qui  venait  d'être 
refait  pour  remplacer  celui  de  1 1 63.  ce  On  y  montoit  par  cinq  ou  six  degrez,  et  il 
ftétoit  environné  de  quatre  colonnes  de  cuivre;  le  saint  sacrement  suspendu  par 
rr  le  moyen  d'une  crosse  de  même  métail  ;  les  figures  de  saint  Vincent  et  saint 
tt  Germain,  de  marbre  blanc,  placées  aux  deux  cotez;  son  circuit  enfermé  d'un 
ffbalustre  de  bois  fort  bien  travaillé;  telle  étoit  à  peu  près  sa  structure,  dont  on 
rn'a  laissé  aucun  dessein.  On  trouve,  par  le  nombre  des  dépenses  qui  y  ont  été 
(T  faites,  qu'il  avait  coûté  deux  mille  huit  cens  huit  livres  quatre  sols  tournois '''.n 
Le  grand  autel  était  alors  au  centre  du  chœur,  d'où  il  fut  déplacé  en  i6hli  et 
reporté  à  l'entrée  du  transept.  Au  centre  du  rond-point  était  l'autel  matutinal ,  ou 
de  Saint-Germain,  qu'on  remplaça  dans  la  suite  par  le  siège  abbatial,  et,  derrière, 
quatre  colonnes  portaient  la  magnifique  châsse  de  saint  Germain,  refaite,  en 
ilioS,  par  l'abbé  Guillaume (''.  Tout  à  côté  se  trouvait  le  puits  de  Saint-Germain, 
auquel  on  accédait  en  descendant  quelques  marches,  et  dont,  au  ix''  siècle,  l'eau 
était  réputée  excellente  pour  guérir  la  fièvre.  L'église  de  l'abbaye  possédait  un 
splendide  devant  d'autel,  donné  en  1609  par  l'abbé  Guillaume,  et  un  grand 
nombre  d'objets  d'orfèvrerie  fort  précieux ,  dont  on  trouve  des  dessins  dans  l'ou- 
vrage de  D.  Bouillart.  Elle  était  moins  riche  en  vieux  monuments,  et  n'en  comptait 
que  trois  ornés  d'une  statue  ou  d'une  mosaïque  :  c'étaient  ceux  de  Childebert,  de 
Chilpéric  et  de  Frédégonde;  mais  plusieurs  pierres  tombales  offraient  des  figures 
gravées  au  trait  avec  incrustations  de  marbre  blanc  sur  marbre  noir. 

Quelques-unes  des  inscriptions  que  renfermait  l'abbaye  ont  été  rapportées  pré- 
cédemment; voici  le  texte  des  autres  : 

GRANDE  ÉGLISE. 

Dans  un  caveau,  à  l'entrée  du  sanctuaire,  sur  une  dalle  funéraire  en  cuivre, 
où  était  gravée  la  figure  d'un  abbé  revêtu  des  ornements  pontificaux  : 

Hic  jacet  frater  Guillermus  ('*,  quondam  abbas  hujus  ecclesie,  doctor  regens  Parisius  in 

"'  D.  Bouillart,  p.  189.  —  ''^'  Y oirVomrageinliluU  Paris  et  ses  historiens,  p.  48a. —  '*' Guillaume  IH , 
dit  i'Évêque.  ^^^., 


1^'. 


r  I 


PAPî  nir 


ABBAYE  DE  SAINT-GERMAIN-DES-PRES.  115 

théologie  Facultate,  nunc  vero  vermis  et  non  home;  quo  nihil  fetidius,  uihil  horribilius,  et 
quasi  putredo  consumendus;  expectans  tamen  resurrectionem  mortuorum  et  vitam  eternam. 
Qui  obiit  anno  Domini  m  cccc  xviii  ,  undeeimo  die  mensis  decembris.  Orale  pro  eo. 

Dans  le  même  caveau  : 

Hanc  Deus  Osanna  mulicrem  dicta  Joanna, 
Que  fuit  in  mundo,  nunc  est  scrobis  abdita  fundo. 
Domni  Guiliermi  quondam  mater  fuit  hujus 
Patris  cenobii.  Requiescatspiritus  ejus. 
Anno  milleno,  cum  c  ter  et  octuageno 
Vicesimo  quinto,  clausa  sub  hoc  tumulo. 

Devant  le  grand  autel,  sur  la  tombe  en  marbre  de  l'abbé  Richard  d'Alri,  ou  de 
l'Aître  : 

Pater  noster. 

Hic  fragrans  nardus,  late  redolens  jacel  hic  ihus. 
SoUicitus  pastor,  publice  bonitatis  amator, 
Istius  ecciesie  iapsc  quondam  relevalor; 
Prudens  prelalus,  circumspeclus  vclut  Argus. 
Pastor  amabilis  et  venerabilis  omnibus  illis. 
Post  tua  tedia  det  tibi  gaudia  dulcia  ccli. 
Amen. 

Anno  milleno  ter  cent.  sept,  octuageno 
Idibus  in  julio  transiit  e  medio. 

Sur  un  caveau ,  près  des  marches  du  grand  autel ,  à  droite  : 

Hic  jacet  iilustrissima  princeps  Catharina  Borbonia,  Henrici  Borbonii,  principis  Condaei,  et 
Marias  de  Clèves  filia,  quae  annos  nata  21  obiit  Lutetiœ,  in  Castro  Luparœ,  die  3o  decembris 
1595. 

Dans  le  chœur,  derrière  la  tombe  de  l'abbé  Morard,  sur  une  dalle  usée,  en 
marbre  noir  incrusté  de  blanc,  et  couvrant  le  corps  de  l'abbé  Pierre  de  Cour- 
palay  : 


Consiliis  certus,  omni  bonitate  rcfertus. 
Pauperibus  largus,  circumspectus  velut  Argus. 
Qucm  clcrus  cbarum,  rex,  plebsliabuit  monacliique, 
In  vultu  clarum,  sobrium...  corpore  mundum. 
Traxit  aprilis  eum  1er  nonas  m.c  ter,  x  ter,  1  quater. 

Près  de  la  précédente  : 

Hic  jacet  bonc  memorie  (rater  Gaufridus  de  Cousturis,  quondam  abbas  hujus  nionasterii 


JIIIQLK  DU  VIEUX  PARIS 

l'ibus  et  loti  |H>)»ulo.  Qui  obiil  aano 

;,.c,-:.i  ;..  1. :.,.<) 

l'abbé  Fierre  : 

v  Pimre  Danès,  ea  Ma  vivent  évêque  de  Lavaur,  ins- 

ir  le  roy  Fraaçois  premier,  et  envoyé  pour  son 

'  '    "i^aiis  le  vingt-troisième  jour 


tiyure  »'! 
:  (  atdiii  ' 
;  ôs  el  dui  I  r 


^  ces  mots  :  non  quœ  super  terram, 
bienfaiteur  du  mort. 
'■<  ^"^)ib6  Guillaume  I'F-a^t.,.. 


i-()i^<  Djni--  j.iju'i»i,-iiMs,  régis  cousilianui) 
iiii,  aniio  Doniini  i558. 


lUUl  lii.  . ...    ^ 

varias  pro  r^ 
li  lit  exact* 


Muuj  oiim, 


;is. 


■ligna  suc. 
^ludiosius  egit, 
la  fata  Dec. 


entrai!  I 


.'irqueus  de  Belio»?,  jadis  chevalier  et  iiostre  sire,  le  Roy 

^avarre;  qui  trestfMMU  l'an  de  grâce  m.  eue  iiiii  le  uiercrcdy  après  Nj>stre 
•/.  Dieu  pour  l'ioM  de  luy. 


'V  gist  M*  Eu«tee^  de  Cbambeili,  ,  seigneur  du  Val,  qui  trespassa  le  lundy  de- 

'.  Saint  Marc  (RfMgélMte,  Tan  de  j>  >     m  ccc  xli.  Priez  Dieu  pour  l'âme  de  luy,  que  Dieu 

"■*«  merey. 


tu  .ormam, 

(y  gi«t  religit     ■  ^  et  honnesf- 

f>ui$  firaud  prieur  de  CM»  ^»e;  fils  ào  & 
a  dernit'Tt'  fframe;  qui  trespati- 
<  iiuiv  ui-  luy.  Amen. 


au  rond-point  du  chœur  : 

>n  de  Saint  Benoist,  jadis  trésorier  el  de- 

ie  Saint  Benoist,  jadis  de  Paris ,  e( 

<:ccc  xïxvii ,  le  xiv*  jour  d'aoust.  Dieu  ait 


Devant  la  port«  de  la  sacrislit  ne  grande  dalle  oi!i  étaient  gravées 

les  effigies  d'un  homme,  d'une  femm«>  et  d<*  s*'pt  enfants  : 

Cy  gist  noble  hou)rn«  Antoine  de  Lyon,  conseiller  du  Roy  et  auditeur  en  la  chajnbre  des 
comptes,  «leur  des  Landes  et  de  la  Motle-Cbamy;  qui  tnuftata  le  39  avril  i5^6. 


TOPOGRAPHIE  HISTORIOVE   DV  VIHVX  PARIS 


ABBAYE    DE     SAINT    GERMAIN     DES    PRÉS 

rOMBEAVX  ET  COS  \3BÈS  DP.COVV£R»6^N  1799. 


.ABBAYE  DE  SAINT-GERMAIN-DES-PRES.  •.         117 

Au  bas  de  la  même  tombe  on  lisait  : 

Conditurhoc  tumulo,  fatali  morte  peremptus, 

Clara  cui  semper  fama  superstes  erit. 
Viva  etenim  virtus  vivum  dédit  esse  Leonis 

Nomen  :  sic  vivo  nomine,  vive  Deo. 

Près  du  pilier  oriental  du  croisillon  méridional  : 

Hic  jacet  R.  P.  D.  Jacobus  du  Breul,  olim  abbas  Sancti  Hlidii  Clarom. ,  demum  prior  hujus 
monasterii,  regulae  observantia,  anliquitalis  peritia  et  operibus  editis  celebris.  Qui  obiit  die 
17  julii,  anno  Domini  161/1,  œtatis  86,  monach.  66.  Requiescat  in  pace.  Amen. 

Dans  la  nef  : 

Cy  gist comte  Chapon  (?)  de  Jaisne  la  Vieille,  qui  trespassa  l'an  de  grâce  m  ce  un"  xvui, 

le  dimanche  d'après  Pasques.  Priez  Dieu  pour  son  âme,  que  Dieu  bonne  mercy  luy  fasse. 
Amen. 

Autre  : 

Cy  gist  Juba  Alesi,  fils  de  Berault  Alesi  de  Sirie,  qui  trespassa  l'an  de  grâce  m  ce  iiii"xv,  le 
mardy  d'après  la  Sainl  Leu  Saint  Gilles  du  mois  de  septembre.  Priez  Dieu  que  bonne  mercy 
lui  fasse.  Amen. 

Autre  : 

Hic  jacel  dominus  Guillelmus  de  Faugereile  {alias  de  Fougeretto),  legum  professer,  decanus 
Nivernensis,  consiliarius  illustrissimi  et  potentissimi  ducis  Borbonie;  qui  obiit  die  veneris  ante 
festam  beati  démentis,  anno  Domini  h  cce  xxx  m.  Orate  pro  eo. 

Autre  : 

Sous  cette  même  tombe  repose  dame  Claude,  épouse  de  Guillaume  BouUanger,  seigneur  de 
Vaumesnil,  gouverneur  de  Chastillon-sur-Indre,  conseiller  d'état  et  premier  échanson  de  Mon- 
seigneur, fils  de  France,  fils  unique  du  Roy;  laquelle  décéda  le  3"  ou  9°  jour  de  may,  l'an 
i58i. 

Autre  : 

Hic  jacet  Guillelmus  Boullangerius,  dominus  de  Vaumesnil,  Francisco  regum  Henrici  secundi 
filio  et  Henrici  III  fratri  unico  ab  interioribus  consiliis  et  a  poculis  prepositorum  primas.  Obiit 
Lutelia;,  xi  cal.  april.  anno  1  596. 

Devant  le  grand  autel,  du  côté  du  nord,  autour  d'une  petite  pierre  tombale 
incrustée  de  lames  de  cuivre  et  joignant  un  pilier  : 

Cy  gist  François  de  Monceaux,  fils  de  noble  sieur  messire  François  de  Monceaux,  chevalier. 


4f« 


SHQIE  DU  VIEUX  PARIH 

me  de  la  Brovfl.  ûamff  àe  (*rwi\ :  c\u't  mourut  en 


^' 


iilta. 


r  de  MoUe-Uaiiit;  ; 

ii-s  de  l'Aigle,  •  ,<!)  In'sjj,  • 

.la-,  ;\ii  mois  de  juilJet.  Priez  Dieu  ( 


ciiapcllt'  ;i.iiin-v<rt?'"i" 


ccc  «11-,  le  mercredy  après 


/«cet  révérende  re< 

;  itensis,   o 

n  Dohiiai  «  cccc  ux.  Orate 


~  Herveus  Moriltop ,  quem  genuit  bassa  BriUunia ,  diocesis 

is  claris-  '  iiis  décore  venustus;  hujus  ccnobii 

!,"i  piissiii  ;:  ;i,  edificiorum  reslaurator,  eleemosi- 

'Miinibu  mus  mimster;  qui  obiitdie  \xv  februarii . 


Autre  sur  une  dalle  lunerane,  près  du  i;rand  autel  : 

(ly  gist  messirc  Jean  G»ôl1ii'  evalier,  seigneur  vicomte  d'Aguisy,  ihrésoiicr 

de  Milan  et  de  France,  en  la  charg«  et  thrësorein'  d'ouUre  Seine  et  Yonne,  gënëràl  des  finances 


du  Roy;  qui  Ircspassa  le  ja  octi'  ''  ^  ^ 

Et  au  pied  de  la  dallo  : 

Joanni   GroieritJ  li  !■,  Ualiiii 

Virtulum  OHiniuiT    ''  limiset»' 

diof^iss.  Anna  et  i  Jonius  et 

\xxvr.  Obiil  xi  calcnd.  novembris. 


pour  luv. 


•ri,  casliss.   Iideliso.    lategci'.  \.  l>. 

.iiutii;^  ..tn.Miliss.  observantiss.  stu- 

liss.  M.  M.  P.P.  Vixit 


iJaiis  la  chapelle  haiiii  ayuiphorien  : 


mine  dictus. 

!laiu^. 


Hic  jaret  abbas  ^lottaones  de 
ils  liic  moribuB  papa  Bu i 

■'    '       \pi:r  venerji  .   m. 

:^  vixit,  IIOI.  |i.  -    •  ■  ••«{l'Ill- 

»  Miini.  ^  l'i ,  L ,  1  lermortuus  in  { ?)«ano 
!)'  i.iubris  mense,  seplena  dena  die. 
bpiriUi»  ejus  in  pace  requiescat.  Amen 


-i"; 

IT" 

0) 

w 

a: 

Q. 

c/) 

UJ 

Q 

Z 

< 

< 

< 
21 

q; 

(2 

UJ 

< 

O 

tS) 

h 

< 

2 

_1 

< 

< 

0) 

UJ 

>■ 
< 

(Û 

DQ 

< 

•ABBAYE  DE  SAINT-GERMAIN-DES-PBES.  119 

Autre  : 

Anno  Domini  mcccviii,  die  sabbathi  ante  Epiphanian»  Domini,  obiit  nobilis  vir  Guiilelmus 
de  Orlento  (a/ta*  Alento),domiceHas,Lemovicensis  diocesis.  Cujus  anima  requiescat  in  pace. 

Autre  : 

Cy  gist  vénérable  homme  et  sage  messire  Jean  Ganrier  de  Chaalons,  avocat  du  Parlement 
du  Roy  nostre  sire;  qui  trespassa  le  x'  jour  de  febvrier,  Tan  de  grâce  m  ccc  xlviii.  Priez  Dieu 
pourluy. 

GRANDE  CHAPELLE  DE  LA  VIERGE. 

Les  tombes  de  la  grande  chapelle  étaient  placées,  dit  D.  Bouillart,  et  depuis 
ffles  degrez  de  l'autel  jusques  à  la  porte  du  chœur,  n  ce  qui  doit  s'entendre  de 
l'espace  correspondant  aux  troisième  et  quatrième  travées  de  l'édifice.  Ces  tombes 
étaient  en  outre  disposées  sur  six  rangs  parallèles  à  l'axe  du  vaisseau.  Le  pre- 
mier rang,  en  commençant  vers  le  nord,  était  formé  par  la  tombe  de  l'abbé 
Hugues  d'Issy,  par  deux  autres  dont  on  ne  pouvait  lire  les  inscriptions,  et  par  celle 
de  l'architecte  Pierre  de  Montreuil. 

Epitaphes  du  second  rang  : 

Hic  jacet  frater  Johannes  de  Prigniaco,  quondam  prior  hujus  monaslerii,  qui  tributum  na- 
turale  persolvit,  anno  Domini  u  ccclxii,  die  penuitima  junii.  Cujus  animam  Christus  perducat 
ad  gloriam.  Amen.  Orale  pro  eo. 

Cy  gist  dévote  et  religieuse  personne  frère  Philippe  le  Harle,  jadis  prieur  de  céans  et  prévost 
de  Thiais,  qui  trespassa  le  xvii'  jour  de  février,  Tan  de  grâce  m  ccc  et  vint.  Dieu  ait  l'ame  de  lui. 
Amen. 

Jehan  le  Harle,  écuyer,  seigneur  de  Parant  en  partie,  paunetier  du  Roy  nostre  sire, 
Charles  VI ,  nepveu  dudit  prieur,  a  fait  faire  ce  tombeau.  Lequel  a  servi  plusieurs  abbez  de  céans 
par  l'espace  de  xxxxvi  ans,  et  repose  au  cimetière.  H  trespassa  la  vigile  de  la  my  aoust  mil 
cccc  XXX.  Dieu  lui  fasse  mercy  et  à  tous  trespassez.  Amen. 

Cy  gist  Jehan  de  Coutures,  écuyer,  qui  trespassa  l'an  de  grâce  h  et  ccc  lv,  le  xvi  jour  de  mars. 
Priez  pour  l'ame  de  li. 

Ici  gist  Agnès,  jadis  femme  de  mestre  Raoul  de  Modferel,  qui  trespassa  en  l'an  de  grâce 
«  ce  Lxxx  et  V,  la  veille  de  la  Manceiche  '•',  Priez  pour  elle. 

Hic  jacet  bone  memorie  frater  Johannes  Bély,  quondam  succentor  hujus  ecclesie,  qui  obiit 
anno  Domini  millesimo  quadringentesimo  tertio  decimo,  in  vigilia  sancti  Andrée.  Orate  pro  eo. 

'"'  Le  a4  mars. 


cibii 


fnnnr.p  »  niiiF  îif«;Tnnrni  inp.i^ 


Sanguifir  ffnvlarus.  sihi  «rdine  na'i. 

Impif;  is  aInicy^ 

P__  -t.  ■■■ 

In  (fT 
F- 


Uoreto, 
(^briste,  quietem. 

^  cl  miserator.  Arnpo. 

Il  oiidam  camerarius  hujusecclesie;  ih  quo  sensus 

iumIivi.  pcTDat.pace  fruatur.  Amen. 

i'otrus  de  (•  ....  Ui.^..,... >i;ius  istius  ecclesie,  vir  prudentissi- 

III  Domipi  »  i;io  mensis  junii.  Anima  ejus  requiescat  in  pace. 


ii;iii;r;(i)ilis  magister in  fincui.  Istius  erciesie 

(?)  et  octogesimo  secundo,  in  \igilia  apoïtoloruni 
«rdiam  Dei  requiescat  it>  p«c«.  Amen. 


'»,  qui  feoi  lot  mala:  quero 
i'isto  'i'  l'-ne  spero. 
.[  .  des  sibi  ne  jus 

■*  plus  peccasse  reo  scil. 


K',  fiijHs  anima  prcciosis  pre- 
I  pace.  Amen,  m  ce.  l\\\  fl  mi. 


de  là  Counarie,  qui  Irespassa  Tan 
■i;  qu'iJ  ait  merci  de  s'amc. 

as  de  Theodosio.  qui  obiit  anno  Domini 


TOPOGRAPHIE    H1ST0R1Q.VE    DV   VIEVX    PARIS 


Façade     latérale 


Echelle  de  U  PKÇAdt  o 

h" I 


10  Mitres 
-' 1 


f-chelledoPian     *   i    »  a  »   *" 


20  U êtres. 

H 


J,SulpiB  d«l  eiftc. 


ABBAYE    SAINT    GERMAIN     DES    PRÈS 


PALAIS     A  B  B  /.   r  1  A  1 


ABBAYE  DE  SAINT-GERMAIN-DES-PRES.  121 

Cinquième  rang  : 

Ecce  prior  magnus,  jam  dudum  mitis  ut  agnus, 
Simon  formosus,  sapiens  et  religiosus, 
De  Montelleto  generoso  germine  natus. 
Cujus,  siplacet,  o  pie  Rex,  absterge  reatus. 

Cy  gisl  Jehans  de  Laigle,  escuyer,  qui  trespassa  l'an  de  grâce  h  ccc  et  xvii,  le  vendredi  après 
saint  Barnabe. . .  Priez  pour  l'ame  de  li. 

Cy  gist  Regnauid  de  Camps,  escuyer,  nés  de  Picardie,  jadis  lieutenant  du  chastelain  et  con- 
cierge du  Louvre;  qui  trespassa  à  Paris,  en  l'ostel  des  escoliers  de  Dainvilie,  devant  seint  Cosme 
et  seint  Damieu,  le  xxi  jour  d'avril  m  ccc  lxxx  et  v.  Priez  pour  l'ame  de  luy. 

Sixième  rang  : 

Hic  jacet  fraler  Henricus  de  Monte  Calvelo,  monachus  islius  ecclesie,  qui,  prepositus  Ville 
Nove  Sancii  Georgii,  obiil  anno  Domini  m  ce  nonagesimo,  vi  idus  februarii.  Anima  ejus  re- 
quiescat  in  pace. 

Annis  milleois  tricenis  et  quadragenis 
Octonis,  mensis  decembris  totque  calendis 
Migralus,  medici  [pre]  Adani(?)  positus  lci[aci] 
Parisius  juxta,  Sancti  Germani  cenobita. 
lllius  absque  mora  (itulum  qui  legeris,  ora. 

Hic  jacet  fréter  Petrus  Herouardi,  quondani  oflicial[is]  hujus  ecclesie,  qui  obiitanno  Doniini 
M  ccc  ocluagesimo  seplimo,  sexto  idus  julii,  décima  die  mensis  predicti.  Orale  pro  eo. 

Epilaphe  de  l'abbé  Mcolas  de  Ledit,  aussi  enterré  dans  la  chapelle  de  la 
Vierge  : 

Sub  lapide  (in?)  XPO  requiescil  nunc  de  Ladito 
Nicolaus  abbas.  Si  sexto  julii  tradas 
Idus,  reperias  cum  clauditur  ultima  dies. 
Anno  milleno  trecenlo  quater  quindeno, 
Adjunclo  primo.  El''  cœlo  levet  ab  imo.  Amen. 

Devant  le  portail  de  la  cliapelle  : 

Cy  gist  Alixandre,  moyne  de  ceste  église,  qui  fist  mettre  en  argent  le  menton  seint  Vincent 
et  le  chef  seint  Aman  et  le  pie  des  Innocens;  qui  toujours  en  son  vivant  fu  preud'homme  et 
vayllant.  Priez  pour  l'ame  de  lui. 

In  me  mors  sévit  puero,  sic  tibi  inolcvit  : 
Prosternit  juvenem  sepius  ante  senem. 
Monacbus,  abbatisque  nepos  de  stirpe  Johannis, 
Paucis  annis  vixi. 

'•'  «El,  nom  hébreu  signifiant  force  et  vertu,  se  prend  pour  Dieu,  comme  l'interprète  sainct  Hierosme,» 
(lit  Du  Breui. 

III.  lO 


?^nf.f^  <r!t!  'UlOtit    ...      .    .iilS. 

'■    S»"inl  0(>ni»iiii  ilt'«  Pr<-/  flo  Paris. 


1'  ViUemer. 
-«iHUosnier 


iilit.  '■>•■■  '  •    ■■■lia.  grala  columba  . 
•  ii'dii,  ciilmen  honorum  , 

v.ns  auiictus 
iplui  hères. 
1  Mtler,  miserere, 

"t    I.  .      It'-ri^l       ■■■■r-i 

i>  S. 


■<'('').  in   !:  ■■  nus  islîus  ecclesie  et  prepositus  de  .Aiiloniaco, 
kiil'!.  '         iii-iiaril.    Viiiiii,-!  film  i'i'iiiiii'<i-nt  in  nHre.  Amen. 

'   i<i  jue  juris  (locLur,  el  tu  )uacliU8  istiu»  ecclesie 


lejaces,  n-roh  qui  dignus  in  hac  es 
<  :  ita  le  taudant  el  lua  vita. 
'.lirisli  vivons  bona  muita  dedisti, 
.>\t>  quod  cmdil  nemo  jocaJe. 

n'riju>   iM  rwr  n    iMMmi'nciîii  lU'"'    ùr   iniil>.  nul 

ii  i;,  |iiarto,  die  vigesiina  quintfl  inensis  oclobris. 


'^acieis,  uli'  'lesie  Beali  Hilarii  Pictaviensi^ , 

t'esto  beH  -iisle,  4innn  Domini  m  ce  lxxti. 


►^valier,  qui  trespassa....  eu  l'an  de  grai 


iim  ai>L>a»  Saiicli  Maglorii  Paris,  qui  laudabiliUr 
>mini  m  ccc  xxvrii,  .\ii  kalendas  novembris.  Orate 


antiquité  d'an  moins  quatre  cents  ans,  ce  qui  éqiii 
■int  à  dire  qu"eHp9  dataient  environ  de  l'an  i3oo. 


TOPOGRAPHIE  H1ST0RIQ,VE  DV  VIEVX  PARIS, 


Coupe     sur     le     Jardin 


:  ov.pt!  o        i        a        3       ^        5 


£chcUc  du  PlAi)       e    I    a   5  Ji    6 


20  Me '.ri 

H 


ABBAYE    SAINT   GERMAIN     DES    PRÉS 


ABBAYE  DE  SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS. 

Hic  doctor  Clemens  habuit  cor  nobile,  cleinens. 
Est  signum  vehemens  quod  XPC  erit  sibi  clemens. 
Prudens  canonicus  fuit  olim  Parisiensis, 
Et  Laudunensis  archilevila  pudicus. 


123 


Autre  épitaphe  : 

Cy  gist  noble  homme  Jean  de  Gabre,  secrétaire  du  Roy  et  greffier  du  greffe  et  de  la  ville  et 
vicairerie  de  Toulouze,  lequel  décéda  le  1 3"  jour  de  janvier  i55/i.  Priez  Dieu  pour  son  ame. 

Cy  gisent  nobles  personnes  Antoine  de  Cion,  conseiller  du  Roy  nostre  sire,  et  auditeur  en  sa 

chambre  des  comptes  à  Paris,  s'  des qui  trespassa  le  29" jour  d'avril  i556;  et  damoiselle 

Perrette  du  Prés,  sa  femme ,  qui  trespassa  le jour  de l'an  mil 


Les  armes  de  l'abbaye  étaient  :  d'azur  à  trois  Jleurs  de  lys  d'or,  à  cause  de  la  fon- 
dation royale,  avec  un  écu  en  abîme,  de  sable  à  trois  lésants  d'argent,  que  l'on  di- 
sait être  le  blason  de  saint  Germain  lui-même.  On  le  trouve  aussi  sous  une  autre 
forme;  l'écu  en  abime  s'est  agrandi,  et  l'azur  des  armes  de  France,  chargé  de 
six  fleurs  de  lys  d'or,  n'en  forme  plus  que  la  bordure. 


L'abbaye,  étant  une  des  grandes  juridictions  de  la  banlieue  de  Paris,  a  dû  s'af- 
lirmer  par  des  actes  nombreux,  et  elle  les  a  authentiqués  en  y  faisant  apposer  tantôt 
le  sceau  impersonnel  du  monastère,  tantôt  le  sceau  personnel  des  abbés  et  des 
divers  officiers  claustraux'''.  Ces  actes,  conservés  en  partie  aux  Archives  nationales, 


'''  Feu  Berly  n'avait  pas  donné  à  cette  partie  de 
son  travail  fimportance  qui  lui  appartient:  il  avait 
indiqué  quelques  sceaux  8eulenient,et  les  avait  dé- 
crits d'une  façon  sommaire,  sans  distinguer  sutTi- 
samment  les  sceaux  de  l'abbaye,  ceux  des  abbés  et 
ceux  des  oflîeiers  claustraux.  Il  nous  a  paru  que  la 
monographie  de  Saint-Germain-des-Prés  exigeait, 
uu  point  de  vue  sphragistiquc,  un  développement 
plus  considérable.  Nous  avons  donc  fait  recueillir, 


aux  Archives  nationales,  les  sceaux  les  mieux  carac- 
térisés ,  dans  chaque  catégorie.  Les  uns  ont  été  gravés 
sur  bois,  pour  être  intercalés  dans  le  texte;  les  au- 
tres ont  été  rangés  symétriquement,  de  manière  à 
former  deux  planches  consacrées,  la  première  aux 
abbés,  la  seconde  aux  officiers  chargés  de  fadminis- 
Iration  temporelle  du  monastère.  Ce  travail,  et  les 
explications  dont  il  fallait  l'accompagner,  ont  exigé 
la  refonte  complète  du  texte  de  l'auteur.  —  1..  m.  t. 

16. 


.  ■       ;    [  .    jlïdliu    HT'"  I  il»:(.>   1I^M^:^ 

'•'.':.■  iiiairf'riu'nt   ri^llp  iii- 

iionast^r»'     le  premier,  appeiidu  à  une 

ut  Germain  debout,  vu 

in  costuiiu'  dévèque,  bénissant  de  la  main 

n"  Il  de  la  première  planche). 

i ISIS  EPISCOPI.  Le  second  sceau 

il  semble  remonter,  au  moyen 

•  I-     l't   nV'ii    <lifTi*'i'f'  f(HP    ii;ir   (Ifs 

issi  de  forme  ogivale;  ces  dignitaires 
titrés  et  bénissant  ou  tenant  un  livre, 
l'année  1 1 38,  époque  où  Hugues  II! 
^pect.  Il  représente  un  personnage 
It'urdelysé  et  de  la  main  gauche  un 

sible,  c'est  celui-ci  : 3I6"ILLVM; 

à  un  accord  entre  l'abbé  de  Saint- 
Villeneuve  et  de  Valenton  (voirie 


:|!|l 


représenté ,  sur  un  sceau  de  cette  même 

l'titat  fruste  de  l'empreinte  permet  d'en 

t  un  livre  de  la  main  gauche;  la  légende 

CÏ  6-ERMRNI  PfiRISlENSIS. 


>3/i,  est  plus  distinct,  et  la 
ttnnage  a  la  même  altitude. 


TOPOGRAPHIE    HISTORIQVE    DV    VIEVX    PARIS 


E«L4uCo«p«t  \^nh\- 1  ■  ■), 


F  ï  !  ^  ;  r.      /.  b  b  ià  1 1  o- 1  B  t    P  l  &  Ii 


S-kti'-   i-.  r;»ii      I  I  I      I      I      I      I      I 
-H 1 1 1 h 


J  Salpia  4»\  ?i  >c 


ABBAYE    S'"    GERMAIN     DES    PRES 


I.S     DV    PALAIS     AB  FIA  , 


\BBAYE  DE  SAIM-GERMAIN-DES-PUÉS.  125 

et  la  Ugemh,  fort  lisible,  est  ainsi  conçue  :  *  S  •  ODONIS  HBBÏS  S  •  6'ERMHNI 
D  •  PRRTIS  •  PRR  . 


Un  contre-sceau  du  même  dignitaire  et  de  la  même  année,  montre  une  tête 
rasée  avec  la  couronne  monacale,  de  profil,  tournée  à  gauche,  avec  la  légende 
suivante,  qui  est  celle  des  anciens  rois  de  Navarre  :  *  CRRCIR  DÏ  SVM  ID  avOD 
SVM 


Ce  contre-sceau,  (jui  est  de  petite  dimension  et  de  forme  ronde,  présente  une 
certaine  originalité. 

Thomas  de  Mauléon,  lun  des  abbés  dont  l'administration  a  été  la  plus  active 
et  la  plus  féconde,  a  authentiqué  ses  actes  d'un  sceau,  que  nous  reproduisons  au 
n"  111  de  la  première  planche,  et  qui  représente  le  type  abbatial  ordinaire,  ac- 
costé de  deux  quartes-feuilles.  La  légende,  qui  se  lit  dillicilement,  porte  ces  mots 
et  ces  parties  de  mots  :  *  S'  TIjOM..  ..BATIS  S flNI  De  PRilTIS.  Le  contre- 
sceau,  en  forme  de  losange  (n^VI).  oflre  un  buste  d'évètjue,  entouré  de  la  lé- 
gende :  *  SfiNCTVS  CERMilNVS.  L'acte  est  de  l'année  i-iSi. 

Le  sceau  de  l'abbé  Raymond  (i985)  nous  offre  également  deux  empreintes. 
La  face  représente,  comme  toujours,  l'abbé  crosse,  mitre  et  bénissant,  avec  la 
légende  :  S  •  R  •  DÏ  GRR  HBBIS  SCÎ  GMR\  D  PTIS  PflRISIEH.  Le  revers,  ou 
contre-sceau,  de  forme  ronde  comme  celui  de  l'abbé  Eudes,  que  nous  avons  re- 
produit plus  haut,  porte  ces  mots  :  *  SECRETVM  stï  CERMRNI.  (Voiries  n"'  IV 
et  V  de  la  planche  première.) 


I3H 


)-,, 


I ,  d  iait  usage  ut'  .sct'dux  d  un  type  dil!»'»- 
le  forme  ogivale,  l'autre  de  forme  circu- 
I  représent»''  en  costume  d'abbé ,  sous  une 
ie:S:FRIS:I0HiS:ABBÎS:SCl:6'ERMANl: 


M  lue  rondt ,  *..    ijuus  présenle  qu  un  contre-b- <  o-i.  sur 

nu  un  évoque  nimbé,  vu  de  face  et  à  mi-corps,  se  dé- 

«laire,  avec  la  légende  suivante  :  SfiNCTVS  ffeRMHNVS 


iiis.^aiii 


lui. 


\. 


fleiu  : 
ABBIS 
mière  s 


tard  |( 

-  une  n»^ 

droite . 


•R. 


le  sceau  de  Guillaume  III  nous  offre-  «ne 

ique,  du  flï«^.iïie  style  que  .celle  de  Jean  1\  . 

■  > ut ,  en  costume  épiscopal,  bé^ 

:c,  crosse,  miti'é  et  agenouillé  devant 

trois  bcsants  d'argent  et  à  la  bordure 

lus  haut.  La  légende  est  :  S  ffVlLLERMl 

PHRISIVS.  (Voir  le  n»  VII  de  la  pi. 


est  em  ar  le  coBtre-sceau  de  l'abbé  Hei\f 

chargé  duadrofion  adé,  avec  une  crosse  en  pal  «i 
VERMHNl.f  Voir  le  n°  VIII  de  la  même  plancli* 


TOPOGRAPHIE    HISTORIOVE   DY  VIEVX   PARIS 


IX. 


i«««rni«r  dc]-&ac- 


SCEAVX  DES  ABBÉS  DE  SAINT  GERMAIN  DES  PRÉS 

'■  Sceau  de  Hugues  111  (ip58i     Il.Sceaude  1216     II!. Sceaude  Thomas  deMauleon  'i25i  »     IV,  Contre-Sceau  deThomas  de  Mauleoii 
V.Seeau  de  Raymond, (128b)     V!, Contre-Sceau  de  Rajmond    Vil.  Sceau  de  Guillaume  111  liSgg)     VIII,Coiiii-e  Sceau  de  lAbbc  Hervé  (i.'iiSI, 

IX.  Sceau  de  Henri  de  Bourbon.  Abb*  Commendataire  Ii663l 


vin 


'  i  lA^^'. 


(EAVX  DESOF 


128  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

La  fin  du  xiv"  siècle  nous  offre  un  sceau  d'aspect  assez  original  :  c'est  celui  de 
la  pitancerie,  office  spécial  du  réfectoire.  Ce  sceau,  qui  porte  la  date  de  1896, 
est  de  forme  ogivale  et  représente  un  moine  debout,  tenant  un  couteau  d'une 
main  et  un  poisson  de  l'autre;  au  bas,  à  dextre,  se  voit  la  fleur  de  lys  accoutumée, 
et  à  sénestre  une  rose  ou  quinte-feuille.  Sous  la  terrasse  est  gravé  l'écu  du  mo- 
nastère :  de  sable,  à  trois  besants  d'or,  posés  deux  et  un,  à  la  crosse  abbatiale  bro- 
chant sur  le  tout  et  à  la  bordure  fleurdelysée.  La  légende  porte  ces  mots  :  (S .  PI- 
TAiNCIflRIE  SCI  6"ERMilHI  DE  PRRTIS  iVSTfl  PJl(R).  Le  contre-sceau  ,  dépourvu 
de  toute  légende,  montre  un  médaillon  à  quatre  lobes  et  quatre  pointes,  conte- 
nant deux  fleurs  de  lys  et  un  poisson.  (N"*  Vil  et  VIII  de  la  seconde  planche.) 

Dans  la  série  des  sceaux  personnels  figure,  en  première  ligne  chronologique, 
celui  du  prieur  Eudes,  qui  porte  la  date  de  1228,  époque  ofi  son  homonyme  — 
lui-même  peut-être,  cumulant  les  deux  fonctions  —  gouvernait  le  monastère.  Le 
prieur  est  représenté  à  gauche,  de  profil,  assis  sous  un  clocheton  qui  surmonte 
une  stalle,  et  hsant  dans  un  livre  ouvert  sur  un  pupitre.  La  légende  offre  ces  mots  : 
S  ODoniS  PRIORIS  soi  ffeRMAni  PRR.  Le  siège  et  le  pupitre  offrent  des  détails 
très-curieux.  (N"  IX  de  la  seconde  planche.) 

Vingt  ans  plus  tard,  en  1  2  5  3,  nous  rencontrons  le  sceau  de  Galeran  ou  Valeran, 
camérier  ou  chambrier  de  l'abbave.  Ce  personnage  est  représenté  debout,  vu  de 
face,  et  tenant  à  la  main  une  clef,  ou  peut-être  des  ciseaux;  l'indécision  du  dessin 
et  l'usure  de  l'ernpieinte  ne  permettent  pas  de  distinguer.  On  lit  autour  celte  lé- 
gende :  (S)  VilLERflNDI  CflMERflRII  S  •  6"ERM  D  •  P  •  TIS  (PAR  •) 

En  1270,  nouveau  sceau  du  prieur  de  l'abbaye,  personnage  considérable  qui, 
après  l'abbé,  occupait  le  premier  rang  dans  la  hiérarchie  monastique.  L'empreinte 
nous  montre  deux  saints  personnages  debout  et  priant  dans  une  niche,  ou  stalle 
géminée;  à  droite,  saint  Vincent,  et  à  gauche,  saint  Germain.  La  légende  :  S  av- 
MONIS  PCRIS  SCT  gUr  PRR,  nous  apprend  que  nous  avons  sous  les  yeux  le 
sceau  de  Simon,  prieur  du  monastère.  (N°  V  de  la  seconde  planche.) 

Enfin,  à  une  époque  indéterminée,  se  place  le  sceau  d'un  des  trésoriers  de 
l'abbaye.  Ce  ministre  des  finances  monastiques  ne  s'est  pas  fait  représenter  lui- 
même  sur  le  sceau  dont  il  faisait  usage  pour  les  actes  de  sa  gestion.  11  y  a  fait 
graver  deux  dés,  instruments  de  calcul,  entre  deux  chandeliers.  Rien  de  plus 
clair  que  cette  figuration  emblématique  :  les  comptes  de  l'abbaye  se  font  en  pleine 
lumière;  rien  de  ténébreux  dans  le  maniement  des  deniers  du  monastère.  La  lé- 
gende porte  ces  mots  :  S  IOI7IS  TiySRV...  m  D  PRRTIS  PRR.  (N"  X  de  la  se- 
conde planche.) 

Une  monographie  détaillée  de  l'abbaye  comporterait  beaucoup  d'autres  ren- 
seignements; mais  nous  ne  devons  point  oublier  que  la  nôtre  a  plus  particulière- 


lj« 


1^  iiit  (ti 


f  a  MCIflR! 

(le  toulp  lé 

nant  «l*  h  de  ly^ 


d'aspect  assez  original 
(Je  sceau,  qui  porte  la  dalt 
!  moine  debout,  tenant  un  cod 
•  dextre,  se  voit  la  fleur  de  Ivs  m 
^  ""-  la  terrasse  est  gravé  i't'cu 
l'ux  et  un,  à  la  crosse  abbati 
^ée.  La  légende  porte  ces  mots 
s  ivsTfi  PH{R).  Le  contre-sceau 
<(uatre  lobes  et  quatre  pointe» 
VIII  de  la  seconde  plam- 


■      ^  la  seiio  (Ic- 
- .  .:,.   >ti  prieur  Hii' 
lin  iiuMUC  ppuf-i*t! 

l'st  repi' 
uiM-  stalle,  et  II- 
S  ODOniS  PRIORI^ 
r-'s-curienx.  (N"  T 

Vingt  au8  plus  ta*  • 
camérier  ou  clu' 
face,  et  tenant 
et  l'usure  do  !"< 
gende  i{S)  Vi. 

En  1971' 

flfprès  l'abbi 

nous  montre  «f 

t^ninée;  à  dn 

MONIS  PORIS  ^ 

'le  Simo' 

.i    111' 
l'a,. 

•même  »or  Je  m 
graver  d««x  dt 
clair  q- 


lire,  en  première  ligne  chronol 
.-  1..  M,ii.-  -ie  1228,  époque  où  son  bomon 
ùit  les  deux  fonctions  —  gouvernait  le  monast 
ijche,  de  profd,  assis  sous  un  clocheton  qui  st 
1  livre  ouvert  sur  un  pupitre.  La  légende  offre  c*- 
9RMfini  PAR.  Le  siège  et  le  pupitre  offrent  de- 
econde  planche.) 
-41 12  53,  nous  rencontrons  le  sceau  de  Galerau  ou  \ 
de  l'abbaye.  Ce  personnage  fest  représenté  de) 
Il  une  clef,  ou  peut-être  des  ciseaux;  l'indécision  n 
1-  n«'  M^-rmettent  pas  de  distinguer.  On  lit  autour  ' 
»i        .rlERHRII  S  •  6'ERM  D  •  P  •  TIS  (PAR  •) 
sceau  du  prieur  de  l'abbaye,  personnage  considéra; 
le  premier  rang  dans  la  hiérarchie  monastique.  L'eu 
ts  personnages  debout  et  priant  dans  une  nicli  i 

it  Vincent,  et  à  gauche,  saint  Germain.  La  légende  :  S  ev 
:'i  PHR,  nous  apprend  que  nous  avons  sous  ' 
du  monastère.  (N"  V  de  la  seconde  planche.) 
,.  H,,l,'!ornunée,  se  place  le  sceau  d'un  des  l 
ncps  monastiques  ne  s'est  pas  fait  rop> 
•lit  il  fai  ;je  pour  les  actes  de  sa  ge- 

iimenls  de  calcul,  ftntre  deux  chandeliers.  W 

•tibléni'  mptes  dç  l'abbaye  se  font  en  pi 

V  dans  k'  nianietnent  des  deniers  di 
!Ol,IS  T»>SHV  m  D  PRRTÏS  PAR. 


t'IlIC 


détaillé»'  ...      umporterait  beaucoup  d'auli 

nous  ne  de*  ni  oublier  que  la  nôtre  a  plus  particulii 


ABB'AYE  DE  SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS.  129 

ment  le  caractère  lopographiqiie.  Nous  renvoyons  donc  au  savant  ouvrage  de 
D.  Bouillart,  aux  grands  recueils  des  Bénédictins,  continués  de  nos  jours  par 
l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres,  ainsi  qu'à  l'excellente  réédition  de 
labbé  Lebeuf,  donnée  par  M.  H.  Cocheris,  pour  tout  ce  qui  concerne  l'histoire 
religieuse,  civile  et  littéraire  de  Saint-Germain-des-Prés.  , 


RUE  D'ENFER.  133 

des  deux  grands  lots  provenant  du  morcellement  de  l'hôtel  de  Taranne.  En 
1 696 ,  après  avoir  appartenu  à  Séraphin  du  Tillet,  greffier  civil  au  Parlement,  elle 
était  possédée  par  M""  de  Vaumesnil.  Dans  le  milieu  du  siècle  suivant,  la  pro- 
priété était  remplacée  par  cinq  maisons  faisant  front  tant  sur  la  rue  de  l'Égout  que 
sur  la  place  Saint-Benoît,  et  par  trois  autres  sur  la  rue  Taranne.  La  première  des 
maisons  construites  sur  son  emplacement,  celle  oi!l  a  été  ouvert  le  passage  du 
Dragon,  s'appelait,  en  1  687,  l'Académie  du  sieur  de  Longpré,  et  elle  renfermait  un 
manège  dès  i65a. 


RUE   D'ENFER. 

La  rue  d'Enfer  commençait  aux  fossés  de  la  ville,  devant  la  porte  Saint-Michel, 
à  l'extrémité  de  la  rue  des  Francs-Bourgeois,  et,  après  un  certain  parcours,  elle 
se  transformait  en  un  chemin  de  très-médiocre  importance,  qui  menait  vers  Mont- 
rouge;  mais  ce  chemin  dépendait  du  faubourg  Saint-Jacques,  et  nous  en  repar- 
lerons en  son  lieu.  La  partie  de  la  rue  d'Enfer  comprise  entre  les  fossés  et  l'ancien 
chemin  de  Vanves,  ou  d'issy,  se  rattache  seule  au  faubourg  Saint-Germain,  dont 
elle  constituait  une  limite.  Continuant  la  rue  de  la  Harpe,  elle  remplaçait  une 
voie  gallo-romaine,  sur  laquelle  s'embranchait  le  chemin  de  Vanves,  et  on  ne  la 
considérait  généralement  que  comme  un  tronçon  de  celui-ci.  Il  y  est  ainsi  fait 
allusion  sous  le  nom  de  cheminum  Issiaci  dans  la  sentence  de  1210,  relative  aux 
bornes  de  la  paroisse  Saint-Sulpice,  et  elle  a  été  désignée  par  la  formule  via  qua 
itur  apud  Vallem  iiridem,  en  1  25 1 ,  ainsi  que  par  une  formule  analogue,  en  1  2  65(". 
Suivant  Jaillot,  elle  aurait  été  dite,  en  i958,  «rue  de  la  Porte  Gibart,^  et  nous 
la  trouvons  énoncée  «rue  par  laquelle  on  va  de  la  porte  Saint  Michel  aux  Char- 
«treux,ii  en  i635;  a  chemin  par  où  l'on  va  de  ladite  porte  Saint  Michel  au 
«clos  des  Chartreux,'))  en  i453;  tr chemin  tendant  de  la  porte  Saint  Michel  au 
(T couvent  des  Chartreux,))  en  1018;  rgrant  chemyn  de  la  porte  Sainct  Michel 
ftallant  aux  Chartreux, a  en  i5/i5;  crrue  tendant  aux  Chartreux.))  en  1682,  et 
cr rue  des  Chartreux ,))  en  1671,  i58i,  1687,  etc. 

Aussi  bien,  dans  la  seconde  moitié  du  x\f  siècle,  la  partie  de  la  rue  d'Enfer 
dont  nous  parlons  a  commencé  à  n'être  plus  distinguée  du  chemin  conduisant  à 
Montrouge,  avec  lequel  elle  s'est  confondue,  et,  en  conséquence,  elle  a  reçu  les 
mêmes  dénominations  de  rue  Neuve,  rue  Neuve-Saint-Michel  et  Saint-Louis.  C'est 

'''  Nous  ne  connaissons  aucun  ancien  exemple  (lu  de  Vauvert.  "  La  rue  d'Enfer  ne  pouvait  guère  uié- 

nom  de  rve  de  Vauvert,  cité  par  Jaillot,  qui  a  peut-  riter  le  nom  de  rue  avant  d'être  bordée  de  maisons, 

être  un  peu  cflufondu  les  époques;  mais  nous  avons  et  elle  ne  l'était  point  encore  au  temps  de  Fran- 

lu  dans  un  titre  de  1680  :  tfrue  d'Enfer,  autrement  çoig  |"_ 


134  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

au  tronc  commun  des  deux  voies  —  celle  du  faubourg  Saint-Germain  et  celle  du 
faubourg  Saint-Jacques  —  qu'a  spécialement  été  appliquée  l'appellation  de  rue 
d'Enfer;  nous  le  croyons  du  moins,  parce  que  la  première  mention  que  nous 
ayons  découverte  de  la  rue  d'Enfer,  avec  ce  vocable,  ne  date  que  de  loGg,  et 
qu'elle  est  constamment  désignée  d'une  manière  différente  dans  tous  les  docu- 
ments, en  assez  grand  nombre,  oi'i  il  en  est  question  antérieurement.  Nous  ferons 
observer,  de  plus,  que  le  nom  de  rue  d'Enfer  n'a  guère  été  employé  avant  le  règne 
de  Louis  XIII,  et  que  l'on  écrivait  encore  crrue  Saint  Michel  lez  Paris  n  en  1629. 
On  a  dit,  en  outre,  rue  des  Pavillons  vers  1  689. 

Suivant  Piganiol,  dont  l'opinion  a  été  adoptée  par  Jaillot,  le  nom  de  la  rue 
d'Enfer  proviendrait  de  sa  situation,  moins  élevée  que  colle  de  la  rue  Saint- 
.lacques;  mais  nous  rejetterons  obstinément  cette  hypothèse,  tant  que  l'on  ne  nous 
aura  pas  prouvé  qu'il  existe  des  documents  où  la  rue  Saint-Jacques  est  qualifiée 
de  via  superior,  et  la  rue  d'Enfer  de  via  injerior  ou  inféra,  comme  on  trouve  com- 
mode de  l'imaginer  afin  de  justifier  l'élymologie'*'.  Il  est  infiniment  plus  probable 
que  la  rue  d'Enfer,  autrement  Saint-Michel,  a  emprunté  son  nom  à  la  porte  voi- 
sine, pareillement  dite  d'Enfer  ou  Saint-Michel,  et  le  fait  semble  en  quelque 
sorte  évident.  Il  est  possible  aussi  que  le  mot  enfer  ait  réveillé  le  souvenir  de  la 
tradition  populaire  sur  les  démons,  anciens  hôtes  de  Vauvert,  et  que  tel  soit  le 
principal  motif  pour  lequel  l'appellation  de  rue  d'Enfer  a  fini  par  prévaloir  sur  les 
deux  ou  trois  autres  qui  ont  été  également  en  usage.  On  remarquera  qu'elle  ap- 
paraît simultanément  au  faubourg  de  la  rive  gauche  et  dans  la  Cité,  où  elle  ne 
saurait  assurément  s'expliquer  par  une  légende  fantastique. 

Au  \i\f  siècle,  le  voisinage  du  coin  formé  par  la  rue  d'Enfer  et  le  chemih  de 
Vanves  se  nommait  ffl'Ourmele  Royn  (1299),  Ulmeolum  Régis  (1996),  à  cause 
de  quelque  ormeau  qui  s'élevait  là,  à  la  façon  de  ceux  (ju'on  était  dans  l'habiliide 
do  planter  aux  carrefours.  La  ferme  de  1  Hôtel-Dieu,  située  en  cet  endroit,  est 
énoncée  dans  une  charte  de  1  266  :  irLltra  portam  Gihardi,  ah  oppositis  vinearum 
frdomini  Régis,  in  cuneo,  ad  Urmetellum,  juxta  viam  por  quam  itur  ad  Vallem 
rt  Viridam  (sic).-n 

Le  pavé  de  la  rue  d'Enfer,  depuis  la  porte  Saint-Michel  jusqu'au  monastère 
des  Chartreux,  fut  fait  aux  frais  de  Thierry  de  Lyencourt  f"^*,  l'un  des  bienfaiteurs 


'''  Quoi  qu'en  dise  l'auteur,  et  malgré  l'absence 
de  docuinenls  écrits,  la  rue  d'Enfer  était  réellement 
une  via  mferior.  Sa  situation ,  par  rapport  à  la  grande 
voie  de  la  rue  Saint -Jacques,  son  niveau  moins 
élevé ,  son  importance  secondaire  et  son  rôle  sup- 
plémentaire l'indiquent  clairement.  Il  en  existait 
d'ailleurs  un  autre  exemple  aussi  concluant  :  c'est 
celui  que  présentait  la  rue  d'Enfer  en  la  Cité,  lon- 
geant extérieurement  le  rempart  gidio-romain.  Au 


reste,  quelques  lignes  plus  loin,  l'auteur  infirme 
lui-même  son  opinion,  en  signalant  la  simultanéité 
chronologique  d'appellation  des  deux  rues,  et  en 
admettant  implicitement  que  la  rue  d'Enfer  de  la 
Cité  était  bien  une  via  inferior.  —  th.  v. 

'"'  Theodorus  de  Lyencuria,  et  non  de  Biencourt. 
comme  écrivent  Du  Breul  et  Félibien.  (Conf.  la 
Généalogie  des  maistres  des  requestes  de  l'HosIel  dv 
Roy,  in  fol.  Paris,  1670,  p.  87.) 


RUE  D'ENFER.  135 

de  ces  moines  rr . .  .  .lequel  pavé,  dit  Du  Breul,  fut  encore  refait  tout  de  neuf  en 
(rl'an  i5o6,  par  la  diligence  et  mesnage  desdits  religieux,  moyennant  certaines 
ft  sommes  de  deniers  provenants  des  amendes  de  la  cour  de  Parlement  et  de  la 
iT  Chambre  des  comptes,  que  messieurs  de  l'Hostel  de  Ville  leur  firent  délivrer,  n 
Thierry  de  Lyencourt,  qui  vivait  sous  le  règne  de  Charles  V,  avait  aussi  bâti,  pour 
son  usage,  r audit  lieu  de  Vauvert,  sur  les  grands  murs  devers  Notre  Dame  des 
«Champs,  11  un  hôtel  touchant  lequel  nous  ne  possédons  point  de  renseignements. 

CÔTÉ  OCCIDENTAL. 


PAROISSE    SAIM-ETIENNE-Dl-MONT. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE  SAINTE-GENEViÈVE. 

Ferme  ou  Pressoir  de  l'Hôtel -Dieu,  faisant  le  coin  septentrional  du 

chemin  de  Vanves  et  contigu  au  monastère  des  Chartreux.  (Voir,  dans  le  tome 
deuxième  de  cet  ouvrage,  le  treizième  triage  des  terres  en  culture.)  Au  mois 
de  mars  1228,  Odon  de  Vernouillet,  chevalier,  et  sa  femme  Marguerite,  cédèrent 
à  Roger  Comin,  pour  cent  vingt  livres  parisis,  un  clos  de  vigne  qui  avait  été  à 
Philippe  de  Saint-Paul,  aussi  chevalier  et  père  de  Marguerite.  Au  mois  de  février 
1226,  Haoïse,  veuve  de  Pierre  Vilain,  vendit  à  Roger  Comin,  pour  la  somme  de 
vingt-quatre  livres  parisis,  une  pièce  de  vigne  qu'elle  avait  près  du  lieu  dit  l'Orme- 
du-Roi .  apud  Ulmeohim  liegis,  dans  la  censive  d'Agnès  de  Codreesso.  Au  mois 
d'octobre  12Û8,  Philippe  Comin,  reconnaissant  que  les  vignes  attenantes  à  un  pres- 
soir qu'il  possédait  près  de  Vauvert  étaient  grevées,  envers  l'archiprètre  de  Saint- 
Séverin,  d'une  redevance  annuelle  de  deux  muids  de  vin,  en  assigna  le  payement 
sur  d'autres  vignes  qu'il  avait  à  Ivry.  En  décembre  1261 ,  le  même  fit  acquisition: 
1°  de  trois  quartiers  de  vignes  voisines  des  siennes,  qui  étaient  situées  dans  la  terre 
de  la  confrérie  Saint-Martin  de  l'église  Saint-Séverin,  et  que  lui  abandonnèrent, 
moyennant  vingt-six  sous  parisis,  Richard  de  Ollyaco  et  sa  femme  Héloïse;  2°  de 
trois  quartiers  de  vignes  conliguës  à  celles  du  chapitre  Notre-Dame,  en  bordure 
sur  la  voie  allant  à  Vauvert  (rue  d'Enfer),  et  que  lui  cédèrent  également  pour 
vingt-six  sous  parisis  Barthélémy  de  Montreuil  et  sa  femme  Benoîte,  lesquels 
tenaient  ces  vignes  du  roi  «à  moitié,  d  En  février  1267,  l'abbaye  Saint-Victor,  en 
échange  d'un  arpent  et  demi  de  terre  labourable  au  (>hardonnet,  renonça  à  deux 
sous  de  chef- cens  qu'elle  percevait  sur  le  clos  qui  avait  été  à  Philippe  de  Saint- 
Paul,  et  dont  jouissait  alors  Théophanie,  veuve  de  Philippe  Comin. 

Nous  avons  lu,  dans  les  archives  de  l'abbaye  Sainte-Ceneviève,  qu'en  i258 
quelques  maisons  au  duc  de  Bourgogne,  existant  dans  les  environs  du  Pressoir, 


130  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

y  furent  plus  tard  réunies,  et  qu'en  1268  la  métairie  appartenait  à  Guillaume  de 
Mâcon.  Celui-ci  n'est  sans  doute  qu'un  seul  individu  avec  Guillaume  Vinterarius, 
dont,  au  mois  d'avril  1266,  la  veuve  Pétronille  la  Vignotière  donna  à  l'Hôtel- 
Dieu  le  Pressoir  et  six  arpents  de  vignes  en  un  clos,  qui  en  dépendaient,  cette 
aumône  devant  servir  à  fonder  une  chapelle  pour  le  salut  de  l'âme  du  défunt. 
Enfin,  l'an  1297,  le  dimanche  devant  la  Saint-Denis,  Pétronille,  veuve  de  Nicolas 
Arrode''',  donna  aussi  aux  frères  de  l'Hôlel-Dieu  une  pièce  de  vigne  attenante 
aux  leurs,  et  contenant  un  arpent  et  demi.  Telles  sont,  d'après  les  documents 
authentiques'^',  les  origines  du  Pressoir,  que  les  titres  énoncent  aussi  la  ferme 
de  l'Hôtel-Dieu. 

Les  maîtres  de  l'Hôtel-Dieu  aliénèrent  plusieurs  fois  le  Pressoir,  à  long  terme, 
et  il  appartint  ainsi  à  M''  Nicolas  Gossemart,  procureur  du  roi  au  Châtelet,  qui 
en  fut  ensaisiné,  le  7  janvier  i435,  par  l'abbé  de  Sainte- Geneviève.  Le  Pressoir 
était  chargé  d'abord  de  cinq  livres  parisis  de  cens  envers  ce  monastère,  et  il 
ne  le  fut,  dans  la  suite,  que  de  trois  sous  six  deniers,  à  raison  de  six  deniers 
par  arpent.  La  ferme  contenait  effectivement  sept  arpents,  ou,  d'après  une  esti- 
mation plus  récente  et  apparemment  plus  juste,  sept  arpents  et  demi.  Remise  aux 
mains  des  administrateurs  de  l'Hôtel-Dieu,  elle  fut  de  nouveau  baillée,  à  plusieurs 
reprises,  notamment  au  laboureur  Minart,  le  7  décembre  1576.  Enfin,  les  18  et 
19  juin  161 3,  après  un  premier  refus,  les  administrateurs  de  l'Hôtel-Dieu  l'aban- 
donnèrent à  Marie  de  Médicis,  qui  voulait  en  annexer  le  terrain  à  son  parc  et 
l'acheta  cinquante  mille  livres,  mais  en  obtenant  en  même  temps  une  pièce  de 
vingt-cinq  arpents  qui  faisait  partie  d'une  autre  pièce  contenant  cinquante  afpents 
et  demi;  elle  était  située  au  delà  des  Chartreux  et  dépendait  de  la  Ferme. 

Les  bâtiments  de  la  Ferme  de  l'Hôtel-Dieu  s'étendaient  sur  le  chemin  de 
Vanves,  et  offraient  un  double  pan  coupé  à  l'encoignure  de  la  rue  d'Enfer,  le 
long  de  laquelle  il  n'y  avait  qu'un  mur  commençant  à  quatorze  toises  au  nord  de 
l'axe  supposé  prolongé  de  la  rue  Saint-Dominique.  Indépendamment  du  Pressoir, 
la  Ferme  contenait  des  granges,  des  étables,  des  clos  et  un  moulin  à  vent,  dont 
il  est  question  dès  i533.  Il  est  dit,  dans  une  déclaration  de  1587,  qu'il  étail 
posé  ftsur  une  tour  de  pierre,  «  et  l'assertion  est  confirmée  par  le  plan  manuscrit 
de  Quesnel,  que  nous  reproduisons  ci-contre. 

Sauvai  a  dit  W,  et  l'on  n'a  pas  manqué  de  le  répéter,  que  le  Pressoir  de  l'Hôtel- 

'''  La  famille  bourgeoise  des  Arrode  était  riche.  personne.  D'après  des  titres  relatifs  h  Sainl-Jacques- 

Au  xni"  siècle,  elle  possédait,  entre  autres,  divers  de-la-Boucherie ,  il  pourrait  se  faire  que  celte  Pé- 

immeubles  dont  une  partie  a  servi  à  l'agrandisse-  Ironille  eût  eu  successivement  trois  maris,  au  der- 

ment  de  l'église  Saint-Jacques-de-la-Boucherie.  nier  desquels  elle  aurait  survécu.  —  th.  v. 
Quant  à  Pétronille  de  la  Vignotière  et  à  la  veuve  de  •'    Arch.  des  hôpitaux ,  lay.  76 ,  n"  432  el  433. 

Nicolas  An-ode,  il  semblerait  que  ce  fût  la  même  '''  T.  II,  p.  365. 


RUE  D'ENFER.  139 

l'hôtel  de  Bourges,  qui  fut  longtemps  la  seule  construction  élevée  sur  les  terrains 
du  Clos-aux-Bourgeois. 

C'est  dans  la  maison  du  seigneur  de  Vaugrigneuse  que  fut  transféré  le  collège 
du  Mans,  en  1 083. 

Clos-aux-Bourgeois,  Hôtel  de  Bourges.  Dès  le  commencement  du 

xm*^  siècle,  la  Grande  Confrérie  aux  Bourgeois  de  Paris,  placée  sous  l'invocation  de 
Notre-Dame,  possédait,  près  de  la  porte  Gibard,  certaines  vignes  dont,  au  mois 
de  janvier  1217,  elle  bailla  le  quart  au  nommé  Odon  le  Hardi,  à  la  charge  de 
cultiver  ce  quart  et  d'y  faire  la  vendange,  en  abandonnant  la  moitié  du  produit 
à  la  Confrérie,  qui  devait  fournir  le  pressoir  et  payer  un  homme  pour  le  manœu- 
vrer. Les  vignes  baillées  à  Odon  se  composaient  de  deux  pièces,  l'une  appelée 
la  vigne  du  Cliâtelet,  vinea  de  Caslelluîo,  et  l'autre  dite  Odeline,  vinea  que  dicitur 
Odelina;  cette  dernière,  contenant  cinq  quartiers,  fut  amortie,  en  avril  1268, 
par  la  confrérie  des  marchands  de  la  Hanse  Parisienne,  envers  qui  elle  était  gre- 
vée d'une  rente  de  sept  deniers  et  une  obole.  Au  mois  de  février  i'j58,  sur  la 
demande  de  Louis  IX,  la  Confrérie  abandonna  aux  Chartreux  six  autres  quartiers 
de  vignes,  au  canton  de  Brisebarre,  avoisinant  leur  couvent,  et,  en  éciiange, 
elle  reçut  du  roi  cinq  quartiers  situés  au  territoire  de  Brahiis.  Le  samedi  après  la 
Nativité  1276,  un  nouvel  échange  de  terrains  eut  lieu  entre  les  Chartreux  et  la 
Confrérie,  échange  qui  arrondit  encore  son  domaine  par  des  acquisitions  efTectuées 
eu  i.'WG.  L'ensemble  des  vignes  de  la  Confrérie,  au  faubourg  Saint-Michel,  for- 
mait un  clos  important  que  Philippe  le  Bel  comprit  dans  l'amortissement  général 
des  biens  de  la  communauté,  par  lui  accordé  en  avril  1298.  Il  y  existait  alors, 
depuis  plus  de  dix-sept  ans,  une  maison  oii  la  Confrérie  s'assemblait  au  cr  temps 
r  de  son  siège,  ^  et  qui  conserva  cette  désignation  jusque  vers  l'année  i356  ,  époque 
où  le  creusement  d'un  fossé  autour  des  murailles  de  la  ville  motiva  la  destruction 
d'une  partie  de  (rl'ostel  du  siège'''. n 

On  lit  dans  l'inventaire  de  1890  :  trLa  Confrarie  ot  jadis  un  hostel  séant  audit 
frlieu  (à  la  porte  Gibarl,  à  présent  appellée  la  porte  d'Enfer),  appartenant  à  yce- 
rrlui  hostel;  et  grant  partie  des  héritaiges  furent  desmoliz  et  anientez  pour  la  lor- 
fr  tificalion  de  la  Ville  de  Paris,  car  partie  dudit  hostel  et  des  héritaiges  estoient 
irjoignans  à  icelle  porte  d'Enfer  et  aux  murs  de  la  ville  ;  et  présentement  èsdiz 
«héritaiges  et  masure  n'y  a  que  xui  quartiers  de  terre,  lesquelz  ont  esté  baillez  à 
ffu  fois,  à  Jehan  Mouchart,  à  xl  sols  de  rente  et  u  deniers  de  fons  de  terre.  Et 
rrd'icelles  vignes  vi  quartiers  en  ont  estez  depuis  bailliez  par  ledit  Mouchart  à  Phi- 
(flippot  Begnier,  demeurant  à  la  porte  Saint  Jacques,  à  l'Escu  de  France,  à  xvi  sols 

'  Sauvai  et  les  liistoriens  postérieurs  ont  con-  municipal  du  Parloir- aux-l'ourgeois,  attenant  au 
fondu  la  maison  des  Bourgeois  de  la  Confrérie,  couvent  des  Jacoiiins  et  contigu  à  la  porte  Gibard , 
dont  ils  n'avaient  qu'une  idde  vague,  avec  l'édilice        ou  d'Enfei'. 

18. 


140  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

ffde  rente  et  i  denier  de  fons  de  terre  à  ycelle  Confrairie  deubz.  Et  le  résidu,  qui 
fffait  VII  quartiers  tant  en  masure  comme  en  vignes  joignans  à  ycelle,  et  de  nouvel 
ff  mesurez  et  abonnez  <•),  demeurent  chargez  à  ycelle  Gonfrarie  en  xxuii  sols  de 
(Trente  et  i  denier  de  fons  de  terre'^'.ii 

Le  bourgeois  de  Paris  Jean  Mouchart,  irporte-cbappe  du  Roy,  n  prit  à  cens  les 
restes  de  l'hôtel  de  la  Confrérie  le  i  5  juin  i36i,  et  il  y  exécuta  quelques  travaux, 
puisqu'un  paragraphe  de  l'inventaire  que  nous  venons  de  citer  est  ainsi  conçu  : 
r Masure,  court,  jardin  et  vigne,  contenant  ensemble  environ  un  quartier,  oij 
r  jadis  fu  lostel  du  sierge  [sic)  de  la  Grant  Gonfrairie  Nostre  Dame,  appelée  le  Glos 

craux  Bourgois.  Tout  ce  baillé  à  Jehan  Mouchart En  ladite  terre  ou  partie 

rd'icelle,  séant  sur  la  chaussée,  a  fait  ledit  Mouchart  granche  et  cloison  entour, 
net  contient,  par  droite  mesure,  tant  le  clos  avecques  jardin  et  court,  comprins 
ftla  muraille,  xxxnii  perches;  et  les  vignes  séans  au  plus  près  d'ycellui  hostel  ap- 

apartenant  à  ce,  abonnées  et  mesurées  par  Micbelet  le  Tonnelier et  con- 

iT tiennent  v  quartiers  xvni  perches  :  tout  ce  mesuré  par  le  dessus  dit  Micbelet, 
ffjuré  du  Roy  nostre  sire,  jeudi  nif  jour  de  janvier,  mil  ccc  mi"  et  onze,  présent 
ff  ledit  Mouchart  (^'.T) 

Entre  i  iog  et  1/121,  le  manoir  amoindri  de  la  Gonfrérie  Notre-Dame  eut  pour 
propriétaire  Guillaume  de  Boisratier,  arcbevêque  de  Bourges;  il  le  tenait  du 
prêtre  Roulant  Bélier,  et  le  reconstruisit  probablement,  ce  qui  valut  audit  manoir 
le  nom  d'hôtel  de  Bourges.  Il  consistait,  à  cette  époque,  en  un  tr  petit  hostel, n 
un  pressoir,  une  grange,  une  foulerie,  et  quatre  arpents  et  demi,  plus  un  deirii- 
quartier  de  vignes.  Guillaume  de  Boisratier  se  proposait  d'en  gratifier  l'Hôtel-Dieu, 
établissement  qu'il  visitait  souvent;  mais  une  longue  absence  ne  lui  permit  pas 
de  réaliser  ses  intentions,  et  les  maîtres  de  l'Hôtel-Dieu,  voyant  que,  faute  d'en- 
tretien, les  bâtiments  et  les  terres  de  l'hôtel  de  Bourges  périclitaient,  s'adres- 
sèrent aux  commissaires  sur  le  fait  des  confiscations  et  obtinrent  d'y  pourvoir  à 
leurs  propres  frais.  L'hôtel  demeura  en  leurs  mains,  et  ils  en  jouirent  jusqu'au 
k  septembre  1 532,  jour  auquel  ils  l'aliénèrent  au  profit  de  M'^  François  Roger 
[alias  Roigier),  procureur  général  au  Parlement  de  Rouen.  On  l'appelait  alors  le 
Petit-Pressoir  (iSaS),  pour  le  distinguer  du  Grand-Pressoir,  attenant,  lequel  était 
aussi  une  propriété  de  IHôtel-Dieu.  Il  passa  alors  aux  héritiers  de  ce  dernier,  qui 
le  morcelèrent  et  s'en  défirent  successivement.  Marthe  de  Selve,  veuve  de  F.  Ro- 
ger, en  vendit,  de  i53ii  à  lôSy,  les  jardins  divisés  en  sept  lots,  et,  en  iSSy, 
elle  avait  déjà  vendu  la  moitié  septentrionale  des  bâtiments,  dont  l'autre  moitié 
cessa  d'appartenir  à  sa  famille  en  i558. 

"'  Bornés.  On  dit  encore  aujourd'hui  aiorne*;  i3il8  sont  conservés  aux  Archives  nationales,  dans 
abonnez  est  une  allitération.  —  l.  m.  t.  le  portefeuille  coté  S  882. 

'*'  Fol.  72  v°.  L'inventaire  de  1890  et  celui  de  !''  Ibid.  fol.  1 1  r°. 


RUE  PEROU. 


143 


qui  y  bâtirent,  et  le  clos  où,  en  i562,  existaient  cr d'ancienneté n  trois  maisons, 
disparut  promptement  sous  les  constructions.  La  rue  prit  alors  une  importance 
qu'elle  était  loin  d'avoir  jusque-là,  et  ou  la  considéra  même,  en  quelque  sorte, 
comme  une  voie  neuve;  aussi  la  trouve-t-on  appelée,  en  une  transaction  de 
i56o,  ffpue  faicte  de  nouvel.  t> 


Le  clos  Pérou  conqirenait  d'abord  le  clos  Gaudry,  c'est-à-dire  une  pièce  de 
onze  quartiers,  que  représente  indubitablement  l'îlot  renfermé  entre  les  rues 
Pérou,  de  Vaugirard,  du  Pot-de-Fer,  et  l'impasse  Pérou,  récemment  fermée; 
le  reste  du  clos  Pérou  consistait  en  d'autres  terrains  correspondant  aux  maisons 
situées  au  nord  de  l'impasse,  et  le  long  de  la  rue  Pérou  jusqu'au  coin  de  la  rue 
du  Vieux-Colombier (''.  Cette  seconde  partie  du  clos  Pérou,  suivant  les  archives 
de  l'abbaye,  avait  été  vendue,  en  i  267,  par  Guillaume  Lesnelle  et  Pétronille,  sa 
femme,  au  curé  de  Saint-Sulpice  ;  et  elle  avait  été  cédée,  en  i3o5,  par  Ysabeau 
de  la  Cour,  femme  de  Jean  de  Bancy,  à  Guillaume  de  Sucy.  Elle  avait  ensuite 
appartenu  à  M''  Pierre  Veault  et  à  Jehan  Rat.  i\ous  avons  reconnu  que  les  limites 
du  clos,  vers  le  nord  et  l'ouest,  d'adleurs  très-difficiles  à  lixer,  coïncidaient  avec 
celles  du  grand  séminaire  de  Saiut-Sulpice,  avant  qu'on  y  annexât  le  petit  sémi- 
naire. L'ensemble  du  clos,  ainsi  restitué,  donne  une  superficie  d'environ  cinq 
arpents,  équivalente  à  celle  qu'il  présentait  jadis.  Nous  sommes  dans  l'impuissance 
de  préciser  davantage,  par  suite  de  la  déplorable  insuffisance  des  documents,  qui 
ne  nous  permettent  point  de  discerner  l'état  ancien  sous  l'état  moderne.  11  n'y  a, 
dans  les  archives  de  l'abbaye,  aucune  transcription  des  baux  de  morcellement  du 
clos  Pérou,  de  l'hôtel  de  Garancière  et  des  |)ropriétés  de  Henri  du  Verger,  de 
sorte  que  la  transformation  de  toute  la  région  au  xvi'^  siècle  est  impossible  à  suivre. 


'"'  Dans  l'acte  du  9  février  i5 18  (ou  lôiyv.st.), 
In  proprit'té  est  dc^crile  en  ces  termes  :  fCesl  as- 
f  savoir  :  une  maison,  court,  cave,  puys,  jardin, 
-|)ourpris  et  appartenances  des  dicts  lieux,  ainsi 
-que  (ils  se)  poursuivent  et  comportent;  conle- 
-nant  troys  quartiers  ou  environ ,  assis  à  Sainct  Ger- 
Tiiain  des  Prés  lez  Paris,  en  In  grand'  rue  Sainct 
ffSulpice,  près,  devant  et  à  l'opposite  de  l'esgiise 
"Sainct  Sidpice;  tenantd'unepartetaynns  yssuesur 
rrle  cymetière  d'icelleesglise;  d'autre  part,  ducoslé 
"du  puys,  devers  le  dict  Sainct  (îermain,  à  (ieuiïroy 
cl>andier,  aboutissant  d'un  i)out  au  mur  du  jardin 
"qui  fust  feu  messire  Jehan  Ha;  en  la  censive  des 
frrelligieuXjabbé  et  couvent  de  Sainct  Germain  des 
irPrez ,  et  chargés  envers  eulx  de  trois  solz  parisis  de 
"Cens,  et  encore  chargés  envers  les  hoirs  feu  Jacques 
'Jacotin  les  Cordons  de  soixante  solz  parisis  de 
"Cens  (et)  renie  rachelable.  Item,  certaine  pièce  de 


"terre  contenant  dix  septpiedzde  largeur  et  autant 
"parhauU,  et  de  longueur  trente  neuf  toises,  mon- 
"lant  ensemble  (à)  unze  perches  trois  quars  ouen- 
(tviron ;  lenantd'une part,  en  partie,  aus  dictes mai- 
"sons  et  jardins  dessus  déclarés;  d'autre  part,  et 
"d'un  bout  par  bas  au  dit  Geufroy  Landier  et  Ma- 
"rion,  sa  femme,  et  d'autre  bout  h  Guillaume  Gil- 
"bert,  tout  le  long  de  la  muraille,  et  faisant  por- 
"tion  de  demy  arpent  de  terre  ou  envyron  assis  au 
Tdict  lieu;  les  dites  unze  perches  trois  quars  ou 
^environ  franches  et  qnictes  de  toutes  charges, 
"parce  que  le  seurplus  les  en  acquile.  Item,  une 
"autre  pièce  de  terre  contenant  cinq  arpens  et  plus 
"apellée  le  cloi  Lorin  Gauldry,  tenant  d'une  part 
"aux  hoirs  feu  Henry  du  Verger,  d'autre  part  à  la 
"rueSaincl  Sulpice,  aboutissant  d'un  bout  au  chemin 

"de  Vaugirard,  d'autre  part en  la  dicte  censive 

"du  dict  Sainct  Germain  des  Prez.n 


EGLISE  SAINT-SULPICE.  145 


CHAPITRE  IV. 

ÉGLISE    SAINT-SULPICE. 


L'église  Saiiit-Sulpice,  comprise  en  la  justice  et  en  la  censive  de  l'abbaye  Saint- 
Germain -des -Prés,  faisait  le  coin  de  la  rue  du  Petit-Bourbon.  Elle  n'est  point 
mentionnée,  comme  paroisse  du  bourg  Saint-Germain,  avant  l'année  1210,  et 
l'on  ne  sait  à  quelle  époque  elle  commença  à  avoir  le  caractère  paroissial.  Dans 
le  martyrologe  d'Usuard,  ouvrage  dédié  à  Charles  le  Chauve,  on  lit,  à  la  date 
du  10  mai  :  crApud  monasterium  Sancti  Germani,  dedicatio  ecclesiae  in  honore 
ftJoliannis  Baptista*,  sancti  Laurentii  arcbidiaconi  atque  sancti  Sulpitii  episcopi;r) 
mais,  comme  le  passage  provient  incontestablement  d'une  interpolation  du  xn'^ siècle, 
il  n'apprend  que  peu  de  chose  sur  l'origine  de  l'église.  Si  l'on  rapproche  ce  pas- 
sage de  l'éloge  que  fait  de  l'évèque  saint  Sulpice  Usuard,  qui  en  parle  comme  d'un 
saint  à  lui  familier,  on  comprend  que  Lebeuf  ait  été  amené  à  croire  que,  sur  l'em- 
placement du  monument  actuel,  il  a  pu  exister,  dès  le  temps  d'Usuard,  un  ora- 
toire dédié  à  saint  Sulpice.  Cet  oratoire,  ayant  d'abord  servi  de  baptistère  pour 
les  habitants  du  bourg,  aurait  ensuite  été  leur  unique  paroisse  située  en  dehors 
des  murs  du  monastère.  Jaillot  soutient,  au  contraire''',  que  la  première  paroisse 
du  bourg  fut  la  chapelle  Saint-Pierre,  attenante  au  clos  du  Couvent  (voir  Rue 
des  Saints-Pères),  et  que,  au  xn*  siècle,  elle  a  été  remplacée,  comme  paroisse, 
par  la  chapelle  Saint-Jean,  c'est-à-dire  par  la  petite  église  Saint-Sulpice.  On  com- 
prend ainsi,  ajoute-t-il,  que  saint  Pierre  soit  l'un  des  patrons  de  l'église  Saint- 
Sulpice,  circonstance  dont  Lebeuf  ne  donne  point  d'explication  satisfaisante. 

^ous  préférons  à  l'hypothèse  de  Lebeuf  l'opinion  de  JaHlot,  que  l'absence  de 
documents  ne  permet  pas  de  contrôler,  mais  que  nous  savons  avoir  pour  soi  l'au- 
torité de  la  tradition'^*,  et  qu'il  appuie  d'ailleurs  de  raisonnements  très-plausibles, 
sur  lesquels  nous  aurons  l'occasion  de  revenir.  Remarquons  toutefois  qu'elle  ne 

'*'  T.  II,  p.  liUh.  tradition,  quel'église  Saint-Sulpice  avait  élé fondée, 
"'   Voir  à  l'article  de  la  chapelle  Saint-Père.  —  au  x'  siècle,  sur  les  ruines  d'un  prieuré  de  Saint- 
Simon  de  Doncourt,  dans  ses  Bemair/ues  historiques  Pierre,  on  la  confrérie  avait  été  établie.  Cette  tra- 
««r  l'ègUte  et  la  paroisse  Saint-Sulpice,  p.   11 4,  ditinn  est  encore  une  présomption  en  faveur  de 
rapporte  que  la  confrérie  des  savetiers  disait,  par  l'opinion  de  Jaillot. 

III.  «9 


\h6  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

prouve  rien  contre  l'antiquité  d'origine  qui  est  attribuée  par  Lebeuf  à  l'église 
Saint-Sulpice,  et  qui  a  été  matériellement  confirmée,  au  mois  de  janvier  172Û, 
par  la  découverte  d'une  inscription  gravée  sur  le  couvercle  d'un  tombeau  de 
pierre  que  l'on  trouva  en  exécutant  des  fouilles  pour  asseoir  les  fondations  du 
bâtiment  moderne.  Cette  inscription,  que  nous  reproduisons  ici*'',  offre,  en  effet, 
les  caractères  épigraphiques  du  x"  siècle.  Elle  démontre  l'existence  d'un  cimetière 
contemporain,  dépendant  d'une  chapelle,  et  Lebeuf  l'interprète  ainsi  : 

Hic  jacet  inclusus,  Tetopi'^'  de  stirpe  creatus 

Herluinus,  cumdam  vocatus  nomine,  qui  OBiiT  L  [quinquagenarius?) 


I  '^Q^^ 


4  fittU 


L'église  Saint-Sulpice  fut  rebâtie,  en  partie,  au  xui"  et  surtout  au  xiv"  siècle; 
mais  il  n'y  a  plus  rien  qui  nous  renseigne  sur  les  travaux  de  cette  période,  dans  les 
archives  de  la  paroisse,  où  nous  trouvons  seulement  quelques  détails  sur  les  accrois- 
sements de  fédifice  au  xiv*^  siècle.  Le  9  mars  iSaS,  Jeanne  Montrouge,  veuve  de 
Jean  Marché,  vendit  aux  marguilliers  de  Saint-Sulpice  une  partie  de  son  jardin, 
contiguë  au  presbytère  et  destinée  à  faire  une  ruelle  pour  conduire  à  l'église.  A  la 
date  des  97  et  28  octobre  i53o,  elle  leur  vendit  encore  un  autre  morceau  de  son 
jardin,  mesurant  onze  toises  sur  treize  et  demie,  trau  chevet  de  réglise,T)  et  pour 
son  agrandissement;  le  17  septembre  1  536,  Jacques  et  Charlotte  Plateau  cédèrent 
à  l'œuvre  une  bande  de  terre ,  longue  de  onze  toises  quatre  pieds  et  large  d'une 
toise,  ffprès  l'église.  .  .  au  long  de  l'accroissement  du  ciieur  d'icelle,T)  et  cette 
bande,  aboutissant  au  cimetière,  servit  aussi  à  faire  une  ruelle  ;  enfin,  le  28  juin 
iSSg,  Jean  Marché,  fils  de  Jeanne  Montrouge,  céda  à  son  tour  un  quartier  de 
terre,  où  l'on  établit  le  cimetière  neuf,  derrière  l'église. 

Dans  un  vieil  inventaire,  il  est  dit  que,  sur  le  lot  acquis  en  i53o,  «sont  à  pré- 


■''  Le  dessin  ci-joint  est  la  copie  de  celui  qui 
|)arul  dans  le  Mercure  de  France  du  mois  de  mai 
«794,  p.  893.  Nous  y  avons  simplement  restitue, 


d'après  les  conseils  de  M.Jules  Quiclierat,  les  lettres 
mal  lues  par  le  premier  dessinateur. 
'*'  Ce  nom  est  peu  vraisemblable^ 


ÉGLISE  SAINT-SULPICE.  147 

(Tsent  bastiz  et  construictz  les  six  piiiers  entre  lesquelz  est  le  grand  autel  de  ladicte 
(f  église.  .  .  et  aussi  les  chappelles  de  Saint  Fiacre,  du  Nom  de  Jésus,  de  Saint 
ff  Michel,  Saint  Claude  et  les  trois  grandes  chappelles  qui  sont  derrière  le  grand 
r  autel  de  Notre  Dame,  de  Saint  Cler  et  de  Sainte  Barbe,  n  Un  autel  de  Notre- 
Dame,  où  de  temps  immémorial  la  confrérie  des  peintres  du  faubourg  faisait  célé- 
brer l'office,  est  indiqué  dès  1628,  et  la  consécration  du  grand  autel  ainsi  que 
des  chapelles  absidales  eut  lieu,  par  les  mains  de  l'abbé  de  Saint-MagloireW,  le 
29  mars  i5i8.  Le  2/i  mai  1620,  l'évêque  de  ïroyes  fit  une  nouvelle  consé- 
cration d'autels,  qui  sont  dits  être  le  grand  autel,  où  furent  mises  les  reliques  de 
saint  Christophe,  de  saint  Eleuthère  et  de  saint  Sulpice  ;  l'autel  de  Sainte-Cathe- 
rine de  Sienne,  placé  derrière  le  précédent;  ceux  des  chapelles  de  la  Trinité  et 
de  M.  de  Ventadour,  et  celui  de  Sainte-Anne-et-Sainte-Marguerite. 

L'église  Saint-Sulpice  a  pareillement  renfermé  une  chapelle  de  Saint-Christophe, 
qui  était  située  au  nord  et  avait  remplacé  une  chapelle  de  Notre-Dame;  elle  fut 
baillée  à  la  duchesse  d'Aiguillon  en  16/10,  et  était  alors  attenante  aux  chapelles 
de  Sainte-Catherine  et  du  prince  de  Condé.  On  y  voyait  également  une  chapelle 
de  Sainte-Julienne,  qui  était  placée  au  bout  de  l'église,  à  gauche,  en  entrant  par 
la  grande  porte,  et  qui  fut  baillée  en  1 687  à  la  confrérie  des  fripiers;  une  chapelle 
Saint-Jacqiies-et-Saint-Philippe  (iG38);  des  chapelles  de  l'Immaculée-Conception, 
de  Notre-Dame-de-Liesse,  de  Notre-Dame-des-dix-Vertus ,  du  Rosaire,  du  Nom- 
de-Marie,  de  Saint-Roch,  de  Saint-Joseph,  de  Saint-Jean,  de  Saint-Nicolas,  du 
Saint-Ange-Gardien,  de  Saint-Eloy,  de  Saint-Fiacre,  de  Saint-Honoré,  et  une 
chapelle  des  fonts. 

La  chapelle  de  la  Vierge  était  la  chapelle  centrale  de  l'abside;  la  chapelle 
Sainte-Barbe  y  était  contiguë  à  droite,  et  la  chapelle  Saint-Clair  contiguc  à  gauche; 
les  quatre  autres  chapelles  étaient,  vers  le  nord,  celles  de  Saint-Fiacre  et  du  Nom- 
de-Jésus;  vers  le  sud,  celles  de  Saint-Michel  et  de  Saint-Claude. 

Nous  n'avons  point  de  renseignements  fort  authentiques  sur  la  situation  respec- 
tive des  chapelles  de  la  nef,  dont  plusieurs,  comme  celle  de  Saint-Roch,  par 
exemple,  ne  consistaient  qu'en  un  autel  adossé  à  un  pilier.  Suivant  Simon  de 
Doncourt,  fril  fut  question,  en  161/i,  de  bâtir  six  chapelles,  dont  trois  du  côté 
r  du  presbytère  et  trois  du  côté  du  clocher,  pour  les  joindre  à  la  nef  qui  avait 
rété  faite  sous  François  I";'ii  ces  chapelles,  que  nous  ne  pouvons  reconnaître, 
étaient  achevées  en  i63i.  Simon  de  Doncourt  ajoute  que  ft  l'on  proposa,  en  i6i5, 
ffde  bâtir  pour  la  communion  un  nouveau  charnier  du  côté  de  la  rue  des  Fos- 
(fsoyeurs,  en  commençant  près  la  porte  collatérale  de  la  chapelle  Saint-Clair  ;  n 
que  ff  Christophe  Gamard  fut  chargé  d'en  dresser  les  plans,  t»  et  que  crl'on  y  tra- 

'*>  Inventaire  des  litres  de  la  paroisse  (  Archives  nationales,  reg.  LL  962,  fol.  25i  v°).  Lebeuf  dit  l'évêque 
lie  Mègure, 

«g. 


148  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

ff  vailla  aussitôt,  -n  Les  registres  de  la  paroisse  nous  apprennent  qu'on  y  travaillait 

en  1618. 

Lorsqu'on  procéda  à  la  démolition  de  la  vieille  église  Saint-Sulpice,  pour  y 
substituer  un  nouvel  et  plus  vaste  édifice,  ainsi  qu'il  avait  été  décidé  dans  une 
assemblée  tenue  le  1  0  mars  i6/i3  et  présidée  par  le  prince  de  Condé,  on  ne  dé- 
truisit point  complètement  l'ancienne  construction,  dont  le  pavement  était  bien 
inférieur  à  celui  que  devait  avoir  la  nouvelle  église;  mais  on  se  borna  à  la  déraser 
à  une  certaine  hauteur,  de  sorte  qu'il  a  été  possible  d'en  lever  un  plan  exact'''. 
En  outre,  comme  le  dérasement  n'a  point  atteint  les  bases  des  piliers  et  qu'elles 
subsistent  intactes,  il  nous  a  été  facile  de  reconnaître  l'âge  des  différentes  parties 
du  monument  détruit,  et  voici  le  résultat  de  notre  examen  : 

Le  vaisseau  de  l'ancienne  église  Saint-Sulpice,  qui,  hors  œuvre,  était  long 
d'environ  cinquante-six  mètres  et  large  de  vingt-sept  mètres  soixante  centimètres, 
se  terminait  par  un  chevet  polygonal  à  dix  pans.  La  nef,  dont  la  voûte  était  peu 
élevée,  se  divisait  en  sept  travées;  elle  était  précédée  d'une  espèce  de  grand  porche 
intérieur,  et  flanquée  de  bas  côtés  simples,  auxquels  on  avait  accolé,  du  côté  du 
nord,  cinq  chapelles,  et,  du  côté  du  midi,  quatre  chapelles  latérales  avec  une  sa- 
cristie. Parmi  les  chapelles,  les  unes  répondaient  à  une  seule  travée,  et  les  autres 
à  deux  travées,  parce  qu'elles  avaient  été  agrandies,  li  n'y  avait  pas  de  transept. 
Le  chœur  consistait  en  une  travée,  avec  un  rond-point  de  cinq  travées,  un  pour- 
tour continuant  les  bas-côtés,  et  sept  chapelles  absidales.  Ce  que  l'on  distingue 
aujourd'hui  de  plus  ancien,  c'est  la  base  du  clocher,  laquelle  forme  la  cinquième 
travée  du  collatéral  du  sud  et  remonte  à  la  fin  du  xm"  siècle.  Les  pihers  de  la 
nef,  à  fût  cylindrique,  sur  une  base  octogonale,  montrent  un  exhaussement  du 
pavement  antérieur;  comme  les  piliers  des  bas  côtés,  ils  accusent  la  première 
moitié  du  xiv'' siècle.  Au  xiv*"  siècle,  les  bas  côtés,  buttés  de  contre-forts,  n'étaient 
point  garnis  de  chapelles  latérales.  Celles  qu'on  y  ajouta,  de  même  que  tout  le 
reste  de  l'édifice,  appartiennent  au  temps  de  François  l",  et,  sous  le  rapport  du 
style,  à  la  dernière  période  gothique,  excepté  néanmoins  quatre  piliers  du  rond- 
point  du  chœur  vers  le  midi,  et  aussi  une  partie  de  mur  du  chevet  vers  le  nord, 
qui  présentent  des  profils  de  la  Renaissance.  Quant  à  l'extérieur  de  l'édifice,  la 
vue  que  nous  reproduisons  d'après  Van  Merlen  en  donne  une  excellente  idée  et 
dispense  de  toute  description.  La  statue  qu'on  remarque  adossée  au  trumeau  de 
la  porte  était  celle  de  saint  Jean-Baptiste. 

Les  marguilliers  de  Saint-Sulpice  avaient  un  sceau  dont  nous  ne  connaissons 
point  le  spécimen.  Lebeuf  dit  à  ce  sujet  :   tfDès  le  xiv"  siècle  au  moins,  la  pa- 

'  '  Quelques  parliesde  IVglise  ancienne  élanl  engagées  dans  la  maçonnerie  moderne,  il  a  élé  nécessaire 
de  les  resliluer  sur  le  plan. 


^11 


K3t 


"m 


la  paroi- 


.i   tien.  Saint-Sulpicè,  pour  j 

.  ainsi  (;  it  été  décidé  dans  une 

idée  par  \e  prince  de  Condé,  on  ne  dé~ 

■  i  int  le  pavement  était  bien 

iveiic  <•  lis  on  se  borna  à  la  déraser 

i»io  d'en  lever  un  plan  exact 

^       ■;  des  piliers  et  qu'elles 


argedf 

cvet  polygonal  .' 

•pt  travées;  çUe  <  ' 

le  bas  côtés  siui; 

lu  côté  du  n! 

'es  unes  i. 

i\  ;iii>rit 


ir.>   iJti 

Celles 
Il  teuip 
jue,  exct 
et  aussi  une 
la  Renaissiai 
.  \anM 
e  qu 

-Ullll  JCtlii-UiipuStC. 


des  dilT-' 


l'f  I  lie 


ot 


examen  : 

,  qui f  hors  œuvre,  était  long 
|)t  mètres  soixante  centimètres, 
l.a  nef,  dont  la  voûte  était  peu 
e  d'aine  espèce  de  grand  porche 
\quels  on  avait  accolé,  du  côté  du 
ire  chapelles  latérales  avec  une  sa- 
ut à  une  seule  travée,  et  les  autres 
indiçs.  lln'y  avait^pas  de  transept, 
iid-point  de  cinq  ti'avées,  un  pour- 
(S  absidales.  Ce  que  l'on  di 
iDcher,  laquelle  forme  la  cinquième 
lin  du  xni*  siècle.  Les  piliers  de  ia 
îiiontrent  un  exhaussement  rlu 
as  côtés,  ils  accusent  la  première 
liuttésde  contre-forts,  n'étaient 
^'iotita,.  de  même  que  tout  le 
]",  et,  sous  le  rapport  du 
Miinoins  quatre  piliers  du  roui!- 
(lu  chevet  vers  je  nor  ' 
xtérieur  de  l'édifice,  i  i 
.  doHue  une  excellente  idée  el 
idossée  au  trumeau  <li' 


[ii.iiii 


mr  le  pin 


Snint-Sulpice  avaient  un  s<-  ~n  dont  nous  ne  connaissons 
dit  i  ce  sujet  :  «?Dès  L  ècle  au  moi 

l'i*t!;U»<;  ariciciiiit;  triant  eiigajçées  dans  la  maç<"-  >*fie  raixifrnr 


LU 
U 

CL 
_l 
>       ^ 


U) 

U 

LU 

H 

m 

Z 

UJ. 

< 

> 

U) 

X 

> 

UJ 

D 

'â 

h 
Z 

_j 

u) 

o 

LU 

LU 
U 

X 

UJ 
Q 
Z 

s 

o 

O 

u 

u 

> 

LU 

< 

LO 

< 

_l 

ÉGLISE  SAINT-SULPICE.  l/i9 

(froisse  de  Saint-Sulpice  avait  une  fabrique  sous  le  nom  de  laquelle  les  actes  se 
(T  passaient.  On  m'a  fait  voir  le  sceau  qui  a  servi  à  les  sceller,  et  qui  a  été  trouvé 
ffdans  un  champ,  à  Montrouge,  en  cette  présente  année  1753.  Saint  Sulpice  y 
(t  est  représenté  en  mitre,  tenant  une  croix  et  bénissant  un  estropié,  avec  cette  ins- 
fccription  autour,  en  lettres  capitales  gothiques:  S.  FABRICE  STI  SVLPICII  PPE 
(tPHR.  Quant  aux  épitaphes  que  pouvait  renfermer  l'ancienne  église,  elles  parais- 
(Tsent  avoir  été  détruites  lors  de  la  démolition ,  et  on  ne  les  trouve  rapportées  nulle 
(rpart''\  n 


'■'  Ici  se  termine  la  monographie  de  l'église 
Saint-Sulpice,  telle  que  nous  l'avons  extraite  des 
papiers  de  feu  Berty.  Cependant  nous  l'avons  con- 
sidérée comme  un  peu  trop  incomplète ,  bien  qu'elle 
constitue  un  réel  progrès  sur  celle  qu'a  donnée 
l'abbé  Lebeuf.  Nous  avons  donc  chargé  notre  colla- 
borateur, M.  Th.  Vacquer,  d'étudier  à  nouveau  les 
snbstructions  de  l'ancienne  église,  d'y  recueillir  tous 
les  débris  de  nature  à  compléter  ce  qu'on  sait  sur 
cet  édifice ,  d'en  relever  le  plan  avec  le  plus  grand 
soin  et  de  faire  graver  les  fragments  de  sculpture  et 
d'architecture,  ainsi  que  les  rares  inscriptions  dont 
feu  Berty  n'avait  pas  eu  connaissance.  M.  Vacquer 


s'est  acquitté  de  cette  tâche  avec  un  soin  et  un  dé- 
vouement très-dignes  d'éloges.  Les  deux  plans  que 
nous  publions  sont  la  reproduction  de  ses  dessins,  et 
le  supplément,  que  nous  renvoyons  aux  appendices , 
ainsi  que  la  planche  hors  texte  et  les  bois  gravés 
dont  il  est  enrichi,  est  dû  à  sa  collaboration  éclairée. 
Nous  donnons ,  à  la  suite  de  ce  texte  supplémen- 
taire, une  note  bibliographique  fort  intéressante, 
rédigée  par  notre  savant  ami ,  M.  H.  Cocheris,  pour 
son  édition  de  l'abbé  Lebeuf.  Elle  est  relative  à  l'in- 
dication des  documents  manuscrits  existant  aux  Ar- 
chives et  à  la  Bibliothèque  nationale ,  et  pouvant  aider 
à  compléter  la  monographie  deSaint-Sulpice.—  L. M. T. 


UUE  FEROU.  151 


CHAPITRE   V. 

sciTÉ  dFla  description  des  rues  du  bourg  saint-germain. 


RUE   FEROU. 

L'église  Saint-Sulpice  était  précédée  d'une  sorte  de  parvis,  où  s'élevait  une      Entre  les  mes    j 
croix,  et  dont  une  partie  fut  employée  à  la  construction  des  charniers  bâtis  sous      et  d»  canivci.    i 

Louis  XIII.  Ce  parvis  faisait  le  coin  septentrional  d'une  i 

Petite  blelle  qui  longeait  l'église  en  la  séparant  du  cimetière,  et  aboutissait  à  < 

la  rue  Servandoni.  Nous  croyons,  sans  avoir  réussi  à  en  acquérir  l'entière  certi-  : 

tude,  que  cette  ruelle,  dont  les  auteurs  ne  parlent  point,  est  la  même  que  celle  j 
qui  est  énoncée,  dans  les  archives  de  Saint-Sulpice,  (truelle  par  laquelle  on  faicl 
cria  procession  d'icelle  églises  (i 537-1666),  et  aussi  «ruelle  de  la  Procession n 
(i556).  Elle  a  disparu  en  même  temps  que  le  cimetière  auquel  elle  était  atte- 
nante, et  semble  avoir  été  ouverte  sur  la  bande  de  terrain  acquise  des  hoirs 
Plateau  en  1  536;  car,  au  revers  de  l'acte  de  vente,  on  lit  :  «Lettre  d'acquisition  de 

«la  ruelle  et  chemin  de  la  maison  qui  fut  de  Nicollas  Hénart,  tenant,  d'une  part,  ^ 

«au  vieil  cymetière   Saint  Sulpice,  qui  est  un  recoing  du  costé  des  chappelles  1 

«Saint  Claude  et  Saint  Michel,  n  On  lit  de  plus,  dans  le  cartulaire  de  la  paroisse,  - 
à  propos  de  la  même  acquisition  :   «En  laquelle  place  sont  à  présent  les  chap- 

«  pelles  Sainct  Claude  et  Sainct  Michel,  et  le  lieu  par  lequel  on  passe,  faisant  la  i 

«procession,  dudict  cimetière  neuf  au  vieil  *'*. n  \ 

Cimetière  Saint-Sl'lpice.  Un  titre  de  1667  mentionne  simultanément  le  petit  ' 

et  le  grand  cimetière  Saint-Sulpice;  mais  nous  ne  savons  avec  lequel  des  deux  se  ,j 

confond  celui  dont  il  est  ici  question,  et  dont  nous   constatons   l'existence  en  S 

1  h'ilx.  Il  contenait,  au  xvi"  siècle,  une  petite  maison  oiî  demeurait  le  fossoyeur  de  j 

la  paroisse,  et  il  a  été  supprimé  en  vertu  d'une  autorisation  du  22  février  1719,  \ 
pour  permettre  l'extension  de  la  nouvelle  église. 

Partie  postérieure  de  la  maison  de  Saint-Pierre-aux-Pavillons,  ou  du  Pied-de-  | 

Biche  ,  ayant  sa  principale  entrée  rue  Servandoni.  j 

\ 
'"'  Arcli.  nat.  reg.  LL  962,  fol.  960. 


152  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

Partie  postérieure  d'une  maison  faisant  front  sur  la  rue  Servandoni.  Elle  pré- 
sentait sept  toises  de  largeur;  divisée  en  deux  lots  d'une  profondeur  de  sept  toises 
trois  quarts,  elle  fut  vendue,  le  28  juillet  1620,  par  Jean  Musnier  aux  nommés 
Léonard  Bourlon  et  Lagay. 

Partie  postérieure  de  deux  maisons  donnant  sur  la  rue  Servandoni,  et  dont  la 
seconde  était  contiguë  à  celle  du  coin  septentrional  de  la  rue  du  Canivet. 

Entre  Partie  postérieure  d'une  grande  maison  faisant  le  coin  méridional  de  la  rue  du 

les  rues  du  Canivet    ri       ■      ,        i     ' /.        j       .  i  -p  r 

et  de  vaugirard.    (janivct ,  ct  S  étendant  sur  la  rue  J^  erou. 

Partie  postérieure  de  deux  autres  maisons  ayant  leur  entrée  principale  en  la 
rue  Servandoni,  et  contiguës  à  la  maison  faisant  le  coin  de  la  rue  de  Vaugirard. 

CÔTÉ  OCCIDENTAL. 


PAROISSE   SAIIST-STJLPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE  SAINT-GERMAIN-DES-PBÉS. 

HÔTEL  DE  PlANCY,  tenant,  d'une  part,  au  jardin  faisant  le  coin  de  la  rue  de 
Vaugirard,  et  formant,  de  l'autre,  l'angle  méridional  de  l'impasse  Pérou.  Cette 
maison  appartenait  au  seigneur  de  Plancy''),  en  i553,  et  au  nommé  Jean  Lem- 
pereur,  en  1628. 

Maison  sans  désignation ,  faisant  le  coin  septentrional  de  l'impasse  Féroù ,  et 
donnée,  le  12  novembre  1 553,  par  Eymart  Grand-Jean  et  Marguerite  Duchesne, 
sa  femme,  à  la  grande  confrérie  du  Saint-Sacrement  de  l'église  Saint-Sulpice. 
Comme  cette  maison  est  plusieurs  fois  énoncée  attenante  à  la  précédente,  il  est 
à  croire  que  l'une  des  deux  formait  voûte  au-dessus  de  la  ruelle. 

Maison  sans  désignation,  résultant  du  morcellement  d'une  des  maisons  conti- 
guës. Elle  paraît  avoir  existé  dès  i583 ,  et  fut  donnée  à  l'église  Saint-Sulpice,  le 
3o  mars  1608,  par  Claude  de  Cambray,  exécuteur  testamentaire  de  Jean  Bou- 
derot.  Elle  n'avait  que  treize  pieds  et  demi  de  largeur  sur  le  devant,  quatorze 
pieds  sur  le  derrière,  et  sept  toises  et  demie  de  profondeur. 

Grande  propriété  qui  est  mentionnée  dès  i553,  et  ne  consistait  encore,  vers 
1595,  qu'en  un  jardin  avec  appentis.  En  1628,  elle  renfermait  une  maison  qui 
avait  pour  enseigne  le  Nom-de-Jésus,  et  appartenait  à  Jean  de  Brion ,  président  de 
la  Cour  des  aides,  par  le  fils  duquel  elle  fut  vendue,  le  8  juillet  1661,  à  Henri 
Coiilon,  écuyer  du  roi,  et  à  Nicolas  Dury.  Elle  s'étendait  alors  jusqu'à  la  rue 

'"'  Ce  pouvait  être  François  de  Gourtenay,  seigneur  de  Plancy  et  autres  lieux,  qui,  élevé  à  la  cour  de 
Louis  XII ,  mourut  en  1 56 1 . 


IMPASSE  PEROU.  153 

du  Pot-de-Fer,  et  contenait  une  superficie  de  neuf  cent  vingt  toises.  Dury  et 
Coulon  en  divisèrent  l'emplacement  en  deux  lots,  dont  l'un,  situé  au  nord  de 
l'autre,  et  renfermant  quatre  cent  quatre-vingt-dix-sept  toises  et  demie,  demeura 
à  Coulon,  qui  y  établit  une  académie.  La  maison  de  l'académie  Coulon  fut  achetée, 
le  i5  octobre  1695''',  par  les  directeurs  du  grand  séminaire  de  Saiiit-Sulpice,  et 
devint  le  petit  séminaire  de  ce  nom.  Quant  au  lot  de  Dury,  la  partie  postérieure, 
large  de  huit  toises  et  demie  et  profonde  de  vingt-trois  et  demie,  fut  acquise,  le 
9  1  mai  1707,  pour  y  loger  la  communauté  des  philosophes,  aussi  dépendante  du 
séminaire.  Enfin,  dans  la  partie  antérieure  était  placée,  à  la  fin  du  xvni^  siècle,  une 
école  de  sœurs  de  charité. 

Maison  sans  désignation  (lôgS).  La  largeur  de  cette  maison  et  de  la  suivante, 
qui  toutes  deux  ont  été  subdivisées  dans  la  suite  et  sont  détruites  depuis  plus 
d'un  siècle,  est  aujourd'hui  impossible  à  fixer. 

Gbande  maison  sans  désignation  (logS),  contiguë  à  la  maison  faisant  le  coin  de 
la  rue  du  Vieux-Colombier;  elle  appartenait,  vers  lôgB,  à  M.  du  Tremblay,  sieur 
de  la  Tour-Tillery. 


IMPASSE   FEROU. 

L'impasse  Férou  commençait  à  la  rue  Férou,  et  se  terminait  au  revers  d'une 
maison  faisant  front  sur  la  rue  du  Pot-de-Fer. 

Suivant  les  apparences,  c'était  primitivement  une  rue  qui  traversait  de  la  rue 
Férou  à  la  rue  du  Pot-de-Fer,  et  qui  a  dû  être  ouverte  vers  i5^o,  à  l'époque 
où  l'on  bâtissait  le  clos  Férou ,  dont  elle  limita  la  pièce  de  onze  quartiers.  Les 
archives  de  l'abbaye  n'en  contiennent  aucune  mention  antérieure  à  celle  du  cen- 
sier  de  iBgB,  où  elle  est  énoncée  rrrue  Férou  dit  Sainct  Pierre  ;r  mais,  dans  le 
mémoire  imprimé  auquel  nous  avons  déjà  renvoyé,  on  cite  diverses  indications  de  la 
rue  Saint-Pierre,  ou  Saint-Père,  i-emontant  jusqu'en  ibU'j.  Dans  le  censier  deiôaS, 
la  rue  Saint-Pierre  est  appelée  rue  desPreslres,  soit  parce  qu'elle  débouchait  de- 
vant le  noviciat  des  Jésuites,  soit  parce  que  des  ecclésiastiques  de  la  paroisse  y 
demeuraient.  On  y  lit:  frrue  Saint  Père,  à  présent  dicte  des  Prêtres, n  et  rtrue 
"des Prêtres,  autrement  dite  de  Saint  Pierre, d  dans  des  contrats  de  161 4,  1682 
et  1687. 

L'acte  de  vente  de  la  maison  qui  formait  le  fond  de  l'impasse,  et  qui  fut  acquise 
par  les  Jésuites  en  1689,  portait  que  ladite  maison  avait  issue  par  derrière  «sur 
cria  rue  Saint  Pierre,  autrement  cul  de  sac.  d  La  sincérité  de  cette  affirmation  a 

''  Jaillol  dit  le  .'îi  mai  1686.  La  date  que  nous  donnons  est  celle  qu'on  tiouvc  dans  les  archives  du 
sëniinaire  et  de  l'abbaye. 


154  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

été  révoquée  en  doute  lors  du  procès  de  1767,  entre  autres  raisons,  parce  qu'il 
est  encore  question  de  la  rue  Saint-Pierre  dans  des  titres  beaucoup  plus  récents. 
Toutefois  l'arfjunient  est  sans  valeur;  car  la  rue,  bien  que  figurée  comme  une 
impasse  sur  le  plan  de  Gomboust  (1 65 2),  y  est  désignée  par  le  nom  de  «rue des 
rr Prestres.  fl  L'impasse  Férou,  qu'on  ne  voit  point  ainsi  désignée  avant  1680,  a 
été  supprimée  depuis  quelques  années.  Nous  n'avons  jamais  rencontré  de  docu- 
ments datant  de  l'époque  où  il  constituait  une  rue,  et  dans  lesquels  il  fut  parlé  de 
son  extrémité  occidentale.  Cette  extrémité  était  déjà  bouchée  en  1609,  comme 
le  montre  le  plan  de  Quesnel;  il  se  pourrait  d'ailleurs  que,  du  temps  de  cet 
artiste,  la  rue  Saint-Pierre,  passant  sous  une  voûte,  allât  encore  s'ouvrir  dans  la 
rue  du  Pot-de-Fer. 

La  rue  Saint-Pierre  était  entièrement  bordée  de  constructions  vers  i56o. 

CÔTÉ  MÉRIDIOÎVAL. 


PAROISSE    SAIINT-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Trois  maisons  sans  désignation  (  1 696 ),  dont  la  première  était  contiguë  à  celle 
du  coin  de  la  rue  Férou.  Ces  trois  maisons  semblent  n'en  avoir  formé  d'abord  que 
deux.  L'une  provenait  d'une  vente  faite,  le  20  septembre  16^7,  par  Laurent 
Mansion  au  nommé  Blanchet-Faverat,  et  l'autre  est  mentionnée  dès  1671. 

Deux  maisons  sans  désignation  (iBgS),  dont  la  seconde,  contiguë  à  la  maison 
du  coin  de  la  rue  du  Pot-de-Fer,  a  formé  le  derrière  de  l'hôtel  d'Elheuf. 

CÔTÉ  SEPTENTRIONAL. 


PAROISSE    SAINT-SULPIGE. 

JUSTICE 
ET  CENSIVE   DE  L'ABBAYE. 

Maison  sans  désignalion  (iBgB),  contiguë  à  la  propriété  faisant  le  coin  de 
la  rue  du  Pot-de-Fer.  Au  milieu  du  x.nf  siècle,  cette  maison  était  divisée  en 
deux  parties,  qui  furent  successivement  acquises  par  le  séminaire  Saint- Sul- 
pice,  le  28  juillet  1708  et  le  26  septembre  171^.  Sur  leur  emplacement,  on 
bâtit  la  maison  des  pauvres  étudiants  en  théologie,  connus  sous  le  nom  de 
Roberlins. 


RUE  DU  FOUR.  15.-) 

Maison  sans  dési{jnation  (iSgS),  contiguë  à  celle  du  coin  de  la  rue  Férou. 
Elle  était  divisée  en  deux  dès  1G28. 

Le  censier  de  lôgS  mentionne  trois  maisons  du  côté  septentrional  de  la  rue 
Saint-Pierre,  non  compris  la  propriété  faisant  le  coin  de  la  rue  Férou.  Nous 
n'avons  pu  constater  si  la  troisième  de  ces  maisons  se  confond  avec  l'une  de  celles 
<|ue  nous  venons  d'énoncer,  ou  bien  si  elle  serait  celle  qui  faisait  le  coin  de  la 
rue  du  Pot-de-Fer. 


RUE   DU   FOUR. 

La  rue  du  Four  commence  à  l'extrémité  de  la  rue  des  Boucheries  (del'École- 
de-Médecine)  et  finit  au  carrefour  de  la  Croix-Rouge. 

La  rue  du  Four,  quoiqu'elle  se  raccorde  assez  avec  la  rue  des  Boucheries  pour 
en  paraître  la  continuation,  n'est  en  réalité  que  le  prolongement  de  la  rue  de 
Bussy  '■'  et  une  partie  du  chemin,  extrêmement  ancien,  qui  conduisait  de  la 
cité  aux  villages  d'issy  et  de  Sèvres,  en  desservant  ce  domaine  d'issy,  possédé 
par  l'abbaye  Saint-Germain.  Une  preuve  de  son  antiquité  et  de  son  importance 
primitive,  c'est  que,  dans  une  charte  de  1898,  elle  est  encore  dite  ce  chaussée  du 
«Roy,"  qualification  qui  ne  convenait  à  aucune  autre  voie  de  toute  la  région. 
Moins  peuplée  que  la  rue  des  Boucheries,  elle  avait  été  cependant  la  première 
près  de  laquelle  s'étaient  groupées  les  maisons  de  la  villa  Saint-Germain,  et  elle 
en  constitua  toujours  l'artère  centrale,  de  sorte  qu'il  se  pourrait  que  le  nom  de 
(True  du  Bourg, ti  (|ui  lui  est  donné  dans  un  titre  de  1/112,  ne  îht  point  une  er- 
reur de  copiste,  et  répondit  à  la  locution  per  burgum  dicte  ville,  employée  avec  un 
sens  analogue  dans  un  document  de  1272.  Malgré  l'époque  reculée  de  son  ori- 
gine, la  rue  du  Four,  vicus  Fumi,  n'est  mentionnée,  pour  la  première  fois,  qu'à 
la  date  de  1  261.  Elle  a  été  souvent  appelée  Grant  rue  du  Four,  ou  simplement 
trGrant  rue,Ti  au  xv""  siècle.  Parfois  elle  a  été  nommée  aussi  «Grant  rue  Saint- 
rGermainfl  (i388,  lAoi),  «Grant  rue  qui  va  à  la  Maladeryen  (i/i56),  et  «rue 
«de  la  Maladeriefl  (161  3).  Elle  conduisait,  en  effet,  à  la  rue  de  Sèvres,  où  était 
située  la  maladrerie  Saint-Germain,  et,  comme  elle  menait  également  à  un  des 
chemins  de  Vaugirard  (la  rue  du  Cherche-Midi),  elle  est  énoncée  chemin  de  Vau- 
girard,  dans  un  document  de  1/128. 

Jusque  sous  le  règne  de  François  I",  on  divisait  habituellement  la  nie  du 
Four  actuelle  en  deux  parties  :  la  rue  de  la  Blanche-Oie,  qui  s'étendait  de  la  rue 

'"'  La  rue  des  Boucheries  avait  pour  prolongement  la  voie  qui  a  été  supprimée  en  1 368  et  remplacée 
par  la  rue  Sainte-Marguerite. 


156  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS, 

des  Boucheries  à  la  rue  des  Canettes,  et  la  véritable  rue  du  Four,  où  avait  été 
situé  le  four  banal  de  l'abbaye.  Celle-ci  s'étendait  de  la  rue  des  Canettes  au  car- 
refour de  la  Croix- Rouge,  et  elle  est  dite  cela  rue  de  la  Granche  Jehan  le  Bouvier,  n 
dans  le  rôle  de  la  taille  de  1296.  La  ffrue  de  la  Blanche  Oe,Ti  dont  il  est  ques- 
tion dans  le  rôle  de  la  taille  de  1292  ,  devait  cette  désignation  à  l'enseigne  d'une 
maison  sur  laquelle  nous  n'avons  point  de  renseignements  topographicjues,  mais 
qui  subsistait  en  1898,  époque  011  elle  est  énoncée  rcen  la  rue  qui  va  du  Pillory 
ffà  l'église  Saint  Sulpice.n  Comme  dans  tous  les  cas  analogues,  les  deux  rues  du 
Four  et  de  la  Blanche-Oie  étaient  fréquemment  prolongées  aux  dépens  l'une  de 
l'autre.  Ainsi,  on  lit  dans  un  acte  de  1629  :  crrue  qui  va  du  Pillory  à  la  Mala- 
ffderie,  appelée  la  Blanchouë^n  (^sùy 

La  rue  du  Four  présente,  au  droit  de  la  rue  des  Canettes,  un  élargissement 
assez  considérable.  Cette  dilatation  de  la  voie,  qui  est  accusée  sur  le  plan  de 
Quesnel ,  remonte  à  une  époque  ancienne;  toutefois  aucun  document  n'y  fait 
allusion.  11  est  à  présumer  que  la  petite  place  qu'elle  forme  a  servi  de  marché,  et 
que,  avant  le  xv!""  siècle,  c'était  un  lieu  de  réunion  pour  les  habitants  du  bourg. 

CÔTÉ  MÉRIDIONAL. 


PAROISSE   SAINT-SULPICE. 

JUSTICE 
ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Grande  maison  et  tuilebie  attenantes  à  la  dernière  maison  de  la  rue  des  Bou- 
cheries. Cette  propriété,  qui  offrait  une  superficie  d'environ  trois  quartiers,  et 
renfermait,  en  iSaB,  divers  bâtiments,  des  granges,  ainsi  qu'un  four  à  tudes, 
s'appelait  encore,  en  i58i,  cela  Vieille  maison  de  la  Tuilerie,  a  bien  que,  depuis 
plus  de  vingt  ans,  on  n'y  fabriquât  plus  de  poteries.  En  1695,  elle  était  divisée 
en  plusieurs  maisons  distinctes,  mais  dont  on  ne  trouve  point  le  détail.  Sur  le 
même  emplacement  nous  discernons,  en  1628: 

1°  Trois  maisons  ou  échoppes  au  lieu  où  fut  ouverte,  en  1726,  la  rue  de 
Bissy,  actuellement  Montfaucon,  conduisant  au  marché  Saint-Germain; 

2°  La  maison  de  V Ecu-de-Bourhon  ; 

3°  La  maison  de  Saint-Cosme  ; 

k°  La  maison  de  Saint-Damien  ; 

5°  Les  maisons  des  Quatre-Evatigélistes ,  dont  la  quatrième,  celle  de  Saiiil-Marc, 
faisait  le  coin  oriental  de  la  rue  de  la  Foire. 

Rue  de  la  Foire,  aujourd'hui  rue  Mabillon.   Destinée  à  servir  de  principale 


RUE  DU  FOUR.  157 

entrée  à  la  foire  Saint-Germain ,  elle  fut  ouverte  sur  une  partie  du  terrain  de  la 
maison  suivante,  en  vertu  d'une  clause  insérée  dans  le  bail  que  l'abbaye  en  fit  le 
i5aoûti58^''';  mais  il  est  vraisemblable  que  le  passage  qui  conduisait  à  la  Foire, 
en  traversant  la  maison,  existait  là  depuis  longtemps,  et  qu'on  n'eut  qu'à  le  clore 
d'un  mur,  vers  l'occident,  pour  le  transformer  en  une  rue  publique.  Cette  rue  fut 
d'adleurs  fermée  de  portes  à  ses  extrémités,  et  la  propriété  en  demeura  réservée 
au  monastère.  Le  i3  décembre  1607,  lorsque  tr l'allée  et  voyen  de  la  foire  fut 
accensée  à  maître  Emery  Moreau,  elle  avait  deux  toises  cinq  pieds  neuf  pouces 
de  large  sur  dix-neuf  toises  et  demie  de  longueur,  c'est-à-dire  les  mêmes  dimen- 
sions que  la  rue  actuelle. 

HÔTEL  DE  Navarre,  ou  Maison  de  la  Foire.  La  maison  qui  faisait  le  coin 

occidental  de  la  rue  de  la  Foire,  bien  qu'elle  ait  été  possédée  sous  le  règne  de 
Louis  XV  par  le  marquis  de  Brulard,  s'est  appelée,  jusqu'à  la  Révolution,  hôtel 
fie  la  Guette,  parce  qu'elle  avait  appartenu,  vers  le  milieu  du  siècle  précédent,  au 
maître  des  requêtes  Bon-André  de  Broé,  sieur  de  la  Guette,  fds  de  maître  Bon- 
François  Broé,  également  sieur  de  la  Guette  et  président  du  Parlement,  qui  la 
tenait  de  son  oncle  le  président  de  la  première  cliambre  des  enquêtes,  maître 
Bon  de  Broé,  mort  en  i588.  Elle  avait  été  vendue  à  ce  dernier  le  i5  août  iBSi, 
et,  en  ce  temps-là,  elle  était  encore  connue  sous  le  nom  de  maison  de  la  Foire, 
qu'on  lui  donnait  dès  ibli-Jt  et  depuis  que  la  foire  Saint-Germain  fut  établie  dans 
les  jardins.  Néanmoins,  vers  i53o,  on  n'avait  point  encore  perdu  l'usage  de  la 
désigner  sous  son  ancien  nom  d'hôtel  de  Navarre,  dénomination  qu'elle  devait  au 
séjour  de  Charles  le  Mauvais.  Nous  ne  savons  si  c'est  bien  le  fameux  roi  de  Na- 
varre qui  lui  donna  le  développement  qu'elle  prit;  mais  le  censier  de  i355,  au 
lieu  d'énoncer  ce  manoir,  énumèrc  de  la  façon  suivante  les  diverses  masures  abat- 
tues pour  lui  faire  place  :  «  Le  roy  de  Navarre,  pour  n  masures  qui  furent  l'évesque 
cde  Carcassonne,  vi';  pour  la  masure  qui  fut  Berthaut  de  Meullent,  x'  vi**;  pour 

tria  masure  qui  fut  l'évesque  du  Puy ;  pour  la  masure  qui  fut  Jehan  la  Bour- 

trgoise,  in';  pour  la  masure  qui  fut  Girart  le  Boucher,  ni^;  pour  les  masures  qui 
(T  furent  Robert  Charles,  m';  pour  les  vignes  qui  furent  Simon  Barbète,  xxxm^;  pour 
(fies  jardin  et  terres  de  Borneau  (du  closBruneau),  xx%  c'est  assavoir  à  Noël  x'  et 
f^à  la  Saint-Jehen  x';  item,  pour  la  masure  Thévenin  Derby,  ni';  pour  les  masures 
r  qui  furent  aus  Peletiers,  vi''^'.  r 

Nous  trouvons,  dans  les  cartulaires  de  l'abbaye,  que  l'évêque  de  Carcassonne 
acheta,  en  i3i  1  ''*,  d'Isabelle  dite  La  Vire,  veuve  de  Nicolas  Burgoise,  sa  maison 

''  Arcli.  nat.  cart.   S  -3870-71.  L'original  de  "'  Arcli.  nat.  reg.  LL  lO.'îS,  fol.  10  v°. 

celte  transaction  n'existe  plus  dans  les  archives  de  ''  En  1 3 1 1 ,  l'ëvêque  de  Carcassonne  était  Pierre 

l'abbaye,  et  nous  n'en  connaissons  l'existence  que  de  Rochefort. 
par  une  simple  citation. 


153  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

voisine  de  la  Bouclieric,  laquelle  maison  tenait  alors,  d'un  côté,  à  Alain  de  Meulan, 
et,  de  l'autre,  à  maître  Raoul  de  Presles.  Or  Sauvai  l'apporte^'  qu'en  iSiy  Louis 
de  France,  fds  de  Philippe  le  Hardi,  père  de  Philippe,  roi  de  iNavarre,  et  grand- 
père  de  Charles  le  Mauvais,  acheta  de  l'avocat  Raoul  de  Presles,  au  prix  de  trois 
mille  livres,  plusieurs  maisons  et  jardins;  c'est  donc  lui  qui  fut  le  véritable  fonda- 
teur de  l'hôtel  de  Navarre,  dont  l'extension  put  être  due  à  ses  descendants,  et  qui 
est  indiqué  comme  la  maison  du  comte  d'Evreux,  c'est-à-dire  de  Philippe,  roi  de 
Navarre,  dans  une  charte  de  iSai. 

Compris  dans  la  confiscation  des  biens  de  Charles  le  Mauvais  en  i386,  l'hôtel 
de  Navarre  fut  donné,  au  mois  de  mars  1898 ''^),  par  Charles  VI  à  son  oncle  le  duc 
de  Berry,  qui,  le  2  avril  1899,  après  Pâques,  l'abandonna  aux  religieux  de  l'ab- 
baye, en  échange  de  leur  renonciation  à  une  rente  de  neuf  livres  neuf  sous  quatre 
deniers  dont  son  hôtel  de  Nesles  était  chargé  envers  eux.  L'hôtel  de  Navarre,  incor- 
poré dans  le  fief  particuHer  des  abbés  de  Saint-Germain,  fut  baillé  par  eux  à  divers 
individus,  mais  morcelé  au  moins  en  deux  parties,  non  compris  les  jardins.  Le 
plus  vaste  des  deux  lots  était  celui  qui  fut  pris  par  Etienne  Sandrin,  le  12  jan- 
vier i/i6i,  et  qui,  depuis,  forma  toujours  une  propriété  particulière,  sur  laquelle 
l'abbé  ne  conserva  que  les  droits  féodaux  et  la  servitude  du  passage  dont  nous 
avons  parlé.  Le  second  lot,  au  contraire,  c'est-à-dire  la  maison  de  la  Foire, 
baillé  successivement,  le  5  avril  i5oo,  à  Thomas  Vaucombert,  le  li  juillet  iBAa, 
à  Jean  Rotonnet,  et,  le  ik  mai  la^y,  à  Pierre  de  Mareuil,  évoque  de  Lavaur, 
ne  fut  aliéné  que  temporairement  jusqu'en  1 584.  Nombre  de  titres  font  savoir  que 
ces  deux  lots  avaient  été  jadis  des  parties  de  l'hôtel  de  Navarre,  tandis  qu'on  ne 
trouve  rien  de  semblable  dans  les  documents  relatifs  aux  maisons  intermédiaires 
entre  l'hôtel  de  la  Foire  et  celui  de  Sandrin.  Ces  maisons  semblent  donc  avoir  été 
une  enclave  dans  le  manoir  de  Charles  le  Mauvais.  Il  se  pourrait  même  qu'elles 
n'en  fussent  qu'un  morcellement  très-ancien.  La  maison  de  llmage-Saint-Jacques 
est  aussi  mentionnée  comme  ayant  dépendu  de  l'hôtel  de  Navarre,  ainsi  que  nous 
l'avons  dit  déjà. 

L'an  1176,  Louis  le  Jeune  obtint  des  moines  de  l'abbaye  Saint- Germain 
l'abandon  à  son  profit  de  la  moitié  des  revenus  d'une  foire  que  ceux-ci  tenaient 
chaque  année  sur  leur  fief,  et  qui,  commençant  quinze  jours  après  Pâques,  du- 
rait trois  semaines.  Cette  cession,  dont  le  motif  n'apparaît  pas  dans  le  texte  de 

"'  T.  II,    p.  948.  Nous  avons  dit   plus    haut  des  comptes.  Mais  nous  ne  trouvons  rien  de  direc- 

qu'une  partie  de  l'hôtel  de  Navarre  paraît  avoir  ap-  lement  relatif  à  ce  sujet ,  ni  dans  l'inventaire  des 

parlenu  en  iSiy  à  un  abbé  de  Gorbie.  mémoriaux,  ni  dans  celui   du  trésor  des  chartes. 

'*'  iai\\ot(Qu(iitier  du  Luxembourg,  p.  i'i  el  1  II)  ni  dans  les  archives  de   l'abbaye,  où  il  n'existe 

indique  ainsi  la  date  de  cette  première  donation,  qu'une  simple  indication  de  la  charte.  (Arch.  nat. 

en  citant  à  l'appui  les  mémoriaux  de  la  Chambre  reg.  LL  1091,  fol.  ta?  r°.) 


RUE  DU  FOUR.  159 

la  transaction  elle-même,  fut  faite  à  la  condition  que,  si  jamais  le  roi  voulait 
aliéner  la  part  qui  lui  avait  été  octroyée,  elle  retournerait  sans  contestation  à 
ses  anciens  propriétaires;  mais,  bien  loin  que  l'occasion  s'offrît  d'exécuter  la  clause 
stipulée,  il  arriva,  au  contraire,  que,  un  siècle  plus  lard,  l'abbaye  renonça  au 
reste  de  ses  droits.  Ne  pouvant,  en  effet,  se  décider  à  payer  les  quarante  livres 
de  rente  formant  la  dotation  des  deux  chapellenies  qu'ils  avaient  été  condamnés 
à  fonder  en  expiation  du  meurtre  de  l'écolier  Gérard  de  Dôle('),  les  religieux  li- 
vrèrent à  Philippe  le  Hardi  la  seconde  moitié  des  revenus  de  la  foire,  à  charge 
par  lui  de  prendre  à  son  compte  le  payement  des  quarante  livres.  Des  lettres  expé- 
diées à  ce  sujet,  au  mois  de  juin  isiSS,  par  Mathieu,  abbé  de  Saint-Denis,  et 
Simon  de  Nesle,  régent  de  France,  furent  confirmées,  en  juillet  1286,  par  le 
roi  Philippe  le  Bel,  qui  transféra  ensuite  la  foire  Saint-Germain  aux  halles  de 
Champeaux,  où  il  parait  qu'elle  conserva  longtemps  son  ancien  nom.  On  ignore 
l'emplacement  qu'elle  occupait  lorsqu'elle  se  tenait  encore  au  bourg. 

L'autorisation  de  rétablir  une  foire  sur  le  territoire  de  Saint-Germain  fut  accor- 
dée à  l'abbaye  par  lettres  patentes  du  roi  Louis  XI,  données  au  château  de  Plessis- 
lès-Tours,  en  mars  1682.  La  nouvelle  foire  devait  être  franche,  comme  celle  de 
Saint-Denis,  et  durer  du  1"  au  8  octobre;  mais,  sur  les  plaintes  des  moines  de 
Saint-Denis,  un  arrêt  de  la  chambre  des  vacations,  rendu  le  1"  octobre  1686, 
remit  le  commencement  de  la  foire  au  lendemain  de  la  Saint-Martin.  Un  autre 
arrêt  de  la  même  année  reporta  la  foire  du  3  au  10  février,  et  fut  confirmé,  en 
février  i/i85,  par  Charles  VIII.  Ce  prince  permit  aussi,  le  i"janvier  ligi,  que 
la  foire  se  tînt  à  deux  reprises,  le  25  février  et  le  12  novembre.  Elle  fut  remise 
ensuite  au  3  février,  et  c'est  dans  ce  mois,  l'an  1/186,  qu'elle  se  tint  pour  la  pre- 
mière fois,  suivant  D.  Bouillart.  Le  compte  de  1/191-1692  mentionne  le  produit 
des  loges  louées  aux  drapiers,  tapissiers,  merciers  et  bonnetiers,  ainsi  qu'une 
somme  de  sept  livres  quatorze  sous  quatre  deniers,  remise  à  Jean  Lesturjon, 
charpentier,  pour  avoir  fait  dresser  cent  cinquante  loges  nécessaires  à  la  tenue  de 
la  foire.  Le  même  compte  contient  un  article  relatif  à  tria  façon  du  pressouer  de 
nNavarre,  fait  en  ceste  présente  année  (1/191-1/192);  en  ce  non  compris  la 
(T  massonnerie  et  couverture  de  la  halle  011  il  étoit  assiz  et  des  foulleries  d'icelluy.  n 
En  iBa/i,  les  deux  pressoirs  banniers  des  halles  furent  vendus,  pour  être  dé- 
molis, à  un  des  habitants  du  bourg,  le  nommé  Jean  Bart,  dit  Brodequin. 

Les  lettres  patentes  de  1682  ayant  laissé  les  moines  maîtres  de  choisir  le  lieu 
dans  lequel  seraient  construits  les  biltiments  de  la  Foire,  ils  n'en  trouvèrent  point 
de  préférable  aux  jardins  de  l'hôtel  de  Navarre,  qu'ils  avaient  précédemment 
baillés  au  nommé  Pierre  Benoist,  sa  vie  durant.  Ils  se  les  firent  rétrocéder  en  1 486, 
et  ils  y  élevèrent  trois  cent  quarante  loges.  On  a  dit  que  les  halles  de  la  foire 

''  Voii-,  dans  le  second  volume  de  cet  ouvrage ,  la  notice  sur  le  Prë-anx-€lercs. 


160  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

avaient  été  rebâties,  en  i5i2,  par  l'abbé  Guillaume  Briçonnet;  mais  il  semble 
plutôt  qu'elles  furent  simplement  réparées  et  peut-être  augmentées;  car  il  est 
question  ,  dans  le  compte  de  1 5 1  o-i  5 1 1 ,  de  travaux  efTectués  pour  la  balle  vieille 
etla  balle  neuve.  Plusieurs  fois  restaurées,  elles  ont  ensuite  subsisté  jusqu'à  la  nuit 
du  1 6  au  17  mars  1762,  où  elles  furent  entièrement  détruites  par  un  violent 
incendie.  Les  plans  que  nous  en  avons  vus  donnent  à  croire  que,  à  cette  dernière 
époque,  les  balles  étaient  encore  celles  du  xvi*  siècle,  mais  qu'elles  avaient  subi 
de  nombreux  remaniements  qui  en  avaient  sensiblement  modifié  l'aspect. 

Les  balles  Saint-Germain  se  composaient  d'un  grand  corps  de  bâtiment  rec- 
tangulaire en  pierre,  butté  de  contre-forts,  et  mesurant,  dans  œuvre,  environ 
trente-quatre  toises  et  demie  du  nord  au  sud  sur  quarante-neuf  et  demie  de 
l'est  à  l'ouest.  La  cliarpente  de  la  toiture,  qui  possédait  une  grande  célébrité 
parmi  les  gens  du  métier,  formait  deux  grands  combles  à  pignon,  fort  élevés, 
percés  de  nombreuses  lucarnes  et  reliés  entre  eux  par  cinq  petits  combles  trans- 
versaux. A  l'intérieur,  les  groupes  de  loges,  qui  comprenaient  cbacune  une  bou- 
tique surmontée  d'une  cbarnbre,  étaient  séparés  les  uns  des  autres  par  des  allées 
larges  de  neuf  pieds  et  au  nombre  de  onze,  savoir:  cinq  parallèles  au  petit  axe 
de  l'édifice  et  six  parallèles  à  son  grand  axe.  D'après  un  curieux  procès-verbal  du 
28  janvier  i6i5,  confirmé  par  les  plans,  les  cinq  allées  parallèles  au  petit  axe  se 
distinguaient  par  les  noms  de  première,  deuxième,  troisième,  quatrième  et  cin- 
quième traverse,  en  comptant  de  l'orienta  l'occident.  Quant  aux  autres  allées, 
la  première,  c'est-à-dire  la  plus  rapprochée  de  la  rue  du  Four,  s'appelait  la  rue 
de  Normandie;  la  deuxième,  la  rue  de  Paris;  la  troisième,  la  rue  de  Picardie;  la  qua- 
trième, la  rue  Chauldronnière '^^^ ;  la  cinquième,  la  me  Mercière,  et  la  sixième,  la 
rue  de  la  Lingerie. 

Au  reste,  ces  désignations  étaient  certainement  usitées  bien  avant  1 6 1 5 ,  et  peut- 
être  l'avaient-elles  été  dès  l'origine.  L'ordonnance  sur  la  police  de  la  foire,  rédi- 
gée en  1628  '^',  porte  qu'il  est  ffenjoinct  et  commandé  à  tous  marchands,  tant  de 
«Paris  que  d'ailleurs,  qu'ilsmettent  ou  fassent  mettre  par  escrit,en  grosses  lettres, 
ft  devant  leurs  loges  ou  eschoppes,  au  moing  au  commencement  des  rues  et  aux 
rc  coings  d'icelles,  les  villes  ou  pays  d'où  ils  sont,  sous  peine  d'amande  arbitraire,  n 
Nous  avons  trouvé  l'indication  de  la  rue  Chaudronnière  en  1606,  de  cla  rue  Mer- 
frcière  de  la  Foyre  ^^U  dès  i585,  et  celle  de  la  porte  de  la  Lingerie  à  la  même 
époque.  La  porte  qui  correspondait  à  la  troisième  traverse  était  dénommée  parle 
Syndicale  au  xvu'^  siècle;  quant  aux  portes  placées  aux  extrémités  des  rues  de  la 
Chaudronnerie,  de  Picardie  et  de  Normandie,  elles  ont  pu  prendre  le  nom  de 
ces  rues,  mais  nous  ne  savons  si  elles  appartenaient  à  la  disposition  primitive, 

'''  Les  chaudronniers  de  la  foire  sont  mentionnés  '■''  Voir  aux  appendices, 

dans  une  sentence  du  19  février  i5'i/i.  <''  Elle  aétédite  aussi  des  Or/éiTesaii  xvu* siècle. 


TOPOGRAPHIE  HISTORIOVE    DV   VIEVX    PARIS 


Q,VEo;.  EL 


DV    CERCEAV 


I.in>  '■'•-  fli.i!'riar.  aille-  !=fi 


I^A    FOIRE     SAINT    GERMAIN 


Après  les  plans  de  la  Tapisserie  de  Q^iiesnel  et  de  Du  Cerceau 


RUE  DU  FOUR.  161 

non  plus  que  certaine  chapelle  dont  parle  Piganiol  et  qui  était  au  bout  de  l'une 
des  halles.  On  remarque  sur  les  plans  que  les  quatre  grands  îlots  compris  entre 
les  rues  de  Picardie  et  de  la  Chaudronnerie  renlermaient  chacun  des  chambres 
avec  une  petite  cour  et  un  puits. 

Le  bâtiment  des  halles  n'était  séparé,  vers  le  midi,  du  mur  de  clôture  de  l'an- 
cien jardin  de  Navarre  que  par  une  ruelle  très-étroite;  il  n'en  était  pas  non  plus 
fort  éloigné,  du  côté  de  la  rue  des  Canettes;  mais  l'espace  s'élargissait  du  côté  op- 
posé, et,  vers  le  nord,  derrière  les  maisons  de  la  rue  du  Four,  sur  une  profon- 
deur d'environ  vingt-cinq  toises,  il  formait  ce  qu'on  appelait  le  préau  de  la  foire. 
Ce  préau,  loin  d'être  vide,  contint  jusqu'à  quatre  cents  loges.  D'après  le  procès- 
verbal  de  161  5,  on  y  voyait  une  rue  de  Mercerie;  une  Grande  rue  Ferronière;  une 
(True  du  Milieu-Pottière;  n  une  rue  de  la  Vannerie;  une  rue  Gaufrière;  une  rue  de 
Beauvais;  plusieurs  traverses,  dont  l'une  conduisant  à  la  Halle  aux  draps;  un  lieu 
dit  le  Tourniquet;  des  Halles  à  lajilace,  voisines  de  la  rue  des  Canettes,  et  rr  un  petit 
rrbastiment  servant  à  l'exercice  de  la  justice  du  bailliage,  ti  Le  plan  de  Quesnel 
montre  qu'il  y  avait  en  outre  une  potence.  On  accédait  au  préau  et  à  ses  halles 
de  trois  côtés:  par  la  rue  de  la  Foire,  par  le  passage  de  la  Treille  et  par  une 
porte  donnant  sur  la  rue  du  Brave;  celle-ci  remontait  à  l'origine  même  de  la 
foire;  elle  a  été  appelée  la  porte  Peincte  vers  i5g5,  crie  petit  huis  de  la  Halle  1^ 
en  1^99,  et,  dans  la  première  moitié  du  xvi''  siècle,  on  l'énonçait  ordinairement 
la  porte  des  champs  de  la  Foire.  Elle  avait  sans  doute  été  substituée  à  l'ancienne 
issue  de  l'hôtel  de  Navarre. 

Maisok  sans  désignation  (1.59.5).  Elle  paraît  avoir  été  un  morcellement  de  la 
suivante,  avec  laquelle  elle  était  solidairement  chargée  d'une  rente  de  vingt-quatre 
livres. 

Change  (liaS),  puis  maison  bâtie,  suivant  le  censier  de  iSgS,  par  le  nommé 
Denis  Tabouret.  Sous  Louis  XIII,  elle  appartenait  au  propriétaire  de  l'hôtel  de  la 
Guette,  et  faisait  le  coin  oriental  de  la  rue  Princesse,  moyennant  un  élargisse- 
ment d'environ  quatre  mètres,  pris  sur  l'hôtel  de  Roussillon,  auquel  elle  était 
précédemment  contiguë.  Elle  avait  été  possédée  par  Adam  de  Bâillon  ,  puis  par 
le  président  René  Gentils,  et  elle  fut  comprise  dans  la  confiscatiou  des  biens  de 
ce  dernier. 

Grande  maison  renfermant  des  granges,  des  bergeries,  ainsi  que  deux  jardins, 
et  dite,  en  i523,  contenir  cinq  quartiers,  ce  qui  semble  exagéré.  Elle  est  men- 
tionnée dès  1619,  et  fut  vendue,  le  28  février  i535,  par  Adam  de  Bâillon,  sei- 
gneur de  Valence,  à  Jérôme  Gentils,  notaire  et  secrétaire  du  roi.  Elle  apparte- 
nait à  René  Gentils,  président  des  requêtes  au  Parlement,  lorsqu'on  lui  intenta  le 
procès  à  la  suite  duquel  il  fut  pendu  à  Montfaucon,  le  2  5  septeuibre  i563.  Au 


162  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

moment  de  son  exécution,  il  y  avait  déjà  plusieurs  mois  que  ses  biens  étaient 
confisqués,  puisque  le  cardinal  de  Tournon,  abbé  de  Saint-Germain,  en  avait  été 
mis  en  possession  dès  le  i  2  mai  précédent.  La  réunion  des  maisons  que  Gentils 
possédait  sur  la  rue  du  Four  et  de  celles  qu'il  y  avait  annexées  sur  la  rue  des 
Canettes  formait  une  propriété  considérable.  Le  cardinal  ne  la  garda  point;  il 
s'en  défit,  le  20  septembre  ib^U,  en  faveur  de  son  neveu  Juste  de  Tournon, 
comte  de  Roussillon,  d'où  est  venu  le  nom  d'hôtel  de  Roussillon,  qui  lui  a  été 
donné.  Le  12  avril  1619,  Henri  Juste,  baron  de  Tournon,  fds  du  précédent,  de- 
vant de  fortes  sommes  aux  nommés  Pierre  Germain  et  Claude  Saullier,  marchands 
lyonnais,  leur  vendit  l'hôtel  de  Roussillon  au  prix  de  quarante-deux  mille  livres  '■'. 
Ceux-ci  firent  abattre  l'hôtel  et  en  baillèrent  le  terrain  à  bâtir,  en  ouvrant  deux 
voies  nouvelles,  les  rues  Princesse  et  Guisarde,  que  nous  avons  vues  mention- 
nées dès  le  mois  d'octobre  1G21.  La  maison  faisant  le  coin  occidental  de  la  rue 
du  Four  a  eu  pour  enseigne  le  Grand-Moïse  (1628-1G90). 

Maison  sans  désignation  (iSgB),  morcellement  de  la  suivante. 

Maison  sans  désignation,  faisant  le  coin  oriental  de  la  rue  des  Canettes.  Au  com- 
mencement du  xv" siècle,  elle  appartint  à  Martin  Gouge,  dit  deCharpaigne,  évêque 
de  Chartres,  puis  de  Clermont,  et  elle  passa  ensuite  au  président  du  Parlement 
Yves  de  Scepeaux.  En  1023,  on  la  qualifiait  de  grange,  et  elle  était  depuis  peu 
divisée  en  deux  dans  le  sens  de  sa  profondeur.  En  1  5/i3,  elle  avait  pour  enseigne 
l'Image -Saint' Maurice,  rappelant  le  prénom  d'un  de  ses  propriétaires,  Maurice 
Moye,  qui  la  possédait  en  i53/i  et  la  tenait  de  maître  Léon  le  Gentilhomme.  A  la 
fin  du  xvi"  siècle,  la  maison  de  l'Image-Saint-Maurice  proprement  dite  formait 
deux  propriétés  distinctes  sur  la  rue  du  Four.  Celle  du  coin,  en  1628,  était  à  son 
tour  subdivisée  en  trois,  dont  deux  étaient  situées  dans  la  rue  des  Canettes,  et 
la  troisième  faisant  front  sur  la  rue  du  Four.  Cette  dernière  avait  alors  pour 
enseigne  le  Corbeau. 


Entre 


,         ,   ,.    „         Maison  de  l'Image-Saint-Christophe  (i/ii 3-1628),  faisant  le  coin  occidental  de 

les  rues  des  CaiieKes  >  / 

et  Beiiriière.  la  rue  des  Canettes.  On  la  confondait  souvent  avec  la  suivante,  dont  elle  était  sé- 
parée, en  1628,  par  une  maison  dite  la  Chaumière,  dépendance  d'une  des  pro- 
priétés contiguës.  En  1695,  elle  aboutissait  encore  à  la  maison  du  Chef-Saint- 
Jean  de  la  rue  des  Canettes;  mais,  en  1628,  elle  avait  été  morcelée,  et,  entre  la 
maison  du  Chef-Saint-Jean  et  celle  du  coin,  il  s'en  trouvait  trois  autres  qui  ont  eu 
pour  enseignes,  la  première  (vers  le  midi),  la  Folie;  la  deuxième,  les  Deux-Haches 
(1687),  et  la  troisième,  Sainl-Claude .  Une  portion  du  jardin  de  la  maison  de 
rimage-Saint-Christoplie  fut  aliénée,  dès  1629,  par  le  propriétaire,  et  paraît  se 
rapporter  au  plus  grand  des  deux  corps  d'hôtel  de  la  maison  de  la  Folie. 

'"  Arch.  nat.  cari.  S  3862. 


RUE  DU  FOUR.  163 

Maison  DE  ff  LA  FoLLYE n  (  1 5 1 3). 

Maison  sans  désignation  en  i5i3,  et  dite  dans  la  suite  hôtel  de  Vigny  (1687). 

Maison  sans  désignation  en  1 5 'i 3, puisDEsTfiois-Rois (1567- 168 7).  Au  XVII'' siècle, 
elle  formait  trois  maisons,  dont  la  première  a  eu  pour  enseigne  le  Chariot-Eouge 
(1628),  la  deuxième,  les  Trois-Rois  ctla  Ville-de-Bergerac  [168']),  et\a  troisième,  la 
Croix-Blanche,  autrement  le  Pavé-Rompu  (1G87).  Elle  s'était  alors  agrandie  de  la 
partie  postérieure  de  la  maison  suivante. 

Maison  sans  désignation  (iSaS).  Au  xvii"  siècle,  elle  paraît  avoir  été  divisée  en 
deux,  et  appartenait  à  l'abbé  de  Saint-Germain-des-Prés. 

Maison  dite,  en  i523,  formée  de  trois  autres.  Elle  a  eu  pour  enseigne  les 
Trois-Cboissants  (1599),  puis  LE  Gband-Monarque  (1687).  C'était  une  propriété 
de  l'Hôtel-Dieu  dès  i523.  En  1628,  un  de  ses  corps  d'hôtel,  constituant  une 
propriété  particulière,  la  séparait  de  la  suivante. 

Maison  sans  désignation  en  i523,  puis  de  l'Image-Saint-Jean-Baptiste  (lôgB), 
aboutissant  à  la  précédente. 

Maison  de  l'Image-Saint-Pierre  (1  Û17-153/1),  puis  de  la  Cloche-Perse  (i5/i3- 
1687).  Elle  avait  été  élevée  sur  deux  pièces  de  terre,  et  formait  deux  maisons  en 
iBgô  et  1680.  A  celte  dernière  date,  la  seconde  maison  avait  pour  enseigne  le 
Bras-d'or.  Sur  son  emplacement  existait,  en  i/i56,  une  grange  à  l'état  de  masure 
et  distincte  de  la  maison  de  l'Image-Saint-Pierre. 

trHoSTEL    DU    FoIR-BaNNIERT)    (li56),    OU    MAISON    DE    LA    CoRNE-DE-CeRF   (i522- 

1688),  faisant  le  coin  oriental  de  la  rue  Beurrière  et  s'étendaut  le  long  de  tetle 
rue  jusqu'à  celle  du  Vieux-Colombier.  Ce  four  banal  de  l'Abbaye  est  celui  qui  a 
donné  son  nom  à  la  grande  rue  du  bourg  Saint-Germain.  A  la  fin  du  xvi"  siècle 
et  au  commencement  du  xvii*,  la  maison  où  il  avait  existé  appartenait  à  maître 
Guiilcmin,  auditeur  de  la  Chambre  des  comptes.  De  là  vient  que  la  rue  qui,  vers 
i63i,  fut  percée  sur  une  partie  de  son  terrain,  et  qui  l'a  séparée  de  la  précé- 
dente, a  été  aj)Tpe\ée  rue  Netwe-Guillemin ,  ou  simplement  Guillemin,  autrement  rfe 
la  Corne. 

Il  est  fait  mention,  dans  une  charte  de  1271,  de  la  maison  faisant  le  coin  de 
la  rue  du  Four  et  de  la  rue  Beurrière;  mais  nous  ignorons  s'il  s'agit  de  celle-ci  ou 
de  la  suivante.  Le  four  existait  dès  12  59,  et  paraît  avoir  été  supprimé  avant  1/172. 

Maison  sans  désignation  (i523),  faisant  le  coin  occidental  de  la  rue  Beurrière.  Knire 

t-<ii  <•  m    A      1  •  f  I       ■  1  .  .         la  ruo  BeuiriiTe 

Elle  renfermait  plusieurs  corps  d  hôlel  qui,  vers  i  oi  0,  étaient  devenus  trois  mai-  ei 

sons  distinctes  :  la  deuxième  avait  alors  pour  enseigne  ï Ecu-de-France ,  et  la  troi-  (tHa^cmix-ronire 
sième,  la  Tele-Noire  (1602).  H  s'y  trouvait  une  bergerie  en  i5/i3. 

Maison  de  la  Fontaine  (16/17-1623),  aboutissant  à  la  rue  du  Vieux-Colombier. 
En  1 687,  elle  était  divisée  en  deux  parties,  dont  l'une  avait  pour  enseigne  la  Ville- 
d'Epernon.  Cette  maison  a  conservé  jusqu'à  nos  jours  son  ancienne  enseigne,  bas- 


164  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

relief  en  pierre,  placé  au-dessus  de  la  porte,  et  exécuté  au  commencement  du 

xm"  siècle.  Nous  en  donnons  ici  la  reproduction '''  : 


Maison  dk  la  Vieille-Fontaine  (lôgS),  ou  Petite-Fontalne  (1687),  aboutissant 
à  la  rue  du  Vieux-Colombier.  Avec  la  précédente  et  la  suivante,  elle  ne  consti- 
tuait, en  iSaS,  qu'une  même  propriété,  énoncée  qui  asoulloit  estre  deux  mai- 
ff  sons.  11 

Maison  du  Soufflet-Vert  (  i.^gB),  morcellement  de  la  précédente.  Cette  maison 
est  la  dernière  de  celles  que  l'on  construisit  sur  le  terrain  large  de  trente  toises, 
qui  fut  baillé,  en  i5i  1,  par  Liénard-Baudart  à  Vaucombert,  et  qui  est  dite  faire 
le  coin  de  la  rue  de  Vrolande.  (Voir  Rue  Beurrière.) 

Maison  sans  désignation  en  iSgB,  puis  de  la  Salamandre  (1G28-1690). 

Maison  sans  désignation  en  1695,  puis  de  l'Image-Notre-Dame  (1628),  qui 
aboutissait  primitivement  à  la  rue  du  Vieux-Colombier;  la  partie  donnant  sur 
cette  rue  formait  une  propriété  distincte  dès  i6o3. 

Maison  des  Quatre-Vents  (iSqS),  faisant  le  coin  du  carrefour  de  la  Croix- 
Rouge,  et  s'étendant  sur  la  rue  du  Vieux-Colombier.  Au  xvn"  siècle,  elle  a  été 

'''  Il  y  a  quelques  années,  lors  de  la  déniolitiou  lionnes,  celle  enseigne  delà  Foiilnines  été  recueillie 
de  celle  maison  [lour  le  pcrcenienl  de  la  rue  de        et  Iransjmi'lée  à  l'Iiôtel  Carnavalet.  —  th.  v. 


RUE  DU  FOUR.  165 

divisée  en  trois  propriétés,  qui  eurent  pour  enseignes,  la  première,  les  Quatre- 
Evatifrélisles ;  la  deuxième,  les  Quatre-Éléments ,  et  la  troisième,  les  Quatre-Vents. 

La  maison  des  Quatre-Vents  et  les  deux  précédentes  ne  formaient  d'abord 
([u'une  grande  propriété  qui  renfermait  une  maison,  des  jardins,  une  tuilerie,  et 
fut  baillée,  le  lo  avril  i388,  à  Bélot-Mahieu ,  marchand  de  Paris.  En  i53û,  une 
seconde  maison  était  déjà  bâtie  sur  le  terrain  de  la  tuilerie,  encore  mentionnée 
en  1067;  le  morcellement  eut  lieu  peu  après.  En  ilt-iS,  elle  est  dite  occuper 
tout  l'îlot  jusqu'à  la  rue  Beurrière;  il  faut  en  conclure  qu'elle  était  alors  plus  vaste 
qu'un  siècle  auparavant  ;  car,  au  mois  d'octobre  i3t5,  lorsqu'elle  fut  vendue  par 
Pierre  de  Montreuil  et  Isabelle,  sa  femme,  à  Etienne  Domonl,  chantre  de  l'abbaye, 
elle  aboutissait  à  l'hôtel  de  l'évêque  de  Rodez,  qui  doit  être  la  propriété  bordant 
la  rue  Beurrière. 

CarREFOIR  de  la  CroiX-RolgE.  Ce  lieu  est  appelé  le  et  bout  de  la  ville  t? 
dans  le  rôle  de  la  taille  de  1599,  crie  chiefdela  ville n  dans  le  même  document, 
ainsi  que  dans  d'autres  de  i3io,  i355  et  i4i5,  el  rr l'entrée  de  la  ville n  dans 
un  acte  de  i53i.  C'est  là,  en  effet,  que  se  terminait  le  bourg  Saint-Germain. 
Nous  trouvons,  dans  des  titres  de  1600  el  i4i  1,  la  mention  d'une  porte  placée 
en  cet  endroit;  elle  fermait  apparemment  la  rue  du  Four,  et  était  déjà  ancienne 
alors,  puisque,  dans  une  charte  de  1377,  une  vieille  grange  est  dite  située  crau 
ffboul  de  la  ville  Ss\nl-(jerma'in ,  oiillre  la  vielle  porte  el  car reiouv,  deventle  Grez  <"'.•» 
Au  xv""  siècle,  le  carrefour  de  la  Croix-Rouge  était  assez  souvent  nommé  carrefour 
de  la  Maladerie,  non  pas.  assurément,  à  cause  du  voisinage  des  granges  aux  ma- 
lades de  Naples,  comme  l'a  pensé  Jaillot,  mais  bien  à  cause  du  chemin  de  la 
Maladerie,  ou  rue  de  Sèvres.  Cne  raison  analogue,  la  proximité  du  chemin  de  la 
Justice,  paraît  être  le  motif  pour  lequel  le  carrefour  a  été  aussi  nommé  r  carrefour 
(fde  la  Justice T)  (1629).  Nous  n'avons,  en  effet,  jamais  rencontré  la  moindre  in- 
dication des  prétendues  fourches  patibulaires  (jui  se  seraient  élevées  là ,  suivant 
Jaillol ,  tandis  que  nous  connaissons  une  foule  de  documents  faisant  allusion  à  celles 
de  Grenelle. 

Le  carrefour  de  la  Croix-Rouge  s'appelait  encore  «le  carrefour  de  la  grant  ruen 
(i53i),  trie  carrefour  du  Four  a  (i535),  et  ffle  carrefour  du  Jeu  de  boules  a 
(i53i).  Cette  dernière  désignation,  extrêmement  commune  dans  la  première 
moitié  du  xvf  siècle,  provenait  d'un  (rboullouern  dont  il  est  indirectement  ques- 
tion dans  les  archives  de  l'abbaye,  de  1692  à  i5/i3,  mais  sur  la  disposition  et 
même  l'emplacement  exact  duquel  nous  n'avons  point  obtenu  d'éclaircissement. 
11  est  très-probable  que  ce  n'était  point  une  construction;  c'était  simplement  un 
terrain  qui,  préparé  pour  le  jeu,  s'étendait  le  long  delà  rue  de  Sèvres;  car,  des 

'*'  Nous  ne  savons  ce  (iii'il  faut  entendre  par  ce  mot.  S'agirait-il  de  quelque  borne  ou  irgios  caillou?'! 


166  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

maisons  formant  les  coins  du  carrefour,  il  n'en  est  aucune  que  les  titres  déclarent 
contiguë  au  jeu  de  boules,  et  nous  voyons  que,  en  i535,  une  propriété,  située  à 
l'encoignure  des  rues  du  Dragon  et  de  Grenelle,  a  été  énoncée  et  au  heurt  du  car- 
«  refour  au  dessoubz  du  lieu  appelé  le  Jeu  de  boulles.-n  Le  jeu  de  boules  était  donc 
un  emplacement,  une  aire,  plutôt  qu'une  bâtisse  quelconque. 

Une  croix  monumentale,  peinte  en  rouge,  est,  dit-on,  la  cause  du  nom  que 
porte  actuellement  le  carrefour;  toutefois  nous  n'avons  jamais  obtenu  la  preuve 
que  cette  croix  ait  réellement  existé,  et  la  lacune  existant  dans  les  archives  de 
l'abbaye  nous  a  empêchés  de  vérifier  si  le  carrefour  doit  réellement  son  nom  à 
une  croix  qui  en  aurait  occupé  le  centre.  Ne  le  doit-il  pas  bien  plutôt  à  l'enseigne 
de  la  maison  formant  le  coin  de  la  rue  de  Sèvres? 

Quoi  qu'il  en  soit,  la  première  indication  de  la  a  Croix-Rouge ,  n  monument  ou 
enseigne,  que  les  documents  nous  aient  offerte,  date  de  1877,  et  nous  doutons 
fort  que  l'origine  en  soit  beaucoup  plus  ancienne,  parce  qu'il  n'en  est  point  parlé 
dans  les  nombreux  titres  antérieurs  à  i55o,  relatifs  à  la  localité.  Sur  le  plan  de 
la  Tapisserie,  dont  l'inexactitude,  en  ce  qui  touche  les  faubourgs,  est  d'ailleurs 
assez  grande,  le  carrefour  est  représenté  avec  une  croix  au  milieu;  mais  peut-être 
est-ce  là  une  invention  du  dessinateur,  qui  s'en  est  permis  plusieurs  autres. 
Dans  tous  les  cas,  il  serait  imprudent  de  rien  conclure  du  fait,  attendu  que.  sur 
le  plan  de  Braun,  publié  en  1675,  à  la  place  de  la  croix  on  remarque  un  arbre, 
et  il  est  certain  qu'on  constate  l'existence  d'un  arbre  planté  au  carrefour,  long- 
temps avant  celle  d'une  croix  quelconque.  Cet  arbre  était  nommé  «  l'Orme  du  Four,  -n 
en  1A89,  et  il  servait  à  dénommer  l'un  des  coins  de  la  rue  du  Cherche-Midi, 
qu'on  trouve  appelé  «la  Pointe  de  l'Orme, •»  en  1872  eti355.  Sur  le  plan  de 
Quesnel,  un  arbre  est  encore  figuré  au  milieu  du  carrefour  ''',  et  l'enseigne  de  la 
Croix  apparaît  suspendue  à  la  maison  du  coin  de  la  rue  de  Sèvres,  ce  qui  achève 
de  nous  persuader  qu'on  s'est  mépris  jusqu'ici  sur  l'origine  du  nom  que  porte  le 
carrefour'^'. 


'"'  On  le  lelrouve  sur  le  plan  de  Gomboust,  où 
il  est  placé  à  l'exlrëmité  de  la  rue  du  Four. 

'''  Une  croix  monumentale  en  pierre  n'eût  assu- 
rdmenl  point  été  peinte  en  rouge ,  et  Ton  n'aurait 
point  barbouillé  de  cette  couleur  une  croix  en  bois 
sculpté.  L'hypothèse  que  nous  rejetons  implicpie 
donc  (pie  la  croix  en  question  n'eût  consisté  qu'en 
une  menuiserie  grossière ,  comme  ces  croix  de  mis- 
sion qu'on  voit  encore  dans  les  campagnes  et  qui 
datent  de  la  Reslauration.  Dans  le  riche  faubourg 


Saint-Germain,  à  l'époque  où  s'épanouissait  la  Re- 
naissance, il  est  peu  probable  qu'on  se  fût  contenté 
d'un  pareil  insigne.  —  a.  b. 

En  l'absence  de  tout  dessin  authentique  et  de 
toute  figuration  contemporaine,  vraiment  digne  de 
foi,  nous  avons  pensé  à  reproduire  les  divers  aspects 
du  carrefour,  tels  que  les  anciens  plans  les  donnent. 
La  vieille  notoriété  de  ce  point  de  Paris,  appelé  à 
perdreprochainementsa  physionomie  primitive,  exi- 
geait au  moins  ce  genre  de  représentation. —  l.m.t. 


V%  ''^  4 


ry 


^ 


;î3>^i 


-•■*'. 


si  aucui. 
juc,  en  '  IL"  |nuj)neii\  su 

"11"    •'  ■  ,,ux'e  ff au  heurt  du  .... 

/.   '_•'_■■  ieu  de  boules  était  donc 


e  bâtiss 


lit-on,  Ja  cause  du  nom  quf 

>ons  jamais  obtenu  la  preuve 

•ne  existant  dans  les  archivés  d( 

efour  doit  réellement  son  nom  à 

iloit-il  pas  bien  plutôt  à  l'enseigii' 


^s? 


i'  indica  la  «  Croix-Rouge,  i>  monument  oi; 

IIS  aient  ;,  date  de  iS^^,  et  nous  doutons 

tip  plusant^M*nne,  parce  qu'il  n'en  est  point  pari/^ 

latifs  à  la  localité.  Sur  le  plan  de 

uichè  les  faubourgs,  est  d'ailleurs 

st  repi'ésenlt^  ëvfx  une  croix  au  milieu;  mais  peut-être 

1  dessinateur,  qui  s'en  est  permis  plusieurs  autres. 

'iprudent  iW  rien  conclure  du  fait,  attendu -«jue,  sur 

.76  V  à  là  place  de  la  croiv  on  remarque  un  arhi-r 

rexisteni'*"  d'un  arbfe  planté  a«  carrefour 

Iconque.  Cet  arbre  était  nommé  el'O; 

iiitner  l'un  de«  coins  de  la  rue  du  Chérche-Micli. 

te  de  1"'  en  1872  et  j355.  Sur  le  plan  de 

iiguré  au  imlieu  du  carrefour  ''',  et  renseigne  dé  In 

Liaison  du  ï^oiii  de  la  rue  de  Sèvres,  te  qui  achève 


C.ombousl  '  ;prm»ifl .  h  Npoqoe  06  sYpanoaisMit  U  Rp- 

I     I  |»eu  probable  qu'on  se  fût  conteiiii 

!i>iroii  eut  assu-  ne.  —  a.  B. 

et  l'on  n'aurait  .le  tout  dessin  authenti<iue  et  1! 

!iie  croix  on  bois  ition  contemporaine,  vraiment  digne  d" 

■  onspenséà  rep'    "        '      '  '  1- 

,-    .  -.:             ar,  tels  que  les  ïui.       ^                      "il. 

'>rrdeDii«-  La  tieffli'  notoriété  de  ce  point  de  Paris,  appelé  à 


■I 


vj-> 


w 
o 
> 

o 


o 

ce 
o 

< 
w 

Q 

ce 

> 
O 

w 
a: 

<; 
u 

w 


RUE  DU  FOUR.  167 

CÔTÉ  SEPTENTRIONAL. 

PAROISSE    SAINT-SULPIGE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Maison  sans  désignation,  faisant  le  coin  de  la  rue  du  Dragon,  et  qui  apparte-  Er.ue 

nait,  en   lôgS,  à  M.  de  aLouans.fl  En   i6i5,  c'était  une  masure  large  de  huit  ''' euiii''Lbo't!'"'' 
toises  sur  la  rue  du  Four,  et  de  trois  toises  par  derrière,  profonde  de  vingt-sept 
toises  d'un  côté  et  de  vingt-six  de  l'autre. 

Grande  maison  sans  désignation  en  i5g5,  puis  de  la  Chasse  (1628),  faisant 
haclie  derrière  la  précédente  et  répondant  sur  la  rue  du  Dragon. 

Trois  maisons,  dont  la  première  a  eu  pour  enseigne  la  Chasse-Royale  (1628- 
1687,  et  la  deuxième,  la  Perle.  Nous  ne  les  avons  point  trouvées  indiquées  d'une 
manière  spéciale  avant  le  xvn"  siècle;  mais  elles  devaient  exister  auparavant,  et 
constituaient  peut-être  l'une  de  ces  trois  ir demeures n  que  renfermait,  en  iBaS, 
la  propriété  formée  de  la  maison  précédente  et  de  celle  du  coin.  Celte  propriété, 
aboutissant  au  clos  Copieuse,  contenait  environ  trois  quartiers  de  terre. 

Maison  sans  désignation  en  i53i,  puis  de  la  Hacquebute  (i5g5).  En  1628, 
elle  était  divisée  en  deux  demeures,  la  première  ayant  pour  enseigne  la  Mar^rue- 
rite-Couronnée,  et  la  seconde,  l'Image-Nolre-Dame. 

Maison  de  l'Agnus-Dei  (iBgB-iGSy),  qui,  en  iBaS,  était  l'un  des  deux  corps 
d'hôlel  de  la  maison  suivante.  Dès  1628,  elle  était  aussi  divisée  en  deux  parties, 
et  la  première  avait  alors  pour  enseigne  les  Trots-Chapelets. 

Maison  sans  désignation  en  i523,  puis  de  la  Queue-de-Regnart  (i563-i68'7), 
faisant  le  coin  occidental  de  la  rue  du  Sabot. 

Maison  du  Sabot  (151/I-1628),  faisant  le  coin  oriental  de  la  rue  du  Sabot.  Elle  Entre 

,..,,„.  _  _  .|  I  .,  .  .       ,         I1.8  nies  du  Sabot 

aboutissait  a  la  Petite  rue  laranne  en  109;);  mais,  dans  la  première  moitié  du      etdeiEgout. 
xvi*^^  siècle,  elle  était  moins  profonde;  car  elle  était  limitée  par  un  jardin  qui  la 
séparait  de  l'hôtel  de  Taranne.  Les  deux  maisons  suivantes,  qui  n'en  formaient 
qu'une,  en  dépendaient  alors  '''  et  contenaient  une  grange. 

Maison  sans  désignation  en  lôgô,  puis  des  Carneaux  (1628-1687). 

Maison  sans  désignation  en.iBgô,  puis  de  l'Epée-Royale  (1628-1687). 

Jardin  (i  528),  puis  maison  de  la  Véronique  (iSgB),  du  Jardin-d'Ollivet  (1628) 
et  DU  Roi-François  (1687). 

'''  Certains  docutnenU  donnent  à  la  maison  du  semble  pourtant  en  avoir  jamais  contenu  pins  de 
Sabot  une  superficie  de  ti'ois   quartiers;  elle  ne        deux. 


168  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

Maison  sans  désignation  en  i5'23,puis  du  aCHAPPEAU-DE-TRioMPHEn  (iBgS- 
1698). 

Maison  sans  désignation. en  lôgô,  puis  de  la  SoucHE-CouROPi^ÉE  (1628-1680), 
morcellement  probable  delà  suivante. 

Maison  sans  désignation  [ilxSk),  faisant  le  coin  occidental  de  la  rue  de  l'Egout. 
Elle  appartenait  à  la  Sainte-Chapelle,  à  laquelle  elle  fut  donnée,  le  11  mai  1686, 
par  maître  Robert  Cordel,  chanoine  de  cette  église.  En  1 5^2,  ce  n'était  plus 
qu'un  jardin,  et,  le  7  mars,  Guillaume  Bernard  en  vendit  à  Toussaint  de  Villette 
une  partie  large  de  six  toises  et  profonde  de  dix.  C'est  celle  où  a  été  bâtie  la 
maison  qui  forme  l'encoignure  actuelle. 

Entre  Maison  de  la  Croix-de-Feu  (1609),  puis  de  l'Hermine  (1628-1690),  faisant  le 

les  rues  de  l'Egout  .  •  i    i      i  i      l'n  n  •  i  /ri  •    i    ' 

et  des  Ciseaux,  coiu  Oriental  de  la  rue  de  1  Egout.  Lette  maison,  ou  la  précédente,  appartint  a  ce 
Jean  Le  Forestier  dont  la  rue  de  l'Egout  a  porté  le  nom. 

Maison  sans  désignation  (iSaS). 

Maison  sans  désignation  en  1628,  puis  du  Soleil-d'Or  (1628-1687).  Au  com- 
mencement du  xvif  siècle,  on  y  réunit  une  maison  de  la  rue  de  l'Egout.  En  1  SgS, 
celte  maison,  ou  celle  qui  suit,  avait  pour  enseigne  l' Image-Saint' Vincent. 

Maison  sans  désignation  en  lôaS,  puis  du  Chapelet  (1628),  ou  des  Grosses- 
Patenôtres  (1687). 

Maison  sans  désignation  en  lôaS,  puis  du  Petit-Cerf  (1695-1687).  Avec  les 
trois  précédentes,  elle  formait  la  moitié  occidentale  de  l'hôtel  de  Gamaches. 

Maison  sans  désignation  en  1628,  puis  de  trLA  Lïmet,  (logô),  ou  de  la  Lune 
(1628-1687). 

Maison  sans  désignation  en  1628,  puis  crou  Vert-Gallant n  (1628).  Avec  la 
précédente,  elle  formait  la  moitié  orientale  de  l'hôtel  de  Gamaches. 

HÔTEL  DE  Gamaches.  Cet  hôtel,  aussi  connu  sous  le  nom  de  Maison-aux-Cre- 
NEAux  (1/119-1686),  est  dit,  dans  un  document  de  1609,  appartenir  alors  à 
M""  de  Gamaches.  Il  fut  ensuite  possédé  par  un  sergent  d'armes  appelé  Hermant, 
et,  vers  1/178,  par  M'"'^  de  Châtillon,  à  laquelle  succédèrent  des  particuliers  sans 
notoriété.  Au  reste,  nous  n'avons  vu  aucun  titre  directement  relatif  à  l'hôtel  de 
Gamaches  avant  son  morcellement,  qui  était  déjà  effectué  en  1609. 

En  182/1,  le  cardinal  d'Ostie  <''  vendit  à  son  neveu  la  maison  vulgairement 
appelée  aux  Carneaux,  qu'il  possédait  à  Saint-Germain-des-Prés,  et  qui  avait  été 
précédemment  à  l'évêque  de  Paris,  Simon  Matifas  de  Bussy.  Il  se  défit  en  même 
temps,  au  profit  de  son  neveu,  de  quelques  petites  maisons  qui  avaient  appar- 

''  Ce  doit  être  Regnault  de  la  Porte,  évêqiie  de  en  i  Sac,  et  évêqiie  d'Ostie  en  1 3a  1 .  Il  inouful  à 
Limoges,  puis  archevôquedeBouiges,  fait  cardinal        Avignon  en  iSa.î. 


RUE  GARÂNCIÈUE.  171 

Ambroise  et  l' Image- Sain l-Grégoire ;  la  troisième  est  devenue  la  maison  du  Petit- 
Cliapeau-Rouge,  et  la  dei'iiière.celle  du  Grand-Chapeau-Rouge. 

En  1  il  g,  il  y  avait,  dans  la  tTgrantruen  du  bourg  Saint-Germain,  une  maison 
où  pendait  pour  enseigne  la  Hache,  et  dont  nous  n'avons  pu  déterminer  l'empla- 
cement. 


RUE   GARANCIERE. 

La  rue  Garancière  commence  à  la  rue  du  Petit-Bourbon  (Saint- Sulpice)  et 
finit  à  la  rue  de  Vaugirard. 

Circonstance  assez  singulière  :  elle  doit  son  nom  à  l'hôtel  de  Garancière  qu'elle 
bornait,  et  cependant  on  ne  le  lui  a  donné  qu'après  le  morcellement  et  la  destruc- 
tion au  moins  partielle  du  manoir,  ce  qui,  d'ailleurs,  n'est  point  sans  exemple. 
En  eflet,  nous  n'avons  vu  nulle  part  la  mention  d'une  rue  dite  de  Garancière  avant 
l'année  i54o,  et  certainement  alors  plusieurs  maisons  avaient  été  bâties  à  la  place 
du  vieil  hôtel,  dont  il  ne  subsistait  plus  guère  que  des  bâtiments  remaniés.  Dans 
la  première  moitié  du  xvi""  siècle,  la  rue  Garancière  s'énonçait  «ruelle  par  la- 
ff  quelle  on  va  à  l'église  Sainct  Sulpice  a  (i536),  et  aussi  «ruelle  Sainct  Sulpicei) 
(i592,  1623,  i53i,  etc.).  Le  mot  ruelle,  dans  ce  dernier  cas,  était  souvent 
employé  au  pluriel,  comme  s'il  s'agissait,  non  d'une  voie  unique,  mais  du  terri- 
toire appelé  les  Ruelles,  dont  la  rue  faisait  partie.  Rien  n'indique  si  la  rue  Garan- 
cière existait  au  xv'^  siècle. 

CÔTÉ  ORIENTAL. 


PAROISSE   SAINT-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Le  côté  oriental  de  la  rue  Garancière  était  formé  tout  entier  par  la  partie  pos- 
térieure des  grands  hôtels  bâtis  sur  l'emplacement  du  Pré-Crotté,  ou  marché  aux 
chevaux.  Ces  hôtels  avaient  leur  façade  en  la  rue  de  Tournon,  à  l'article  de  la- 
quelle ils  seront  indiqués. 


172  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

CÔTÉ  OCCIDENTAL. 

PAROISSE   SAIINT-SULPICE. 

JUSTICE 
ET  CENSIVE  DE  L-ABBAYE. 

Maison  sans  désignation  (1628),  contiguë  à  la  maison  du  coin  de  la  rue  de 
Vaugirard.  Elle  remplaçait  deux  petites  maisons  qui,  après  avoir  appartenu  à 
l'illustre  chirurgien  Ambroise  Paré,  étaient,  en  iSgS,  la  propriété  de  ses  héri- 
tiers. Le  q  avril  i6o3,  ils  les  vendirent,  avec  deux  autres  situées  sur  la  rue 
des  Fossoyeurs,  à  Matlmrin  Duhamel,  et  celui-ci,  le  i3  mars  161 5,  les  donna  à 
l'avocat  iMcole  Acard. 

Grande  maison  aboutissant  rue  Servandoni,  et  possédée,  en  lôgô,  par  M.  de 
Genyers,  sieur  de  Massac,  maître  d'hôtel  du  prince  de  Gonty.  On  l'appelait  l'Hôtel 
DE  SouRDÉAC  à  la  fin  du  xnf  siècle,  parce  qu'elle  passa,  en  i65i,  à  Guy  de  Rieux, 
seigneur  de  Sourdéac.  Jaillot  rapporte  qu'elle  avait  élé  bâtie  par  René  de  Rieux, 
évêque  de  Léon,  et  qu'on  la  connaissait  sous  le  nom  à'hétel  de  Léon.  Elle  por- 
tait, en  1750,  celui  (Y hôtel  de  Montaigu. 

Grande  maison  (1676)  aboutissant  rue  Servandoni.  Elle  est  dite,  en  1695, 
appartenir  à  M.  de  la  Tour,  gentilhomme  genevois,  et,  en  1628,  à  M""  d'Elbenne. 
Elle  fut  plus  tard  possédée  par  Marie-Anne  de  Campet  de  Saujon,  qui,  l'ayant 
achetée  le  26  août  i663,  y  établit  les  religieuses  appelées  Filles  de  l'intérieur  de 
la  très-sainte  Vierge,  communauté  supprimée  par  un  arrêt  du  Conseil  du  mois 
d'août  1676.  M""  de  Saujon  augmenta  sa  maison  d'un  lot  de  soixante-quinze 
toises  de  terre  qui  bordait  la  rue  Palatine  jusqu'à  la  rue  Servandoni,  et  qu'elle 
acquit,  le  i3  septembre  1666,  de  maître  Jacques  Bénard,  avocat  au  Parlement. 
Par  testament  du  ak  novembre  1690,  elle  la  légua,  avec  tous  ses  biens,  à  Elisa- 
beth de  Beau  vau,  qui,  le  2  avril  1712,  la  donna  à  son  frère  le  lieutenant  gé- 
néral comte  de  Beauvau.  La  maison  était  alors  divisée  en  deux,  et  la  plus  grande 
était  désignée  sous  le  nom  Dhôtel  Palatin,  d'où  est  venu  celui  de  la  rue  dont  elle 
faisait  le  coin,  et  qu'on  appela  d'abord  rue  Neuve-Sainl-Sulpice  et  aussi  rtœ  du  Cime- 
tière. Cette  rue  fut  longtemps  à  l'état  de  projet;  car,  dès  le  ii  janvier  i6i3,  le 
prince  de  Conty,  abbé  de  Saint-Germain,  avait  gratifié  les  habitants  du  faubourg 
d'un  terrain  mesurant  onze  toises  en  longueur  sur  sept  en  largeur,  pour  en  faci- 
liter le  percement,  et  un  arrêt  du  5  février  suivant  avait  chargé  les  trésoriers  de 
France  d'en  faire  le  devis;  mais  la  chose  traîna  en  longueur  et  donna  lieu  à  des 
procès  contre  les  paroissiens  et  les  marguilliers  qui  voulaient  s'emparer  du  terrain 
donné  par  le  prince  de  Gonty.  Aussi,  quoiqu'une  sentence  du  Ghâtelet,  du  i3  fé- 


RUE  GARANCIÈRE.  173 

vrier  i642,  eût  prescrit  l'ouverture  de  la  rue,  cette  ouverture  n'eut  lieu,  en  dé- 
finitive, que  le  i5  janvier  i65i,  comme  nous  l'avons  constaté  sur  un  vieux  plan. 

Maison  sans  désignation  (tSgS),  tenant  d'une  part  et  aboutissant  au  cimetière 
neuf  de  Saint-Sulpice,  dans  lequel  elle  était  déjà  absorbée  vers  i65o. 

Cimetière  Saim-Sllpice.  Le  cimetière  situé  au  chevet  de  l'église  Saint-Sulpice, 
et  supprimé  lors  de  la  reconstruction  de  l'édifice,  était  nommé  trie  cymetière  nou- 
(T  veau,  11  par  opposition  à  l'autre,  qui  remontait  à  une  époque  plus  ancienne.  Il 
fut  établi  sur  un  quartier  de  terre  cédé  aux  marguilliers  par  le  savetier  .1.  Marché^", 
aux  dates  des  23  juin  et  i3  juillet  iSSg.  Ce  terrain  est  énoncé,  dans  le  censier 
de  1567,  (rassis  devant  et  contigu  la  maçonnerye  encommencée  à  faire  au  chevet 
pde  l'église  dudict  Sainct  Sulpice,  où  on  a  faict  un  cymetière  appelle  le  cymetière 
((nouveau;!)  il  aboutissait  vers  l'orient  à  la  rue  Garancière,  et  vers  l'occident  à 
l'église;  mais  rien  n'en  laisse  voir  les  limites  ni  la  forme. 

Au  milieu  du  xvn""  siècle,  le  cimetière  s'étendait  en  bordure  sur  les  rues  du 
Petit-Bourbon,  Garancière  et  Palatine;  mais  il  avait  alors  été  beaucoup  augmenté 
par  l'adjonction  successive  de  l'emplacement  de  plusieurs  maisons  faisant  front 
jadis  sur  les  deux  premières  rues.  Le  terrain  annexé  du  côté  du  midi,  tr tenant 
(T depuis  la  rue  Garancière  jusquesau  coin  de  la  porte  dudit  cimetière,  sortant  en 
ff  la  rue  du  Pied  de  Biche n  (Servandoni),  fut  béni,  le  i5  juin  i63i,  par  le  curé 
Simon  de  Montereul,  qui  en  excepta  néanmoins  une  zone  de  onze  toises  de  lon- 
gueur, 9u  long  de  la  rue  projetée  (rue  Palatine?),  laquelle  zone  fut  destinée  pour 
(ries  enfants  mors  nez  et  les  noyez  non  i-econgnus. n  Le  nouveau  cimetière  Saint- 
Sulpice  a  disparu  sous  les  constructions  de  la  grande  église  moderne.  Il  n'était 
point  encore  clos  en  1 G2/1  ;  car,  le  3o  mai  de  cette  année,  l'abbé  de  Saint-Germain 
ordonna  qu'on  l'environnât  de  murailles  pour  parer  à  divers  inconvénients,  et 
particulièrement  pour  empêcher  qu'on  y  enterrât  la  nuit  des  protestants,  des 
hommes  tués  en  duel  et  des  victimes  de  la  contagion,  pour  l'inhumation  desquels 
il  fut  prescrit  de  chercher  un  lieu  éloigné  des  habitations. 

Maison  sans  désignation,  faisant  le  coin  de  la  rue  du  Petit-Bourbon.  Elle  ap- 
partint, avant  tBga,  à  J.  J.  de  Magance,  Italien,  et  fut  achetée,  le  11  février 
«058,  pour  ragrandissement  du  cimetière,  auquel  elle  aboutissait  d'abord. 


HÔTEL  DE  Garancière.  C'est  sur  l'emplacement  des  maisons  du  côté  occidental 


''  Ce  savetifir  était  le  fils  de  Jean  Marché  et  de 
Jeanne  Montrouge,  l'une  des  plus  riches  héritières 
du  twurg  Sainl-Gennain.  Le  métier  qu'il  exerçait, 
ou  fju'il  faisait  «'xercer  par  ses  valets  et  apprentis, 
était  sans  doute  plus  considéré  et  plus  productif,  au 
xïi*  siècle,  qu'il  ne  l'est  aujoiird'htu'.  Peut-être  Jean 
Marché,  qui  était  établi  au  tjourg  Saitit-Gerniain, 
en  dehors  de  l'enceinte,  réunissait-il  en  un  tnônie 


atelier  les  trois  spécialités  relatives  à  l'industrie  de 
la  chaussure  :  le  métier  de  Cordouaiinter,  celui  de 
Çavelonnier  de  petits  soulers  de  bazenne ,  et  celui  de 
Çavcticr  proprement  dit.  (Voir,  dans  le  Livre  d'Ét. 
Boileau,  dont  le  Service  historique  de  la  Ville  de  Pa- 
ris prépare  une  nouvelle  édition,  les  titres  l\xxiv, 
Lxxxv  et  Lxxxvi,  1"  partie,  où  sont  énumérés  les 
charges  et  avantages  de  ces  trois  métiers.)  —  l.  m.  t. 


174  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

de  la  rue  Garancière  qu'était  situé  le  grand  hôtel  de  ce  nom.  Les  plus  anciens  de 
ses  propriétaires  à  nous  connus  furent  messire  Guillaume  de  Dormans  ('\  puis 
M"'  de  Dormans  et  rrle  lizicien  maître  Guibert.  n  II  appartenait,  en  1899,  à  Yon 
de  Garancière,  chambellan  du  roi,  et,  vers  1618,  à  M"""  de  Garancière,  autre- 
ment appelée M"'°  de  Bruynissant,  vicomtesse  de  Lentrel,  veuve  du  précédent.  Le 
fi  juin  liSy,  après  avoir  été  mis  en  criée,  il  fut  baillé  à  maître  Yves  de  Sce- 
peaux,  président  du  Parlement.  Il  n'était  point  alors  en  masure,  comme  le  dit 
Jaillot,  mais  il  en  contenait  une,  ainsi  qu'un  colombier.  Vers  167^,  il  était  pos- 
sédé par  Jacques  Montrouge,  un  des  principaux  habitants  du  bourg  Saint-Ger- 
main; aussi  le  trouvons-nous  énoncé  crie  cloz  Jacquet  Montrouge n  dans  un  acte 
de  i538.  A  cette  époque,  il  avait  passé  à  la  fille  de  Montrouge,  Jeanne,  épouse 
de  Jean  Marché.  Leur  fds  paraît  être  celui  qui  morcela  l'hôtel  et  le  vendit  par  lots 
séparés.  La  cession  d'une  parcelle,  faite  par  lui  à  Jean  Obelyn  le  26  mai  iBSy, 
est  au  surplus  la  seule  transaction  de  ce  genre  que  nous  puissions  signaler;  car 
nous  n'avons  vu  aucune  indication  des  autres  dans  les  archives  de  l'abbaye.  La 
transformation  de  la  propriété,  avancée  déjà  en  i536,  était  complète  en  i563. 
L'hôtel  de  Garancière  ne  renfermait  qu'un  peu  plus  de  trois  arpents;  de  sorte 
qu'il  ne  semble  pas  possible  qu  d  ait  occupé  tout  l'îlot  compris  entre  les  rues 
Garancière  et  Servandoni,  dont  faisait  aussi  partie,  il  est  vrai,  le  pressoir  bannier 
de  l'abbaye.  (Voir  Rue  de  Vaugirard.)  Cependant  les  limites  que  lui  prêtent  les 
titres  sont  celles  de  l'îlot  même,  et  on  l'énonce  de  la  manière  suivante  dans  une 
déclaration  passée  par  Jeanne  Montrouge,  le  21  février  iBaa  :  tt tenant  d'une 
frpart  tout  du  long  de  la  ruelle  Sainct  Sulpice  (rue  Servandoni),  d'aultre  aux  terres 
rrde  Messieurs,  esquelles  se  tient  le  marché  aux  chevaulx  (îlot  entre  les  rues  de 
fc Garancière  et  de  Tournon)  durant  la  foire;  aboutissant  d'un  bout  au  Cloz  aux 
rrBourgois  (le  Luxembourg),  le  chemin  (la  rue)  de  Vaugirard  entre  deux,  et 
ff  d'aultre  bout  aux  halles  et  à  l'esglise  et  jardin  [du  presbytère]  de  Sainct  Sulpice.  n 
Le  texte  du  bail  de  1657  montre  que  l'entrée  principale  était  vers  l'occident'^',  sur 
la  ruelle  devenue  la  rue  Servandoni,  et  effectivement  indiquée,  dans  un  docu- 
ment de  1Ù26,  ffla  ruelle  qui  va  au  long  de  l'ostel  de  Garancières.  n 

'''  Vraisemblablement  le  chancelier  de  France.  «au  grand  cymelière,  et  par  derrière  à  ung  cloz  de 

qui  mourut  en  1.378.  ittigne  nommé  le  cloi  Bruneau  ;  et  lesdils  jardins  à 

'*'  «Tenant,  d'une  part,  au  mur  du  petit  cyme-  tnmg  petit  cloz  de  vigne  appartenant  à  Jehan  Ma- 

crtière  de  Sainct  Soulpice;  aboutissant  par  devant  (tcheclou.» 


RUE  DES  MAUVAIS-GARÇONS,  OU  GRÉGOIRE-DE-TOURS.  175 

RUE   DES   MAUVAIS-GARÇONS, 

OU  GRÉGOIRE-DE-TOURS. 

La  rue  des  Mauvais-Garçons,  à  laquelle  ou  a  donné  depuis  peu  le  nom  de 
Grégoire-de-Tours,  commence  à  la  rue  de  Bussv  et  finit  à  celle  des  Boucheries 
(de  l'Ecole-de-Médecine).  Au  mois  de  février  i25i,  moyennant  un  cens  annuel 
de  quarante  sous,  Thomas  de  Mauléon,  abbé  de  Saint-Germain,  céda  à  Raoul 
d'Aubusson,  chanoine  d'Evreux,  une  place  de  cent  soixante  pieds  carrés,  en  s'en- 
gajjeant  à  faire  auprès  une  rue  neuve  large  de  trois  toises,  dont  Raoul  d'Aubusson 
ne  posséderait  que  l'usage.  La  rue  ouverte  en  conséquence  de  cet  accord  est  celle 
des  Mauvais-Garçons.  Elle  a  conservé  jusqu'à  nos  jours  ses  anciennes  dimensions 
et  son  alignement  primitif;  mais  elle  a  été  successivement  désignée  par  cinq  ou 
six  vocables  différents.  On  n'a  guère  signalé  que  trois  de  ces  appellations.  Nous 
avons  recueilli,  entre  autres,  les  énonciations  suivantes  :  ftquedam  via  que  in. ..  via 
(T  Carnijicerte  Sancli  Germani incipit,  juxta  putemn  qui  est  in  dicta  vian  (1299.);  rr  lue 
rdu  Champ  de  la  Boucherie  n  (1299,  1996);  et  ruelle  si  comme  on  dessant  là 
ffde  la  Boucherie  ou  (au)  Champ  des  BouchiersTi  (1817);  frrue  qui  va  au  Pré 
traux  Clercs  et  au  Champ  de  la  Boucheries  (i363);  cruelle  qui  descend  par  devers 
fr Saine n  (1376);  r  ruelle  de  la  Boucherie t)  (1878);  tr ruelle  de  la  Grant  Bou- 
ffcheriefl  (1609);  cruelle  de  la  Boucherie.. .  qui  va  au  Pré  aux  Clercsn  (i/ii5); 
«•pelite  ruelle  de  la  Boucherie ■«  (1617);  cruelle  allant  de  la  Boucherye  au  Pré 
fraux  Clercs  n  (1/171);  ir  rue  de  l'Escorcherie,  dicte  la  Follye  Régnier  ^  (1  5 18);  rue 
cde  la  Tueries  (1  627);  (r rue  dicte  à  présent  la  rue  de  la  Follye  de  l'Escorcherie 
f  Regniers  (i563);  rrue  de  la  Follye  Régnier,  autrement  dicte  des  Mauvais  Gar- 
"çonsfl  (1  596). 

Cette  dernière  dénomination,  que  nous  avons  lencontrée  dès  1569,  et  devant 
laquelle  les  autres  s'effacèrent  dans  la  seconde  moitié  du  xvi"  siècle,  provenait 
dune  enseigne  représentant  apparemment  quelque  groupe  de  ces  coupe-jarrets, 
(T  mauvais  garçons  et  ribbleurs,  t>  que  leurs  méfaits  rendirent  célèbres  vers  l'époque 
de  Louis  XII.  Un  certain  hôtel  de  la  Folie-Regnier  lui  a  fait  donner  le  nom  de 
rm  de  la  Folie-Regnier,  que  .laillot  assure  mal  à  propos  avoir  été  le  premier  em- 
ployé. Ceux  de  rue  de  l'Ecorclierie  et  du  Champ-des-Boucliers  avaient  pour  raison 
d'être  un  abattoir  dont  il  est  encore  question  en  i5i3;  puis  une  place  ou  voirie, 
dans  laquelle  les  bouchers  prétendaient  avoir  le  droit  de  déposer  leurs  immon- 
dices, et  qu'ils  furent  contraints  d'abandonner  à  l'abbaye,  en  1862,  à  la  suite 
d'un  procès. 

Le  Champ  des  Bouchers,  situé  derrière  des  maisons  ayant  leur  façade  dans  la 


176  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

rue  des  Boucheries,  occupait  la  plus  grande  partie  de  l'îlot  compris  entre  les 
rues  des  Mauvais-Garçons,  de  Bussy  et  de  rAncienne-Comédie;  car  il  est  décrit, 
en  1869,  comme  rr  assis  du  cousté  de  la  rivière  de  Seinne  (par  rapport  à  la  rue 
rrdes  Boucheries),  en  alant  au  Pré  aux  Clers;  tenant  d'une  part  aux  fossez  de  la 
fr  forteresse  de  Paris,  depuis  environ  la  porte  que  l'on  dit  la  porte  des  Cordeliers, 
ren  descendant  aval  jusques  à  une  autre  porte  close  qu'on  souloit  appeller  la 
(t  porte  de  Sainct  Germain  des  Prez,  près  l'hostei  de  nions.  Simon  de  Bucy,  et  en 
avenant  de  là  tout  droit  jusques  à  une  petite  rue  qui  descend  de  ladite  boucherie 
c  droit  au  chemin  pour  aler  audit  Pré  aux  Clercs.  •« 

C'est  du  même  îlot  que  dépendaient  l'écorcherie  mentionnée  plus  haut  et  le 
terrain  de  Raoul  d'Aubusson,  que  les  moines  récupérèrent  en  1292.  il  faisait  le 
coin  de  la  rue  des  Boucheries,  et  a  été  morcelé  de  telle  sorte  qu'il  n'en  reste 
d'autre  trace  que  le  mur  mitoyen  de  la  maison  de  l'Ecu,  placé  à  cent  soixante 
pieds  environ  de  la  rue  des  Mauvais-Garçons,  et  parallèle  à  sa  direction  '''.  En 
1  2  5i,  la  place  ou  pièce  de  terre  de  Raoul  d'Aubusson,  plaleam  sive  peciam  terre, 
ne  contenait  aucune  construction.  Les  maisons  qu'on  y  voit  sont  donc  d'origine 
postérieure;  mais,  en  1292,  il  y  existait  déjà  une  maison,  au  moins,  à  l'encoi- 
gnure. Alors  aussi  elle  était  attenante  à  un  manoir  oiî  habitait  un  évêque  d'Orléans, 
et  qui  semble  avoir  fait  l'encoignure  de  la  rue  de  Bussy.  L'emplacement  de  l'îlot 
bordant  vers  l'ouest  la  rue  des  Mauvais-Garçons  devait  être  déjà  bâti  en  i25i. 

La  rue  des  Mauvais-Garçons  a  donné  lieu  à  de  nombreuses  contestations  entre 
l'abbaye  et  l'Université.  Nous  lisons  dans  des  a  articles  t  rédigés  en  1819,  pour  le 
compte  des  écoliers,  que  la  rue  était  bien  et  en  semblance  de  voye  royal  ;^  mais 
qu'elle  n'était  point  ftparementée  à  guise  de  voye  royal, ti  et  qu'elle  constituait 
simplement  une  «voye  privée  ou  vincinal.n  En  i3/i5,  l'abbaye  en  racheta  défi- 
nitivement la  possession  de  l'Université,  aux  pauvres  écoliers  de  laquelle  Raoul 
d'Aubusson  avait  cédé  tous  ses  droits  quatre  ans  après  son  acquisition. 

CÔTÉ  ORIENTAL. 


PAROISSE    SAINT-SILPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Maison  sans  désignation  en  iBaS,  puis  des  ctTrois-Moresh  (i53  i-i595).  con- 

"'  Les  textes  relatifs  à  la  place  de  Raoul  d'Au-  le  coin  de  la  rue  des  Boucheries  :  Universitas  dice- 

busson  ne  sont  pas  très-faciles  à  interpréter  graplii-  bat  quod  se  jus  hahebat  in  platea  predicla  ex  parle 

quement.  Toutefois  le  passag-e  suivant  de  la  charte  qua  contimialur  cum  via  predicla,  per  quam  itiir  ad 

de  1992  démontre  bien  qu'elle  faisait  effectivement  Fratres  minores,  in  cenlum  et  sexaginla  pedibus. 


RUE  DES  MAUVAIS-GARÇONS,  OU  GRÉGOIRE-DE-TOURS.  177 

tiguë  à  des  maisons  s'étendant  jusqu'au  coin  de  la  rue  de  Bussy.  Eiie  semble 
avoir  été  une  dépendance  de  l'hôtel  de  l'Echiquier,  situé  rue  des  Boucheries;  elle 
V  aboutissait  et  appartint  au  même  propriétaire. 

Petite  maison  sans  désignation  en  i523,  puis  de  la  Corne-de-Daim  (1628). 

Petite  maison  ayant  pour  enseigne  les  Mauvais-Gabçons  (1518-1G87),  et  con- 
tiguë  à  la  maison  du  coin  de  la  rue  des  Boucheries.  Nous  supposons  que  cette 
petite  maison  et  les  deux  précédentes  se  confondent  avec  les  propriétés  qui  sont 
mentionnées  dans  un  titre  de  iBai  comme  attenantes  entre  elles  et  consistant  : 
1"  en  un  petit  corps  de  dix-neuf  pieds  de  longueur  sur  quatre  toises  de  profon- 
deur; 9"  en  une  grange  de  pareille  largeur  et  de  six  toises  et  demie  de  profon- 
deur; 3°  en  un  jardin  également  large  de  dix-neuf  pieds  et  profond  de  huit  toises. 
Ces  propriétés  touchaient,  en  effet,  à  celle  de  Beauvallet,  laquelle  s'étendait  au 
eoin  de  la  rue  de  Bussy. 

CÔTÉ  OCCIDENTAL. 


PAROISSE    SAINT-SULPICE, 

JUSTICE 

ET  CE>S1VE  DE  L'ABBAYE. 

ff  ARPESTazT  ou  hangars  contigus  à  la  maison  faisant  le  coin  de  la  rue  des  Bou- 
cheries et  en  dépendant  au  xvi"  siècle.  Détruits  pendant  les  guerres  de  la  Ligue, 
ils  furent  remplacés  par  trois  petites  maisons  qui  étaient  déjà  construites  en 
iBgB,  et  qui  ont  été  depuis  rebâties  de  façon  à  n'en  former  que  deux. 

Petit  appentis,  aussi  rebâti  après  la  reddition  de  Paris;  puis  maison  du  Dau- 
phin (1628).  Le  terrain  de  cette  maison  avait  sans  doute  dépendu  également  de 
celle  du  coin. 

Hôtel  de  la  Folie-Begnier  (iSgg-iB^B).  Il  présentait  deux  pignons  sur  rue, 
et  son  nom  donne  à  croire  que  c'était,  dans  l'origine,  une  maison  de  plaisance. 
Annexé,  dans  le  xvi*  siècle,  à  la  maison  de  l'Image-Saint-Martin,  située  rue  des 
Boucheries,  il  en  dépendait  encore  en  1628.  On  a  ensuite  élevé  sur  son  emplace- 
ment trois  maisons  :  celles  de  l'Amérique,  de  l'Image-Saint-Martin  et  de  la  Reine- 
de-France  (1687). 

Maison  avec  jeu  de  paume  (1695),  contiguë  à  celle  du  coin  de  la  rue  de  Bussy, 
et  provenant  du  morcellement,  effectué  postérieurement  à  16/17,  d'une  des  pro- 
priétés attenantes.  En  1628,  le  jardin  de  cette  grande  maison,  oii  se  trouvait  le 
jeu  de  paume,  était  séparé  de  la  maison  qui  avait  alors  pour  enseigne  la  Ville-de- 
Pragiie.  Les  limites  de  ces  propriétés  ressortent  fort  mal  de  la  teneur  des  titres. 

H..  '  il3 


178  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 


RUE   DU    GÏNDRE. 

La  rue  du  Gitidre  commence  à  la  rue  du  Vieux-Colombier  et  finit  à  la  rue  de 
Mézières. 

Un  titre  de  iblx'j  ''^  fait  mention  de  la  rue  du  Gindre  sous  son  nom  actuel,  écrit 
fc  du  Joindre,  •»  qui  est  le  seul  qu'elle  ait  porté.  En  16/17,  ^^  ^"^  ^^  Gindre  ne  pou- 
vait être  que  de  création  très-récente,  attendu  qu'il  n'y  en  a  pas  d'indication  dans 
les  censiers  de  i536,  i563,  etc.,  ni  même  dans  celui  de  iS/iy,  qui,  suivant  une 
fâcheuse  habitude,  a  été  calqué  servilement  sur  les  précédents.  Jaillot  s'est  mé- 
pris en  confondant  cette  voie  avec  la  rue  des  Champs  existant  dès  1609,  et  il 
n'a  pas  plus  été  dans  le  vrai  en  imaginant  que  la  rue  du  Gindre,  se  prolongeant 
d'abord  jusqu'à  la  rue  Honoré-Chevalier,  avait  eu  une  partie  de  son  parcours 
absorbé  dans  le  noviciat  des  Jésuites.  On  n'aperçoit,  en  effet,  aucune  trace  de  cette 
absorption,  et  le  censier  de  iSgS  prouve  que  la  rue  du  Gindre,  vers  la  fin  du 
xvi''  siècle,  se  terminait,  comme  aujourd'hui,  à  la  rue  de  Mézières.  Aussi  bien  la 
rue  de  Mézières  paraît-elle  marquer  le  lieu  oii  aboutissait  la  seconde  des  maisons 
le  long  desquelles  la  rue  du  Gindre  a  été  ouverte,  et  peut-être  y  avait-il  là  un 
sentier  qui  donna  l'idée  d'y  établir  une  rue. 

Les  auteurs  ne  nous  renseignent  pas  plus  sur  la  cause  qui  a  motivé  le  nom  de  la 
rue  du  Gindre  que  sur  l'époque  de  son  percement.  Mais,  comme  Honoré  Chevalier 
et  Jean  BoutevHlain,  maîtres  boulangers,  ont  été  propriétaires  de  divers  terraii>s 
dans  les  environs  de  la  rue  du  Gindre;  comme,  en  outre,  Jean  du  Verger,  aussi 
boulanger,  a  possédé  un  grand  hôtel  au  long  de  la  rue,  nous  ne  doutons  point 
que  le  nom  qui  lui  a  été  donné  ne  soit  une  allusion  à  la  profession  de  l'un  de  ces 
industriels. 

CÔTÉ  ORIENTAL. 


PAROISSE    SAIINT-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Maison  sans  désignation  (lôgB),  contiguë  à  la  maison  du  coin  de  la  rue  du 
Vieux-Colombier. 

Maison  sans  désignation  (lôgS),  provenant,  ainsi  que  la  précédente,  d'un  mor- 
cellement de  la  maison  du  coin. 

'■'  Fonds  de  Saint-Sulpice,  Arch.  nat.  cart.  S  35i5.  Il  n'est  point  parlé  de  la  rue  du  Gindre,  dans  les 
archives  de  l'abbaye,  avant  l'année  iSgS. 


RUE  DE  GRENELLE.  181 

nelle.  Or  nous  savons  parfaitement  où  s'élevait  le  gibet  ou  justice  de  l'abbaye. 
Plusieurs  vieux  plans,  gravés  ou  manuscrits,  nous  ont  permis  de  constater  avec 
toute  certitude  qu'il  était  situé  à  un  peu  moins  de  quatre  cents  mètres  de  l'axe 
des  Invalides,  sur  un  chemin  supprimé  lors  de  l'ouverture  de  l'avenue  de  la 
Motte-Piquet.  La  rue  Saint-Dominique  en  était  éloignée  d'environ  cent  quatre- 
vingts  mètres  de  plus  que  la  rue  de  Grenelle;  celle-ci  méritait  donc  bien  mieux 
d'être  regardée  comme  le  chemin  de  la  Justice  que  la  rue  Saint-Domiuique,  qui, 
en  réalité,  ne  conduisait  point  au  champ  de  la  Justice.  Du  reste,  les  documents  ne 
laissent  pas  de  doute  sur  le  fait  que  le  chemin  de  la  Justice  partait,  non  du  voi- 
sinage de  la  chapelle  Saint-Père,  mais  du  carrefour  de  la  Croix-Rouge,  et  les  pas- 
sages suivants  en  font  foi  :  cr Maison.  .  .  rue  du  Fourn  (carrefour  de  la  Croix- 
Rouge),  rr  tenant  d'une  part  à  Jehan  Pasquiem  (dont  la  maison  faisait  le  coin  de 
la  rue  de  Sèvres),  set  d'autre  part  au  grand  chemin  tendant  à  la  Justice t)  (i  5 9 6). 
ffCinq  quartiers (''  derrière  leSépulchre,  tenant..  .  au  chemin  allant  à  la  Justice 
(f  et  à  l'entrée  du  boullouerfl  (le  carrefour),  (r aboutissant  d'un  bout  à  la  rue  du 
fr Sépulchre Ti  (du  Dragon),  fret  d'aultrebout  au  petit  chemin  allant  dudict  Sainct 
ff  Germain  à  Sainct  Père  n  (extrémité  de  la  rue  des  Saints-Pères),  a  Cinq  quartiers  ■« 
(les  mêmes),  ir tenant  d'une  part  au  chemin  du  Sépulchre,  d'autre  au  chemin 
r  du  cimetière  aux  malades  t:  (rue  des  Saints-Pères),  aaboutissant  d'un  bout  sur  la 
r  terre  du  Sépulchre,  et  d'autre  bout  au  chemin  qui  tend  de  la  rue  du  Four  à  la 
ff  Justice.  1 

La  rue  de  Grenelle  ne  formait  donc  qu'une  seule  et  môme  voie  avec  le  chemin 
de  la  Justice;  mais  il  faut  observer  que  ce  nom  lui  convenait  uniquement  dans  sa 
partie  orientale,  et  avant  sa  bifurcation  en  deux  routes,  dont  la  seconde,  située 
au  sud  de  l'autre  et  passant  au  pied  même  des  fourches  patibulaires,  demeurait 
le  vrai  chemin  de  la  Justice.  Lu  autre  embranchement,  partant  de  la  rue  de  Gre- 
nelle à  la  hauteur  des  fourches,  l'a  fait  également  dénommer  quelquefois  fc  chemin 
ffdu  Portu  (iBag,  i535),et  cela  dans  le  voisinage  même  de  la  Croix-Rouge. 

Le  censier  de  i355  indique  «deux  chemins  aux  Vaches,  a  et  l'un  de  ces  che- 
mins est  forcément  la  rue  de  Grenelle.  On  a  dit  en  1 4 1  ()  :  .t  le  petit  chemin  aux 
fr  Vaches  comme  l'on  va  à  Grenelle  ;  d  en  1 4 1 9  :  rr  le  petit  chemin  aux  Vaches ,  v  et  en 
1619  aussi  :  trie  grand  chemin  des  Vaches.  ■«  A  la  même  époque,  se  trouve  énoncé 
(tie  chemin  de  la  Justice,  dit,  en  certains  cas,  grant  chemyn  delà  Justices  (i534), 
ou  tr  chemin  tendant  à  la  Justice,  ti  Divers  titres  offrent  des  exemples  de  l'emploi 
simultané  des  deux  dénominations. 

La  rue  de  Grenelle  était  la  voie  centrale  parmi  celles  qui  conduisaient  au  ter- 
ritoire de  Grenelle,  et  elle  peut  ainsi  se  confondre  avec  tria  voye  de  Gamelles n 

"    Il  s'agil  de  la  partie  mëridionale  de  l'îlot  compris  entre  les  rues  du  Dragon  et  des  Saints -Pères. 


182  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS, 

du  censier  de  i355.  On  l'appelait  sûrement  ttle  {jrand  chemin  de  Gamelles t  en 
1  Ixho,  et  cette  locution,  ainsi  que  celle  de  tr chemin  de  Gamelles,  n  était  fort  com- 
munément usitée  au  \\f  siècle.  Sur  un  plan  de  1670,  nous  avons  lu  rr chemin 
rde  la  Forest,T!  et,  sur  un  autre  de  167/1,  frrue  de  la  Grande  Forest,n  à  cause 
du  territoire  de  la  grande  forêt,  placé  là  où  a  été  bâti  depuis  l'Hôtel  des  Invalides. 
Sur  un  troisième  plan,  dressé  en  1696,  la  rue  de  Grenelle  est  appelée  le  petit 
chemin  de  Grenelle,  par  opposition  au  chemin  de  la  Justice,  appelé  abusivement 
grand  chemin  de  Gretielle. 

CÔTÉ  MÉRIDIONAL. 


PAROISSE    SAIM-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Entre  le  carrefour        Petite  MAISON  sans  désigualion  (iBSa),  contiguë  à  celle  qui  faisait  le  coin  du 

la  croix^Rouge     carrcfourdc  la   Croix-Rouge.   Allain  Leclerc,  qui  la  possédait,  l'augmenta,  en 

eiianiedciachmsc.  ^55^^  d'uue  placc  profoude  dc  oHze  pieds  d'un  côté, de  dix-sept  pieds  de  l'autre, 

et  large  de  sept  toises  un  pied,  ce  qui  mit  la  maison  à  l'alignement  de  celle  du 

coin. 

Maison  sans  désignation  (iBSa),  qui  appartenait,  en  1 53 9,  au  boucher  Pierre 
Tubœuf.  Il  n'en  était,  du  reste,  que  le  troisième  possesseur. 

Petite  maison  couverte  de  chaume,  laquelle  était  en  masure  vers  1082,  et 
abattue  à  la  fin  du  siècle. 

Maison  et  grand  jardin  (lôgB),  qui,  en  1628,  appartenait  à  Sébastien  Zamet, 
évêque  de  Langres,  et  s'étendait  alors,  derrière  les  propriétés  suivantes,  jusqu'à 
la  rue  de  la  Chaise,  sur  laquelle  elle  avait  issue.  La  maison  de  S.  Zamet  fut 
donnée  par  lui,  le  li  novembre  1 65 1,  à  Marie-Christine  Zamet,  femme  de  Hector 
Roger  de  Pardailhan  de  Gondrin,  marquis  d'Antin,  et,  le  28  mai  1657,  Marie 
Zamet  la  vendit  à  Louis  Foucault  de  Saint-Germain,  maréchal  de  France,  dont 
la  veuve  s'en  défit,  le  28  mars  1661,  au  profit  du  conseiller  Pierre  de  Beau- 
vais  et  de  sa  femme  Claude  de  Bellier.  Appelée,  depuis,  l'hôtel  de  Beauvais,  la 
maison  fut  acquise,  le  k  mai  1686  ''^  des  créanciers  de  la  famille  de  Beauvais, 
par  la  communauté  des  Petites-Cordelières,  qui  y  demeurèrent  jusqu'à  l'époque 
de  leur  suppression,  en  17Û9.  Le  terrain  de  l'hôtel  fut  encore  vendu  et  mor- 
celé. 

Maison  ou  ff  place  a  servant  de  bouverie  (1595). 

'''  D'après  le  censier  de  1687.  Jaiiiot  indique        dossiers  de  l'abbaye,  la  date  du  10  mai  1686,  que 
.    le  i5  mai  1687,  et  nous  trouvons,  dans  un  des        donne  aussi  Piganiol. 


RUE  DE  GRENELLE.  183 

Quatre  petites  maisons  sans  désignation  (i  SgS).  Elles  étaient  aussi  à  l'état  de  ma- 
sure, ainsi  que  la  plupart  des  précédentes,  plusieurs  années  après  le  siège  de  Paris. 

Trois  maisons  sans  désignation,  dont  la  dernière  faisait  le  coin  oriental  de  la 
rue  de  la  Chaise. 

Maison  et  tuilerie  (iSgS)  faisant  le  coin  occidental  de  la  rue  de  la  Chaise.  ^"^''^ 

„  •  /       •      1       1  •  1      1  1      /^  ^^^  '  "*^^  ^^  '^  Chaise 

Cette  maison  était  ta  dernière  de  la  rue  de  Grenelle,  à  la  fin  du  xvi"^  siècle  ;  au  delà       «t  du  Bac. 
et  tout  auprès  passait  la  Tranchée. 

CÔTÉ  SEPTE.^VTRIONAL. 


PAROISSE    S.\INT-SLLPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVB  DE  L'ABBAYE. 

Masure  attenante  aux  remparts  (iSgS),  c'est-à-dire  à  la  Tranchée.  E.ure 

Maison  et  tuilerie  (iSgS)  appartenant  à  Julien  Heude,  et  vendues  par  lui,  le  et  sainuGniiiaimie. 
'ii  juillet  i6i8,  à  Guillaume  Martin.  En  1628,  les  dépendances  de  cette  pro- 
priété s'étendaient  jusqu'à  la  rue  Saint-Guillaume  et  bornaient,  par  derrière,  la 
maison  suivante. 

Petit  appentis  et  jardin  (lôgS),  puis  maison  en  deux  corps  d'hôtel  (1628). 

ff  Terre -n  (i5g5)  formant  le  coin  occidental  de  la  rue  Saint-Guillaume  et  ap- 
partenant à  l'église  Saint-Jean-en-Grève.  D'après  le  censier  de  1695,  elle  faisait 
hache  derrière  le  jardin  précédent,  ce  qui  donne  à  penser  qu'elle  a  été  en  partie 
absorbée  dans  la  tuilerie  de  Heude.  Divers  censiers  antérieurs,  entre  autres  celui 
de  i539,  mentionnent  la  terre  d'un  arpent  que  les  marguilliers  de  Saint-Jean- 
en-Grève  possédaient  en  la  rue  Saint-Guillaume,  mais  ne  l'indiquent  point  du 
tout  comme  constituant  l'encoignure  de  cette  rue. 

Maison  et  grand  jardin  (iBgB)  faisant  le  coin  oriental  de  la  rue  Saint-Guil-      Knueiesnies 

Iw  .        f  .,,...  Il  ]  lo  II         Saint- Guillaume. 

aume.  La  partie  de  cette  propriété  qui  était  en  bordure  sur  la  rue  de  irrenelle  «i  des  saims  Pues. 

provenait  d'un  demi-arpent  de  terre  baillé  à  bâtir  à  Arnoul  de  l'isle,  le  19  oc- 
tobre 1629. 

Deux  m\isons  avec  jardins  (iBgô).  dont  l'une  a  eu  pour  enseigne  le  Bœuf- 
Couronné  à  la  fin  du  xvi'^  siècle. 

Maison  en  [plusieurs  corps  d'hôtel  (iSgS),  faisant  le  coin  occidental  de  la  rue 
des  Saints-Pères.  Elle  fut  élevée,  avec  les  maisons  de  l'article  précédent,  sur  un 
terrain  d'environ  un  demi-arpent  baillé  à  Jean  Salmon  en  1629  ("?),  et  possédé 
aussi  plus  tard  par  Arnoul  de  l'isle. 


184  TOPOGRAPHIE  HISTOUIQUK  DU  VIEUX  PARIS. 

Entre  les  rues  AvRiit  le  xvii''  siècle,  la  Tue   de  Grenelle  n'était  bordée,  entre  les  rues  des 

(les  Sainls- Pères  it\  ini'  -i.-!  i 

et (iii Dragon.      Sauits-Pères  ct  du  Dragon,  que  par  le  Uanc  dune  maison  aboutissant  sur  chacune 
de  ces  deux  rues. 


RUE    SAINT-GUILLAUME, 
ANCIENNE  RUE  DES  ROSIERS. 

La  rue  des  Rosiers,  aujourd'hui  réunie  à  la  rue  Saint-Guillaume,  commençait 
à  la  rue  Saint-Dominique  et  finissait  à  la  rue  de  Grenelle. 

On  la  considérait  d'abord  comme  ne  faisant  qu'une  même  voie  avec  la  rue  de 
la  Chaise,  et  on  la  désignait,  en  conséquence,  sous  la  même  dénomination.  Elle 
est  ainsi  énoncée  :  a  chemin  qui  tend  de  féglise  Sainct  Père  à  la  Maladerie,ii  dans 
un  document  de  i523,  et  a  chemin  qui  va  de  Sainct  Père  à  la  Maladerie.fl  dans 
l'arpentage  de  1529.  Nous  la  reconnaissons  aussi  avec  certitude  trdans  ce  chemyn 
ff  du  cymetière  Sainct  Père  v  que  mentionne  un  titre  de  1 5o2.  Elle  ne  prit  un  nom 
spécial  qu'à  la  fin  du  xvi''  siècle,  époque  oii  le  sieur  du  Plessis,  l'un  de  ses  habi- 
tants, lui  donna  son  nom,  comme  on  le  voit  dans  les  censiers  de  lôgB  et  1628. 
La  dénomination  de  rue  des  Rosiers  apparaît  sous  Louis  XllI  avec  la  variante  de 
rue  Neuve-des-Rosiers.  Nous  en  ignorons  l'origine,  mais  il  n'est  pas  probable,  ainsi 
que  le  suppose  Jaillot,  que  la  rue  ait  été  ouverte  alors  sur  un  champ  de  rosiers, 
puisqu'elle  existait  authentiquement  cent  ans  plus  tôt,  et  que  plusieurs  désigna- 
tions ont  été  en  usage  avant  celle-là. 

CÔTÉ  DU   SUD-EST. 

PAROISSE   SAIM-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Petite  maison,  jardin  et  masube  (iSgS),  qui  dépendaient  d'une  maison  de  la 
rue  des  Saints-Pères,  et  appartinrent,  vers  le  milieu  du  xvi''  siècle,  à  Louis  Va- 
chot,  président  des  Monnaies;  vers  iBgô,  à  la  demoiselle  Tristan  et  au  sieur  du 
Plessis,  ayant  cause  du  médecin  Frontebœuf;  puis,  en  1628,  au  maçon  Salomon 
de  la  Fond.  En  1628,  une  maison  que  nous  supposons  être  un  morcellement  de 
celle-ci  la  séparait  de  celle  du  coin  de  la  rue  Saint-Dominique.  Cette  maison 
intermédiaire  a  été  absorbée  dans  l'hôtel  de  Matignon. 


RUES  SAINT-GUILLAUME  ET  HONORÉ-CHEVALIER.  185 

Petite  m.uson  et  petit  jardin  (iBgS),  à  la  place  desquels  se  trouvait,  en  1628, 
un  jardin  dépendant  d'une  vaste  maison  de  la  rue  des  Saints-Pères.  Ce  jardin 
était  attenant  à  un  autre  qui  faisait  le  coin  de  la  rue  de  Grenelle. 

CÔTÉ  DU  NORD-OUEST. 

PAROISSE   SAIM-SULPIGE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Maison  sans  désignation  (iSgô),  que  nous  croyons  avoir  réussi  à  identifier,  et 
qui,  en  1 6a 8,  était  attenante  à  des  dépendances  de  la  tuilerie  Martin.  Ces  dépen- 
dances étaient  contiguës  à  la  maison  du  coin  de  la  rue  de  Grenelle;  mais  le  censier 
de  iBgB  n'en  fait  point  mention. 

Maison  sans  désignation ,  contiguë  à  la  propriété  faisant  le  coin  de  la  rue  Saint- 
Dominique.  En  1095,  elle  appartenait  à  la  nièce  du  sieur  de  la  Guyterie,  et  ce 
doit  être  celle  où  se  trouvait,  en  1628,  une  bouverie  possédée  par  la  Sorbonne. 


RUE   HOISORE-CHEVALIER. 

La  rue  Honoré-Chevalier  commence  à  la  rue  du  Pot-de-Fer,  aujourd'hui  rue  Bo- 
naparte, et  finit  à  la  rue  Cassette. 

Honoré  Chevalier,  maître  boulanger  de  Paris ''^  qui  possédait  du  terrain  au 
lieu  où  celte  rue  a  été  ouverte,  lui  a  fait  donner  le  nom  qu'elle  porte,  et,  par 
conséquent,  c'est  bien  à  tort  que,  dans  quelques  documents,  assez  modernes  pour 
la  plupart,  elle  est  appelée  rue  du  Chevalier  ou  du  Chevalier-Honoré.  Le  rédac- 
teur du  censier  de  i6-i8  la  désigne  parla  formule  à  la  fois  compliquée  et  confuse 
de  rrrue  Verger  du  Chevalier  Honoré,  dicte  du  commissaire  Juveau.  n  11  y  a  là  plu- 
sieurs erreurs  :  la  rue  Honoré-Chevalier,  en  effet,  a  toujours  été  très-distincte  de 
(fia  rue  Verger, n  qui  s'appelait  en  réalité  Henri  du  Verger,  et  le  commissaire  en 
question  s'appelait  de  son  vrai  nom  Jaulneau. 

Maître  Germain  Jaulneau,  examinateur  au  Châtelet,  et  Pierre  Le  Teincturier, 
acquirent,  antérieurement  à  i53i,  deux  arpents  et  demi  de  terre,  qui,  situés 
sur  les  rues  Cassette  et  de  Vaugirard,  avaient  appartenu  à  Honoré  Chevalier;  de 

''  Célail  un  des  hëriliei-s  directs  de  Jean  de  de-Fer  el  réunie  à  la  rue  Bonaparte.  Honoré  Che- 
Verger.  riche  propriétaire,  qui  a  lui-même  donné  vaiier  était  déjà  mort  en  i544,  et  avait  épousé  An- 
son  nom  à  la  rue  voisine,  ajtpeiée  depuis  rue  du  Pot-  toinette  Rigault,  qui  lui  survécut. 

m  ai 


186  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS, 

sorte  qu'il  n'est  point  surprenant  que  la  rue  Honoré-Chevalier  ait  été  dite  aussi 
rue  du  Comniissaire-Jaulneau.  Il  semble  même  que  cette  dernière  désignation, 
eu  égard  à  l'emplacement  des  terrains  de  Jaulneau,  convenait  mieux  à  la  rue 
Honoré-Chevalier  qu'à  la  rue  Mézières,  à  laquelle  elle  a  été  pareillement  appli- 
quée. La  plus  ancienne  mention  de  la  rue  Honoré-Chevalier  que  nous  ayons  ren- 
contrée ne  date  que  de  i56i;  mais  la  rue  devait  exister  depuis  plus  de  vingt 
ans  eT  cette  date. 


COTE  MERIDIONAL. 

PAROISSE    SAIINT-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 


Ce  côté  de  la  rue  était  bordé,  au  xv!""  siècle,  par  trois  maisons  dont  l'entrée 
était  située  en  l'une  des  rues  du  Pot-de-Fer,  de  Vaugirard  ou  Cassette,  et  dont 
nous  parlons  à  l'article  de  ces  rues. 

CÔTÉ  SEPTENTRIONAL. 

PAROISSE    SAIM-SULPICE. 

JUSTICE 
ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

HÔTEL  DE  MÉZIÈRES  (voir  Rue  de  Mézières),  formant,  d'une  part,  le  coin  de 
la  rue  du  Pot-de-Fer,  et  attenant,  de  l'autre,  à  une  maison  faisant  le  coin  de  la 
rue  Cassette. 


RUE   DU    PETIT-LION. 

Cette  rue  connnençait  à  la  rue  de  Condé  et  finissait  à  la  rue  de  Tournon  ;  elle 
fait  aujourd'hui  partie  de  la  rue  Saint-Sulpice. 

Suivant  un  titre  de  1^22,  la  maison  de  l'Image-Saint-Michel ,  sise  en  la  rue 
des  Boucheries-Sainl-Germain ,  aboutissait  a  à  certains  champs  appelles  Cloz  Bru- 
fneau.fl  D'après  un  autre  titre  de  1809,  la  rue  des  Quatre-Vents  était  attenante 
à  ce  clos;  c'est  donc  sur  une  ])artie  de  son  emplacement  qu'a  été  ouverte  la  rue 


RUE  DU  PETIT-LION.  187 

du  Petit-Lion.  Cette  dernière  voie  n'existait  point  encore  au  milieu  de  l'année 
i5oi,  puisque  les  terrains  qui  ont  formé  plus  tard  l'îlot  compris  entre  ladite 
rue  et  celle  des  Quatre-Vents  sont  alors  énoncés  aboutir,  d'un  côté,  sur  la  rue 
des  Quatre-Vents,  et,  de  l'autre,  (raux  terres.  11  Mais  la  création  de  l'îlot,  effectuée 
par  la  vente  de  ces  terrains,  au  mois  d'août  i5oi,  fut  l'origine  même  de  la  rue 
du  Petit-Lion,  dont  l'âge  se  trouve  ainsi  nettement  fixé. 

Dans  un  grand  nombre  de  documents  du  xvi'^  siècle,  la  rue  du  Petit-Lion  est 
désignée  par  des  formules  qui  lui  étaient  communes  avec  la  rue  des  Quatre- 
Vents.  Telles  sont  celles  de  (rrue  qui  descend  de  la  Grant  rue  Neufve  (de  Condé) 
ffà  la  porte  des  champs  de  la  Halle t)  (iSaS,  i53i,  etc.);  crrue  allant  à  la 
ff Foire n  (i52i);  «rue  de  la  Foires  (i5iû,  i53o,  etc.).  Néanmoins,  dès  1696, 
la  rue  du  Petit-Lion  avait  un  vocable  spécial,  et  elle  s'appelait  rue  Combault, 
à  cause  de  Pierre  Combault,  chanoine  de  Romorantin,  qui  y  demeurait.  La 
maison  qu'habitait  ce  personnage  ayant  eu  ensuite  pour  enseigne  le  Petit-Lion, 
cette  dénomination  fut  donnée  à  la  rue,  qu'on  trouve  désignée  plus  tard,  dans 
le  censier  de  lôgS,  trrue  du  Clos  Bruneau,  dit  Petit  Lyon,ii  et  dans  les  accen- 
sements  de  1 5 1 0 ,  «  rue  du  Cloz  Bruneau  n  seulement.  Le  plus  ancien  titre  que 
nous  ayons  rencontré  avec  l'appellation  de  rue  du  Petit-Lion  est  de  1  565. 

CÔTÉ   MÉRIDIONAL. 


PAROISSE    SAINT-SLLPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Maison  dl'  Coelb-de-France  (1628-1  687),  d'abord  contiguë  à  la  maison  faisant 
le  coin  méridional  de  la  rue  de  Condé.  Elle  paraît  n'avoir  point  encore  existé  en 
1  SgS,  et  elle  a  été  élevée  sur  un  emplacement  pris  aux  dépens  de  la  maison  du 
coin. 

Maison  sans  désignation  en  lôaa,  puis  ayant  eu  les  enseignes  du  Petit-Lion 
(1  595-1628)  et  DU  Panier-Fleuri  (1687).  Elle  fut  achetée,  le  1  4  avril  i524,  par 
le  chanoine  Combault,  auquel  la  rue  dut  son  premier  nom. 

Maison  sans  désignation  (i522).  Le  terrain  de  cette  maison  et  de  la  précé- 
dente, mesurant  neuf  toises  par  devant,  huit  par  derrière  et  treize  de  profon- 
deur, fut  acheté  par  Etienne  Rousseau,  le  17  février  (ou  le  i5  mars)  i5io. 

Maison  sans  désignation  (i532),  qui  fut  bâtie  sur  un  lot  de  terre  vendu,  le 
10  février  i5io,  au  nommé  J.  Baudart.  Elle  était  déjà  divisée  en  deux  à  la  fin 
du  xvi^  siècle,  et  le  second  des  corps  d'hôtel  dont  elle  se  composait  a  eu  pour 
enseigne  la  I}anni(re-de-France[i&i8-i']-](î).  D'après  les  inventaires  de  l'Hôtel-Dieu, 

3/1. 


188  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

la  maison  de  la  Banniè-e-de-France  fut  donnée  à  cet  établissement ,  le  i  9  mai  1  535 , 

par  Jean  Baudart;  elle  avait  alors  pour  enseigne  la  Prise  Saint-Jean  (sic). 

Maison  sans  désignation  en  i529,  puis  de  «la  Petite  Herpeu  (1628)  et  des 
Armes-de-Bourgogne  (1687).  Elle  a  été  construite,  avec  la  suivante,  sur  un  ter- 
rain d'environ  neuf  perches  de  superficie,  acheté  de  l'abbaye,  le  9  février  i5i  0, 
par  Jean  Signeau. 

Jardin  (i522),  puis  maison  de  l'Image-Notre-Dame  (iBaS-iGaS)  et  de  la  Croix- 
Verte  (1687),  faisant  le  coin  méridional  de  la  rue  de  Tournon. 

CÔTÉ    SEPTENTRIONAL. 


PAROISSE   SAINT-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Maison  sans  désignation  (i52o),  faisant  le  coin  de  la  rue  du  Brave  (de  Seine) 
et  aboutissant  rue  des  Quatre-Vents.  A  la  place  de  cette  maison  il  s'en  trouvait 
deux  en  1570,  et,  en  1698,  on  en  comptait  trois  sur  la  rue  des  Quatre-Vents 
et  quatre  sur  la  rue  du  Petit-Lion.  Parmi  ces  dernières,  la  deuxième  avait  pour 
enseigne  la  Foi,  et  la  troisième,  l'Espérance.  Nous  n'avons  pas  retrouvé  le  premier 
bail  du  terrain  de  ces  maisons. 

Maison  sans  désignation  (iSaa),  aboutissant  rue  des  Quatre-Vents.  En  16-28, 
elle  formait  deux  propriétés,  dont  la  première  avait  pour  enseigne  la  Vilk-de- 
Clamarl,  et  occupait,  à  ce  qu'il  semble,  l'emplacement  du  jardin  de  la  maison 
primitive,  qui,  vers  i5/jo,  appartenait  au  nommé  trJean  lllebec,  paticier  de 
rrla  Bazoche.  T!  Le  terrain  de  cette  maison  fut  baillé,  en  i5oi,  à  Jean  Lefort.  H 
contenait  environ  un  demi-quartier,  et  est  dit  situé  rrsur  le  hault  de  la  voirie; 
retenant  d'une  part  à  la  voie  (rue  des  Quatre-Vents),  d'aultre  part  aux  terres; 
ff aboutissant  d'un  bout  à  la  voie  du  coing  du  clos  de  Navarre  (vers  le  couchant) 
ff  et  d'aultre  bout  à  Jehan  de  Louvres.  n  II  semble  donc  avoir  formé  alors  l'extrémité 
occidentale  de  l'îlot,  qui  aura  été  allongé  plus  lard. 

Jardin  (iSaa)  qui  aboutissait  rue  des  Quatre-Vents,  et  sur  l'emplacement  du- 
quel il  y  avait,  à  la  fin  du  xvi"  siècle,  deux  maisons  avec  un  jeu  de  paume.  Le 
sol  de  ce  jardin,  renfermant  un  demi-quartier,  fut  baillé,  le  96  août  i5oi  ,  à 
Jean  de  Louvres,  et  vingt  ans  plus  tard  il  était  déjà  divisé  en  deux  parcelles, 
appartenant  à  des  propriétaires  différents.  Nous  avons  parlé,  h  l'article  de  la  rue 
de  Coudé,  des  maisons  élevées  sur  le  quatrième  lot  de  terrain,  qui,  avec  les  trois 
précédemment  mentionnés,  a  formé  l'îlot  compris  entre  les  rues  du  Petit-Lion  et 
des  Quatre-Vents. 


QUAI  MALAQUAIS  ET  EMPLACEMENT  DU  QUAI  VOLTAIRE.         189 

Il  parait  avoir  existé,  en  1608,  dans  la  rue  du  Petit-Lion,  une  maison  ayant 
pour  enseigne  l' Enfant-Perdu. 


QUAI   MALAQUAIS 
ET  EMPLACEMENT  DU  QUAI  VOLTAIRE. 

Au  lieu  où  est  aujourd'hui  le  quai  Malaquais,  il  existait  «ung  chemin  de  char- 
ff  royfl  qui  longeait  la  rivière,  et  auquel  la  fermeture  répétée  de  la  porte  de  Nesle 
ne  permit  pas  de  prendre  une  grande  importance  avant  la  seconde  moitié  du 
xvi'^  siècle;  aussi  n'en  trouve-t-on  des  mentions  qu'à  une  époque  assez  récente.  Il 
passait  probablement  sur  le  sommet  d'une  sorte  de  levée  qui  protégeait  les  terrains 
voisins  contre  les  inondations,  et  qu'un  titre  de  lôig  énonce  crie  dodasne  (dos 
(T d'âne)  de  la  rivière  de  Seyne.  a  Ce  dos  d'âne,  que  les  religieux  de  l'abbaye 
louaient  pour  qu'on  y  fît  sécher  des  toiles,  ayant  été  exhaussé  par  des  décharges 
de  décombres''*,  finit  par  se  transformer  en  un  véritable  quai,  non  revêtu  de 
maçonnerie,  si  ce  n'est  peut-être  auprès  des  fossés  de  la  ville.  Là  se  trouvait,  en 
effet,  un  emplacement  qu'on  appelait  trie  Heurt  du  port  aux  Passeurs n  (i53o), 
et  l'expression  de  heurt,  encore  usitée  dans  les  campagnes,  désigne  un  petit  mur 
de  soutènement.  Dès  1  5 1 0 ,  il  est  d'ailleurs  plusieurs  fois  question  du  quai  situé  en 
cet  endroit;  toutefois  le  nom  de  quai  Malaquais,  qui  fut  d'abord  écrit  Malacgtwst, 
et  dont  nous  ignorons  l'étymologie  exacte '^),  ne  semble  pas  avoir  été  anciennement 
employé.  Nous  l'avons  rencontré  pour  la  première  fois  dans  un  document  de  1  58 1 . 
En  i636,  la  voie  du  quai  n'était  encore  entièrement  pavée  que  sur  une  largeur 
de  trois  toises,  auprès  des  maisons,  et  jusqu'à  la  hauteur  de  l'hôtel  de  Brienne. 
Au  delà ,  le  pavé  ne  se  montrait  que  par  intervalles. 

Placé  en  face  du  Louvre,  le  quai  Malaquais  fut  longtemps  le  seul  point  où 
s'embarquaient  les  habitants  du  bourg  Saint-Germain,  quand  ils  voulaient  se 
rendre  sur  la  rive  droite  sans  remonter  jusqu'aux  ponts  de  la  Cité.  Avant  la  cons- 
truction du  pont  Neuf,  le  service  de  passage,  rendu  facile  par  la  création  d'un 
bac,  devait  y  être  fort  actif,  circonstance  d'où  provient  le  nom  de  port  aux  Pas- 

''  En  i554,  le  Parlement  ordonna  aux  charre-  peu  délicat  dans  ses  acquisitions;  en  effet,  il  n'y  a 

tiers  de  ne  plus  porter  leurs  gravois  au  Pré-aux-  point  d'apparence  qu'un  territoii'e  ainsi  appelé  ait 

Clercs,  mais  de  les  déposer  le  long  de  la  rivière,  jamais  existé  dans  les  environs  de  la  porte  de  Nesle, 

pour  prévenir  ses  débordements.  ù  quelques  pas  seulement  de  l'enceinte  de  Philippe- 

''  Le  nom  de  Mal-acquesl   (mauvais   acquêt)  Auguste.  On  écrit  maintenant  Ma/rt/jrurtw,  ce  qui  est 

est  peut-être  le  surnom  d'un  individu  malfamé,  une  orthographe  abusive. 


190  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

seurs,  que  nous  venons  de  signaler.  On  disait  également  frle  port  de  Nesien 
(1691),  ou  le  porl  Saint-Germain  (i5io),  et  nous  voyons  que  des  bateaux  y 
venaient  décharger  leur  cargaison;  mais,  soit  que  le  commerce  s'y  fût  éteint,  soit 
qu'on  n'y  pût  exercer  librement  tous  les  genres  de  trafic,  le  1 1  avril  i58o,  les 
vassaux  de  l'abbaye  firent  observer  qu'ils  étaient  obligés  de  se  battre  au  quai 
de  l'Ecole  pour  avoir  du  bois,  et  ils  supplièrent  le  roi  de  permettre  qu'on  établît, 
au  bout  de  la  rue  de  Seine,  un  port  qu'on  appellerait  «le  port  du  Roy  de  Po- 
ff  longue,  fl  Cette  demande  ne  paraît  point  avoir  eu  plus  de  résultat  qu'une  requête 
analogue  présentée  à  Henri  II  en  i55o,  en  même  temps  qu'on  sollicitait  de  lui 
une  clôture  pour  les  faubourgs. 

Au  droit  de  la  rue  de  Seine  existait,  en  t543  et  depuis,  un  abreuvoir  qui 
datait  sans  doute  d'une  époque  reculée,  et,  au  devant  du  quai  Malaquais,  en  1  5oo 
et  i535,  une  partie  de  la  rivière,  affermée  à  des  pêcheurs,  était  désignée  par 
l'appellation  de  tr  la  Tuillecte.  n 

Le  port  aux  Passeurs  et  le  quai  Malaquais  commençaient  au  fossé  de  la  ville, 
et,  s'étendant  peu  vers  l'occident,  n'avaient,  de  ce  côté,  que  des  limites  vagues. 
En  aval,  antérieurement  au  règne  de  Louis  XIII,  le  chemin  du  bord  de  l'eau 
n'avait  point  de  nom  particulier,  ou  il  prenait  celui  des  territoires  qu'il  séparait 
de  la  rivière,  et  que  nous  examinerons  successivement.  (Voir  planche  V.) 

A 

Entre  Ilot  DE  LA  BuTTE,  coQipris  entre  le  quai  Malaquais,  la  rue  de  Seine,  la  Petite 

d  de  Seine.  fUG  de  Nesle,  et  la  rue  du  Fossé  ou  Mazarine.  Il  eut  pour  origine  le  bail  fait  le 
6  septembre  i53o,  à  charge  de  bâtir,  aux  nommés  Nicolas  Ganivet,  dit  Grand- 
val,  charpentier  de  bateaux,  et  Jacques  Audouart,  de  deux  lots  de  terrain  de  dix 
perches  et  demie  chacun  ''),  usurpés  sur  la  pièce  de  Gilles  le  Maître  (voir  Rue 
Mazarine).  Le  lot  de  Jacques  Audouart  se  composait  de  la  moitié  orientale  de 
l'îlot,  et,  en  i532,  avait  été  cédé  à  Ganivet,  qui  le  confondit  avec  le  sien.  Le 
tout  passa  ensuite  à  la  veuve  de  Ganivet,  qui  épousa  le  tonnelier  Guillaume  Mer- 
cureau.  Leurs  héritiers  ayant,  dans  la  seconde  moitié  du  xvi"  siècle,  divisé  la 
propriété  en  parcelles,  elle  forma,  sur  le  quai,  les  maisons  suivantes  : 

Maison  de  l'Image-Notre-Dame  (1579-1628),  puis  de  la  Groix-de-Lorraiine 
(1660),  faisant  le  coin  de  la  rue  Mazarine.  Elle  présentait  trente-quatre  toises  de 
superficie,  lorsque,  le  1  9  mars  i663,  elle  fut  acquise  par  les  exécuteurs  testa- 
mentaires du  cardinal  Mazarin,  qui  démolirent  tout  l'îlot,  pour  élever,  sur  son 
emplacement,  les  bâtiments  du  collège  des  Quatre-Nations.  Gette  maison,  ou 
l'une  des  suivantes,  appartenait,  vers  1690,  à  Georges  Renier,  rccappitaine  du 
ffbatteau  du  Roy,  ti  c'est-à-dire  patron  de  la  barque  sur  laquelle  le  roi  passait  la 
rivière,  lorsqu'il  se  rendait  directement  au  faubourg  Saint-Germain. 

'''  L'îlot  ne  contenait  pourtant  point  vingt  et  le  périmètre,  car  nous  n'en  avons  jamais  trouvé 
une  perches;  nous  n'en  connaissons  d'ailleurs  que        aucun  plan  détaillé. 


QUAI  MALAQUAIS  ET  EMPLACEMENT  DL  QUAI  VOLTAIRE.         191 
Maison   sans  désignation  en    i595,puis  du  iMortieb-d'Or   (1628).  Eiie  tut 

achetée  le  3i  mars  i663,  et  contenait  dix-sept  toises  de  surface. 

Maison  sans  désignation  en  159.5,  puis  de  l'Image-Saint-Amoine  (1628)  el 

DU  Petit-Louvre  (1660).  Achetée  le  29  mars  1^63,  elle  était  large  de  deux  toises 

et  profonde  de  cinq. 

Maison  sans  désignation  (1595),  faisant  le  coin  orientai  de  la  rue  de  Seine,  et 

acquise,  pour  être  ahattue,  le  i5  octobre  i663. 

SÉJOUR  DE  Nesle.   Dès  le  commencement  du   xi\*  siècle,  l'hôtel  de  Nesle  Kmre 

avait  pour  dépendances  des  jardins  situés  au  delà  de  l'enceinte  de  la  ville.  Nous  """eTàeV" 
trouvons,  en  effet,  dans  une  charte  de  i3i7,  la  mention  d'une  place  qui  s'éten-  P«'''s-'^"ii«s'i"* 
dait  entre  la  chapelle  Saint-Martin-des-Orges  et  les  murs  du  jardin  de  Nesle  : 
platée  site  inter  capellam  Sancti  Martini  de  Ordeis  et  muros  jardini  de  ISigella.  Clin- 
quante ans  plus  tard,  ces  jardins  étaient  disparus,  puisque,  dans  un  titre  de 
i368,  relatif  à  la  même  région,  il  est  parlé  de  «la  place  où  jadiz  furent  les  jar- 
(fdins  de  Nesies.  n  Le  souvenir  de  ces  jardins,  dont  les  historiens  n'ont  point  eu 
connaissance,  ne  pouvait  être  effacé  en  i38o,  quand  le  duc  de  Berry  devint  pos- 
sesseur de  l'hôtel  de  Nesle,  et  de  là  lui  vint  sans  doute  le  projet  d'en  créer  de 
nouveaux,  projet  qu'il  réalisa  en  faisant  acheter,  en  son  nom,  le  i3  janvier  i385, 
deux  tuileries,  l'une  renfermant  deux  arpents  et  demi,  et  l'autre  cinq.  L'acqui- 
sition n'eut  point  lieu  d'ailleurs  sans  rencontrer,  de  la  part  des  moines  de  1  ab- 
baye, une  opposition  à  laquelle  mit  fin  une  transaction  du  3  avril  1399,  qui 
leur  valut  la  j)ropriété  de  l'hôtel  de  Navarre. 

Sur  les  terrains  vendus  au  duc  de  Berry  en  i385,  il  disposa  des  jardins,  des 
granges,  ainsi  que  des  écuries,  et  le  tout  prit  le  nom  de  Séjour  de  Nesle.  Mons- 
trelet  raconte  qu'en  161  1  les  Parisiens,  irrités  contre  le  duc  de  Berry,  allèrent 
saccager  son  château  de  Bicélre  et  le  Séjour  de  Nesle.  rrEii  après,  dit-il,  en  faisant 
T  plusieurs  autres  maulx,  vindrent  encore  abatre  et  destruire  une  autre  maison 
rrsur  la  rivière  de  Seine,  où  icellui  duc  tenoit  ses  chevaulx  et  n'estoit  point  loing 
(rde  l'ostel  de  Néelle,  au  dehors  de  la  porte*'',  n  Les  fragments  de  comptes  que 
nous  publions  aux  appendices  fournissent  quelques  détails  sur  les  divers  travaux 
de  réparation  qui  furent  faits  au  Séjour  de  1612  à  1616,  et  sur  la  dis])ositioii 
intérieure  des  écuries.  Le  duc  de  Berr)  étant  mort  en  1616,  le  Séjour  revint  à  la 
couronne,  et  Charles  VII,  en  16/16,  le  donna  au  duc  de  Bretagne  en  même  temps 
que  l'hôtel  de  Nesle.  11  est  très-douteux,  toutefois,  que  le  Séjour  eût  été  complè- 
tement relevé  de  ses  ruines  après  i/iii.  Quoi  qu'il  en  soit,  en  1669  il  devait 
être  détruit,  puisque  les  sept  arpents  qui  le  formaient  sont  alors  indiqués  comme 
le  lieu  rtoù  jadis  soulloit  estre  le  Séjour  de  Nesles,fl  et  appartenaient  à  Antoinette 
Magnac,  qu'une  sentence  du  26  mars  contraignit  à  payer  ses  redevances. 

'    Chroit.  l.  II.  |).  ifj7  de  Yéd.  Douët  d'Arcq. 


192  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

Suivant  l'acte  de  vente  de  i385,  les  terrains  du  Séjour  étaient  limités  par 
le  chemin  formant  aujourd'hui  la  rue  Bonaparte,  le  Petit-Pré-aux-Clercs,  le 
chemin  du  bord  de  l'eau  et  les  fossés  de  Nesle.  Doit-on  en  induire  qu'il  atteignait 
le  bord  même  des  fossés?  Ce  qui  tendrait  à  le  faire  croire,  c'est  que  l'îlot  borné 
par  la  rue  de  Seine,  auquel,  dans  le  xvi''  siècle,  était  demeurée  l'appellation  de 
Séjour  de  Nesle,  ne  contenait  guère  que  six  arpens.  Mais,  d'un  autre  côté,  il 
est  tout  à  fait  invraisemblable  que  la  rue  de  Seine  coupât  en  deux  le  Séjour, 
dont  le  principal  corps  d'hôtel,  suivant  un  article  des  comptes  de  i4i6,  paraît 
avoir  été  large  de  quarante  toises  et  profond  de  vingt-quatre.  Cette  superficie 
se  conçoit  très-bien  dans  l'îlot  situé  à  l'ouest  de  la  rue  de  Seine,  et  n'a  jamais 
pu  exister  dans  l'îlot  situé  sur  le  bord  du  fossé.  Au  reste,  dans  la  cession  que, 
le  17  janvier  1A86,  Jean  Spifame,  écuyer  du  roi,  fit  au  tuilier  Robin  de  Mont- 
rouge  de  la  ff masure  et  jardin  appelle  le  Séjour  de  Nesles,T)  et  de  huit  arpents 
attenants,  il  est  dit  que  la  totalité  était  bornée  par  la  rue  de  Seine'". 

La  partie,  en  bordure  sur  le  quai ,  de  l'îlot  compris  entre  les  rues  de  Seine  et 
des  Petits-Augustins,  formant  une  pièce  de  deux  arpents,  fut  vendue,  le  a  sep- 
tembre i5i9,  par  Antoine  de  la  Vernade  aux  gouverneurs  de  l'Hôtel-Dieu.  Elle 
était  toute  en  culture,  lorsque  ceux-ci  la  baillèrent  à  bâtir,  l'an  i538,  ainsi  que 
l'exprime  l'article  suivant  du  censierde  1.567  •  ff  l^ouveaulx  bastiemens  sur  Teaue 
ffde  la  rivière  de  Seyne,  des  terres  dudict  Hoslel  Dieu;  par  icelluy  Hostel  Dieu 
te  baillez  à  rente,  l'année  rail  cinq  cens  trente  huict.  De  Jehan  Haultebesse,  orfé- 
ftvre,  Pierre  Reboures,  la  veufve  et  héritiers  feu  Jehan  Sollayne,  Jehan  du  Mas, 
«m''  de  la  poste  à  Paris,  comme  ayant  droict  de  Pierre  Boutin  et  Jehan  Loret,  et 
rrde  maistre  Antoine  de  Gouzolles,  ou  lieu  dudict  Boutin,  pour  six  quartiers  sept 
r perches  de  terre,  faisant  ung  arpent  et  demy  sept  perches  ou  environ  en  une 
(T  pièce  assise  audict  lieu  de  Sainct  Germain  des  Prés,  le  long  de  la  rivière  de  Seyne. 
cfEsquelz  lieux  chacun  des  propriétaires  ont  basty  maisons  manables;  mesme- 
cment  ledict  du  Mas,  une  maison  couverte  d'ardoyse,  faisant  le  coin  de  la  rue 
frde  Seyne,  tenant  la  totallité  des  six  quartiers  sept  perches  de  terre,  d  une  part 
«et  d'aultre  à  deux  chemyns  descendans  de  labbaye  dud.  Saint  Germain  des  Prés 
rfà  ladicte  rivière  (rues  de  Seine  et  Bonaparte),  d'aultre  part  à  ladite  rivière 
t;de  Seyne,  et  par  hault  audict  Hostel  Dieu.  Lesquelz  six  arpens  sept  perches 
crde  terre,  qui,  par  les  commis  de  par  la  cour  dn  Parlement  au  régime  et  gou- 

'''  Une  indication  semblable  esl  fournie  par  le  rrpart  à  lad.  rivière,  et  d"aullre  part  aux  terres  de 

texte  de  la  sentence  de  liig,  oîi  on  lit  l'ënoncé  irlad.  église;  aboutissant  d'ung  bout  à  ung  grant 

suivant  :  rf  Place  vuyde,  masure  et  terres  entrete-  rr  fossé  par  lequel  se  vuyde  leaue  des  fossez  de  lad. 

(tnans,  contenant  toulx  ensemble  deiLX  arpens  ou  rréglise  abbaye  dud.  Saint-Germain  à    Seine,  et 

Tenvyron,  où  jadis  souloit  estre  le  séjour  de  Nelles,  ffd'aultre  bout  à  ii)i(i'  chemin  par  lequel  on  va  de  lad. 

«sur  la  rivière  de  Seine;  tenant  touit  au  long  d'une  ^abbaye  à  icelle  rivière,  v 


QUAI  MALAQUAIS  ET  EMPLACEMENT  DU  QUAI  VOLTAIRE.         193 

trvernement  du  revenu  et  temporel  dudict  Hostel  Dieu  de  Paris,  furent  baillez  à 
fftiltre  de  rente  ausd.  Bontin  et  Gelin,  dès  l'an  mil  cinq  cens  trente  huit,  le 
(t  vendredi  dixiesme  jour  de  janvier,  ausdicts  Boulin  et  Gelin  doibvent  de  cens 
"chacun  an,  ledict  jour  Sainct  Remy,  au  pris  de  douze  deniers  par  l'arpent, 
(Txxn''  oh.  p.''îfl 

Les  maisons  de  Du  Mas  et  consorts  sont  mentionnées  dans  le  censier  de  1543, 
mais  sans  aucun  détail;  celle  de  Pierre  de  Sollayne,  probablement  fds  de  Jean, 
est  dite,  en  i568,  n'être  que  commencée  et  contenir  un  jeu  de  paume.  A  la  fin 
du  XVI"  siècle,  toutes  ces  maisons  étaient  ainsi  disposées  : 

Maison  sans  désignation  (iSgS),  appartenant  à  M.  de  Vinot  [alias  de  Minon) 
et  contiguë  à  la  maison  de  Du  Mas  faisant  le  coin  occidental  de  la  rue  de  Seine. 

Maison  sans  désignation  (tSgS),  appartenant  au  contrôleur  Du  Mas,  s'éten- 
dant  derrière  la  suivante  et  communiquant  sans  doute  avec  celle  du  coin  de  la 
rue  de  Seine.  Cette  maison  et  la  précédente  furent  démolies  pour  la  construction 
de  l'hôtel  de  la  Reine-Marguerite,  et,  après  le  morcellement  de  cet  hôtel,  elles 
furent  remplacées  par  deux  propriétés  :  i°  une  maison  double  qui  appartint,  en 
1628,  à  M.  de  Sève,  sieur  de  Forêt,  puis  à  M""*  Dorât  (1687),  dont  l'héri- 
tier, Claude-Joseph  Dorât,  sieur  de  la  Barre,  s'en  défit,  le  2 5  avril  1 788,  au  profit 
de  Nicolas  Talliot;  2°  une  maison  qui  appartint  à  M.  de  Garsaulan  en  1628,  puis 
à  Antoine  Loisel,  conseiller  au  Parlement,  à  sa  fille  Elisabeth,  femme  de  Charles 
de  l'Aubépine,  marquis  de  Châteauneuf,  et,  en  1702,  à  leur  fils,  le  marquis  de 
l'Aupépine,  seigneur  de  Varise. 

Maison  et  jed  de  paume  dit  du  Roi-Charles  (iSgo). 

Maison  sans  désignation  (lôgS),  faisant  le  coin  oriental  de  la  rue  des  Petits- 
Augustins.  Ainsi  qu'on  le  constate  parle  procès-verbal  de  1620,  cette  maison,  ou 
tout  au  moins  le  jeu  de  paume  qui  y  était  attenant,  ne  disparut  point  quand  on 
construisit  l'hôtel  de  la  Reine-Marguerite,  mais  y  demeura  à  l'état  d'enclave.  Sur 
ce  même  emplacement,  en  1628,  il  y  avait  une  maison  aussi  appartenant  à 
M.  de  Garsaulan,  qu'on  nomma  ensuite  l'hôtel  d'Hollande  (1G87). 

La  Charitk  ou   le  SaNITAT.   On  appelait  ainsi,  au  xvi*  siècle,  le  terrain  Enue 

compris  entre  le  quai,  le  Grand-Pré-aux-Clercs,  le  chemin  de  Saint-Père  (la  rue  et 

des  Saints-Pères)  et  la  Petite-Seine,  ou,  plus  tard,  le  chemin  de  la  Noue  (rue  •''=« ^»"''^'''"*«- 
Bonaparte),  à  cause  de  certain  hôpital  que  François  I"  voulut  y  créer,  et  pour  la 
fondation  duquel  il  donna  une  somme  de  1  0,000  livres  tournois,  par  lettres  pa- 
tentes du  1 3  août  1  5 1 9 ,  où  le  but  et  la  raison  d'être  de  l'établissement  sont  in- 
diqués en  ces  termes  :  rt  Comme  pour  éviter  à  la  contagion  des  malades  de  peste , 
frqui  peut  advenir  quant  les  malades  et  actainctz  de  peste  sont  portez  en  l'Hostel 

'"'  Arch.  nat.  reg.  A 4,  »  laS,  fol.  190  v°. 

III.  35 


194  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

rDieu  de  iiostre  bonne  ville  et  cité  de  Paris,  logez  et  couchez  avec  les  autres  ma- 

fflades  de  diverses  maladies,  qui  y  affluent  jounicllenient,  nous  ayans  advisé 

(flaire  bastir  et  construire  une  granl  closture  de  maison  qui  se  nommera  la  Charité, 
(rhors  et  audessoubz  nostre  dicte  ville  de  Paris,  et  le  plus  près  d'icelle  que  faire 
(Tse  pourra,  et  sur  la  rivière  de  Seine.  En  laquelle  seront  portez  et  logez  doresna- 
(Tvant  lesdicts  pestillencieux,  quant  le  cas  y  adviendra.  Pour  laquelle  Charité  en- 
rr  commencer,  etc. '"  n 

Le  même  jour,  i3  août  iBig,  d'autres  lettes  patentes  chargèrent  les  gouver- 
neurs de  l'Hôlel-Dieu  de  diriger  les  travaux,  de  les  payer  et  de  faire  les  acquisitions 
de  terrains  nécessaires.  Ils  achetèrent  en  conséquence,  le  2  septembre  suivant,  de 
M''  Antoine  de  la  Vernade  et  au  prix  de  160  livres  tournois,  deux  pièces  de  terre 
longeant  le  quai  :  l'une  contenant  deux  arpents  et  située  entre  la  rue  de  Seine  et 
le  canal  de  la  Petite-Seine;  l'autre  contenant  cinq  arpents,  située  au  delà  du  canal. 
Le  19  septembre,  ils  achetèrent  une  troisième  pièce  de  terre,  voisine  des  fossés  de 
la  ville  (voir  Rue  Mazarine);  mais  ils  n'en  avaient  pas  grand  besoin,  car  la  pièce 
de  cinq  arpents  acquise  d  Antoine  de  la  Vernade  offrit  assez  de  surface  pour  y  bâtir 
l'hôpital,  après  toutefois  qu'on  l'eut  augmentée  d'un  champ  appartenant  au  curé 
de  Saint-Sulpice.  L'emplacement  présentait  une  superficie  totale  de  cinq  arpents 
et  demi,  dix-neuf  perches  et  deux  tiers  de  perche.  D'après  le  registre  des  comptes 
que  nous  avons  retrouvé'^',  les  travaux  furent  commencés  dès  le  3  septembre  1  5 1 9  ; 
un  autre  document  nous  apprend  que,  le  1 1,  on  mesura  un  fossé  de  29  perches 
de  longueur,  lequel  avait  été  creusé  dans  le  lit  de  la  rivière  et  devait  servir  de  limite 
à  l'édifice. 

En  fondant,  sur  le  fief  de  l'abbaye,  le  nouvel  hôpital  de  la  Charité,  dit  plus 
souvent  du  Sanitat,  on  ne  satisfit  point  les  moines  de  Saint-Germain;  ils  firent  une 
opposition  assez  vive  à  cet  établissement.  «Plus  de  deniy  an,  est-il  dit  dans  le 
ff  Journal  d'un  bourgeois  de  Paris,  y  eut  grande  contrariété  par  l'abbé  de  ladicte 
ft abbaye.  .  .  et  les  religieux.  .  .  pour  empescher  ledict  édifice '^In  Nous  lisons 
aussi,  dans  les  comptes,  qu'il  y  eut  à  ce  sujet  contestation  judiciaire,  et  qu'au 
mois  de  septembre  i520  une  enquête  fut  ordonnée  à  propos  des  menées  des 
moines,  qui  avaient  fait  combler  les  tranchées  et  jeter  à  la  rivière  des  pierres 
ainsi  que  du  merrain  pris  sur  les  chantiers  de  l'Hôtel-Dieu.  Ils  espéraient  ainsi 
prévenir  l'exécution  du  projet  qu'ils  estimaient  contraire  à  leurs  intérêts,  mais 
dont  ils  avaient  pourtant  admis  la  réalisation,  puisque,  le  samedi  2  juin  1620, 
l'abbé  Briçonnet  avait,  en  pei'sonne,  posé  la  première  pierre  des  constructions  W. 

Quoiqu'il  en  soit,  les  taquineries  des  moines  demeurèrent  impuissantes;  on 

'''  Ai'ch.  de  l'Hôtel-Dieu ,  layelte  7/1.  ■''  Journal,  etc.,  piiblid  par  M.  Lalaniie.  p.  84. 

'°'  Dans  les  arcliives  de  l'Hôtel-Dieu,  où  il  ne  '*'  Ibid.  Il  y  a  peut-être  quelque  confusion  dans 

porte  aucune  cote  particulière.  les  dates. 


QUAI  MALAQUAIS  ET  EMPLACEMENT  DU  QUAI  VOLTAIRE.         195 

poursuivit  l'œuvre  entreprise,  et,  si  elle  fut  interrompue  bientôt  après,  le  manque 
•l'argent  seul  en  fut  la  cause.  En  effet,  lorsque  les  10,000  livres  accordées  par 
le  roi  eurent  été  épuisées,  l'impossibilité  de  se  procurer  des  ressources  de  quel- 
que importance  amena  presque  inmiédiatement  la  cessation  des  travaux.  D'après 
le  compte  fini  le  i5  octobre  iSao  et  rendu  le  12  novembre  1698,  on  n'avait 
fait  qu'une  dépense  totale  de  1  o-Sia**  3'  6"^  ob.  pite,  plus  3Zi5"  1 9/  6^  ob.  pite.  En 
1527,  on, avait  définitivement  renoncé  à  continuer  les  travaux.  Aussi,  le  i3  dé- 
cembre, François  I",  après  avoir  reconnu  qu'il  était  dans  l'impossibilité  de  les 
reprendre  et  fait  remarquer  que  le  voisinage  de  la  Charité  aurait  eu  de  graves 
inconvénients  pour  sa  santé  pendant  son  séjour  au  Louvre,  appi-ouva  la  vente  de 
/i5/j*^  19'  tournois  de  matériaux,  à  laquelle  avaient  eu  recours  les  gouverneurs  de 
l'Hôtel-Dieu,  les  autorisa  à  se  débarrasser  du  surplus  et  leur  octroya  la  propriété 
des  terrains  dépendant  de  l'hôpital. 

Les  terrains  sur  lesquels  avait  été  commencé  le  Sanitat,  qui  en  conservèrent 
assez  longtemps  le  nom  et  qu'on  appelait  encore  tria  Prés  (prairie)  l'Hostel  Dieuii 
en  i6i3,  furent  ensuite  aliénés  en  deux  parcelles (''.  L'une,  contenant  cinq  ar- 
pents, fut  baillée,  le  aS  avril  1  564,  à  Henry  Guyot  et  Christophe  Aubry  ;  l'autre, 
renfermant  un  arpent  et  attenante  à  la  rue  des  Saint-Pères,  fut  baillée,  le  i3  dé- 
cembre 1  5^2  ,  au  tailleur  François  Lebouc,  à  charge  de  bâtir  fr  maison  maiiable'-*.  t» 
Cependant  nous  n'avons  jamais  rencontré  aucune  mention  bien  précise  de  maison 
en  ce  lieu  avant  le  xvu"  siècle,  à  l'exception  du  manoir  de  Jean  Bouyn,  qui  occu- 
pait l'emplacement  du  canal  de  la  Petite-Seine,  fiiisait  le  coin  occidental  de  la  rue 
des  Petits-Augustins  (voir  à  l'article  de  cette  rue),  et  était  séparé  des  terres  du 
Sanitat  par  le  fossé  de  l'hôpital  dont  nous  venons  de  parler.  Ce  manoir  fut  absorbé 
dans  la  cour  de  l'hôtel  de  la  Reine-Marguerite,  dont  la  largeur  était  de  trente-huit 
toises  sur  trois  pieds,  le  long  de  la  rue  des  Petits-Augustins,  et  de  quarante-six 
toises  le  long  de  la  rue  des  Saint-Pères,  à  compter  du  mur  de  clôture  vers  la 
rivière.  On  ne  modifia  point  l'alignement  de  ce  mur  lorsque,  après  la  vente  de 
riiôtel ,  on  construisit  les  maisons  du  quai'". 


'  Dans  l'ouvrage  de  Sauvai  (l.  III,  p.  28),  où 
la  fondation  du  Sanitat  est  faussement  rapportée  à 
1 556,  on  lit  qu'en  i58i  le  Parlement  accorda 
i.âoo  livres  pour  raccroissement  de  cet  hôpital; 
mais  celte  assertion  résulte  dune  méprise  évidente. 

'''  L'inventaire  de  l'abbaye  mentionne  le  bail 
fait,  le  9.0  août  iB'io,  à  François  Ollivicr,  André 
Guillarl  et  Pierre  Perdrier,  d'un  terrain  à  bâtir,  de 
six  arpents  et  un  demi- quartier,  lequel  terrain  était 
situé  entre  le  Pré-aux-Clercs  et  la  Seine;  mais  on 
ne  voit  pas  quelles  ont  été  les  conséquences  de  cet 
accensetnent. 

'*'  Bien  que  l'histoire  de  ces  maisons  ne  rentre 


point  dans  notre  cadre,  nous  croyons  devoir  en 
donner  ici  l'indication  : 

Maison  faisant  le  coin  occidental  de  la  rue  Bo- 
naparte et  remplaçant  celle  tie  Jean  Bouyn.  Elle 
appartint,  en  iO-j8,  à  M"  Jean  et  Jacques  do 
Hillerin,  et  fut  donnée,  le  5  mai  i56o,  par  ce 
dernier  à  son  petit-neveu,  M.  d'Hillerin,  ou  du 
Bucq,  seigneur  de  IJoitissandeau ,  dont  l'héritier 
la  vendit,  le  ao  avril  1720,  à  la  princesse  de 
Contv.  Une  note,  ajoutée  au  censier  de  17'30,  dit 
que  la  maison  ci-devant  nommée  l'Iiâtel  de  Tran- 
sylvanie avait  été  achetée,  par  la  duchesse  de 
Gramniont,  de  Marie  Pétard  de  Guiry,  veuve  de 

25. 


196  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

La  SaumONIÈRE.  L'ilot  dit  le  Saiiitat  constituait  le  commencement  d'un  grand 
territoire  que  les  titres  appellent  a  la  SaulmonièrcTi  ou  et  la  Saulmonerie. -n  Ce 
territoire  était  limité  vers  le  nord  par  la  rivière,  vers  l'orient  par  le  chemin  de 
la  Noue,  vers  le  midi  par  le  Grand-Pré-aux-Clercs,  ainsi  que  par  le  chemin 
formant  aujourd'liui  l'extrémité  de  la  rue  de  l'Université,  et,  vers  le  couchant,  il 
aboutissait  à  l'île  Maquerelle,  qui  n'en  faisait  point  partie,  quoique,  dans  l'ar- 
pentage de  1699,  elle  soit  dite  rassise  en  ce  lieu  de  la  Saulmonerie. n  Les  ar- 
chives de  l'abbaye  n'apprennent  point  d'où  provenait  le  nom  donné  au  canton  de 
la  Saumonière,  dont  la  plus  ancienne  mention  ne  remonte  qu'à  1^80;  mais  il 
semble  naturel  de  croire  qu'il  y  avait  eu  là  une  pêcherie  ou  un  réservoir  pour 
les  gros  poissons.  Nous  voyons  même  que,  dans  un  titre  de  1^97,  il  est  question 
d'une  ff  portion  d'eaue  appellée  la  place  de  la  Saulmonière,  à  la  prendre  depuys  le 
rr  commencement  de  la  porte  des  vignes  Jehan  Legendre  jusques  aux  haultes  mottes 
a  de  la  Molange.  T)  Cette  place  attenait  à  la  rive  droite  de  la  Seine,  à  la  hauteur 
des  Tuileries,  ainsi  qu'une  autre  (peut-être  la  même)  qui  fut  baillée,  le  jour  de 
Pâques  1 680 ,  «pour  en  icelle  place  faire  attrait  à  poisson  et  y  pescher  à  la  verge,  -n 
Celle-ci  est  énoncée  ff  place  appellée  les  Molles  de  la  Saulmonière,  contenant  six 
rr  perches  de  long  sur  une  perche  de  lé,  à  bort  et  à  autre,  assise  en  la  rivière  de 


Nicolas  de  Fontaine.  Elle  s'appelait  l'hôtel  de 
Laulrec,  en  1775. 

GRiNDE  MAISON,  possédée  en  1628  par  Henry- 
Auguste  de  Loménie,  sieur  de  la  Ville-aux-Clercs , 
et  dite  l'hôtei,  de  Brienne,  vers  i65o.  Elle  fut  en- 
suite la  propriété  de  Marie  Martinozzi,  princesse  de 
Gonty,  qui  l'échangea  contre  l'hôtel  de  Guénégaud 
le  3o  avril  1670;  puis  elle  appartint  au  due  de 
Gréquy,  gouverneur  de  Paris  (1687),  au  duc  de 
la  Tréniouille,  gendre  du  précédent,  et  au  duc  de 
Lauzun,  qui  l'acquit  d'Edouard  de  la  Tour  d'Au- 
vergne le  3  juillet  1719.  La  duchesse  de  Lauzun, 
le  19  octobre  1783,  la  céda  à  Louise-Adélaïde  de 
Bourbon -Gonty,  nommée  M"°  de  la  Roche-sur- 
Yon,  après  la  mort  de  laquelle  on  loua  l'hôtel 
pour  y  placer  les  écuries  de  la  dauphine.  Le  duc  de 
Mazarin  en  était  propriétaire  en  1775. 

Maison  sans  désignation,  qui  n'était  point  en- 
core bâtie  en  1628,  et  qui ,  en  1 687,  dépendait  de 
la  suivante,  avec  laquelle  elle  a  été  confondue  depuis. 

HÔTEL  DE  BGUILLOiN.  L'emplacement  était 
encore  vide  en  1628.  Sauvai  (t.  11,  p.  386),  de 
Lamarre  (t.  I",  p.  83) et  Félibien  (t.  Il,  p.  i396) 
disent  que  Louis  XllI  permit  à  un  nommé  Marsilly 
de  bâtir  des  maisons  symétriques  sur  le  quai,  à 
certaines  conditions,  ce  qui  fut  exécuté  en  1619, 


époque  oii  l'on  vendit  le  palais  de  la  Reine-Margue- 
rite. Pas  plus  que  Jaillot  nous  n'avons  la  preuve 
du  fait;  mais,  le  Domaine  ayant  manifesté  des  pré- 
tentions sur  les  terrains  de  l'hôtel  de  la  reine,  il 
ne  serait  pas  impossible  qu'une  transaction  pareille 
à  celle  que  mentionne  de  Lamarre  eût  été  conclue 
à  la  date  indiquée.  Du  reste  il  est  sur  que,  si  cette 
transaction  a  réellement  eu  lieu,  elle  n'a  produit 
aucun  résultat.  Mais  l'hôtel  existait  déjà  vers  i6.5o. 
Il  avait  été  bâti  par  Macé  de  la  Basinière,  qui  le 
vendit  au  duc  de  Bouillon. 

Maison-  qui  appartint  en  1687  à  M"'  de  Bri- 
çonnet.  Elle  avait  été  bâtie,  ainsi  que  la  suivante, 
postérieurement  à  1628. 

HÔTEL  DE  FALCONI  (1 65a)  et  DE  MORSTIN , 
faisant  le  coin  oriental  de  la  rue  des  Saint-Pères. 
Cette  importante  propriété  fut  cédée,  le  17  juin 
1680,  avec  une  autre  maison  située  derrière  dans 
la  rue  des  Saint-Pères ,  par  Marie  de  Falconi ,  femme 
de  Louis,  comte  d'Amanzé,  à  M.  de  Montbriseul. 
En  1687,  l'hôtel  appartenait  à  .lean-Audré,  comte 
de  Morstin,  trésorier  de  Pologne,  et  passa  ensuite 
aux  filles  de  ce  seigneur,  desquelles  il  fut  acquis, 
le  99  mars  1710,  par  le  marquis  de  Bassenage, 
qui  s'en  défit,  le  97  juillet  1 79  '1 ,  au  profit  de  Joa- 
chim  Descazeaux. 


OUAI  MALAQUAIS  ET  EMPLACEMENT  DU  QUAI  VOLTAIRE.         197 

aSeyne,  au  dessoubs  et  près  des  tuiHeries  qui  sont  hors  Paris,  oultre  la  porte 
rc Saint- Honoré,  sur  la  dicte  rivière,  a  11  est  constant,  au  surplus,  qu'on  péchait 
anciennement  dans  la  Seine,  aux  environs  de  Paris,  des  saunions,  ou,  du  moins, 
des  poissons  qu'on  désignait  ainsi;  car,  dans  les  lettres  du  prévôt  de  Saint-Gerniain- 
des-Prés,  datées  de  i433,  il  est  rappelé  que,  d'après  des  ordonnances  anté- 
rieures, les  pêcheurs  de  la  ville  ne  devaient  trpescher  en  ladite  rivière  aucuns 
rtsaulmons,  daulphins,  ne  autres  poissons  royaulx,  sans  les  apporter  en  ladite  église 
cde  Saint  Germain,  a  et  qu'ils  étaient  tenus  de  donner  aux  moines  le  tiers  de  ces 
poissons,  s'ils  ne  préféraient  en  payer  la  valeur,  le  tout  à  peine  de  soixante  sous 
parisis  d'amende  ''>. 

La  plus  grande  partie  du  territoire  de  la  Saumonière  fut  acquise  par  la  reine 
Marguerite  et  transformée  en  un  parc  dépendant  de  son  hôtel.  Ce  parc  se  trouvait 
borné  parla  rue  des  Saint-Pères,  le  Pré-aux-Clercs,  le  chemin  du  bord  de  l'eau, 
et  aussi,  de  ce  dernier  côté,  par  la  tuilerie  aux  Flamands  et  le  lieu  dit  la  Grenouil- 
lère, dont  nous  parlerons  plus  loin.  On  n'a  presque  aucun  renseignement  sur  sa 
disposition  intérieure,  et  vraisemblablement  il  ne  fut  planté  et  orné  que  d'une 
manière  très-imparfaite.  Nous  lisons  dans  l'adjudication  de  1622  :  rcDans  lequel 
frparc  y  a  une  longue  allée  qui  va  de  bout  à  autre,  oià,  des  deux  costez,  fors  et 
ff  excepté  au  droict  de  ladicte  thuillerie  et  jardin  en  dépendant,  va  une  palissade 
rr plantée  d'ormes  et  autres  arbres,  et,  du  costé  de  lad.  Grenouillère,  au  parc, 
(r plusieurs  petilz  ormes  et  autres  sortes  de  bois;  au  bout  d'icelluy,  du  costé  du 
f  chemin,  plusieurs  allées  communes  et  quelque  peu  de  murailles,  à  l'entour  du 
(rparc,  fors  et  excepté  à  l'endroict  de  ladicte  thuillerie  et  jardin  que  y  a  fossé,  n 

Un  fossé  existait  aussi  entre  le  parc  et  le  Pré-aux-Clercs,  et  près  de  ce  fossé, 
à  la  hauteur  de  la  rue  du  Bac,  était  aie  bout  de  la  seconde  allée  et  estoille 
rr  plantée  en  icelluy  parcn  On  voit  par  le  procès-verbal  de  vente  dressé  en  1620, 
dont  nous  donnons  le  texte,  que  la  grande  allée  avait  quatre  cent  vingt-cinq  toises 
de  longueur;  elle  s'étendait  donc  jusque  vers  le  milieu  de  l'espace  compris  entre 
les  rues  Bellechasse  et  de  Bourgogne,  et  n'atteignait  point  la  Noue  du  Pré-aux- 
Clercs.  D'après  un  arpentage  du  18  janvier  1622,  le  parc  contenait  quarante- 
neuf  arpents  trois  quartiers  et  demi,  soit  quarante-quatre  mille  huit  cent  quatre- 
vingt-sept  toises.  Le  procès-verbal  de  1620,  sans  doute  moins  exact,  n'indique 
qu'un  chiffre  total  de  trente-cinq  mille  deux  cent  quatre-vingt-huit  toises,  déduc- 
tion faite,  il  est  vrai,  des  terres  de  la  Grenouillère,  qui  en  contenaient  deux 
mille  cent  douze,  et  d'une  pièce  de  deux  mille  quatre  cents.  Dans  le  même 
procès-verbal,  les  experts  proposèrent  d'ouvrir  trois  rues  en  travers  du  parc  et 
une  autre  dans  le  sens  de  sa  longueur.  La  rue  longitudinale  projetée,  c'est  la  rue 

"'  Cart.  (le  Sainl-Germain-des-Prés.  Bibl.  de  l'Arsenal,  niss.  H  F  3a6,  fol.  aG-2  v". 


198  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

de  Lille,  avant  la  Révolution  dite  de  Bourbon,  en  l'honneur  du  cardinal  de 
Bourbon,  abbé  de  Saint-Germain;  elle  correspond  sans  doute  à  la  grande  allée 
de  quatre  cent  vingt-cinq  toises.  De  la  teneur  de  certains  titres  il  résulte  que 
l'alignement  en  était  déjà  arrêté  en  1628;  mais,  en  1  63 1,  on  ne  l'énonçait  en- 
core que  la  rr  rue  qui  se  doibt  faire  dans  ledict  Pré  aux  Clercs*'',  n  et  nous  ne 
l'avons  pas  vue  indiquée  par  le  nom  de  rue  de  Bourbon  avant  i638. 

ÉcgrcHERIE-SablgiVINIÈRE.  Au  delà  de  la  rue  des  Saint-Pères,  il  y  avait 
deux  arpents  qui  appartenaient  à  l'abbaye,  et  dont  un  quartier  servait  d'abattoir 
pour  les  chevaux,  de  i5io  à  i5io.  En  effet,  dans  le  bail  du  25  avril  de  cette 
dernière  année,  fait  à  François  Olivier  et  consorts,  d'une  pièce  de  six  arpents  et 
demi-quartier  centre  le  Pré  aux  Clercs  et  la  rivière  de  Seyne,  ou  lieu  dict  l'Es- 
tt  corcherie  et  Sablonnière,  n  tenant  d'une  part  à  ladite  Ecorcherie ,  d'autre  à  Pierre 
Marcel,  trd'un  bout  sur  le  rivaige  de  lad.  rivière  de  Seyne, t»  et  d'autre  bout 
aux  hoirs  de  Pernet  Lescuyer,  il  est  spécifié  que,  «à  l'endroict  de  laquelle  pièce 
rr  s'est  faict  par  cy-devant  et  faict  encores  de  présent  la  voirie  des  chevaulx  t^'.  v 

ff  L'Escorcherie  aux  chevaux,  11  du  censier  de  i365,  diffère  notablement,  comme 
nous  le  dirons  ailleurs,  de  celle  qui  donna  son  nom  au  territoire,  appelé  aussi  et 
à  peu  près  simultanément  la  Sablonnière.  Toutefois  tria  Sablonnière,T)  ou  ft terres 
ffdu  Gros  Sablomi  (iS^g),  étaient  plus  loin  vers  l'ouest,  et  paraissent  s'être  éten- 
dues jusque  dans  le  voisinage  de  l'extrémité  du  Pré-aux-Clercs,  puisqu'un  arpent 
situé  près  de  ce  pré  est  dit,  en  i5io,  aboutir  d'un  bout  sur  la  Sablonnière,  et 
de  l'autre  sur  rtla  Nouen  du  Pré.  En  outre,  un  arpent,  à  la  Saumonière,  est 
énoncé,  en  ibiy,  aboutir  rtd'un  bout  sur  l'Ozeraye,  et  d'autre  bout  aux  terres 
frèsquelles  on  prent  le  gros  sablon;Ti  or  l'Oseraie  et  la  Saumonière  ne  se  rap- 
prochaient qu'au  delà  du  Grand-Pré-aux-Clercs.  Le  censier  de  i5io  indique 
quatre  tuileries  établies  au  Gros-Sablon;  mais  il  n'est  plus  question  d'aucune  cons- 
truction de  ce  genre  en  i593,  ni  depuis  jusqu'au  conmiencement  du  xvn*"  siècle, 
époque  où  l'on  en  rétablit  une  de  quelque  importance. 

Le  terrain  de  l'encoignure  occidentale  du  quai  et  de  la  rue  des  Saint-Pères 
était  encore  en  culture  au  moment  où  il  fut  enclavé  dans  le  parc  de  la  Reine- 
Marguerite.  Après  le  morcellement  de  cet  hôtel,  on  fit  là  un  lot  d'environ  un  ar- 
pent dix-sept  perches,  lot  que  l'abbé  de  Saint-Germain  bailla,  le  i5  mars  161 3, 
à  Sasbout  de  Varie,  propriétaire  de  la  tuilerie  voisine,  et  qui  est  représenté  au- 

'''  Arch.  nal.,  fonds  des  Théaliiis,  cart.  S  4356.  autre  noie  fait  savoir  qu'à  l'ëpoque  de  la  Révolu- 

'*'  Ibid.    cart.    S    2836.    Une   note    ancienne,  tion    on  appliqua   le  titre  aux   propriétaires  des 

écrite  au  revers  de  la  pièce,  apprend  que  le  terrain  maisons  du  quai,  entre  les  mes  de  Seine  et  des 

fut  abandonné  par  le  preneur  à  cause  des  inonda-  Petits-Augustins;  mais  eu  fut  indubitablement  le 

(ions  et  des  défenses,  faites  par  le  roi ,  de  bâtir  aux  résultat  d'une  orrem-,  et  nous  en  donnerions  toutes 

faubourgs;  puis,  que  la  pièce  fut  ensuite  baillée  les  preuves  si  le  fait  devait  donner  lieu  à  une  dis- 

par  le  cardinal  de  Tournon  à  Jean  Moireau.  Une  cussion. 


QUAI  MALAQUAIS  ET  EMPLACEMENT  DU  QUAI  VOLTAIRE.         199 

jourd'hui  par  la  partie  orientale  de  l'ilot  compris  entre  la  rue  de  Bourbon  et  le 
quai  Voltaire.  Vers  1628,  le  même  emplacement  était  divisé  en  trois  propriétés  : 
la  première,  celle  du  coin,  consistait  en  une  maison  avec  jardin,  de  quatorze 
toises  deux  pieds  de  largeur,  laquelle  s'appelait  rhôtelde  Tessé,  au  siècle  dernier; 
la  deuxième  propriété  était  large  de  dix  toises  deux  pieds.  Avec  la  troisième,  qui 
avait  une  largeur  de  cinq  loises  quatre  pieds,  elle  formait  une  grande  maison 
qui  appartenait  à  Louis  Le  Barbier,  et  qui,  après  avoir  été  possédée  par  le  prési- 
dent Perrot,  est  devenue  l'hôtel  de  LabrifFe.  Immédiatement  après  se  trouvait  : 

La  Tuilerie  aux  Flamands.  C'était  d'abord  un  clos  avec  masure  contenant 
cent  cinquante  et  une  perches,  que,  le  i5  septembre  1  595,ElégantineduCoudray, 
héritière  de  son  père  Fiérabras  du  Coudray,  vendit  à  Hiérôme  Franco,  peintre, 
et  que  celui-ci,  le  3i  décembre  iSgg,  céda  à  Sasbout  de  Varie,  gentilhomme 
flamand.  De  Varie,  dans  les  premiers  mois  de  l'année  suivante,  s'étant  fait 
donner  des  alignements  par  le  bailli  de  Saint-Germain,  bâtit  là  une  maison  et 
une  tuilerie  qui  devint  connue  sous  le  nom  de  Tuilerie  aux  Flamands  ou  Tuilerie 
flamande.  Klle  est  figurée,  sur  un  ancien  plan,  comme  présentant  une  largeur  de 
einquante-six  toises  sur  le  quai,  et  une  profondeur  déterminée  par  une  ligne 
parallèle  à  la  rue  de  Bourbon,  à  cinq  toises  trois  pieds  de  cette  rue,  du  côté  de 
la  rivière;  mais  il  semble  qu'elle  avait  alors  été  agrandie,  vers  le  couchant,  d'une 
zone  d'environ  sept  toises  et  demie  de  largeur,  provenant  d'un  lot  de  trente-trois 
toises  de  façade  sur  le  quai.  Ce  lot  avait  été  assigné  au  nommé  Briois,  dans  le 
partage  que  firent  entre  eux  les  acquéreurs  du  pare  de  la  Reine-Marguerite,  et  il 
n'avait  plus  que  vingt-six  toises  trois  pieds  de  largeur,  à  l'époque  où  le  plan  dont 
nous  parlons  fut  exécuté''*.  La  moitié,  par  indivis,  de  la  Tuilerie  flamande  et 
d'une  brasserie  qu'on  y  avait  établie,  fut  aliénée  par  de  Varie,  le  2  1  février  i6i3, 
au  profit  de  Pierre  de  Vliet.  Ce  dernier  étant  mort  en  i636,  le  28  février  i635 
ses  enfants  firent  procéder  au  partage  de  la  tuilerie  entre  eux  et  de  Varie,  qui  en 
garda  la  partie  orientale,  laquelle  fut  confisquée  le  25  juin  i638,  puis  rendue 
aux  enfants  du  sieur  de  Varie  en  1666,  à  la  suite  d'événements  inutiles  à  rap- 
porter. 

Sur  l'emplacement  de  la  Tuilerie  aux  Flamands  on  construisit  plus  tard  les 
hôtels  de  Choiseul  et  de  Baufremont,  ainsi  que  l'église  des  Théatins.  Ce  dernier 
édifice  fut  élevé  sur  un  terrain  large  de  vingt-deux  toises  trois  pieds  neuf  pouces 
et  d'une  superficie  de  six  cent  cinquante  et  une  toises  trois  quarts,  acquis,  le 
'.».  juin  ifiGi  ,  de  la  veuve  de  Jérôme  Tixier,  fille  de  Pierre  de  Vliet '^l  Le  reste 
(lu  couvent  des  Théatins  couviit  le  lot  de  Briois,  lequel  se  terminait  à  environ 
dix  toises  avant  la  rue  de  Beaune  et  échut  par  déshérence  au  roi,  qui  en  fit  don 

"'  H  existe  une  copie  de  ce  plan,  faite  en  t663,  SaSôy,  aux  Arch.  nal.  —  <''  Arch.  nat.,  fonds  des 
dans  le  carton  de  Saint-Germain-des-Prés,  cotd        Théatins, cart.  S  4356. 


•200  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

à  la  ducliesse  de  Guise.  Le  quai  Voltaire,  auparavant  quai  des  Théatins,  n'était 
indiqué  par  aucun  nom  particulier  avant  que  ces  religieux  y  vinssent  demeurer; 
ou,  du  moins,  on  le  confondait  avec  le  quai  Malaquais  et  celui  de  la  Grenouillère. 
(Voir,  pour  la  suite  des  quais,  Terres  en  culture,  i"  triage,  s'  volume  de  la  région). 

G'est  probablement  dans  le  canton  de  la  Saumonière  qu'était  placé  ce  marché 
aux  chevaux,  voisin  du  Pré-aux-Clers,  qui  remplaça  celui  du  Pré-Crotté.  On  lit 
dans  un  arrêt  de  i5i8  :  aLesdicts  religieux  (de  l'abbaye)  ont  baillé,  près  les- 
ft  dicts  prez  des  escholiers ,  un  certain  lieu  auquel  la  foire  Saint  Germain  est ,  oij 
trl'on  vend  les  chevaux  que  l'on  vouloit  vendre  en  un  autre  lieu,  près  de  la  foire, 
tr lequel  autre  lieu  ils  ont  baillé  pour  bastir.  .  .  Et,  sous  ombre  que  le  lieu  nou- 
er veau  qu'ils  ont  baillé,  auquel  de  présent  l'on  vend  lesdicts  clievaux,  est  près 
crlesdicts  Prez  aux  Clercs,  les  maquignons  et  autres  vont  pour  mener  leurs  che- 
ff  vaux  dedans  iceux  prez ,  les  gastant  et  corrompant,  n 


RUE   DES   MARAIS 

(OU  VISCONTI). 

La  rue  des  Marais,  qui  porte  depuis  peu  le  nom  de  l'architecte  Visconti,  com- 
mence à  la  rue  de  Seine  et  finit  à  celle  des  Petits-Augustins  (Bonaparte). 

Elle  fut  ouverte,  pour  la  plus  grande  partie,  sur  le  Petit-Pré-aux-Clercs, 
lorsque  Pierre  Le  Clerc  bailla  à  divers  particuliers  le  terrain  de  ce  pré,  divisé  en 
parcelles.  Or,  les  premiers  baux  ayant  été  passés  à  la  fin  de  i563,  il  est  invrai- 
semblable que  la  rue  ait  existé  avant  cette  époque.  Toutefois,  dans  un  acte  du 
h  octobre  i  563,  le  plus  ancien  où  nous  en  ayons  rencontré  une  mention,  elle  est 
indiquée  par  la  formule  assez  étrange  de  «une  rue  que  ledict  bailleur  (P.  Le 
ff  Clerc)  a  laissée  dudicl  Petit  Pré  aux  Clercs,  pour  continuer  depuis  la  nie  des 
r Maratz  jusques  a  une  grant  rue  tendant  du  coing  des  fossés  de  l'Abbaye^  (la  rue 
des  Pelils-Augustins).  On  doit  en  conclure  que  l'extrémité  orientale  de  la  rue  des 
Marais,  connue  sous  ce  vocable  et  d'ailleurs  ne  relevant  point  du  fief  de  l'Univer- 
sité, était  déjà  livrée  à  la  circulation  depuis  quelque  temps. 

Dans  un  acte  de  i5ûZi,  la  voie  est  énoncée  «rue  laissée.  .  .  dudict  Petit  Pré, 
«pour  aller  à  la  rivière  de  Seyne,Ti  et,  dans  un  autre  de  i5i6,  r  ruelle  appellée 
tria  rue  des  Maraiz. •«  Jaillot  assure  que,  les  environs  étant  couverts  de  ces  jardins 
potagers  dits  marais,  on  en  donna  le  nom  à  la  rue;  mais  il  se  trompe,  car  le  Petil- 
Pré-aux-Clercs  était  en  friche  et  même  impropre  à  la  culture.  Effectivement,  en 
iSSg,  P.  Le  Clerc  fit  observer  qu'il  trne  sçauroit.  .  .  aulcunement  bastir  sur 


RUE  DES  MARAIS,  OU  VISCONTI.  201 

frladicte  pièce  de  terre,  appellée  le  Petit  Pré  aux  Clercs,  sans  premièrement  avoir 
ff  faict  haulser  l'aire  d'icelle,  parce  qu'elle  estoit  plus  basse  que  les  aultres  terres; 
irau  moyen  de  quoy,  elle  estoit  inondée  bien  souvent.  Et  encores  à  présent, 
trajoute-t-il,  les  eaues  qui  y  sont  entrées  par  l'hiver  ne  sont  retirées,  n  Celte  cir- 
constance a  conduit  Du  Boulay  à  affirmer  que  le  nom  de  la  rue  des  Marais  pro- 
vient certainement  des  marécages  du  Petit-Pré  ''). 

Sans  rejeter  absolument  cette  hypothèse,  nous  la  regardons  comme  très-dou- 
teuse, et  cela  pour  plusieurs  raisons.  On  peut  objecter,  d'abord,  que  des  flaques 
d'eau  disséminées  sur  un  espace  de  deux  à  trois  arpents,  et  n'ayant  qu'une  durée 
accidentelle,  constituent  des  bourbiers,  mais  non  pas  des  marais;  on  peut  ajouter 
ensuite  qu'il  n'est  question  nulle  part  de  marais  au  Petit-Pré,  ou  dans  les  ter- 
rains environnants,  lesquels  n'étaient  guère  moins  exposés  aux  inondations  que  le 
Petit-Pré  lui-même;  enfin  il  est  un  fait  qui  suggère,  touchant  l'appellation  de  la 
rue,  une  explication  au  moins  aussi  spécieuse  que  celle  de  Du  Boulay.  Le  voici  : 
En  1629,  on  certain  c Nicolas  Maretz  (alias  Marays),  pouHalier,  ti  possédait  une 
pièce  de  terre '^'  s'étendant  entre  le  pré  et  la  rivière,  et,  vers  lôiy,  le  même 
individu  avait,  rue  de  Seine,  une  maison  attenante  presque  à  la  rue  des  Marais. 
11  se  pourrait  donc  que  cette  rue  fdit  redevable  de  son  nom  à  l'un  des  anciens 
j)ro|)riétaires  du  voisinage,  ce  qui  ferait  immédiatement  comprendre  pourquoi  ce 
nom  est  écrit  en  un  seul  mot  ((rDesmaretzTi)  dans  le  censier  de  15/17  ^^  autres 
documents  contemporains  '''.  n 

La  rue  des  Marais  comptait  beaucoup  de  huguenots  parmi  ses  habitants,  et 
d'Aubigiié  rapporte  qu'on  l'appelait  à  cause  de  cela  trie  Petit  Genève '*l» 


'•'  Hùl.  Universit.  p.  68. 

'*'  Il  s'y  trouvait,  en  i532,  ndeiix  petits  ca- 
ir veaux  façon  de  voûte.» 

'''  M.  Ed.  Fournier,  dans  les  notes  qu'il  a  ajou- 
tas à  sa  réimpression  du  mémoire  de  Pourchot, 
dit  (p.  ia.5)  que  La  Tynna  attribue  le  nom  de  la 
rue  (taux  marais  qui  rinfectaieut,-!  et  il  déclare 
(|ue  cette  hypothèse  est  meilleure  que  la  nôtre, 
parce  ([uelle  se  trouve  corroborée  par  l'opinion  de 
Du  Boulay.  Nous  ferons  remarquer  que  nous  n'af- 
lii'mons  rien  à  ce  sujet,  que  nous  nous  bornons  à 
|)résenter  des  objections  et  h  indiquer  des  appa- 
rences ,  après  avoir  mis  sous  les  yeux  du  lecteur  le 
seul  document  dont  se  soit  appuyé  Du  Boulay. 
Aussi   bien  M.  Fournier  se  mé])rend  en  donnant 


la  supposition  de  Du  Boulay  comme  reproduite  par 
La  Tynna,  attendu  que  ce  compilateur,  dénué  au 
surplus  de  toute  autorité,  ne  détermine  aucune- 
ment la  nature  des  marais  dont  U  parle,  et  qu'il  a 
simplement,  suivant  son  habitude,  résumé  l'ar- 
ticle de  Jaillot. 

'•'  irLa  rue  des  Maraiz,  que  nous  autres  appe- 
lions le  Petit  Genève."  (Les  avenlures  du  baron  de 
Fœneste,  p.  161,  édit.  Mérimée.)  La  même  quali- 
fication avait  été  appliquée  par  les  protestants  à 
l'ensemble  du  faubourg-  Saint-Germain,  où  ils  trou- 
vaient sans  doute  plus  de  liberté  pour  l'exercice  de 
leur  culte  :  tron  l'estimoit  une  petite  Genève,  comme 
ffils  en  parloyent  enlr'eux ,  1  est-il  dit  dans  VHisloirc 
de  l'Estat  de  France,  publiée  en  iSyô. 


96 


202  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

CÔTÉ  MÉRIDIONAL. 

PAROISSE  SAINT-SULPIGE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE  SAINT-GERMAIN. 

Maison  sans  désignation  (16^7),  contiguë  à  la  maison  faisant  le  coin  méri- 
dional de  la  rue  de  Seine.  Elle  appartenait,  vers  i55o,  aux  héritiers  de  Pliilippot 
Bouchier,  maître  brodem%  ainsi  que  plusieurs  autres  propriétaires  du  quartier. 

Deux  maisons  sans  désignation,  qui,  en  1567,  appartenaient  au  maître  brodeur 
Honoré  Georges. 

Deux  maisons  sans  désignation,  qui,  en  15/17,  appartenaient  au  mercier  Gérard 
Davisson.  Elles  lui  avaient  été  vendues,  la  première,  qui  était  large  de  trois 
toises  et  profonde  de  douze,  par  Gilles  de  Laval;  la  seconde,  qui  avait  cinq  toises 
de  largeur  sur  vingt-«ix  de  profondeur,  par  Jean  Champont.  La  moitié  de  la  pro- 
fondeur de  cette  dernière  maison  a  été  supprimée  depuis. 

Maison  sans  désignation,  qui  est  mentionnée  en  15/17,  ^^  paraît  n'avoir  point 
encore  été  bâtie  en  i5/i3.  Elle  était  partiellement  en  la  censive  de  ILlniveisité, 
et,  de  même  que  la  suivante,  elle  a  subi  un  retranchement  dans  sa  partie  posté- 
rieure. Peut-être  était-elle  d'abord  beaucoup  plus  étroite. 

CENSIVE  DE  L'UNIVERSITÉ. 

PETIT-PRÉ-ADX-CLERCS. 

Maison  sans  désignation  en  15/17,  puis  ^^  ^'^  Corne-de-Cerf  (1687). 

Maison  sans  désignation  (1595),  bâtie  sur  une  partie  du  terrain  retenu  par 
Pierre  Le  Clerc  en  i552.  Au  xvii'^  siècle,  divisée  en  deux,  elle  était  distincte  de 
la  maison  à  laquelle  elle  aboutissait  et  avec  laquelle  elle  est  actuellement  con- 
fondue. Elle  fut  donnée,  le  16  février  i636,  par  D'="'^  Françoise  Bouille,  veuve 
de  François  Fontaine,  aux  dames  de  la  Visitation  de  la  rue  Saint-Antoine. 

Partie  postérieure  d'une  maison  de  la  rue  du  Colombier.  Elle  en  était  séparée 
vers  le  milieu  du  xvii*  siècle,  et  s'appelait  au  xviii''  l'Iiôlel  de  Rannes,  ayant  été 
acquise,  en  1718  et  171/1,  par  Louis  d'Argouges,  marquis  de  Rannes,  maréchal 
de  camp. 

Partie  postérieure  de  la  maison  de  Christophe  Lemercier,  ayant  sa  principale 
façade  rue  du  Colombier. 

Partie  postérieure  de  la  maison  de  Baptiste  du  Cerceau,  faisant  le  coin  de  la 
rue  des  Petils-Augustins. 


RUE  DES  MARAIS,  OU  VISCONTI.  203 

CÔTÉ    SEPTENTRIONAL. 

PAROISSE   SAINT-SULPICE. 

JUSTICE  DE  L'ABBAYE  SAINT-GERMAIN. 

CENSIVE  DE  L'UNIVERSITÉ. 

Grande  maison  sans  désignation,  faisant  le  coin  septentrional  de  la  rue  des 
Petits-Augustins  et  s'étendant  en  la  rue  des  Marais,  sur  une  longueur  d'environ 
cinquante-trois  toises.  Elle  occupait  l'emplacement  de  deux  pièces  de  terre,  l'une 
contenant  trente-neuf  toises,  qui  fut  baillée,  le  9  octobre  i5i3,  à  Nicolas  de  la 
Marre,  et  l'autre,  qui  l'avait  été  cinq  jours  auparavant,  à  Martin  Frété,  greffier 
criminel  au  Parlement;  celle-ci  faisait  le  coin.  Pourchot  dit  que  la  maison  élevée 
sur  ce  terrain  fut  bcUie  par  Thomas  de  Burgensis,  acquéreur  des  deux  parcelles; 
mais  il  est  à  croire  que  Frété  avait  déjà  construit  sur  son  terrain ,  car  Régnier 
de  la  Planche  ''*  raconte  qu'en  1  669  cet  individu,  exerçant  avec  beaucoup  de  zèle 
le  métier  de  délateur,  fit  un  jour  cacher  chez  lui  une  cinquantaine  de  sergents 
destinés  à  assaillir  certaine  maison  huguenote  du  voisinajre '-'.  D'un  autre  côté, 
le  censier  de  1 567-68  indique  qu'il  y  avait  un  commencement  de  maison  dans 
le  jardin  de  Nicolas  de  la  Marre.  Suivant  Pourchot,  la  maison  de  Burgensis  avait 
deux  corps  de  logis  en  ailes,  avec  cour  au  milieu  et  jardin  derrière.  Jeanne,  fille 
de  Burgensis,  en  ayant  hérité,  la  donna,  le  5  septembre  1676,3  Hiérôme  de  Ber- 
zeau,  sieur  de  la  Marcillière,  qui  la  vendit,  le  9  juillet  i583,  à  Jean  Robineau, 
sieur  de  Croissy-sur-Seine;  puis  celui-ci  la  céda,  le  11  janvier  1602,  à  Claude 
Lebrct,  et  c'est  de  ce  dernier  que,  le  28  mars  1607,  elle  fut  achetée  par  Nicolas 
Le  Vauqnelin,  seigneur  des  Yveteaux  et  de  Sacy,  conseiller  d'Etat.  Cependant  des 
Yveteaux  dit  lui-même'*'  qu'il  avait  acheté  la  maison  17,000  livres  huit  ans  avant 
la  mort  de  son  père,  c'est-à-dire  en  1599. 

Quoi  qu'il  en  soit.  Des  Yveteaux,  par  le  luxe  qu'il  déploya  dans  sa  demeure, 
la  rendit  fort  célèbre,  à  ce  point  que  le  cardinal  de  Richelieu  manifesta  la  pensée 
de  l'acquérir.  Il  en  dépendait  un  vaste  et  très-beau  jardin,  situé  de  l'autre  côté 

''1  Hùlotre  de  l'Eslal  de  France sous  le  Chambre  des  comptes.  Nous  savons  que  l'habitation 

règne  de  François  II ,  t.  I,  p.  78;  passage  cite  par  de  ce  dernier  aboutissait  au  Petit-Pré-aux-Ciercs 

M.  Ed.  Fonrnior  dans  les  notes  ajoutées  au  mé-  et  faisait  front  sur  la  rue  de  Seine,  ou  sur  la  rue 

moire  de  Pourchot.  de  l'Ecliaudé. 

<*'  Cétait  celle  du  nommé  I.e  Visconte,  dont  les  '''  Factum  analysé  par  M.  J.  Pichon,  dans  ses 

titres  ne  nous  ont  fourni  aucune  indication.  Mais  Notices  biographiques  et  litléraires  sur  la  vie  et  les 

peut-être  y  a-t-il  lii  une  erreur,  et  s'agit-il  de  la  ouvrages  de  Jean  Vuuqueliude  la  Fresnaye  et  Mcolas 

maison    de  Philippe    Le  Comte,   procureur  ii   la  Vauquelin  des  Yveteaux ,  i846,]). /io. 

36. 


204 


TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 


de  la  rue  des  Petils-Augustins.  On  y  accédait  par  une  galerie  souterraine,  ijui 
fut  bouchée  en  i658  W. 


-XXX- 


i:XiJJ-XXXJZL- 


Coupe     lonoritudinalt- 


Coupe,     trouisvcrsalt 


iiii.iiiil 


r^ 


H  10  M . 


La  maison  de  Des  Yveteaux  fut  donnée  par  lui  à  son  neveu  î^icolas  Le  Vau- 
quelin,  le  18  octobre  i64i,  et  celui-ci  l'abandonna  par  échange,  le  3o  décembre 
i658,  à  Jacques  Lemaçon,  seigneur  de  la  Fontaine,  par  lequel  elle  fut  morcelée 
en  trois  parties,  dont  on  a  fait  depuis  sept  propriétés  dill'érentes. 


CENSIVE  DE  L'ABBAYE  SAINT-GERMAIN. 


Deux  maisons  sans  désignation  (iBgS);  en  1  5^7,  le  terrain  était  occupé  par  des 
jardins. 

Maison  sans  désignation  (15/17).  Cette  maison  et  les  deux  précédentes  furent 
achetées,  en  1660,  ifi/ia  et  iG/i4,  par  le  duc  de  Liancourt,  qui  les  annexa  à 
son  hôtel.  Toutefois,  en  1687,  deux  maisons  seulement  de  la  rue  des  Marais  sont 
déclarées  dépendre  de  l'hôtel  de  la  Rochefoucauld,  soit  parce  que  la  troisième 

'''  Cette  galerie,  dont  nous  donnons  le  plan  et        coupée,  en  187/1,  pourle  passage  d'unégout,elre- 
la  coupe  d'après  les  relevés  de  M.  Th.  Vacquer,  a  été        connue  par  le  Service  historique  de  la  Ville. —  1..  m.  t. 


RUE  SAINTE-MARGUERITE,  OU  GOZLIN.  205 

fut  aliénée,  soit  parce  qu  elle  fui  confondue  avec  une  autre.  Vers  la  même  époque, 
la  maison  servant  d'issue  à  l'Iiôtel  de  la  Rochefoucauld  était  déjà  séparée  de  la 
suivante  par  une  allée  conduisant  en  la  maison  du  Point-du-Jour,  rue  de  Seine. 

Maison  sans  désignation.  C'était  peut-être  la  troisième  de  celles  qu'acheta  le 
duc  de  Liancourt;  ce  qu'il  y  a  de  certain  c'est  qu'elle  était  comprise  dans  la  sui- 
vante avant  le  xvn*  siècle. 

Maison  sans  désignation,  que  paraît  avoir  habitée ,  vers  i  bk'j,  un  artiste  Hlustre, 
le  peintre  Jean  Cousin.  Voici,  en  effet,  comment  est  conçu  l'article  du  censier  de 
1 567-1 5/i8  qui  s'y  rapporte  :  trDe  maistre  Jehan  Cousin ,  painctre,  pour  sa  maison 
(T et  jardin,  assise  en  ladicte  rue  Desmaretz,  contenant.  .  .  tenant  d'une  part  à 
f  Loys  Vachot,  et  d'aultre  part  à  ladicte  rue  Desmaretz.  n  Cet  article  est  d'ailleurs 
confirmé  par  celui  du  censier  de  iSgô,  où  on  lit  :  crDe  Claude  Alexandre  et  sa 
tf  femme,  ayant  les  droiclz  des  héritiers,  hoirs  ou  ayant  cause  de  feu  maistre 
<T Jehan  Cousin,  pour  une  maison  et  appartenances  assise  en  ladicte  rue  Desma- 
ffretz;  tenant  d'une  part  aux  hoirs  feu  M.  le  président  de  la  Porte,  d'aultre  part 
(ta  une  maison  faisant  le  coing  de  ladicte  rue  Desmaretz,  et  d'autre  bout  par  der- 
crière  à.  .  .  qui  doibt  de  cens,  chacun  an,  ledict  jour  Saint  Réiny,  un'  ii""  p.'''^ 


RLE    SAINTE-MARGUERITE 
(OU    GOZLIIN). 

La  rue  Sainte-Marguerite,  aujourd'hui  dénommée  rue  Gozlin,  commence  au 
lieu  où  se  réunissent  les  rues  de  Bussy,  des  Boucheries,  de  l'Ecole-de-Médeciiie 
et  du  Four.  A  son  extrémité  occidentale,  qui  touchait  à  l'ancienne  rue  de  l'Egout, 
elle  a  été  raccourcie,  d'abord  par  le  prolongement  de  la  rue  Bonaparte,  puis  par 
l'ouverture  de  la  rue  de  Rennes. 

Nous  reclineions,  à  l'article  de  la  rue  Taranne,  l'erreur  dans  laquelle  sont 
tombés  Sauvai  et  Jaillot,  en  identifiant  la  rue  aMadame  de  Valences  avec  la  rue 
Sainte-Marguerite;  mais,  à  propos  de  cette  dernière  voie,  des  méprises  bien  plus 
importantes  ont  été  commises  et  doivent  être  relevées.  En  effet,  suivant  Jaillot  et 
tous  les  écrivains  postérieurs,  la  rue  Sainte-Marguerite  ne  daterait  que  de  i()3G, 
et  occuperait  l'emplacement  même  du  fossé  de  l'abbaye,  creusé  en  i368.  Or 
ces  deux  affirmations  sont  erronées;  car,  si  le  comblement  du  fossé,  en  i636,  a 
permis  de  bâtir  des  maisons  sur  le  côté  septentrional  de  la  rue,  il  n'en  est  pas 
moins  vrai  que  la  voie  existait  antérieurement,  bordée  de  constructions  du  côté 

''  Arch.  nat.,  reg.  L[>  iiaS,  fol.  .329  v°,  et  reg.  S  3o58,  fol.  12 4  v°.  —  La  superficie  de  la  maison  est 
restée  en  blanc  dans  le  censier  de  1.167. 


■20Û  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

méridional  seulement,  et  cela  dès  l'origine  des  fossés,  absolument  comme  les 
rues  de  l'Écliaudé  et  du  Colombier,  dont  la  situation  était  analogue.  Il  y  a  plus  : 
nous  sommes  sûr  que  la  rue  dont  il  s'agit,  placée  sous  le  vocable  de  Sainte-Mar- 
guerite à  partir  de  1625,  n'a  subi  alors  aucun  changement  dans  sa  direction.  11 
en  existe  deux  preuves  certaines  :  d'une  part,  les  maisons  bâties  sur  le  côté  sep- 
tentrional et  profondes  de  dix  toises,  ainsi  que  les  maisons  correspondantes  de  la 
rue  du  Colombier,  ont  pareillement  leurs  façades  élevées  sur  le  mur  de  la  con- 
trescarpe, laquelle  était  parallèle  à  l'enceinte  de  l'abbaye;  d'autre  part,  en  16/10 
encore,  lorsqu'on  donnait  les  alignements  d'une  maison  faisant  le  coin  de  la  rue 
des  Ciseaux,  on  déclarait  s'en  tenir  aux  a  anciens  vestiges.  •«  Cette  dernière  cir- 
constance explique  l'irrégularité  d'alignement  de  ce  côté  de  la  rue,  qu'on  n'a 
jamais  cherché  à  redresser  avant  notre  époque. 

Depuis  l'établissement  des  fossés,  la  rue  Sainte-Marguerite  a  été  énoncée  dans 
les  titres  rr chemin  qui  est  sur  les  fossezn  (1898),  cruelle  desFossez-D  (i/i53), 
ff chemin  des  Fossezn  (i53o)  et  rue  des  Fossés-de-F Abbaye  (1628);  mais  bien 
plus  souvent  on  ne  la  désignait  que  par  la  formule  ttsur  les  fossés,  ii  Avant 
l'établissement  des  fossés,  la  rue  Sainte-Marguerite  proprement  dite  n'existait  pas; 
mais  il  y  avait  là  une  voie,  un  peu  plus  distante  de  la  rue  du  Four,  longeant  les 
murs  de  l'abbaye,  et  reliant,  sans  décrochement,  la  rue  des  Boucheries  à  la  rue 
Taranne.  L'ancien  carrefour  Saint-Benoît  et  l'ancienne  place  Sainte-Marguerite 
provenaient  de  cette  voie  primitive,  qu'on  n'a  point  encore  signalée,  et  dont  on 
a  peine  à  découvrir  quelques  mentions  dans  les  archives  de  Saint-Gern)ain-des- 
Prés. 

Un  manoir  qui  y  était  situé  et  qui  fut  vendu,  le  jour  de  l'Ascension  i336,  par 
Jean-Robert  de  Verdelles  au  chevalier  Henri  de  Courpalay,  est  simplement  dé- 
claré ff  devant  les  murs  de  l'Abbaye; n  mais  un  document  de  i4oG,  dans  lequel 
on  lit  ff  maison.  .  .  rue  du  Four.  .  .  aboutissant  aux  terres  des  fossés  où  souloyt 
ff  avoir  une  ruelle  appellée  rue  Neufve,n  nous  apprend  que  tel  était  le  nom  porté 
alors  par  la  rue  dont  nous  parlons.  Elle  est  également  appelée  ffrue  Neuves 
dans  le  censier  de  i355,  antérieur  de  treize  ans  au  creusement  des  fossés.  On 
la  voit  dénommée,  en  outre,  arue  du  Perron, -o  dans  le  rôle  de  la  taille  de  1292, 
où  il  est  impossible  de  douter  de  son  identité,  et  ffrue  delez  les  murs  de  l'Abaïe,-; 
dans  le  rôle  de  la  taille  de  1  996. 

Le  perron  auquel  il  est  fait  allusion  dans  le  rôle  de  1292  était  peut-être 
l'entrée  de  l'abbaye,  voisine  de  la  place  Sainte-Marguerite.  11  est  question  de  la 
maison  du  Perron  en  1270,  ainsi  qu'en  i355,  et,  d'après  une  charte  de  1272, 
une  maison  placée  auprès  formait  l'encoignure  :  domus  juxla  Penonem,  quefactt 
cuneum.  Quant  à  la  place  Sainte-Marguerite,  elle  était  appelée  jadis,  non  point 
place,  mais  ff  chemin  par  où  l'on  va  au  pont  de  l'Abbaye  a  (1898);  s  chemin  du 


RUE  SAINTE-MARGUERITE,  OU  GOZLIN.  207 

(f pont  de  l'Abbayen  (iSgS);  aruo  devant  l'entrée  de  l'Abbayen  (i  67/1);  «rue  du 
(rpont  de  l'Abbaye T^  (iBaS),  et  «•  chemin  par  lequel  l'on  va  à  l'Abbaye t)  (i53o). 

Les  maisons  des  environs  ont  souvent  été  dites  aussi  cf  devant  le  Pilory,'»  à 
cause  du  pilori  qui  fut  érigé  au  carrefour  et  que  représente  le  plan  de  i5û8.  Il 
consistait  en  une  lanterne,  coiffée  d'un  toit  conique  et  exhaussée  sur  un  soubas- 
sement. Comme  sa  situation  le  rendait  gênant,  afin  de  le  reculer  on  le  démolit 
peu  après  i636,  et  ([uelques  années  plus  tard  on  renonça  à  le  rebâtir.  Il  avait 
été  érigé  en  vertu  de  l'autorisation  que  Philippe  le  Hardi  accorda  aux  moines  de 
l'abbaye,  au  mois  d'août  1276,  d'avoir  des  piloris  et  des  fourches  patibulaires 
dans  les  fiefs  oii  ils  posséderaient  le  droit  de  haute  justice.  Il  est  parlé,  dans  une 
sentence  de  i653,  des  masures  situées  devant  le  pilori,  et  de  celles  de  Bello  Visu, 
assises  au  dit  lieu. 

En  i568,  à  l'entrée  de  la  rue  Sainte-Marguerite  étaient  placées  des  barrières 
situées  à  quarante-huit  toises  de  la  rue  des  Ciseaux. 

CÔTIÎ  MÉRIDIONAL. 

PAROISSE  SAINT-SIILPICE. 

JUSTICE 

ET  CE\S1VE  DE  L'ABBAYE. 

Partie  postérieure  de  la  maison  du  Chapeal-Rouge,  faisant  le  coin  de  la  rue  du      Emreiesrues 

r,  ,  .  •       •        1  .     ^       1  IL  '^^^  Boucliei'ies 

rour  et  ayant  sa  principale  entrée  dans  cette  rue.  et  des  ciseaux. 

Partie  postérieure  de  la  maison  de  la  Forêt-en-Casin,  située  rue  du  Four. 

Grange  et  jardin  (iSg^)  aboutissant  à  la  maison  du  Coq-en-Casin,  et,  plus 
lard,  partie  postérieure  de  la  maison  de  la  Pomme-d'Orange  (1628).  Une  des 
maisons  bAties  sur  cet  emplacement  avait  pour  enseigne  la  Bastille  en  1698. 

Maison  sans  désignation  (iBgS). 

Malson  sans  désignation  en  iSgS,  puis  de  l'Étoile  (i633),  faisant  le  coin 
oriental  de  la  rue  des  Ciseaux.  En  i633,  elle  renfermait  cinq  jeux  de  boules,  et 
fut  rebâtie  en  16A0.  Cette  maison  et  toutes  les  précédentes  faisaient  ancienne- 
ment partie  de  la  grande  maison  de  Casin. 

Jardin  déi)eiidant  de  la  maison  des  Ciseaux  (1  653)  et  faisait  le  coin  occidental  Kutie 

1  ^  '  les  Mies  (les  (..iseaux 

(le  la  rue  de  ce  nom.  En  ib^b,  il  était  réuni  au  suivant,  et.  au  commencement      ctderKi;our. 
(lu  XVII*  siècle,  il  fut  remplacé  par  une  maison  à  laquelle  pendait  pour  ('iis(Mgn(" 
l'Itïuige-Sainte-Mai-guerite. 

Jardin  (i653-i53i)  contigu  à  la  maison  faisant  le  coin  oriental  de  la  rue  do 


208  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

i'Égout.  Sur  l'emplacement  de  ce  jardin  et  du  précédent  étaient  déjà  Lâties,  en 
1628,  quatre  maisons,  dont  la  deuxième  a  été  ensuite  divisée  en  trois;  la  dernière 
a  eu  pour  enseigne  le  Nom-de-Jésus  (1628). 

CÔTÉ   SEPTENTRIONAL. 

Les  maisons  du  côté  septentrional  de  la  rue  Sainte-Marguerite  ont  été  cons- 
truites sur  l'emplacement  du  fossé  de  l'abbaye.  La  propriété  de  ce  fossé  fut  cédée, 
le  1"  juillet  i635,parles  moines  de  Saint-Germain  à  leur  abbé.  Le  1 '''■  septembre 
suivant,  celui-ci  vendit  le  terrain  à  Christophe  Gamard,  maître  juré  du  roi  en 
l'office  de  maçonnerie'*',  à  charge  d'y  bâtir  des  maisons  qui  commenceraient  à  six 
toises  du  pont  de  pierre  jeté  sur  l'égout  passant  au  carrefour  Saint-Benoît,  et 
seraient  séparées  de  celles  auxquelles  elles  devaient  faire  face  par  un  espace  de 
quatre  toises.  (Voir  Rue  de  I'Égout.)  Parmi  les  autres  conditions  stipulées  dans  la 
transaction  du  1"  juillet  et  également  imposées  à  Gamard,  fut  comprise  l'obliga- 
tion de  transporter  en  face  de  la  rue  des  Ciseaux  l'entrée  de  l'abbaye,  alors  voi- 
sine du  Pilori  :  on  ne  voulait  plus  que  cette  entrée  touchât  à  la  geôle. 


RUE  MAZARINE 

ET    PETITE    RUE   DE   NESLE. 

La  rue  Mazarine  commence  au  carrefour  de  Bussy  et  finit  maintenant  à  la  rue 
de  Seine,  en  faisant  un  coude;  elle  débouchait  sur  le  quai  Malaquais  avant  la 
construction  du  collège  des  Quatre-Nations. 

L'îlot  compris  entre  la  rue  Mazarine  et  la  rue  de  Seine  était  encore  tout  en 
culture  vers  iSag  '■^',  et  se  composait  alors  de  deux  pièces  de  terre.  La  première, 
celle  du  midi,  en  bordure  sur  la  rue  de  Bussy,  contenait  deux  arpents  el  demi 
et  fut  baillée  à  bâtir  à  plusieurs  individus,  dès  i53o.  Au  mois  de  mai  de  celte 
année,  Thomas  Blanche,  Jean  Gandin,  Denis  Du  Pont  et  Geoffroy  Gnibaut  en 


'''  Il  avait  été  ffcommiss  de  Claude  Vellefaux, 
et,  dès  le  mois  de  mai  1627,  il  lui  avait  succédé 
dans  sa  charge  de  voyer  de  l'abbaye.  C'est  Gamard 
qui  donna  le  premier  plan  de  la  reconstruction  de 
Saint-Sulpice. 

''  En  i38.5,  François  Salle,  conseiller  du  roi, 
prit  à  bail  de  l'abbaye,  pour  y  établir  une  tuilerie, 
un  arpent  de  terrain  situé  près  des  fossés  de  la 
ville,  tenant,  d'une  part,  trà  la  terre  de  Monsieur 


(tde  Barry.»  Cette  tuilerie,  qu'on  avait  laissée  à 
l'état  de  masure  dès  i3()6,  était  probablement  si- 
tuée dans  l'ilot  formé  par  les  rues  de  Seine  et  Ma- 
zarine, ainsi  que  trois  arpenis  de  vigne  que  Ma- 
lotio,  chambellan  de  Philippe -Auguste,  vendit  à 
l'abbaye,  l'an  iQoo.  Ces  trois  arpents  «ivaient  ap- 
partenu aux  Juifs  et  étaient  situés  devant  la  porte 
Saint-Germain  (de  Bussy),  près  d'un  lieu  dit  le 
Petit-Pré  (parvum  pratum). 


RUE  MAZARINE  ET  PETITE  RUE  DE  NESLE.  209 

prirent  chacun  un  quartier,  et  Philippe  Lenoir,  ainsi  que  Nicole  Prévôt,  chacun 
un  demi-quartier.  La  première  pièce  appartenait  à  l'aumônier  de  Sainl-Germain- 
des-Prés,  et  ne  fut  séparée  de  la  seconde  qu'en  i5io.  Cette  dernière  s'étendait 
jusqu'au  bord  de  l'eau,  et  contenait  cinq  arpents  un  quartier  et  vingt  perches;  elle 
fut  accensée,  le  3  niai  i5io,  à  l'enlumineur  Jean  Pichore,  duquel  elle  fut  ac- 
quise, le  19  septembre  iBig,  par  les  gouverneurs  de  l'Hôtel-Dieu,  à  l'occasion 
de  la  fondation  de  l'hôpital  voisin,  dit  le  Sanitat. 

L'abbaye,  ne  trouvant  point  son  compte  à  ce  que  le  terrain  de  Pichore  passât 
à  un  établissement  de  mainmorte,  se  pourvut  devant  le  Parlement  à  l'effet  de 
contraindre  les  Frères  de  l'Hôtel-Dieu  à  exhiber  leurs  titres  de  possession,  à  payer 
les  droits  de  lods  et  ventes  et  à  vider  leurs  mains  de  leur  nouvelle  propriété.  Un 
arrêt  rendu  le  28  septembre  i53o  et  confirmé  par  un  autre  du  20  août  i53i 
obligea  les  Frères  de  l'Hôtel-Dieu  à  aliéner,  dans  les  trois  mois,  la  pièce  qu'ils 
tenaient  de  Pichore;  ils  la  cédèrent  à  Gilles  Lemaître,  avocat  du  roi,  et  plus 
tard  premier  président  du  Parlement. 

Quelques  années  après,  Gilles  Lemaître  intenta,  à  son  tour,  un  procès  aux 
moines  de  Saint-Germain.  Il  leur  reprochait  d'avoir  élargi  à  ses  dépens  les  deux 
voies  qui  limitaient  son  lot,  et  même  d'en  avoir  vendu  une  partie  à  leur  profit. 
L'accusation  était  fondée,  car  l'abbaye,  par  transaction  du  26  septembre  i538, 
accorda  comme  indemnité  à  Lemaître  un  terrain  de  i5o  perches  carrées,  atte- 
nant au  Petit-Pré-aux-Clercs.  C'est  sans  doute  à  la  suite  de  cet  accord  que  Le- 
maître commença  à  morceler  ses  cinq  arpents  et  à  en  céder  les  lots  à  des  par- 
ticuliers, qui  y  bâtirent  rapidement.  En  iB^a,  l'îlot  entier  était  couvert  de 
constructions. 

La  rue  Mazarine  doit  son  nom  au  collège  Mazarin,  autrement  des  Quatre-Na- 
tions  (aujourd'hui  palais  de  l'Institut),  fondé  vers  i665,  et  elle  a  été  dite  alors 
rue Mazarini  (1687).  Elle  s'appelait  auparavant r«e  duFossé  (1617),  ou  des  Fossés 
de  la  Porte  de  Nesle,  «rrue  d'entre  les  portes  de  Bussy  et  de  Neslen  (1628),  ou 
simplement  rue  de  Nesle,  parce  qu'elle  longeait  le  fossé  de  la  ville  entre  les  deux 
portes,  comme  faisait  anciennement  le  chemin  qu'elle  a  remplacé  et  qu'on  ne 
désignait  que  par  la  formule  générique  de  chemin  sur  les  fossés.  Au  \\f  siècle,  la 
rue  Mazarine  était  fréquemment  dénommée  la  rue  des  Buttes  (15/47),  à  cause  de 
buttes  qui  servaient  au  tir  des  archers,  et  semblent  avoir  été  placées  sur  le  bord 
même  du  fossé,  attendu  ([u'on  lit  dans  des  titres  de  i53i  et  i554  :  «maison. . . 
(f  près  les  buttes  où  tirent  les  archers. . .  aboutissant  d'un  bout  sur  la  rue  de  Seine, 
(ret  d'autre  sur  les  fessez  de  la  vdle,  le  chemin  et  les  buttes  entre  deux;Ti 
rr maison...  sur  les  fossez,  devant  la  butte  des  archers. :i  Ces  buttes  provenaient, 
suivant  Jaillot,  des  décombres  amoncelés  de  tuileries  voisines.  Il  en  est  question 
déjà  en  1023,  et  même  encore  en  i58o;  mais  nous  ne  savons  quand  elles  furent 

III.  a? 


210  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

rasées.  Nous  remarquons  seulement  que,  en  iSgB,  les  maisons  formant  l'îlot 
compris  entre  la  petite  rue  de  Nesle  et  le  bord  de  l'eau  sont  déclarées  se  trouver 
ffsur  la  butte,  11  et,  en  1629,  ainsi  qu'en  i663,  crsur  la  butte  du  port  Malaquesl.  d 
L'îlot  même  est  appelé  cria  Buten  sur  un  plan  de  la  fin  du  xvu"  siècle. 

Avant  la  construction  du  collège  des  Quatre-Nations,  la  rue  Mazarine  débou- 
chait directement  sur  le  quai,  en  un  lieu  oij  il  y  avait  un  abreuvoir.  Le  coude 
qu'elle  présente  aujourd'hui  el  qui  la  met  en  communication  avec  la  rue  de  Seine 
tient  lieu  d'une  petite  rue  englobée  dans  les  bâtiments  du  collège.  Celle-ci  n'est 
mentionnée  ni  dans  l'arpentage  de  iSag ,  ni  dans  les  documents  relatifs  à  la  pièce 
de  l'Hôtel-Dieu ,  toujours  décrite  comme  aboutissant  sur  le  quai;  mais  elle  est, 
au  contraire,  indiquée,  et  d'une  manière  incontestable,  dans  le  censier  de  i53i- 
i532,  même  dès  i53o.  Il  est  donc  manifeste  qu'elle  a  été  ouverte  en  même 
temps  qu'on  baillait  à  bâtir  les  terrains  bordant  la  rue  de  Bussy  et  qu'on  alignait 
les  rues  voisines,  c'est-à-dire  en  l'année  i53o,  oij  nous  constatons  d'ailleurs  que 
fut  accensé  le  terrain  de  l'îlot  de  la  Butte,  terrain  que  Gilles  Lemaître  soutenait 
avoir  été  une  portion  du  sienW.  Jaillot  rapporte  que,  dans  une  déclaration  de 
i54o,  la  petite  rue  dont  nous  parlons  est  appelée  rwe  Traversine ^^\  Nous  l'avons 
vue  énoncée  rr chemin  du  port  de  la  Tour  de  Nesle, n  en  i53o  et  1067,  dési- 
gnation quia  été  aussi  appliquée  à  la  rue  Mazarine  (iBia);  puis  rr  Petite  rue  de 
tr Nesle, fl  de  iSgS  à  i663;  «Petite  rue  qui  aboutit  à  la  rue  de  Seyne  d'un  bout, 
fret  de  l'autre  sur  la  porte  de  Nesle  apelée  la  rue  de  Nesle, ii  en  1606;  ff Petite 
rrue  de  Seine,  •«  en  1617,  et  (peut-être  par  erreur)  a  rue  des  Portes, -^  en  1600 
et  1629. 

En  1 636,  la  rue  Mazarine  n'était  encore  pavée  que  sur  une  largeur  de  huit  à 
neuf  pieds,  le  long  des  maisons. 


'''  On  ne  s'explique  pas  quelle  était  l'utilité  de 
cette  rue,  si  celle  des  fossés  aboutissait  alors  sur  le 
quai,  et  il  en  était  certainement  ainsi  à  la  fin  du 
siècle.  Peut-être  y  a-t-il  lieu  d'en  conclure  que  la 
Butte  interceptait  la  voie  et  qu'on  eut  alors  l'idée 
de  briser,  à  son  extrémité,  la  ligne  droite  de  la  rue 
nouvelle,  pour  lui  créer  une  issue.  A  l'appui  de  l'hy- 
pothèse que  nous  hasardons,  nous  constatons  que 
la  maison  faisant  le  coin  nord-ouest  de  la  petite  rue 


est  dite,  dans  le  censier  de  1095,  contiguë  vers 
l'orient  à  la  Butte,  détail  évidemment  copié  sur  un 
document  ancien. 

'■'  Il  ajoute  que  la  maison  dont  il  s'agit  dans  la 
déclaration  relevait  de  la  censive  du  président  Le- 
maître. La  censive  de  cette  région  appartenait  à 
l'abbaye  Saint-Germain ,  et ,  si  le  Domaine  l'a  reven- 
diquée, le  président  Lemaître  n'y  a  jamais  rien 
prétendu. 


RUE  MAZARINE  ET  PETITE  RUE  DE  NESLE.  211 

CÔTÉ  OCCIDENTAL. 

PAROISSE   SAINT-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE   DE  L'ABBAYE. 

Maison  sans  désignation  (iS/iy),  faisant  le  coin  de  la  rue  de  Bussy.  Elle  était 
complètement  ruinée  en  iBgS,  et,  en  1628,  elle  avait  été  rebâtie  de  manière  à 
former  cinq  maisons  distinctes  :  une  sur  la  rue  de  Bussy,  laquelle  a  eu  pour  en- 
seigne le  Porl-de-Salut  (1 G28-1 696);  celle  du  coin,  qui  a  eu  pour  enseigne  l'Image- 
Sainte-Geneviève  (1687);  puis,  sur  la  rue  Mazariue,  cinq  autres,  dont  la  troisième 
a  eu  pour  enseigne  l'ImageSainle-Cadieiine  (1  6-j8-i  687) ,  et  la  dernière,  les  Trois- 
Escabeh,  puis  la  Trinilé  (1687-1729). 

Maison  sans  désignation  en  15/17,  ^^  *'^'"**  aboutissant  rue  de  Seine,  puis  de  la 
Roze-Blanciie  en  1.695.  En  1628,  elle  avait  été  morcelée  en  deux  parties,  dont 
la  première  a  été  connue  sous  le  nom  de  Jeu  de  paume  du  Roi-Charles  (1628-17  *  *^)- 

Partie  postérieure  de  la  maison  de  Claude  Vellefaux,  ayant  sa  principale  entrée 
rue  de  Seine.  En  1687,  c'était  déjà  une  maison  distincte,  et  elle  avait  pour  en- 
seigne la  Ville-de-Francfort. 

Maison  où  pendait  pour  enseigne,  en  i536  et  16/19,  ^^  ^^^  '^^  paulme  de  Fort- 
AprAiRE,  et  qui  a  eu  après  celle  de  l'Image-Saint-Louis  (1628-1687).  Elle  aboutis- 
sait à  la  rue  de  Seine,  et  semble  avoir  été  élargie  un  peu  de  ce  côté.  Le  terrain  de 
cette  maison  appartenait  au  libraire  Tiiomas  Blanche  dès  i53i,  et  c'est  lui  qui 
y  fit  construire  le  jeu  de  paume. 

Maison  sans  désignation  en  16/17,  ^^^^  ensuite  de  l'Ange  (?)  (1668),  puis  le  Jeu 

DE   PALME   DES  DeIX-AnGES   (1696),    OU   DE   LA   PlACE-RoYALE    (l  628-I  7.3/1).  L'euipla- 

cement  sur  lequel  on  éleva  cette  maison,  et  qui  présentait  une  superficie  de  vingt- 
cinq  perches,  fut  vendu,  le  16  mai  i63i,  par  Jean  Gauldrier  à  Pierre  Roffet, 
libraire,  qui  y  fit  bâtir.  La  maison  aboutissait  primitivement  rue  de  Seine. 

Maison  contenant,  dès  16/17,  un  jeu  de  paume,  dit,  en  1628,  le  Jeu  de  paume 
DE  Saint-Nicolas.  A  cette  dernière  date,  la  maison  était  divisée  en  deux.  Elle  avait 
appartenu  au  boulanger  Nicolas  Testu,  et  de  là  sans  doute  le  choix  de  l'enseigne 
primitive,  qui  paraît  avoir  été  remplacée  dans  la  suite  par  celle  du  Roi-d' Angle- 
terre (169/1). 

Les  maisons  venant  après  le  jeu  de  paume  de  Saint-Nicolas  sont  celles  qui  furent 
élevées  sur  le  terrain  de  Gilles  Lemaître. 

Maison  sans  désignation  en  16/17,  P"'^  ^^  ^'^  Corne-de-Cerf  (1696).  Renfer- 
mant une  superficie  d'environ  quatre-vingt-quinze  toises  et  demie,  elle  appar- 

37. 


212  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

tenait,  en  i55/i,  à  iMarie  Prévôt,  et,  en  1606,  à  un  nommé  Barthélémy  Prieur. 
C'est  probablement  le  même  individu  que  le  sculpteur  de  Henri  IV. 

Maison  sans  désignation  en  iB/iy,  puis  du  Coedr-Choissaist  (1698).  En  1698, 
elle  était  séparée  de  la  précédente  par  une  allée  conduisant  à  la  maison  de  la  rue 
de  Seine,  à  laquelle  elles  aboutissaient  toutes  deux. 

La  maison  du  Cœur-Croissant  et  les  maisons  suivantes,  jusqu'à  celle  de  l'Aven- 
ture, furent  ruinées  durant  les  guerres  de  la  Ligue  et  rebâties  après  la  red- 
dition de  Paris. 

Maison  sans  désignation  (1567). 

Maison  du  Cheval-Noir  (?)  (iSgS),  qui,  en  1628,  était  divisée  en  deux  et 
dépendait  de  la  maison  située  derrière,  en  la  rue  de  Seine. 

Pai'tie  postérieure  d'une  maison  de  la  rue  de  Seine,  divisée  en  deux  à  la  fin  du 
xvii^  siècle. 

Partie  postérieure  d'une  maison  de  la  rue  de  Seine,  oii  se  trouve  actuellement 
le  passage  du  Pont-Neuf. 

Maison  sans  désignation  en  i5g5,  puis  Jeu  de  paume  de  la  Bouteille  (1608- 
1670)  et  fcHosTEL  DES  Comédiens  du  Roy.t)  Les  comédiens  de  la  troupe  de  Molière 
y  jouèrent  de  1678  à  1688,  dans  une  salle  d'opéra  que  le  marquis  de  Sourdéac 
avait  fait  construire  par  Quichard,  intendant  des  bâtiments  du  duc  d'Orléans,  et 
dont  naguère  on  voyait  encore  quelques  restes.  L'ouverture  de  cette  salle  eut  lieu 
le  19  mars  1671. 

Maison  sans  désignation  (1628),  qui,  au  xvi-  siècle,  faisait  sans  doute  partie 
de  celle  à  laquelle  elle  aboutit  depuis. 

Partie  postérieure  d'une  grande  maison  de  la  rue  de  Seine;  en  1628,  il  y  pen- 
dait pour  enseigne  T Image-Saint- Louis.  En  1687,  elle  formait  deux  corps  d'hôtel 
ayant  pour  enseignes,  l'un  le  Lion-d'Or,  l'autre  h  Croix-Blanche.  Entre  ces  deux 
corps  d'hôtel  était  pratiquée  une  allée  conduisant  au  jeu  de  paume  du  Soleil-d'Or, 
en  bordure  sur  la  rue  de  Seine. 

Maison  et  jeu  de  paume  de  l'Aventure  (lôoS-iGgG).  En  1687,  elle  avait  une 
issue  sur  la  rue  de  Seine,  et  quatre  petites  maisons  y  étaient  adossées. 

Maison  sans  désignation  en  1695,  puis  de  l'Uitre  (1628),  ou  Huistre  à  l  Es- 
caille  (1716),  et  du  CiiÂteau-de-Saint-Germain  (1722). 

Maison  de  la  Corne-de-Daim  (lôgS),  d'abord  aboutissant  rue  de  Seine. 

Partie  postérieure  d'une  maison  de  la  rue  de  Seine. 

Maison  sans  désignation  en  lôgS,  et  appartenant  alors  à  l'un  des  architectes  du 
Louvre  sous  Henri  IV,  et  Loys  Fournier,  inaistre  juré  maçon,  au  lieu  de  Jehan 
ff  Fournier.  11  Jean  Fournier  était  orfèvre,  ainsi  que  nous  l'avons  vu  dans  un  titre, 
et  c'était  évidemment  le  très-proche  parent  de  ce  Guillaume  Fournier,  charpen- 
tier, que  le  compte  de  15/17  mentionne  comme  possédant  un  terrain  de  deux  cent 
cinquante-huit  toises  situé  entre  les  rues  de  Seine  et  Mazarine,  Quant  au  terrain, 


RUE  MAZARINE  ET  PETITE  RUE  DE  NESLE.  213 

nous  le  croyons  représenté  par  la  maison  de  Louis  Fournier,  par  les  deux  maisons 
venant  ensuite  et  par  les  trois  maisons  correspondantes  faisant  front  sur  la  rue  de 
Seine. 

Maison  sans  désignation  en  lôgS,  puis  des  Trois-Empereurs  (i6??). 

Maison  de  l'Image-Notre-Dame  (iSgB). 

Maison  sans  désignation  en  i  SgB ,  et  alors  aboutissant  rue  de  Seine  ;  ce  fut  plus 
tard  la  partie  postérieure  de  la  maison  de  la  Marguerite,  sise  en  cette  rue. 

Maison  sans  désignation  en  iBgS,  puis  de  la  Ville-de-Lïon  (1628)  et  de  la 
Reine-de-Suède  (1687).  Elle  semble  avoir  dépendu  de  la  suivante  dans  la  seconde 
moitié  du  xvir  siècle,  et  se  confondre  avec  celle  qui,  mesurant  dix  toises  de  pro- 
fondeur sur  environ  trois  toises  et  demie  de  largeur,  fut  vendue,  le  1 1  mai  iBiy, 
par  Philippe  de  Trépigny  à  Jean  Charton.  Elle  renfermait  alors  un  jeu  de  paume. 

Partie  postérieure  du  jeu  de  paume  de  Métayer,  ayant  sa  principale  façade  sur 
la  rue  de  Seine. 

Partie  postérieure  de  la  maison  du  Cercle-d'Or. 

Partie  postérieure  d'une  maison  de  la  lue  de  Seine.  En  1628,  il  y  pendait  pour 
enseigne  la  Fleur-de-Lys. 

Petite  maison  de  l'Image-Saint-Julien  (1617),  confondue  plus  tard  avec  la  sui- 
vante. 

Maison  sans  désignation  en  i5g5,  puis  du  Petit-Saint-Jean  (161 3),  faisant  le 
coin  méridional  de  la  Petite  rue  de  Nesle.  Au  milieu  du  xvir  siècle,  elle  était 
divisée  en  six  corps  d'hôtel,  dont  trois  sur  la  rue  de  Nesle,  deux  sur  la  rue  Maza- 
rine  et  un  à  l'encoignure  des  deux  rues.  Elle  fut  achetée,  le  2  mars  i663,  par 
les  exécuteurs  testamentaires  du  cardinal  Mazarin,  et  démolie  pour  le  déplace- 
ment de  la  rue  de  Nesle.  Elle  avait  probablement  été  agrandie  aux  dépens  de  la 
maison  du  coin  de  la  rue  de  Seine. 

CÔTÉ  ORIENTAL. 


PAROISSE  SAIM-SULPICE. 
CENSIVE  CONTESTÉE. 

Par  un  arrêt  du  Conseil  du  19  juin  1619,  et  afin  de  subvenir  aux  frais  delà 
reconstruction  du  palais  de  la  Cité,  récemment  incendié,  le  roi  ordonna  de  bailler 
à  bâtir  les  terrains  du  fossé  de  l'enceinte,  entre  les  portes  de  Bussy  et  de  Nesle, 
oii,8ur  une  longueur  de  cent  quatre-vingts  toises,  on  avait  intention  de  construire 
soixante  maisons,  larges  chacune  de  trois  toises  et  profondes  de  douze.  Mais  le 
duc  de  Nevers,  les  religieux  de  l'abbaye  de  Saint-Germain  et  les  échevins  de  la 
ville,  qui,  à  divers  titres,  possédaient  des  droits  sur  ces  terrains,  firent  une  telle 


214  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

opposition  à  l'arrêt,  qu'il  ne  reçut  point  son  exécution'''.  C'est  plus  de  quarante 
ans  après  que  furent  construites  les  maisons  du  côté  oriental  de  la  rue  Mazarine, 
à  l'exception  toutefois  des  quatre  premières,  à  partir  de  la  rue  Dauphine.  Celles-ci, 
qui  s'étendaient  sur  une  longueur  d'environ  dix-huit  toises  et  demie,  à  compter 
du  coin,  existaient  dès  1628,  et  la  quatrième  avait  alors  pour  enseigne  l'Orme- 
d'Or.  La  place  sur  laquelle  la  seconde  fut  bâtie  avait  été  achetée  le  90  novembre 
1618,  Le  duc  de  Nevers  avait  pris  à  bail  d'abord,  le  9  juin  i58o,  une  partie 
du  fossé  contenant  un  arpent,  puis  la  totalité  le  1 1  avril  i586. 

CÔTÉ  MÉRIDIONAL. 


PAROISSE  SAINT-SULPIGE. 

JUSTICE 
ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 


Le  côté  méridional  de  la  rue  de  Nesle  était  formé  par  les  deux  maisons  faisant 
les  coins  des  rues  de  Seine  et  du  Fossé,  ou  Mazarine.  (Voir  à  l'article  de  ces  rues.) 

CÔTÉ  SEPTENTRIONAL. 


PAROISSE  SAINT-SULPIGE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE   DE  L'ABBAYE. 

Maison  sans  désignation  (1670),  faisant  le  coin  de  la  rue  du  Fossé.  En  1670, 
elle  appartenait  à  Antoine  Briant,  qui  était  «capitaine  du  bateau  du  Roi;n  le  fils 
de  ce  personnage  la  revendit,  le  18  décembre  1601,  à  Dimanche  Joulin.  Ce  n'était 
plus  alors  qu'une  place,  avec  masure,  dévastée  durant  la  guerre,  et  mesurant 
quatre  toises  et  demie  de  largeur  sur  quinze  pieds  de  profondeur.  Elle  était  large 
de  cinq  toises  et  profonde  de  dix-neuf  pieds,  lorsque,  le  2  mars  i663,  elle  fut 
vendue  aux  exécuteurs  testamentaires  du  cardinal  Mazarin,  qui  la  démolirent, 
ainsi  que  les  suivantes,  pour  élever  à  leur  place  les  bâtiments  du  collège  des 
Quatre-Nations. 

Deux  MAISONS  sans  désignation  en  lôgS,  dont  l'une,  en  i663,  avait  pour  en- 
seigne la  BoTTE-DE-LoRRAiNE.  Ccs  maisons  et  la  précédente  avaient  fait  partie  de 
la  prise  de  Jacques  Audouart.  (Voir  Quai  Malaquais.) 

'"'  Par  convention  du  2G  août  16^7  et  moyen-  donna  à  la  Ville  tous  ses  droits  sur  le  fossé  allant 
nantune  somme  de  3o,aoo  livres,  l'abbaye  aban-        de  la  porte  de  Nesle  à  la  porte  Saint-Michel. 


RUE  DE  MEZIERES.  215 

Petite  maison  sans  désignation  en  i  SgS ,  puis  de  l'Imagk-de-Sainte-Anne  (  i  663) , 
continue  à  celle  du  coin  de  la  rue  de  Seine.  A  l'époque  de  la  démolition,  elle  avait 
une  superficie  de  douze  toises  et  demie. 


RUE   DE   MEZIERES. 

La  rue  de  Mézières  commence  à  la  rue  du  Pot-de-Fer  (Bonaparte)  et  finit  à 
la  rue  Cassette. 

Jaillot,  qui  a- relevé  plusieurs  erreurs  de  Sauvai,  en  a  commis  une  relativement 
à  cette  rue,  et  c'est  Sauvai  qui  a  raison  contre  lui.  En  effet,  ce  dernier  écrivain 
ayant  avancé  que  la  rue  de  Mézières  s'est  appelée  c autrement  Petite  rue  Cassette,  ti 
Jaillot  prétend  que  Sauvai  s'est  mépris,  et  affirme  que  la  seule  t Petite  rue  Cas- 
ff setter  qui  ait  existé  était  la  rue  Beurrière.  Or  l'erreur  est  manifeste,  attendu 
que,  dans  le  censier  de  1628,  la  rue  de  Mézières  est  énoncée  :  «Petite  rue  Cas- 
er sette,  dicte  du  Jeu  de  paulme  de  Messieurs,  ■»  et,  dans  le  cueilleret  de  iSgB,  cr  rue 
rrdu  Commissaire  Jauneau,  dit  Petit  Cassel.n  Les  diverses  désignations  que  nous 
venons  de  citer  s'expliquent  par  l'établissement,  dans  la  rue,  d'un  jeu  de  paume 
qui  appartint  aux  religieux  de  Saint-Germain-des-Prés;  par  le  désir  de  la  dis- 
tinguer de  la  Grande-rue-Cassette,  où  elle  aboutissait,  et  par  les  acquisitions  de 
terrains  environnants,  dont  nous  avons  déjà  parlé,  et  qu'effectua  le  commissaire 
Jaulneau'"'.  Quant  à  l'appellation  moderne,  motivée  par  l'hôtel  de  Mézières,  nous 
ne  l'avons  rencontrée  et  elle  n'a  prévalu  que  postérieurement  à  l'année  161  a. 
C'est  alors  que  l'hôtel,  cessant  d'être  une  maison  particulière  pour  devenir  un 
établissement  religieux,  dut  perdre  son  ancien  nom  et  commença  d'en  prendre 
un  autre. 

CÔTÉ  MÉRIDIONAL. 


PAROISSE    SAIINT-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

HÔTEL  DE  MÉZIÈRES,  faisant  le  coin  de  la  lue  du  Pot-de-Fer,  d'une  part, 
tenant,  de  l'autre,  à  une  maison  faisant  le  coin  de  la  rue  Cassette,  et  aboutissant 
rue  Honoré-Chevalier,  suivant  le  censier  de  lôgS.  11  appartint  successivement  à 

'''  Voir  h  l'article  de  la  rue  Honoré-Chevalier,  p.  i85. 


216  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

«Monsieur  le  Prince  Daulphin,'n  c'est-à-dire  à  Louis  de  Bourbon  II,  duc  de  Mont- 
pensier,  dauphin  d'Auvergne,  qui  mourut  en  1682;  puisa  «Monsieur  et  Madame 
(tde  Mézières,fl  c'est-à-dire  à  François  de  Bourbon,  duc  de  Montpensier,  aussi 
dauphin  d'Auvergne,  qui  mourut  en  1692,  et  fut  marquis  de  Mczières,  du  chef 
de  sa  femme  Renée  d'Anjou,  et  il  était,  en  1  SgS,  à  leurs  ayants  cause.  Les  archives 
de  l'abbaye  ne  fournissent  aucun  autre  détail  sur  l'hôtel  de  Mézières,  qui,  acheté 
de  Claude  Genoux,  le  3  avril  1610,  au  prix  de  2/1,000  livres,  par  Marguerite 
Lhuillier,  fut  donné  par  elle,  le  même  jour,  aux  Jésuites,  afin  qu'ils  en  fissent 
un  maison  de  noviciat  pour  leur  ordre  '^l 

CÔTÉ  SEPTENTRIONAL. 

PAROISSE    SAINT-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE   L'ABBAYE. 

Entre  Decx  MAISONS  sans  désignatiou  (iBgB),  dont  la  première  était  contiguë  à  la 

les  rues  Cassette  .  -il  n 

et  du  Gindrc.      uiaisou  laisant  ie  com  de  la  rue  Cassette. 

Maison  sans  désignation  en  i583,  puis  ayant  eu  l'enseigne  «de  l'Arboristeti 
(iBgB),  parce  qu'elle  appartint  à  René  Bassert,  herboriste.  Ce  personnage  pos- 
sédait aussi,  sur  la  rue  Cassette,  une  autre  maison  qui  aboutissait  à  celle-ci,  mais 
que  nous  n'avons  pu  identifier  avec  certitude.  La  maison  de  l'Herboriste  était 
attenante  à  celle  qui  faisait  le  coin  occidental  de  la  rue  du  Oindre,  et  elle  y  a  été 
réunie  dans  la  suite. 

Entre  La  rue  de  Mézières  était  bordée,  entre  les  rues  du  Oindre  et  du  Pot-de-Fer, 

les  rues  du  Gindre  .  -.  .  . 

et  du  Pot-de-Fei    par  dcs  fflaisons  ayant  leur  entrée  dans  ces  dernières  voies. 

on  Bonaparte. 


RUE   DES   SAINTS-PERES. 

La  rue  des  Saints-Pères  commence  au  quai  Malaquais  et  finit  à  la  rue  de  Gre- 
nelle. 

Cette  rue  doit  être  celle  qui,  dans  le  rôle  de  la  taille  de  1292,  est  appelée 
ff  rue  Neuve  Saint  Père;  •«  d'oii  il  semblerait  résulter  qu'elle  était  peu  ancienne  alors. 

'''  Lesloiie  raconte  que ,  dès  le  mois  de  septembre  don  d'une  importante  propriété,  c'est  peut-être  seu- 
1609,  ie  père  Cotlon  avait  oljtenu  l'hôtel  de  Mé-  lementla  permission  de  posséder  l'hôtel  que  ie  roi 
zières  de  la  libéralité  du  roi;  mais,  au  lieu  de  faire        accorda  en  cette  circonstance. 


RLE  DES  SAINTS-PÈRES.  217 

Elle  parait  avoir  eu  une  certaine  importance  avant  les  démolitions  effectuées  en 
i36o;  depuis,  et  jusqu'au  milieu  du  règne  de  François  1",  ce  ne  fut  plus  une 
véritable  rue,  mais  un  simple  chemin,  que  nous  trouvons  énoncé  rr chemin  qui 
trva  au  jardin  à  l'aumosnier  de  ladite  églisen  (de  Saint-Germain),  en  iSgS; 
(T chemin  qui  tend  du  Pré  aux  Clercs  à  l'église  Sainct  Père,  par  lequel  on  va  en 
(T procession ,  15  en  iSaS;  tr grand  chemin  de  Sainct  Père,:!  en  i53i;  achemyn 
ff  estant  entre  le  cymetière  Sainct  Père  (et  la  Butte),  allant  à  la  Tuillerien  (vers  la 
Croix-Rouge),  en  i53o;  cr chemin  qui  va  de  Sainct  Pierre  à  la  rivière,  n  en  i53i , 
et  (true  Sainct  Pierre, n  en  1 535,  i5/i3,  etc.  Ce  dernier  vocable  a  été  corrompu, 
au  xvu"  siècle,  en  celui  de  rue  des  Saints-Pères,  qui  est  demeuré  seul  en  usage, 
bien  que  rien  ne  le  motive,  puisque  la  rue  a  emprunté  son  nom  à  la  chapelle 
Saint-Pierre,  dite  autrement  Saint-Père.  Au  siècle  de  Louis  XIV,  on  disait  souvent 
rue  de  la  Ckartté. 

Il  est  arrivé  très-lréquemment  que  la  partie  de  la  rue  des  Saints-Pères,  s'éten- 
dant  de  la  rue  Taranne  à  la  rue  de  Grenelle,  a  été  considérée  comme  une  voie 
spéciale  et  distincte  de  la  partie  aboutissant  sur  le  quai.  On  désignait  la  première 
par  les  noms  de  «chemin  tendant  de  Sainct  Père  à  la  Vieille  Tuillerien  (i53i); 
ff  petit  chemin  allant  dudicl  Sainct  Germain  à  Sainct  Pèren  (i532);  «chemin 
«tendant  de  Sainct  Père  au  chemin  de  la  Justice ti  (la  rue  de  Grenelle)  (i535); 
«petit  chemin  allant  à  Sainct  Pèreu  (i535);  «chemin  qui  va  du  Carrefour  (de 
«la  Croix-Rouge)  à  Sainct  Père»  (i535),  et  enhn  de  «chemin  du  Cimetière  aux 
«MaladeST  (i53i),  à  cause  du  cimetière  aux  Lépreux,  situé  au  coin  de  la  rue 
Taranne. 

Jaillot  affirme  que  la  rue  des  Sainls-Pères  a  été  qualifiée  de  rue  des  Vaches; 
mais  cette  assertion  est  contraire  à  tous  les  documents  que  nous  avons  vus,  et 
nous  la  croyons  erronée. 

CÔTÉ  ORIENTAL. 


PAROISSE    SAINT-SULPICE. 

JUSTICE 
ET  CENSIVE  DE  L'ABBAÏE. 

On  ne  trouve,  au  xvi"  siècle,  aucune  mention  de  maisons  en  bordure  sur  la  rue 
des  Saints-Pères,  depuis  le  quai  jusqu'au  delà  du  Grand-Pré-aux-Clercs,  qui,  à 
la  rencontre  de  la  rue,  présentait  une  largeur  d'environ  soixante-quatorze  toises. 

Entre 

IIÙTEL  DE  SANSAG.   C'était  la  première  des  constructions  qui  commençaient    ie^ré-aux-ciercs 
immédiatement  au-dessus  du  Pré.  Le  27  avril  i542,  Charles  Thomas,  conseiller     laïueTaianne. 

■n.  i>8 


218  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

au  Grand  Conseil,  prit  à  bail,  des  religieux  de  Saint-Germain,  une  pièce  de  terre 
de  cinq  quartiers,  où,  moyennant  une  dépense  de  quinze  cents  écus,  il  bâtit  une 
des  belles  habitations  du  faubourg.  Mais  la  plus  grande  partie  de  ce  terrain  se 
trouvant  sur  le  fonds  du  Pré-aux-Glercs ,  lequel  avait  été  envahi  par  les  moines, 
Thomas  s'en  vit  dépossédé  après  la  fameuse  émeute  de  i5i8,  durant  laquelle  sa 
maison  fut  saccagée.  11  obtint,  du  reste,  en  dédommagement,  le  3  novembre  i553, 
un  arpent  retranché  de  la  courtille  de  l'abbaye,  et  il  l'annexa  à  sa  maison,  de 
sorte  que  celle-ci,  par  ses  dépendances,  vint  aboutir  sur  le  chemin  des  fossés  du 
monastère  (rue  Saint-Benoît).  L'hôtel  construit  par  Thomas  fut  ensuite  acquis  par 
Jean  de  Sansac''',  qui,  le  i6  décembre  lôyg,  le  céda  à  Sébastien  de  Cbauvigny, 
trmonnoyer  de  France,  ti  Le  censier  de  1.^)95  mentionne  l'hôtel  de  Sansac  comme 
étant  alors  en  ruine  et  mis  en  criée.  Nous  voyons  qu'il  était  effeclivement  très- 
dégradé,  lorsque,  le  19  novembre  1601,  moyennant  sept  cents  écus,  Louis  Mon- 
théron  [alias  Montbron),  sieur  de  Fontaine-Challandray,  le  vendit  à  l'orfèvre  Jean 
Meurier.  C'est  de  ce  dernier  qu'il  fut  acquis,  le  /i  septembre  i6o(),  par  le  prési- 
dent aux  enquêtes,  M*^  Pierre  Lescalopier,  au  nom  de  la  reine  Marguerite. 

Cette  princesse  le  donna  aux  Frères  de  la  Charité,  en  échange  de  leur  maison 
voisine  du  quai  (voir  Rue  des  Petits-Augustins),  qu'elle  se  proposait  d'englober 
dans  son  nouveau  palais.  Suivant  Lestoile,  au  mois  de  mars  1607,  tries  pauvres 
ff  Frères  Ignorants n  se  transportèrent  dans  ce  second  domicile  tr  pour  s'y  accom- 
amoder  et  estre  gardes  du  sépulchre.  t)  L'hôtel  de  Sansac  a  ainsi  été  le  noyau 
autour  duquel  sont  venus  se  grouper  les  bâtiments  qui  ont  formé  l'hôpital  de  la 
Charité,  dont  les  dépendances  s'étendirent,  dès  161 3.  de  la  rue  Taranne  à  la  rue 
Jacob.  (Voir  à  la  fin  de  la  notice  sur  le  Pré-aux-Clercs.) 

Chapelle  et  cimetière  SaiïNT-Pierre,  Hnsantle  coin  septentrional  delà  rue 
Taranne.  Les  archives  particulières  de  la  chapelle  Saint-Pierre  sont  perdues  depuis 
très-longtemps,  et  il  en  est  si  peu  question  dans  celles  de  l'abbaye  Saint-Ger- 
main, qu'on  ne  peut  presque  rien  en  dire.  Pour  en  expliquer  l'origine,  qui  Qst 
inconnue,  Lebeuf  et  Jaillot  ont  présenté  chacun  une  hypothèse.  Suivant  le  pre- 
mier de  ces  auteurs,  la  chapelle  Saint-Pierre,  dite  plus  souxent  Saint-Père ,  toujours 
située  au  même  lieu,  aurait  été  sans  doute  consacrée  sous  ce  vocable,  en  mémoire 
de  l'oratoire  mérovingien  attenant  à  la  grande  église  du  monastère,  et  dédié  au 
prince  des  apôtres;  enfin  elle  n'aurait  jamais  été  la  paroisse  du  bourg,  si  ce  n'est 
d'une  façon  provisoire  et  accidentelle '-'.  Selon  Jaillot,  dont  les  conjectures  semblent 
manquer  de  précision,  le  service  parochial  du  bourg  se  serait  fait  primitivement 
dans  une  chapelle  voisine  de  la  grande  église,  chapelle  qu'il  semble  confondre 
avec  l'oratoire  Saint-Pierre.  A  la  fin  du  x'  siècle,  ce  dernier  édifice  aurait  été 

'''  Apparemment  Jean  de  Sansac,  capitaine  fie        rie,  qui,  en  157a,  e'pousa  Catherine  de  Maillé, 
la  Porte,  premier  gentilhomme  de  In   Faucnnne-  '"'  Histoire  du  diocèse  de  Paris,  t  I,  j).  h  lia. 


IG- 


wzm 


liU-VM'I   I  . 

je  quinze 


jiltw  frraii'îf  partie  die  ce  Un, 

;< 'I     !  envahi  par  les  moine». 

ise  émei'  )hS,  durant,  laquelle  sa 

i'  in  inent,ie  3  novembre  i553, 

il  l'annexa  à  sa  maison,  de 

:in'  sur  '      '  Jcs  fossés  du 

[«ar  Thon»  -"par 

le  céda  à  h- -(J"^- 

mentionne  l'hôtel  de  Sansac  cemnit; 

)yons  (fu'il  était  effeclivement-lrès- 

i  i>nnant  «ept  cents  écasv  ï^uis  Mon- 

I  •  i  i  M  ;      -  -€  hallàndray ,  le  vendit  A  i'orfévre  Jean 

Il  li  lut  .  sejjtembre  i6o6,-  par  le  prési- 

,iu  nom  de  la  reine  Marguerite. 

.  la  Charité,  en  échanfje  de  leur  hi.ummi 

ant  Lesloile,  au  raoi 

i1(''i-(M'l   liaiis  ce  second  don > 
jiiil  h'hôiel  de  San?;. 

;rij;ijM'r  \r-<  Is  qui  OOt  i^ 

■  s'étendirent,  dè;8  1 6 1  3  m- 

'•<■(>  -      '     ■■i'é-aux-Cler< 

''-''  '    ilil'.K.  kiisant  le  coin  M'ptt'iiU'ioiiv, ,.>  ,  >., 

a  chapelle  Saint-Pierre  sont  perdues  depuis 

'on  dans  celles  de  Fabbaye  Saint-Gei"^ 

11!  l'ii  expliquer  l'origine,  qui  est 

.   une  hypothèse.  Suivant  le  pre- 

I ite  plus  souvent  Sàmt-Père,  toujours 

iisacrée  sous  ce  vocable,  en  mémoire 

te  église  du  monastère,  ef  dédié  au 

té  la  paroisse  du  bourg,  sj  ce  n^çst 

aillot,  dont  les  conjectures  semblent 

bourg  se  serait  fait  priraitivemeiil 

iiapellé  quil  semble  confondre 


l'orle,  prei. 


TOPOGRAPHIE    HISTORIQYE   DV  VIEVX  PARIS 


_J        V-J  II.,      ■.■.■•■■■ni  ft  j]  \»r"«'       .^ -H  1 


^i— -1.. 


>.J._1 


CHAPELLE  DE  LHÔPITAL  DE  LA  CHARITÉ 

Vue  perapeclivt  ci  après  une  ôra-^u:-e  de  J  Marol 
AVEC   VN   PLAN   BE  LENCLOS   ET  DES   BATIMENTS   A  LA  MEME  F.POdVE, 


RUE  DES  SAINTS-PÈRES.  219 

réuni  à  la  basilique  et  transporté  plus  tard  hors  de  l'enceinte  de  l'abbaye;  puis,  au 
xu"  siècle,  il  aurait  été  remplacé,  comme  paroisse  du  faubourg,  par  l'église  Saint- 
Sulpice  (". 

U  est  probable,  en  elîet,  que  la  chapelle  Saint-Père  a  été  la  première  paroisse 
des  vassaux  de  Saint-Germain.  C'est  l'opinion  de  Du  Breul,  de  D.  Bouillart  et 
de  Sauvai,  opinion  généralement  acceptée  au  commencement  du  xvn"  siècle*^). 
Elle  semble  d'ailleurs  justifiée  par  la  haute  antiquité  du  culte  de  saint  Pierre 
chez  les  moines  de  Saint-Germain,  et  surtout  par  un  titre  du  6  février  i38o,  dans 
lequel  est  indiqué,  comme  charge  incombant  au  curé  de  Saint-Sulpice,  l'obligation 
d'aller,  à  certains  jours,  faire  l'ofiice  dans  la  chapelle  Saint-Pierre,  d'y  dire  la 
messe  tous  les  dimanches  et  de  s'y  rendre  en  procession  à  des  époques  détermi- 
nées. On  peut  en  inférer  la  suprématie  primitive  de  la  chapelle  Saint-Père  sur 
l'église  Saint-Sulpice  :  il  semble,  en  ellet,  que  le  curé  de  Saint-Sulpice  ait  un 
devoir  à  remplir  et  non  un  droit  à  exercer.  La  question,  au  surplus,  n'en  de- 
meure pas  moins  indécise,  et  l'on  ne  saurait  rien  affirmer  quant  à  l'époque  oij  la 
chapelle  Saint-Pierre  a  cessé  d'être  renfermée  dans  les  murs  du  couvent.  En  ihb'j, 
elle  était  dans  un  tel  état  de  vétusté,  que  le  légat  du  pape  accorda  des  indul- 
gences à  ceux  qui  feraient  des  aumônes  destinées  aux  travaux  de  restauration. 
Au  commencement  du  xvu*  siècle,  elle  ne  sei-vait  plus  que  «pour  les  processions 
cret  services,  en  certains  jours  de  1  année,  n 

Par  accord  du  27  août  1611,  le  curé  et  les  marguilliers  de  Saint-Sulpice  cé- 
dèrent à  perpétuité  la  chapelle  Saint-Père  aux  Frères  de  la  Charité  qui  étaient 
établis  dans  le  voisinage  dej)uis  quatre  ans  et  avaient  déjà  l'usage  de  cet  édifice. 
D'après  un  devis  du  1 9  mai  1612,  que  nous  avons  vu  aux  archives  des  Hôpitaux , 
on  se  proposait  d'agrandir  le  bâtiment  de  façon  qu'il  atteignît  quatorze  toises 
d'un  bout  à  l'autre;  on  voulait,  en  outre,  y  annexer  de  chaque  côté  quatre  cha- 
pelles de  neuf  pieds  de  large  sur  douze  de  long'*'.  L'ancienne  construction  lut 
abattue  vers  i6i3,  et,  en  cette  même  année,  la  reine  Marguerite  posa  la  pre- 
mière pierre  d'un  nouvel  édifice  plus  vaste,  lequel  ne  fut  dédié  qu'au  mois  de 
juillet  1  ()2  1. 

A  en  juger  d'après  un  plan  manuscrit  de  1677,  la  nouvelle  chapelle  Saint- 


'''   Quarlifr  du  Luxembourg ,  p.  ig  et  suiv. 

'*'  Dans  l";iccord  de  1 G 1 1 ,  dont  nous  parlons 
plus  loin,  il  est  dit  que  tladicte  chapelle  estoil 
"antiennenient  la  première  église  parmchiale  du- 
frdict  faulbourg.  ioreqtril  ne  seslendoit  si  avant 
"•vers  la  ville,  comme.  .  .  à  présent;  en  laquelle 
Taussy  ils  (les  marguilliers  de  Saint-Sulpice)  sont 
"toujours  allez  en  procession  à  certains  jours  de 
"l'année.'» 


'■''  La  chapelle  Saint-Père  était  sans  doute  très- 
petile  au  comnienceraent  du  xvii'  siècle;  mais  on 
ne  saurait  croire  qu'elle  ne  pouvait  contenir  alors 
que  douze  personnes.  Il  ne  faut  donc  point  ajouter 
loi  aux  assertions  contenues  dans  les  nombreux 
faclums  rédigés  h  l'occasion  du  procès  qui  eut 
lieu,  en  i058  et  1659,  entre  les  marguilliers  de 
Saint-Sulpice  et  les  religieux  de  la  Charité. 


38. 


220  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

Père  formait  un  rectangle  d'environ  quinze  toises  un  pied  de  long  sur  cinq  toises 
cinq  pieds  de  large.  Le  croquis  de  i5^8  et  le  plan  de  Quesnel  donnent  à  croire 
que  l'ancien  bâtiment  avait  aussi  un  chevet  carré. 

Le  cimetière  Saint-Père,  dont  le  terrain,  y  compris  celui  de  la  chapelle,  for- 
mait un  demi-arpent,  faisait  l'encoignure  de  la  rue  Taranne.  Il  paraît  avoir  été  en 
dernier  lieu  large  de  treize  toises  sur  cette  rue  et  de  douze  sur  celle  des  Saints- 
Pères;  on  ne  l'a  clos  que  fort  tard,  car  l'alignement  de  la  muraille  dont  il  finit 
par  être  entouré  fut  donné  par  Claude  Vellefaux  le  19  janvier  1612. 

Il  est  fait  mention  du  cimetière  Saint-Père,  atrium  Sancli  Pétri,  dès  laôg^"; 
on  doit  le  considérer  tout  au  moins  comme  contemporain  de  la  fondation  de  la 
chapelle  à  laquelle  d  devait  son  nom. 

11  paraît  n'avoir  plus  eu  qu'une  médiocre  importance  au  xvi"  siècle,  c'est  alors, 
en  effet,  qu'il  servit  à  enterrer  les  pestiférés ,  après  la  suppression  du  cimetière  aux 
Lépreux,  avec  lequel  les  historiens  l'ont  tous  confondu,  et  qui  était  situé  à  l'autre 
angle  de  la  rue  Taranne.  Le  cimetière  Saint-Père  fut  ensuite  réservé  aux  protes- 
tants, qui  en  disposaient  déjà  en  1598,  comme  l'indique  le  texte  de  l'édit  de 
Nantes.  Ils  en  furent  dépossédés  par  un  arrêt  du  Conseil,  daté  du  li  mai  i6oi, 
et  rendu  à  la  sollicitation  des  paroissiens  de  Saint-Sulpice. 

Les  catholiques'^'  rentrèrent  alors  en  possession  du  cimetière  Saint-Père,  et  y 
trouvèrent  grand  nombre  de  sépultures  huguenotes,  entre  autres  la  somptueuse 
tombe  du  trésorier  Arnauld,  mort  le  21  mai  i6o3.  fcElleétoit,  ditLestoile,  d'un 
rrfort  beau  marbre  noir,  tout  d'une  pièce,  estimée  à  deux  cents  escus  ou  environs, 
fr élevée  d'un  demi-pied  de  terre  et  couchée  de  plus;  autour  de  laquelle  il  y  avoit 
r  gravé  en  lettres  d'or  ce  qui  s'ensuit  : 

ffCit-git  noble  homme  maistre  Claude  Arnault,  vivant  conseiller,  notaire  et 
"Secrétaire  du  Roy,  maison  et  couronne  de  France  et  des  finances  de  Sa  Majesté; 
«•trésorier  général  de  France  en  la  généralité  de  Paris,  et  ordonné  par  le  Roy 
cprès  la  personne  de  monseigneur  le  marquis  de  Rosni,  pour  1  administration  des 
tt  finances  de  Sa  Majesté,  sous  le  commandement  dudit  seigneur,  n 

ffDans  le  mdieu  du  marbre  étoit  gravé  en  lettres  d'oi-  ce  qui  s'ensuit  : 

f  Passant,  tu  ne  liras  point  ici  les  louanges  de  celuy  qui  est  sous  ce  tombeau. 
rtSa  vie  les  a,  comme  immortelles,  gravées  dans  le  ciel,  jugeant  indigne 

(t  qu'elles  traisnassent  en  terre. 
tQuant  à  ce  qu'il  a  été,  tu  le  pourras  apprendre  de  sa  fortune; 
f  mais  de  sa  vertu  seule,  ce  qu'il  méritait  d'estre. 

tr  Mœstissimo  fratri 
tt  Plura  non  permisit 
(T  Dolor. 

'''  Dès  1971 ,  on  constate  rexislence  d'une  mai-  '*'  Remarques  historiques  sur  l'église  el  ta  pa- 

8on  contiguë  à  la  partie  postérieure  du  cimetière.        roisse  Saint-Sulpice,  p.  5. 


RUE  DES  SAINTS-PÈRES.  221 

fr  Au-dessus  se  voyoient  gravées  ses  armoiries.  —  Quinze  jours  on  trois  semaines 
r  après  on  couvrit  de  plâtre  ce  beau  tombeau,  de  peur  que  la  populace,  envieuse 
"de  tels  monuments,  n'achevât  de  le  gasler,  comme  elle  avoit  déjà  commencé,  et 
(T qu'enfin  elle  ne  le  brisât  et  le  rompît  du  tout,  comme  aussi  on  fut  averti  qu'on 
tr  avoit  délibéré  de  le  faire  en  une  nuit,  t» 

Cette  effervescence  fut  apparemment  la  cause  déterminante  de  l'arrêt  du  k  mai, 
qui  autorisa  d'ailleurs  les  protestants  à  établir,  de  l'autre  côté  de  la  rue,  un  nou- 
veau cimetière  dont  nous  parlons  plus  bas. 

On  voyait  jadis,  auprès  de  la  chapelle  Saint-Père,  une  longue  pierre  qui  avait 
nom  tfla  Tunbe  ou  la  Mesure  du  géant  Isoret  '".ti  Cette  prétendue  tombe  du  fa- 
buleux géant  Isore,  auquel  on  prêtait  plusieurs  sépultures  de  même  sorte,  était 
évidemment  un  monument  celtique,  table  de  dolmen  ou  menhir  abattu.  Il  n'y 
est  fait  aucune  allusion  dans  les  titres  de  l'abbaye,  mais,  dans  son  ouvrage  intitulé 
Ohannperialia,  Gcrvais  de  Tilbury,  qui  écrivait  au  commencement  du  xni"  siècle, 
rapporte,  dit  Du  Breul,  qu'il  avait  vu  la  tombe  du  géant  Isoret,  tué  par  saint 
Guillaume,  et  qu'elle  avait  vingt  pieds  de  long,  non  compris  la  partie  correspon- 
dant au  cou  et  à  la  tête  ^'. 

Petite  maison  sans  désignation  (1695),  contiguë  à  la  maison  faisant  le  coin  Enue 

méridional  de  la  rue  Taranne;  elle  devait  occuper  aussi  une  partie  de  l'emplace-  eidlGrenenr 
ment  de  l'ancien  cimetière  des  Lépreux.  Suivant  certain  croquis  qui  existe  dans 
les  archives  de  Saint-Germain  des  Prés  et  a  certainement  eu  pour  base  des  don- 
nées authentiques,  cette  maison,  bien  qu'elle  soit  qualifiée  de  petite  dans  le  cen- 
sier  de  lôgS,  seul  document  du  xvi^  siècle  où  il  en  soit  question,  aurait  été  élevée 
sur  un  terrain  de  vingt-cinq  perches,  baillé  à  Jean  Pinson  le  3o  avril  i53o. 

Clos  dépendant  de  l'iiôlel  du  Sépulcre  et  ayant  sa  principale  entrée  en  la  rue 
du  Dragon. 

Trois  maisons  sans  désignation  en  1567,  dont  l'une  a  porté,  en  iSgô,  l'en- 
seigne du  Cercemi.  Elles  furent  construites  sur  trois  lots  de  terre  baillés,  le  1 9  avril 
i535,  le  premier  à  Pierre  Hiffaut,  maçon;  le  deuxième  à  Israël  Roze,  brodeur, 
et  le  troisième  à  Richard  Carré,  aussi  brodeur.  D'après  le  croquis  dont  il  vient 
d'être  question,  ces  lots  auraient  été  chacun  de  douze  perches  et  demie,  comme 
les  lots  correspondants  de  la  rue  du  Dragon.  Ils  auraient  donc  offert  une  surface 

'"  Du    Breul.    |i.  3.3y. —   Sauvai   dit   ft.   Il,  des  OdVi  »«/>ena/m  publié  par  Leibnilz  (ap.  Scri);- 

p.  67/i)que  de  son  temps  elle  était  disparue.  tores  verum  lirunsvkenisimn ,  l.  1,  p.  881  ,  et  t.  II, 

"  "Nos  vidimus  sepulcrumlsoreti,  in  suburhio  p.  75i),  et  peut-être  n'était-ce  qu'une  glose  du 

fParisiensi.  vigintippdesinlongiini  babens,pra;ter  chapitre  lxxih   de  la   (roisiènie  partie;  dans  ce 

"cervicemetcapul.  OuemSanctusGuilIcrmuspere-  chapitre,  intitulé  De  eqmnocepludis ,   il  est  parlé 

"mil.  1  Cette  phrase,  empruntée  à  un  manuscrit  du  d'hommes  dont  les  cuisses  auraient  atteint  douze 

collège  «le  Navarre,  ne  «e  trouve  pas  dans  le  texte  pieds  de  longueur. 


222  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

totale  de  trois  cent  trente-sept  toises,  clnffre  un  peu  inférieur  à  la  réalité.  Dans 
les  censiers,  au  contraire,  la  superficie  indiquée  est  de  plus  de  trois  quartiers,  ce 
qui  pai-aît  être  une  exagération  considérable.  De  la  teneur  des  censiers  nous 
croyons  d'ailleurs  devoir  conclure  que,  vers  le  milieu  du  xvi''  siècle,  la  deuxième 
propriété  avait  déjà  été  élargie  aux  dépens  de  la  première;  il  subsiste  encore  des 
traces  de  cet  état. 

Partie  postérieure  de  trois  maisons  qui  avaient  leur  entrée  principale  rue  du 
Dragon ,  et  dont  la  dernière  faisait  le  coin  de  la  rue  de  Grenelle. 

CÔTÉ  OCCIDENTAL. 

PAROISSE   SAINT-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Entie  Place  avec  masube  (iSgS),  contiguë  à  la  maison  faisant  le  coin  de  la  rue  de 

les  rues  ^e  Giene  e  Q,.gjjg]]g  g„  1628,  c'était  uu  jardin  dépendant  d'une  maison  de  cette  rue. 
Saint-Dominique.        Maison  saus  désiguatiou  (i5/i3),  doiit  les  limites  vers  le  midi  ont  subi  des  mo- 
difications que  nous  ne  pouvons  piéciser. 

Maison  sans  désignation  (i563),  qui  renfermait  deux  corps  d'hôtel  en  lôgS, 
et  dont  faisait  alors  partie  un  grand  jardin  en  bordure  sur  la  rue  des  Rosiers 
(Saint-Guillaume).  Ce  jardin  dépendait  déjà  de  la  maison  en  ibk'6,  car  on  lit, 
dans  le  censier  de  cette  année,  que  Jérôme  Dupuis  avait  augmenté  sa  propriété 
de  quarante-six  perches  de  terre,  étendue  qui  équivaut  à  la  superficie  du  jardin. 
La  maison  séparée  du  jardin  s'appelait  l'hôtel  de  Cossé,  à  la  fin  du  wii""  siècle, 
parce  que,  dit  Piganiol,  elle  fut  bâtie  par  Marie  de  Cossé,  veuve  du  maréchal 
Charles  de  la  Porte  de  la  Meilleraie.  En  1701 ,  l'hôtel  fut  vendu  au  maître  des 
requêtes  Charles  Pécoil,  dont  la  fille  épousa  le  duc  de  Brissac,  ce  qui  fit  donner 
ce  dernier  nom  à  l'hôtel. 

L'hôtel  de  Cossé  et  les  deux  maisons  précédentes  furent  élevés  sur  trois  lots  de 
terre,  énoncés  comme  contenant  un  quartier  chacun"*,  que  l'abbaye  bailla  à 
bâtir,  le  premier  à  Jean  Hénart,  en  1699;  le  deuxième  à  Robert  Cosson,  le 
19  février  1629,  et  le  troisième  à  Jean  Cosson,  fils  de  Robert,  le  1  3  juillet  i53o. 

Maison  sans  désignation  (lôgB),  qui,  en  1687,  appartenait  au  marquis  de 
Vaires.  La  partie  postérieure  de  cette  maison  a  servi  à  l'agrandissement  de  l'hôtel 
de  Pons. 

'''  Ces  indications  de  superficie  semblent  être  au  surplus,  qu'en  i543  la  maison  qui  devint 
autant  au-dessous  de  la  réalité  que  celles  que  nous  l'hôtel  de  Cossé  est  dite  contenir  un  denii-arpent, 
venons  de  sig'naier  sont  au-dessus.  Nous  observons,        énonciation  exacte  à  très-peu  près. 


RUE  DES  SAINTS-PÈRES.  223 

Maison  sans  désignation  (iSgB).  Elle  était  de  la  même  ttprisen  que  la  suivante, 
et,  en  1 096 ,  elle  appartenait  au  même  propriétaire. 

Maison  sans  désignation  (i5ùo),  bâtie  par  Robert  Beaugrand  sur  un  demi- 
arpent  de  terre  pris  à  bail  de  l'abbaye,  le  2  mars  iSag.  En  15^7,  elle  étaitpos- 
sédée  par  Louis  Vachot,  président  de  la  Chambre  des  monnaies,  et,  vers  iSgB, 
parla  demoiselle  Tristan  et  le  sieur  du  Plessis,  qui  la  tenaient  du  médecin  Fron- 
tebeuf;  elle  aboutissait  alors  à  la  rue  des  Rosiers.  Dans  le  censier  de  1628,  elle 
est  (|ualifîée  de  tr jardin, n  dit  appartenir  au  maître  maçon  Salomon  de  la  Fond''', 
dont  la  veuve,  Marie  Loiseleur,  le  céda  à  un  abbé  de  Saint-Thierry.  Celui-ci,  avant 
acquis  la  maison  précédente,  fit  construire  sur  l'emplacement  des  deux  propriétés 
un  hôtel  qu'il  vendit,  le  20  juin  i643,  àM.  deCreil,  auquel  l'hôtel  fut  acheté  par 
la  duchesse  de  Villars  en  iGSS.  En  1687,  c'était  l'hôtel  du  marquis  de  Cavoye, 
grand  maréchal  des  logis  de  la  maison  du  roi,  et,  en  1769,  l'hôtel  de  Pons. 

PnoPBiÉTÉ  AVEC  GRANGE,  dite,  cu  i563,  appartenir  également  à  Louis  de  Va- 
chot. En  1695,  elle  formait  deux  petites  habitations. 

Maison  sans  désignation  (1596),  qui,  en  1628,  se  trouvait  absorbée  dans  la 
suivante.  Cette  maison  et  la  précédente  paraissent  avoir  été  construites  sur  les 
deux  moitiés  d'un  quartier  de  terre  baillé  à  J.  Doillet  vers  1529. 

Maison  sans  désignation  (i563),  faisant  le  coin  méridional  de  la  rue  Saint- 
Dominique.  En  1628,  unie  à  la  précédente,  elle  était  possédée  par  M.  de  Va- 
nelli,  qui  l'augmenta  d'une  place  de  quarante  toises,  achetée,  le  5  mai  i638,  de 
la  veuve  Salomon  de  la  Fond.  Elle  appartint  ensuite  au  nommé  Thomas  Canta- 
rini,  qui  la  vendit,  le  5  juillet  1660,  à  Olivier  Selvois.  Marie  de  l'Épinay,  veuve 
de  ce  dernier,  en  retrancha  une  partie,  qu'elle  aliéna  le  22  juillet  iGôS,  et  (jui 
a  formé  la  maison  du  coin  actuel.  Les  quatre  autres  maisons  attenantes,  sur  la 
rue  Saint-Dominique,  proviennent  également  de  morcellements  contemporains 
effectués  aux  dépens  de  l'hôtel  de  Selvois,  que,  vers  la  même  époque,  on  appe- 
lait aussi  hfUel  de Sainl-Simon,  parce  qu'il  était  habité  par  le  fameux  duc  de  Saint- 
Simon,  l'auteur  des  Mémoires.  On  l'a  nommé  ensuite  hôtel  de  la  Force,  après  que 
le  marquis  Nonpar  de  Caumont  la  Force  l'eut  acquis,  le  4  mars  1716,  de  Henri 
de  Selvois,  fils  de  Marie  de  l'Epinay. 

Maison  sans  désignation  (i5n5),  faisant  le  coin  septentrional  de  la  rue  Saint-      Enudesiues 

"  ^         *^     '  _  '      _  .  Sainl-Doniiniqiie 

Dominique,  et  appartenant  à  Georges  Régnier,  fournisseur  de  matériaux  pour        «Hc  quai. 
le  palais  des  Tuilerie»  et  les  fortifications  de  la  ville.  Nous  n'en  avons  rencontré 
d'indication  positive  qu'à  la  fin  du  xvi'  siècle;  mais  elle  dut  être  construite  assez 
longtemps  auparavant,  car  elle  occupait    l'emplacement  d'un   terrain  de  cinq 

''  Salomon  de  In  FoikI  dlait  prolftstant  et  poss(;-  Salomon  de  Brosse.  Ces  détails  biographiques  ré- 
dait  une  certaine  notoriété.  Il  eut  un  fils  qui  fui  sultent  de  notes  qui  nous  ont  été  obligeamment 
architecte  du  roi .  et  il  était   lié  lui-même  avec        comnuiniqnëes  par  M.  Cli.  Rend. 


224  TOPOGRAPHIE  HISTOIUQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

quartiers  qu'on  bailla  à  bâtir  à  Jean  Bocberoii,  le  3i  août  i53o,  et  qui  devint  la 
propriété  de  l'orfèvre  Pierre  Delaunay  vers  i563;  il  était  alors  clos  de  murailles. 
Ce  terrain  se  prolongeait  probablement  jusqu'à  celui  où  a  été  établi  le  couvent 
des  Jacobins. 

Maison  avec  moulin  à  vent.  Cette  maison  n'est  point  mentionnée  avant  lôgô; 
mais  le  moulin  à  vent  apparaît  plus  tôt.  Suivant  Jaillot,  il  aurait  existé  dès  i368, 
ce  dont  nous  doutons  fort  "),  car  il  n'en  donne  pas  de  preuve ,  et  nous  voyons  que 
ce  fut  à  charge  de  bâtir  le  moulin  que,  le  22  juin  iBog,  son  propriétaire,  Guil- 
laume Thibaut,  prit  de  l'abbaye,  à  titre  précaire,  le  quartier  de  terre  qu'il  occu- 
pait, travée  son  allée  et  venue  par  le  chemin,  convenable  pour  aller  audict  lieu.n 
Cette  cession  avait  été  faite  en  échange  de  cinq  autres  quartiers  situés  auprès  et 
trie  chemin  passant  parmy.  n  Dans  l'arpentage  de  iSag,  l'enclos  du  moulin  est 
énoncé  contenir  trois  quartiers;  il  paraît  avoir  compris  plus  tard  une  assez  vaste 
étendue  de  terrain.  A  une  date  que  nous  ignorons,  mais  postérieurement  à  i63o, 
les  sieurs  de  Lalauro  acquirent  la  propriété  du  moulin  à  vent;  ils  y  bâtirent  des 
maisons  et  vendirent  diverses  parcelles  de  terrain  à  des  particuliers  qui  y  cons- 
truisirent également. 

La  Voirie  ou  la  Butte.  Le  lieu  où  s'élevait  le  moulin  à  vent  était  le  point 
culminant  du  bourg  Saint-Germain,  de  sorte  qu'on  comprend  facilement  qu'il  ait 
été  appelé  la  Butte.  Cette  désignation,  au  surplus,  implique  sans  doute  que  le 
mamelon  naturel  était  couronné  d'une  éminence,  créée  artificiellement  par  l'ac- 
cumulation des  matières  apportées  à  la  voirie (^).  Celle-ci,  dite  tria  vieille  voyrien 
en  i52  2,  et  /«  voirie  Saint-Germain  en  1 609,  consistait,  vingt  ans  plus  tard,  en 
une  pièce  de  trois  quartiers,  qui  aboutissait  sur  la  rue  des  Saints-Pères.  Elle 
tenait,  vers  le  midi,  à  la  terre  du  moulin;  vers  le  nord,  à  une  autre  pièce  de 
trois  quartiers ,  et  s'étendait  derrière  les  deux,  en  présentant  une  forme  analogue 
à  celle  d'un  T;  du  moins  cette  disposition  résulte  des  détails  de  l'arpentage  de 
1599.  La  voirie  Sainl-Germain  fut  probablement  supprimée  vers  i53o;  aussi, 
dans  un  titre  de  i5/i2,  est-il  parlé  de  fria  Butte  du  moulin  à  vent  où  esloit  an- 
ff  cyennementla  voyerie  dudictSainct  Germain,  d  Quanta  la  Butte  du  moulin,  elle 
dut  être  aplanie  après  l'acquisition  des  sieurs  de  Lalaure.  Elle  avait  pour  limites, 
au  nord,  le  cimetière  des  Huguenots,  et,  au  couchant,  le  noviciat  des  Jacobins, 
qui  est  énoncé  y  tenir.  Mais  il  ne  faut  peut-être  voir  dans  ces  énonciations  qu'un 
renseignement  approximatif.  Au  xvi'^  siècle,  les  environs  du  commencement  de  la 
rue  Saint-Dominique  constituaient  un  territoire  qu'on  nommait  presque  indilTé- 

'''  L'assertion  de  Jaillot  paraît  n'avoir  d'autre  le  dessin  de  i5i8  que  nous  avons  déjà  signalé, 
base  que  la  gravure  de  l'ouvrage  de  D.  Bouillart,  '*'  Dans  un  litre  de  i5.3i ,  il  est  question  de  la 

qui  est  censée  représenter  l'abbaye  et  ses  environs  voirie  à  présent    appeltée   la   Butte.  La  butte  du 

en  i368.  mais  qui  a  été  faite,  en  réalité,  d'après  moulin  semble  donc  n'être  pomt  fort  ancienne. 


RUE  DES  SAINTS-PERES.  225 

remnient  la  Bulle,  la  Pelile  Bulle,  la  Bulle  de  la  Voirie,  la  Petite  Voirie  et  le  Moulin  à 
vent. 

Rue  Saint-Guillaume.  Elle  remplace  un  petit  chemin  par  lequel  on  montait 
au  moulin,  et  dont  nous  n'avons  jamais  trouvé  qu'une  seule  indication;  ce  ren- 
seignement est  fourni  par  un  document  de  ibk'2,  où  il  est  question  d'une  pièce 
de  terre  en  bordure  sur  cr  la  rue  de  devant  Sainct  Père  descendant  à  la  rivière  de 
(rSeyne  (rue  des  Saints-Pères),  —  tenant  d'une  part  à  la  dicte  rue,  d'autre  à  la 
(f  butte  et  voyrie  ;  d'un  bout  (  vers  le  nord)  au  chemyn  par  où  l'on  monte  audict  moulin 
<tà  vent,  et  d'autre  bout  au  chemyn  aux  vaches  allant  à  l'Isleii  (rue  Saint-Domi- 
nique). La  rue  Saint-Guillaume  ne  paraît  ni  avoir  été  bordée  de  maisons  avant 
1620  ou  i63o,  ni  avoir  abouti  antérieurement  à  la  rue  Saint-Dominique.  Elle 
était  appelée  me  de  la  Butte,  sur  un  plan  manuscrit  signalé  par  Jaillot,  et  elle  est 
dénommée  me  ISeuve  dea  Bosiers  dans  le  procès-verbal  de  i636.  11  n'en  est,  du 
reste,  question  ni  dans  le  censier  de  i5g5,  ni  dans  celui  de  1628,  ni  dans  aucun 
acte,  à  nous  connu,  de  la  même  période;  elle  n'est  point  représentée  non  plus 
sur  le  plan  de  Quesnel,  de  sorte  que  l'emplacement  et  la  direction  du  chemin 
auquel  elle  a  succédé  demeurent  fort  incertains. 

Proi-riété  de  sept  (juartiers  (1629),  où,  dès  i563,  Jean  Fraguyer,  conseiller 
au  Cliâtelet,  avait  planté  un  jardin  et  bâti  (tune  petite  maison  à  la  mode  ytal- 
rlienne,fl  avec  un  jeu  de  paume'''.  Attenante  au  Pré-aux-Glercs,  cette  maison 
fut  saccagée  par  les  écoliers  pendant  l'émeute  de  iSiiS;  on  en  morcela  ensuite  le 
terrain,  dont  la  partie  bordant  la  rue  des  Saints-Pères  forma  un  jardin  large  de 
quinze  toises  et  profond  de  vingt-sept,  qui  dépendit  de  l'hôtel  situé  vis-à-vis  et 
appartint  ainsi  à  Jean  de  Sansac,  puis  au  sieur  de  Fontaine-Challandray  et  à  l'or- 
fèvre Joachim  Meurier.  Celui-ci  le  céda  pour  une  somme  de  700  livres  que  lui  paya 
le  trésorier  de  l'épargne ,  suivant  une  ordonnance  délivrée  à  Meurier  le  2  juin  1 60/i. 
Le  terrain  avait  été  mesuré  et  estimé  par  Jean  Fontaine  le  18  mai  précédent,  et, 
par  arrêt  du  Conseil  du  k  de  ce  mois,  il  avait  été  «destiné  pour  la  sépulture  et 
«enterrement  des  corps  de  ceux  de  la  religion  prétendue  réformée;!?  leurs  repré- 
sentants en  furent  mis  en  possession  le  6  du  même  mois'^'. 

Le  cimetière  des  Huguenots  perdit  naturellement  sa  première  destination  à  la 
révocation  de  l'édit  de  Nantes,  et  il  fut  donné  par  moitiés,  le  9  juillet  i685,  à 
l'hôpital  général  et  à  celui  de  la  Charité;  mais  il  demeura  à  ce  dernier  établisse- 
ment, qui  désintéressa  l'autre. 

'■'  Dans  les  environs  de  la  maison  de  Finguyer  '*'  Les  pièces  à  l'appui  se  trouvent  aux  Archives 

<5tail  celle  de  Jean   Gentils,  joueur  d'instrument  nationales,  cart.  SaSSg.  M.  Ch.  Read,  h  qui  nous 

(i543),  maison  dont  une  partie  avait  été  usurpée  les  avons  signalées,  les  a  publiées  dans  le  liulletin 

sur  le  Pré-aux-Clercs.   Nous  ne  pouvons  préciser  de  la  Société  de  l'histoire  du  protestantisme ,  t.  XII, 

remplacement.  p.  36  et  suiv. 

III.  »9 


2-26  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

L'OSERAIE.  Le  5  septembre  i3i/4,  l'abbaye  bailla  à  Etienne  de  Seniis  une 
pièce  de  terre  contenant  trois  arpents,  dite  l'Oseraie,  et  située  sur  le  fossé  du  Pré- 
aux-Clercs, au  bout  des  murs  de  la  Courtille  des  moines.  Dans  un  autre  bail  do 
i356,  la  même  pièce  est  indiquée  comme  tenant  d'une  part  au  Pré-aux-Glercs, 
et  d'autre  part  à  la  voie  des  Vaches  (rue  Saint-Dominique);  le  censier  de  i355 
énonce  en  outre  la  cr  pièce  de  terre  . . .  laquelle  on  appelle  l'Oseroye  . . .  tenant  d'une 
ff  part  à  la  voye  aux  Vaches,  d'aultre  au  Pré  aux  Clercs,  aboutissant  d'un  bout  aux 
ctmurs  de  la  Courtille  dudit  Saint  Germain''),  n  Ainsi,  la  terre  de  l'Oseraie  était 
comprise  entre  le  Pré-aux-Clercs,  la  rue  Saint-Dominique  et  la  rue  des  Saints- 
Pères;  par  conséquent  la  Butte  en  faisait  partie.  Au  xv!*^  siècle,  elle  en  était  dis- 
tinguée, et  le  territoire  de  l'Oseraie,  sur  la  rue  des  Saints-Pères,  se  bornait  à 
l'emplacement  de  la  maison  de  J.  Fraguyer.  Les  locutions  fren  l'Oserayen  et  ff  sur 
ffle  Pré-aux-Clercs fl  étaient  alors  employées  fréquemment  comme  synonymes,  et 
il  semble  que  le  nom  de  l'Oseraie  se  donnait  parfois  plus  spécialement  au  voisi- 
nage du  Pré-aux-Clercs,  non  confondu  avec  les  terrains  longeant  la  rue  Saint- 
Dominique.  Cette  interprétation  résulte  de  divers  textes,  et,  entre  autres,  du 
passage  suivant  d'un  titre  de  1 53 1  :  tf  arpent  . . .  aboutissant  d'un  bout  à  l'Oseraye , 
ff  d'aultre  au  chemin  des  Treilles  t5  (rue  Saint-Dominique).  Toutefois  il  était  plus 
ordinaire  de  considérer  le  territoire  de  l'Oseraie  comme  borné  par  la  rue  Saint- 
Dominique;  on  écrivait  donc  tr arpent  en  l'Ouzzeraye,  tenant ...  au  Pré-aux-Clercs, 
«et  d'autre  bout  au  chemin  aux  Vaches ^i  (i6i5);  tr pièce  de  terre,  à  l'Oseraye, 
ff aboutissant  d'un  bout  au  chemin  des  Treilles n  (iBSi),  etc. 

Aussi  bien,  ce  que  le  territoire  de  l'Oseraie  avait  perdu  sur  la  rue  des  Saints- 
Pères,  il  le  regagna  largement  vers  le  couchant,  dans  la  direction  duquel  il  finit 
par  s'étendre  assez  pour  atteindre  le  canton  de  la  Petite-Seine  :  plusieurs  docu- 
ments mentionnent  le  lieu  crdict  la  Petite  Seyne,  aultrenient  dicte  l'Oseroye  w 
(i527,  i533,  etc.).  Ce  lieu,  oii  les  deux  climats  se  confondaient,  était  placé  à  la 
hauteur  de  l'extrémité  du  Pré-aux-Clercs,  à  8oo  mètres  au  moins  de  la  rue  des 
Saints-Pères. 

Au  commencement  du  xvn*'  siècle,  après  le  jardin  de  J.  Meurier  on  ne  rencon- 
trait plus  jusqu'à  la  Seine  que  des  terres  dépourvues  de  constructions,  c'est-à- 
dire  le  Pré-aux-Clercs  et  des  champs  ou  des  jardins. 

'''  Sous-entendu  :  le  clieinin  entre  deux. 


RUE  DU  POT-DE-FER.  227 

RLE   DU   POT-DE-FER 

(actuellement  partie  méridionale  de  la  rue  Bonaparte). 

La  rue  du  Pot-de-Fer  commençait  à  la  rue  du  Vieux-Colombier  et  finissait  à 
la  rue  de  Vaugirard. 

C'était  aussi,  probablement,  une  des  ruelles  Saint-Sulpice;  mais  nous  n'en 
avons  jamais  eu  la  preuve.  Jaillot  assure  que,  dans  des  actes  du  xv"  siècle,  elle  est 
désignée  par  la  formule  :  ruelle  tendant  de  la  rue  du  Colombier  à  Vigneray. 
Nous  n'avons  point  retrouvé  ces  actes;  toutefois  il  n'est  point  douteux  que  la 
locution  rapportée  par  Jaillot  ait  été  en  usage,  puisqu'elle  est  reproduite  dans  des 
documents  postérieurs.  La  rue  du  Pot-de-Fer  est  effectivement  énoncée,  dans  le 
censier  de  iSaS,  cruelle  qui  tend  de  la  rue  du  Colombier  à  Vigneray,  appellée 
tria  ruelle  Henri  du  Verger. -n  Dans  le  censier  de  iB/iS,  elle  est  désignée  ainsi  : 
trchemyn  par  lequel  on  va  à  la  maison  qui  fut  Henry  du  Vergier.  t»  Henri  du  Ver- 
ger, maître  boulanger,  mort  entre  1 698  et  1 5 1  o ,  possédait  plusieurs  maisons  dans 
la  rue,  et  même  il  était  le  seul  qui  y  en  possédât;  son  nom  a  donc  été  donné  tout 
naturellement  à  la  rue,  qu'on  énonçait  encore  rtte  Henry  du  Verger  en  i656. 
Néanmoins  on  disait  de  préférence  alors  rue  du  Verger,  et  celte  dénomination  ligure 
dans  les  titres  jus(|u'en  1696.  On  lit  dans  le  censier  de  i595  :  cr  petite  ruelle 
rr  appellée  du  Verger,  v  et  dans  celui  de  1  628  :  a  rue  du  Pot  de  Fer,  dicte  du  Verger,  r 
Le  censier  de  1687  contient  une  note  exprimant  que  la  rue  du  Pot-de-Fer  s'ap- 
pelait anciennement  la  ruelle  des  Champs;  le  fait  n'est  point  invi-aisemblable;  mais, 
comme  nous  l'avons  fait  remarquer  ailleurs,  nous  avons  constaté  que  l'unique 
rue,  ou  ruelle  des  Champs,  qui  soit  maintenant  mentionnée  dans  les  archives 
de  l'abbaye,  se  confond  avec  la  rue  du  Vieux-Colombier.  Le  voisinage  de  cette 
dernière  rue  a,  d'ailleurs,  fait  donner  parfois  à  la  rue  du  Pol-de-Fer  le  nom  de 
«ruelle  du  Coulombier^  (i53/i-i  5^3).  Sauvai  affirme  qu'elle  commençait  de  sou 
temps  à  «prendre le  nom  de  rue  des  Jésuites,  à  raison  de  leur  noviciat;  a  mais  nous 
n'avons  rencontré  la  preuve  de  cette  assertion  que  dans  un  seul  document,  d'où 
il  faut  conclure  que  cette  dénomination  populaire  a  été  peu  usitée. 

La  liste  des  rues  donnée  par  Corrozet  contient  l'indication  d'une  certaine  «  rue 
(tdes  Jardins,  près  Saint-Sulpice,  -o  que  Jaillot  identifie  avec  la  rue  du  Pot-de-Fer. 
Il  y  avait  effectivement  des  jardins  dans  la  rue  du  Pot-de-Fer,  et  une  confusion  a 
pu  naître  dans  l'esprit  du  vulgaire,  par  suite  de  la  synonymie  des  mots  vei-ger  et 
jardin.  Nos  recherches  ne  nous  ont  fourni  aucun  renseignement  sur  ce  point;  elles 
ne  nous  ont  pas  appris  non  plus  où  était  placée  l'enseigne  du  Pot-de-Fer  qui  a 
donné  à  la  rue  sa  dernière  dénomination.  Au  reste,  de  toutes  les  petites  voies  des 
environs  de  Saint-Sulpice,  la  rue  du  Pot-de-Fer  est  celle  sur  laquelle  il  existe  le 

"9- 


228  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

moins  de  documents  anciens,  car,  par  une  fatalité  surprenante,  le  censier  de 
iSgS  a  perdu  le  feuillet  qui  s'y  rapportait,  et  les  archives  du  noviciat  des  Jé- 
suites, d'oii  nous  aurions  tiré  sans  doute  quelque  éclaircissement,  sont  disparues. 
Le  nombre  et  l'emplacement  précis  des  maisons  de  la  rue  du  Pot-de-Fer  ne  se 
révèlent  à  nous  qu'au  temps  de  Louis  XIII. 

CÔTÉ    ORIENTAL. 


PAROISSE   SAINT-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Maison  attenante  à  celle  du  coin  de  la  rue  du  Vieux-Colombier,  sans  désigna- 
tion en  1628,  puis  ayant  eu  l'enseigne  de  la  Fontaine  (i65i);  elle  le  devait  ap- 
paremment au  brasseur  Jean  de  la  Fontaine,  qui  en  était  propriétaire  vers  1628. 
Cette  maison  provenait  du  morcellement  d'une  des  propriétés  contiguës,  et  fut 
absorbée  dans  les  bâtiments  du  séminaire  Saint-Sulpice ,  par  les  directeurs  duquel 
elle  fut  achetée  le  i5  mars  i655.  Sa  superficie  était  de  quatre-vingts  toises. 

Maison  sans  désignation,  dite,  en  iBgô,  appartenir  à  ff  M.  de  Hèves,  secrétaire.  •« 
En  1687,  on  l'appelait  l'hâtel  de  Saint-Quentin. 

Maison  sans  désignation,  bâtie  sur  une  place  de  onze  toises  et  demie  de  large, 
cédée,  le  26  janvier  168/4,  par  Pierre  de  Brion  au  chanoine  de  Notre-Dame,  Pierre 
de  Montreuil.  Elle  fut  donnée  au  séminaire  le  3i  mars  1682. 

Partie  postérieure  de  la  grande  maison  du  président  Brion.  (Voir  Rue  Férou.) 

Maison  sans  désignation,  faisant  le  fond  du  cul-de-sac  Férou,  et  contiguë  au 
jardin  du  coin  de  la  rue  de  Vaugirard.  Les  Jésuites  l'achetèrent,  le  3  décembre 
1689,  de  M*"  François  Robert  de  Montry,  qui  l'avait  bâtie  sur  une  place  par  lui 
acquise  du  président  Brion,  le  29  avril  i638.  Cette  place,  ainsi  que  l'emplace- 
ment de  toutes  les  maisons  précédentes,  provenait  du  morcellement  de  la  grande 
maison  de  Henri  du  Verger,  s'étendant  jusqu'à  la  rue  du  Vieux-Colombier. 

CÔTÉ    OCCIDENTAL. 


PAROISSE   SAINT-SLLPIGE. 
JUSTICE 

Entre  ET  CENSIVE  DE   L'ABBAYE. 

les  rues  de  Vaugirard 
el 

Honoré-cbcvaiier.        Dë\}\  MAISONS  saus  désignation  (1G28),  dont  la  première  était  contiguë  à  la 


RUE  DU  POT-DE-FER.  229 

maison  du  coin  de  la  rue  de  Vaugirard  et  la  seconde  appartenait  aux  Mathurins. 
Maison  sans  désignation  (1628),  faisant  le  coin  de  la  rue  Honoré-Chevalier, 
et  appartenant  aux  Jésuites.  Nous  n'avons  trouvé  aucun  document  du  xv!*"  siècle 
relatif  à  ces  maisons,  qui,  très-probablement,  étaient  des  morcellements  de  celle 
du  coin  de  la  rue  de  Vaugirard.  En  1629,  l'emplacement  de  toutes  ces  maisons 
était  occupé  par  un  jardin  appartenant  à  M"  Michel  Raimbaut. 


lues 
Honoré-Chevalier 


HÔTEL  DE  MÉZIÈRES,  faisant  le  coin  septentrional  de  la  rue  Honoré-Cheva-      Kntreies 
lier  et  l'angle  méridional  de  la  rue  de  Mézières.  (Voir  à  l'article  de  cette  dernière     et  de  Mczièrc 
rue.) 

Grande  maison  sans  désignation  (1628),  faisant  le  coin  septentrional  de  la  rue  ^"^'^ 

.  '  Tii  •  ^"^  rues  de  Méiière 

de  Mézières,  et  aboutissant  en  partie  sur  la  rue  du  Gindre.  Elle  appartenait  en  et 

1628  à  Robert  de  Montry,  et  occupait  l'emplacement  d'une  autre  construction  '  '  "^  '"""  ' 
connue,  au  temps  de  François  l",  sous  le  nom  de  maison  aux  Firelins.  Celle-ci 
avait  été  élevée,  vers  le  commencement  du  xvi^  siècle,  sur  un  arpent  de  terre 
labourable,  par  Jean  du  Verger,  et,  après  la  mort  de  ce  dernier,  elle  était  passée 
à  son  épouse  Jeanne  Firelin  [alias  Filletin  et  Fizelin),  puis  aux  héritiers  de  cette 
femme.  Il  est  probable  qu'elle  formait  primitivement  l'encoignure  des  rues  de 
Mézières  et  du  Gindre.  Dès  lô/iy,  elle  était  divisée  en  deux  maisons,  dont  une 
appartenait  à  Nicolas  Pot,  marchand  boucher,  et  l'autre  à  la  veuve  Grand-Jean 
Boutevillain. 

Maison  sans  désignation  (1G28),  contiguë  à  la  maison  du  coin  de  la  rue  du 
Vieux-Colombier,  et  en  ayant  fait  partie  dans  la  première  moitié  du  xvi^  siècle. 


RUE   MONSIEUR-LE-PRIÎSCE 

ET 

RUE  DES  FRANCS-BOURGEOIS. 

La  rue  Monsieur-le-Prince  commençait  à  la  rue  de  Condé  et  finissait  à  la  rue 
des  Francs-Bourgeois,  qui  en  formait  la  continuation.  Celle-ci  commençait  au 
droit  de  la  rue  de  Vaugirard  et  finissait  à  la  rue  d'Enfer.  Les  deux  rues,  qui  ont 
été  récemment  réunies  sous  une  dénomination  unique,  étaient  bien  rarement  dis- 
tinctes l'une  de  l'autre  avant  la  seconde  moitié  du  xvii-^  siècle.  Elles  formaient  une 
voie  qui,  longeant  le  fossé  de  la  ville,  a  été  appelée  successivement  :  tr  voirie  qui 
trva  à  la  porte  Saint  Michel  (1^19);  «chemin  de  dessus  les  fossez,  par  lequel 
«on  va  à  Saint  Germain  des  Présfl  (i635);   cr chemin  allant  à  la  porte  Sainct 


230  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

ffMichelfl  (i5io);  a  rue  estant  dessus  ies  l'ossezn  (i539);  rc  rue  des  Fossez  d'entre 
(fia  porte  Sainct  Michel  et  celle  Sainct  Germain  t  (lùBg);  a  chemin  sur  les 
T fossez fl  (1579),  et  «rue  des  Fossez n  (1682);  puis,  sous  Louis  XIV,  à  cause 
de  riiôtel  du  prince  de  Condé,  rue  des  Fossés-Monsieur-k-Pnnce ,  et  par  abrévia- 
tion rue  Monsieur-le-Prince. 

Quant  à  la  rue  des  Francs-Bourgeois,  considérée  isolément,  elle  a  été  énoncée 
«•chemin  des  Fossez  qui  va  de  ladite  porte  (Saint-Michel)  au  chemin  de  Saint 
frSulpicen  (iUih);  et  chemin  des  Fossez  par  ofi  l'on  va  à  Saint  Souplicen  (i653); 
frrue  devant  la  porte  Sainct  Michel  r  (1570).  Le  nom  de  rue  des  Francs-Bourgeois 
est  peu  ancien,  car  nous  ne  l'avons  point  trouvé  consigné  dans  les  titres  avant  le 
règne  de  Louis  XIV;  mais  il  a  pu  être  en  usage  antérieurement,  car  le  clos  de  la 
grande  confrérie,  qui  a  motivé  cette  appellation,  est  dit  trie  cloz  des  Francz- 
(t Bourgeois n  dans  le  censier  de  lôaS^'^  Cette  désignation  n'avait  d'ailleurs  au- 
cune raison  d'être,  attendu  que  les  membres  de  la  confrérie  n'étaient  nullement 
exempts  d'impôts,  et  ne  méritaient  point  par  conséquent  qu'on  les  qualifiât  de 
francs  bourgeois. 

CÔTE    ORIENTAL. 

PAROISSE  SAINT-SLLPIGE. 

JUSTICE 

ET   CENSIVE  DU  PARLOIH-AUX-BOURGEOIS, 

Dépendances  de  l'hôtel  de  la  Sybène  ,  faisant  le  coin  de  la  rue  des  Boucheries 
(de  l'Ecole-de-Médecine),  et  s'étendant  sur  trois  places  acquises  de  la  Ville.  La 
première,  qui  était  déjà  aliénée  dans  le  premier  tiers  du  xvi"  siècle,  et  que  Jean 
Lamoureux  vendit,  en  ihU'],  à  Julien  de  Bonacursi,  propriétaire  de  la  maison 
située  en  face,  fut  acquise,  le  2  mai  i56i,  par  Charles  de  Dormans;  elle  était 
large  de  douze  toises,  et  en  olfrait  sept  de  profondeur  d'un  côté  et  quatre  de 
l'autre.  La  deuxième  était  large  de  huit  toises,  et  la  troisième,  mesurant  treize 
toises  et  demie  de  largeur,  avait  une  superficie  de  quatre-vingt-douze  toises  '"^'. 
Celle-ci  fut  prise  à  bail  par  Charles  de  Dormans,  le  18  juin  i56i;  mais  nous 
ignorons  si  elle  n'avait  point  été  aliénée  précédemment.  Vincent  Notaire,  proprié- 
taire de  l'hôtel  de  la  Syrène,  en  posséda  pareillement  les  dépendances,  qu'il 
morcela,  par  une  série  de  transactions  qui  portent  les  dates  du  U  novembre  i6o5  , 
des  22  mars,  6  octobre  1608,  etc.,  et  dont  nous  n'avons  pu  suivre  le  détail. 

C'est  sur  l'emplacement  des  anciennes  dépendances  de  l'hôtel  de  la  Syrèue 

'''  Arcli.  nal.  S  3o59,  f"'-  '^o'  ''"•  —  '^'  ^^  entrevoit  à  peine  l'agencement  de  cette  place. 


RUE  MONSIEUR-LK-PRINCE.  233 

aussi  qu'une  certaine  maison  de  l'Etoile,  mentionnée  en  iByG,  doit  ne  pas  différer 
de  la  maison  du  coin,  laquelle,  probablement,  n'était  point  encore  séparée  de  la 
précédente. 

JUSTICE 
ET  C.EiNSlVE  DE  L'ABBAYE  SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS. 

Toutes  les  maisons  du  côté  occidental  de  la  rue  Monsieur-ie-Prince,  jusqu'au  Entre 

droit  de  la  rue  de  Touraine,  furent  élevées  sur  une  grande  pièce  de  terre  de  '"'"euie'con"dé."" 
quatre  arpents  trois  quartiers  et  demi,  rrappellée  Bel  Aym  (i5  iB-iô-iy),  que 
les  Cordeliers  vendirent  cent  livres  à  Ange  Coignet,  sieur  de  Croix-Fontaine, 
avocat  au  Parlement.  Celui-ci,  ayant  annoncé  l'intention  de  bailler  son  terrain  à 
des  particuliers  pour  qu'ils  y  construisissent,  rencontra,  à  ce  sujet,  une  vive  op- 
position de  la  part  des  religieux  de  l'abbaye,  qui  lui  reprochèrent,  entre  autres 
choses,  de  s'approprier  une  lisière  de  sol  à  eux  appartenant  et  large  de  trois  à 
quatre  pieds.  L'affaire  se  termina  par  un  accord  du  i"^''  août  1 5 1 5  ,  suivant  lequel 
Coignet  s'engagea  à  payer  aux  moines  une  rente  annuelle  de  six  sous  parisis,  et 
fut  libre  ainsi  de  procéder  à  l'aliénation  de  sa  propriété. 

Grwde  maison  sans  désignation  en  i5A3,  puis  de  lImage-Notre-Dasie  (162 8), 
faisant  le  coin  septentrional  de  la  rue  de  Vaugirard.  Elle  paraît  être  la  même  que 
le  ffgrant  liostel  de  Bel  Ayr.  -n  mentionné  en  16/17,  ^^  ^^^  élevée  sur  un  jardin  ou 
place  vide  baillée,  en  i53i,  par  Ange  Coignet  à  Pierre  Jacquin,  principal  du 
collège  de  Calvi.  Ce  jardin  mesurait  vingt-sept  toises  sur  la  rue  de  Vaugirard, 
vingt-deux  toises  sur  la  rue  Monsieur-le-Prince ,  vingt  toises  cinq  pieds  et  sept 
toises  un  pied  dans  les  deux  autres  sens. 

Maison  sans  désignation  en  16^7,  puis  jeu  de  paume  du  Beau-Begard  (i56o- 
1687),  où  il  y  avait  une  académie  en  1726.  Elle  semble  avoir  eu,  dès  16^7,  des 
dépendances  sur  la  rue  de  Vaugirard,  et  fut  élevée  sur  une  place  cédée  par 
Ange  Coignet  au  coutelier  Georges  Mêlais,  le  3ojuin  i5i8. 

Maison  sans  désignation  en  i53i,  puis  jeu  de  paume  de  s  Bel  Estât  n  (Bel-Ebat) 
(1567)  et  DU  Petit-Benard  (1628-1687),  élevée  sur  un  lot  de  terre  cédé  par 
Ange  Coignet  à  Nicole  Aubry,  avant  l'année  1619. 

Maison  sans  désignation  en  i53i,  puis  jeu  de  paume  de  la  rtCirÉ  de  Jhe'rusalem  n 
(15^6-1687).  Vers  17Û0,  réunie  à  la  suivante,  elle  renfermait  encore  un  jeu  de 
paume. 

Maison  sans  désignation  (  1  53 1). 

Maison  sans  désignation  (i53i),  bâtie  sur  une  place  large  de  quatre  toises  et 
profonde  de  dix-sept  et  demie,  baillée,  le  10  janvier  1627,  à  Bichard  Le  Tort, 
tailleur.  Elle  fut  acquise,  le  18  août  1703,  par  le  prince  de  Condé.  et  servit  à 
agrandir  son  hôtel,  dans  lequel  elle  fut  englobée,  de  sorte  qu'on  n'en  retrouve 


234  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

aucun  plan.  Même  défaut  d'indication  pour  les  maisons  suivantes  qui  ont  été 
pareillement  abattues  pour  l'accroissement  de  l'hôtel. 

Maison  sans  désignation  en  i53i,  puis  jeu  de  paume  de  Plaisance  (  i  B/iy-iGgo), 
acquis  par  le  prince  de  Condé,  le  12  avril  1707.  Cet  établissement  paraît  être 
le  même  que  le  jeu  de  paume  de  la  Queue-de-Renard ,  mentionne  en  iSgB. 

Maison  sans  désignation  (i53i),  acquise  par  le  prince  de  Condé,  le  aa  août 

1699.  Nous  n'avons  vu  aucun  plan  de  cette  maison,  ni  de  celles  que  nous  énon- 
çons à  la  suite  et  qui  ont  été  également  réunies  à  l'hôtel  de  Condé;  il  n'est  donc 
pas  possible  d'en  indiquer  les  dimensions. 

Maison  sans  désignation  (i53i),  acquise  par  le  prince  de  Condé  le  19  août 

Maison  sans  désignation  en  1 53  1,  puis  du  Saint-Esprit  (1628),  acquise  par 
le  prince  de  Condé  le  i'"'  juin  1705. 

Maison  sans  désignation  (i53i),  acquise  par  le  prince  de  Condé  le  k  sep- 
tembre 1700. 

Maison  sans  désignation  (i53i),  acquise  par  le  prince  de  Condé  le  17  août 

1700.  Cette  maison  et  les  quatre  précédentes  étaient  tren  masuren  dans  les  der- 
nières années  du  xvi*^  siècle. 

Plusieurs  maisons  sans  désignation  (i53i),  qui  lurent  la  propriété  du  cardinal 
de  Tournon,  et  qui,  dès  iBgo,  ainsi  que  les  deux  suivantes,  appartenaient  à 
M.  de  Gondi,  comme  on  le  voit  par  le  censier  de  ladite  année.  Elles  y  sont  énon- 
cées, en  effet,  dans  un  seul  article,  sans  détails,  peut-être  parce  qu'elles  ne  for- 
maient, en  réalité,  qu'une  seule  maison  divisée  en  plusieurs  corps  d'hôtel.  Avant 
1699,  l'hôtel  de  Condé  ne  s'étendit  point,  dans  la  rue  Monsieur-le-Prince  et  vers 
le  midi,  au  delà  de  l'emplacement  occupé  par  ces  maisons. 

Maison  sans  désignation  (i53i),  qui  fut  absorbée  dans  l'hôtel  de  Gondi.  Coignet 
l'avait  bâtie  sur  un  emplacement  qu'il  s'était  réservé  dans  la  vente  de  son  terrain. 

Maison  sans  désignation  (1023),  dont  l'emplacement  a  été  compris  le  dernier 
dans  l'hôtel  de  Condé.  Elle  fut  biUie  sur  un  terrain  mesurant  quatre  toises  de 
largeur  et  vingt  de  profondeur,  et  fut  baillée  par  Coignet  à  Nicolas  Lourdel,  en 
i5io? 

Maison  avec  jeu  de  paume  (1 53 1  ) ,  ayant  pour  enseigne  la  «  Chiche  Face  ti  (  1  595). 
En  1628,  elle  était  unie  à  la  maison  correspondante  de  la  rue  de  Condé.  Elle 
fut  aussi  achetée  par  le  prince  de  Condé,  et  probablement  en  même  temps  que 
la  suivante. 

Maison  avec  jeu  de  paume,  sans  désignation  en  1822,  puis  de  la  Salamandre 
(156/1-1628).  Elle  avait  été  bâtie  sur  un  terrain  large  de  liuit  toises  et  profond 
de  dix-sept  toises  quatre  pieds,  cédé  par  Etienne  Taboullart  à  Jacques  Testelin, 
le  7  juillet  i5i6.  Le  prince  de  Condé  en  fit  acquisition  le  5  juillet  1703. 

Jardin  (i53i),  puis  maison  du  Griffon  (iSgS).  En  1628,  cette.j[naison  dépendait 


RUE  DU  SABOT.  235 

de  celle  de  la  rue  de  Condé  à  laquelle  elle  aboutissait,  et  fut  achetée  par  le  prince 
de  Condé  au  mois  de  décembre  1708.  Elle  avait  été  élevée  sur  deux  pièces  de 
terre  cédées,  le  1  0  mai  1 5 20,  par  la  veuve  de  Gilles  Liénard  à  M"  Pierre  François, 
dit  de  Colonia,  chanoine  de  Saint-Benoît.  La  première  de  ces  pièces,  qui  avait  été 
baillée  le  22  novembre  i5i5  à  Jacques  L'Héritier,  avait  environ  quinze  toises  et 
six  pouces  de  profondeur  sur  quatre  toises  un  pied  de  largeur;  la  seconde,  un 
peu  moins  profonde,  était  large  de  cinq  toises.  Toutes  les  deux  aboutissaient  à  la 
propriété  de  Durant  Parques,  ce  qui  nous  a  permis  d'en  restituer  l'emplacement. 

Jardim  (i53i),  puis  maison  sans  désignation  (i543),  qui  fut  achetée,  le  18  fé- 
vrier 1705,  par  le  prince  de  Condé.  C'est  la  dernière,  dans  cette  direction,  que 
ce  personnage  ajouta  à  son  hôtel.  Elle  constituait  l'extrémité  de  la  pièce  de  terre 
d'Ange  Coignet,  et  contenait,  en  1628,  cent  trente  toises  de  superficie.  Une  partie 
du  terrain  qu'elle  occupait  était  formée  d'une  place  de  douze  toises  de  profon- 
deur sur  cinq  toises  un  pied  de  largeur;  cette  place,  contiguë  aux  terrains  dont 
nous  venons  de  parler,  avait  été  baillée  en  même  temps  à  de  Colonia,  et  aboutissait 
à  la  maison  du  Petil-Ecu-de-France.  Au  même  lieu  avait  existé  un  lot  de  quatorze 
toises  de  largeur,  baillé  par  Coignet  à  Jean  Yve,  le  20  novembre  i5i6. 

Deux  jardins  (16^7)  dépendant  de  la  maison  du  Riche-Laboureur,  faisant  le 
coin  de  la  rue  de  Condé.  En  1628,  à  la  place  de  ces  jardins,  il  y  avait  des  cons- 
tructions formant  la  partie  postérieure  de  deux  maisons  ayant  leur  entrée  par  la 
rue  de  Condé. 


RUE   DU   SABOT 

(faisant  AUJOURD'HUI  PARTIE   DE   LA   RUE  BERNAHD-PALISSY  ). 

La  rue  du  Sabot  commence  à  la  rue  du  Four  et  finit  à  la  rue  du  Dragon. 

Cette  petite  rue,  assez  rarement  mentionnée  à  cause  de  son  peu  d'importance, 
apparaît  pour  la  première  fois  dans  un  titre  de  1/168,  où  elle  est  énoncée  tr  ruelle 
a  qui  va  en  la  rue  du  Four.'»  Au  xvi*  siècle,  on  l'appelait  «rue  Copieuses  (iSaS, 
i53i,  etc.),  à  cause  du  clos  Copieuse,  qui  formait  une  de  ses  encoignures.  Dans 
le  censier  de  i53i,  elle  est  appelée  a  petite  ruelle  qui  descend  du  chemin 
ffdudicthostel  du  Sépulchre  à  la  rue  du  Four,^  et  dans  le  censier  de  iBgS,  rtrue 
ffde  l'Arpenteur. D  Ce  dernier  vocable  n'a  jamais  été  signalé,  et  nous  ne  l'avons 
point  rencontré  ailleurs.  Le  nom  de  rue  du  Sabot  ne  commence  à  être  employé 
dans  les  actes  qu'à  l'époque  de  Louis  Xlil,  bien  que  l'enseigne  du  Sabot,  d'oii  H 
provient,  soit  beaucoup  plus  ancienne.  La  rue  du  Sabot  doit  se  confondre  avec 
une  certaine  rue  Saunel-le-Breton,  dont  les  auteurs  ne  parlent  point  non  plus,  et 

3o. 


236  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

qui  est  indiquée  dans  un  titre  du  22  juin  i5i8.  H  nous  paraît,  en  effet,  impos- 
sible d'interpréter  autrement  le  passage  de  ces  pièces  où  il  est  question  d'une 
maison,  que  nous  connaissons  d'ailleurs,  qui,  ayant  sa  façade  sur  la  rue  de 
l'Égoiit  et  faisant  le  coin  de  la  rue  du  Four,  aboutissait  par  derrière  a  à  quelzques 
ff  myneurs,  avec  un  aultre  petit  jardin  joignant  en  la  rue  Saunet  le  Breton.^  A  la 
date  de  1728,  on  trouve  la  mention  suivante  :  «rue  appellée  aux. Vaches,  autre- 
(t  ment  dite  du  Sabot,  -n 

Une  seule  propriété  avait  son  entrée  principale  dans  la  rue  du  Sabot  :  c'était 
un  petit  jardin  (iBaS),  remplacé  plus  tard  par  une  petite  maison,  qui,  située  du 
côté  oriental  de  la  rue,  séparait  l'hôtel  de  Taranne  de  la  maison  faisant  le  coin 
de  la  rue  du  Four.  Ce  jardin,  dépendant  probablement  de  la  maison  du  Sabot,  est 
celui  auquel  il  fait  allusion  dans  le  document  énonçant  la  rue  Saunet-le-Breton. 


RUE   DE    SEINE. 

La  rue  de  Seine,  prolongée  en  1812  jusqu'à  la  rue  de  Tournon,  commençait 
auparavant  à  la  rue  de  Bussy,  et  elle  a  toujours  fini  au  quai  Malaquais. 

La  principale  destination  de  la  rue  de  Seine  était  de  conduire  les  habitants  du 
bourg  Saint-Germain  et  du  quartier  Saint-André  au  port  de  Nesle,  et,  subsidiai- 
rement,  au  Petit-Pré-aux-Clercs.  Confondue  avec  une  partie  de  la  rue  de  Bussy, 
elle  est  énoncée,  dans  une  charte  de  1269,  viens  per  quem  itur  ad  Secanam;  puis, 
dans  les  documents  postérieurs,  «chemin  par  lequel  on  va  de  ladicte  abbaye  à 
tf  icelle  rivière  T)  (  iTiZig);  a  chemin  allant  au  Pré  aux  Clercs  et  à  la  rivières  (1  5io); 
ff  chemin  qui  va  de  Sainct  Germain  à  la  rivières  (1529);  ff  chemin  qui  tend  de 
ff  ladicte  rue  (de  Bussy)  aux  Prés  aux  Clercs  a  (i522);  ffchemyn  de  la  Rivière  n 
(  1  5 2 8 )  ;  «  chemin  du  Port  11(1529);  «  cliemin  du  Port  aux  Passeurs  ti  (  1  5 3 o ) ,  et 
ff  chemin  de  l'Ahruvoir,  de  présent  appelle  la  voye  de  Seine  n  (i53i).  Dans  un 
acte  de  i52i,nous  lisons  «rue  de  Seyne,  nouvellement  ainsi  nommée;T!  cepen- 
dant il  y  avait  plus  de  trente  ans  que  l'appellation  était  en  usage,  puisque  nous 
l'avons  rencontrée  dans  une  transaction  de  1^89. 

Du  côté  occidental  de  la  rue  de  Seine,  entre  les  rues  de  Bussy  et  du  Colombier, 
il  y  avait  des  constructions,  c'est-à-dire  une  tuilerie,  dès  le  xiv'=  siècle,  et  plus 
bas,  à  la  même  époque,  la  voie  paraît  avoir  été  bordée  par  les  murs  du  Séjour  de 
\esle;  mais  les  maisons  bâties  au  lieu  où  était  ce  séjour,  et  à  partir  de  la  rue  du 
Colombier  jusqu'à  la  rivière,  n'ont  été  élevées  que  de  i535  environ  à  i5/ii,  sur 
des  terrains  depuis  très-longlemps  rendus  à  la  culture  ou  y  ayaut  toujours  été 
consacrés.  Du  côté  oriental,  on  éleva  les  premières  maisons  en  i53o,  année  qui 
doit  être  celle  où  la  rue  de  Seine,  élargie,  reçut  l'alignement  qu'elle  a  conservé. 


RUE  DE  SEINE.  237 

Elle  ne  fut  pavée,  au  reste,  qu'en  i565,  à  la  suite  d'un  arrêt  rendu,  le  3o  mars, 
sur  la  réquisition  de  l'abbé  de  Saint -Germain,  et  qui  avait  été  précédé  d'un  autre 
du  2  janvier  tblxli  (i5^5  n.  st.)'".  La  pente  devait  être  d'un  demi-pouce  par 
toise.  En  i563,  la  rue  semblait  assez  récente  pour  qu'on  l'appelât  trrue  de  Seine 
ft  nouvellement  faicte,Ti  et  en  i54i ,  alors  qu'elle  était  encore  inachevée,  elle  est 
dite  trrue  encomniancée  à  faire,  par  laquelle  on  va  de  la  porte  Saint  Germain 
ffsur  la  rivière  de  Seine,  n  Le  nom  de  rue  de  Seine  n'a  été  d'un  emploi  général 
qu'un  peu  plus  tard,  et,  suivant  Sauvai,  on  y  a  fréquemment  substitué  celui  de 
rue  Dauphtne,  à  cause  de  l'hôtel  Dauphin  ou  de  Liancourt.  Nous  croyons  effec- 
tivement avoir  vu  un  exemple  de  ce  vocable,  mais  nous  n'en  avons  point  ren- 
contré deux,  ce  qui  prouve  qu'il  est  extrêmement  rare  dans  les  titres. 

CÔTÉ  OCCIDENTAL. 


PAROISSE  SAINT-SLLPIGE. 

JUSTICK  ; 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE  SAI>T-GERMAI\. 

Maisons  sans  désignation  (iBgô),  contiguës  aux  maisons  du  coin  occidental  de  i''"''» 

la  rue  de  Bussy ,  et  faisant  le  coin  méridional  de  la  rue  du  Colombier.  Elles  étaient,    ,.t(in  coiombicr.' 
dans  la  première  moitié  du  xvi"  siècle,  confondues  avec  la  tuilerie  de  Moussy. 
(Voir  Rue  de  Bussy,  p.  ^12.)  En  1628,  entre  la  rue  de  Bussy  et  la  rue  du  Colom- 
bier, on  comptait  neuf  propriétés  distinctes,  et  celle  du  coin  de  la  rue  du  Colom- 
bier avait  pour  enseigne  h  Bergerie. 

Maison  sans  désignation  (iblii),  fai.sant  le  coin  septentrional  de  la  rue  du  E"»"^ 

,>  1        i-ii  1        •  -vil*     iesruusduColombicr 

Colombier,  et  aboutissant  rue  de  l'Ecliaudé.  Elle  fut  bâtie  sur  une  pièce  de  huit  ct<ieri'>i]o.uié. 
perches  et  demie,  baillée,  le  6  mai  10^1,  à  M"  Nicole  Le  Brun,  qui  en  rétro- 
céda une  partie  à  M''  .Jean  Martin  et  à  M*  Léon  de  Marzelles.  Le  terrain  qu'elle 
occupe,  avec  les  maisons  suivantes,  servait  encore,  en  i53i,  à  déposer  les 
r  thuilh'auxfl  de  la  tuilerie  voisine,  dont  les  propriétaires  le  prenaient  à  bail 
poui-  cet  usage.  C'est  apparemment  lorsqu'on  a  commencé  à  y  construire  qu'a  été 
donné  à  la  rue  du  Colombier  le  débouché  qu'elle  possède  sur  la  rue  de  Seine,  et 
dont  il  est  fait  mention  dans  le  censier  de  15/17,  '^^  '^  ^^^  •^'*  1"*^  '^  ''^"  s'appe- 
lait alors  frlEschauldéii  !2). 

Maison  sans  désignation  (  1  âgo),  faisant  le  coin  oriental  de  la  rue  de  l'Echaiidé. 
Elle  était  en  ruines,  lorsqu'elle  fut  cédée,  le  28  mars  iSgo,  au  barbier  .leaii 

'''  La  (laie  de  ce  premier  arrêl  est  indiquée  dans        texte  du  second  dans  ses  Preuves  (t.  IV,  p.  71.1). 
les  registres  du  Parlement,  et  Féiibien  donne  le  '*'  Arch.  nal.  reg.  U.  nao,  fol.  .^qq  v". 


238  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

Leschemains  par  Marie  de  Villars.  Elle  avait  été  construite  sur  un  terrain  cunéi- 
forme de  cinq  toises  de  profondeur,  baillé,  le  7  mai  i586,  à  Geoffroy  Lambert, 
cette  place,  est-il  dit  dans  l'acte,  ayant  été  et  de  tout  temps  délaissée  en  voirye  et 
(f  descharge  d'ordures  n  O. 

Entre  Maison  sans   désignation   en  i5Zi3,   puis  du  Petit-Saixt-Jean  (1628-1720), 

et  des  Marais,      faisaut  l'eucoignure  occidentale  de  la  rue  de  l'Echaudé.  Elle  aboutissait  à  celle  de 

Guillaume  Maillard,  rue  du  Colombier,  et  paraît  lui  avoir  également  appartenu. 

Elle  fut  augmentée,  en  ibli3,  d'un  emplacement  de  cinq  toises  carrées,  pris  sur 

le  terrain  du  Petit-Pré-aux-Clercs. 

Maison  sans  désignation  (1695),  provenant  d'un  morcellement  de  la  suivante. 
Vers  i56o,  le  terrain  en  fut  augmenté  de  vingt-quatre  toises  et  demie,  retran- 
chées de  la  maison  Nicolas  Baujoan,  située  rue  du  Colombier. 

Grande  maison  couverte  d'ardoise  (15^7),  qui  fut  bâtie  par  Arnault  Palerne, 
procureur  au  Parlement,  sur  un  terrain  à  lui  badlé  par  l'abbaye,  le  i"  mars 
i5/i3.  En  i568,  elle  était  au  procureur  Gabriel  Montaigne;  en  lôgS,  au  prési- 
dent Thévin,  et,  en  1677,  au  président  Boulanger  de  Viarmes.  Elle  renfermait, 
vers  1670,  un  manège  ou  académie,  et  s'étendait,  vers  l'ouest,  sur  des  terrains 
qui  dépendent  actuellement  d'une  maison  de  la  rue  du  Colombier. 

Maison  de  la  rr Margarite n  (iBgB),  puis  des  Trois-Pensées  (1628).  C'était  un 
morcellement  de  la  précédente,  à  laquelle  elle  aboutissait. 

Maison  sans  désignation  en  iBqS,  puis  du  Fémx  (1628)  et  de  l'Annonciation 
(1686). 

Maison  de  ^l'Image  Saint  Ypolle'teh  (iBgB),  puis  des  Trois-Boules  (1628- 
1  720)  et  de  LA  Ville-de-Chaumont  (1717).  Elle  a  été  quelquefois  confondue  avec 
la  suivante,  dans  laquelle,  en  16/17,  ^^'^  ^^ait  comprise  ainsi  que  la  précédente. 

Maison  sans  désignation  (15A7),  faisant  le  coin  méridional  de  la  rue  des 
Marais. 

Entre  Maison  saHs  désismatiou  en    iS^v,  puis  du  Fer-à-Ciieval  (i5q5),  faisant  le 

la  rue  des  Marais  "  '       ■■  \         u     / 

et  le  quai.        coiu  septentHonal  de  la  rue  des  Marais.  Vers  1628,  elle  était  divisée  en  deux. 

Maison  de  la  Croix-Blanche  (1595-1628),  provenant  d'un  morcellement  de  la 
précédente. 

Maison  sans  désignation  en  16^7,  puis  du  Point-du-Jour  (1628-1687).  Vers 
1  5^7,  elle  appartenait  au  peintre  crLoys  Vachot,Ti  et,  en  1  ôga,  elle  était  séparée 
de  la  suivante  par  une  autre  maison,  absorbée  plus  tard  dans  une  de  celles  qui 
lui  étaient  attenantes. 

Cette  maison  et  celles  qui  précèdent,  depuis  l'hôtel  du  président  Thévin,  furent 

'"'  La  maison  construite  sur  cet  emplacement  étant  mentionnëe  dès  1690,  Jaiilol  se  trompe  en  disant 
qu'on  ne  permit  d'y  bâtir  qu'en  1  608. 


RUE  DE  SEINE.  239 

construites  sur  la  pièce  d'un  arpent  et  demi  que  le  cardinal  de  Tournon  céda, 
le  aT)  septembre  i538,  à  l'avocat  du  roi  Gilles  Le  Maître,  comme  dédommage- 
ment des  pertes  de  terrain  subies  par  ce  dernier  lors  de  l'élargissement  de  la 
rue  de  Seine  et  de  la  rue  sur  les  fossés.  (Voir  Rue  Mazarine.)  Il  avait  été  convenu 
toutefois  que  Lemaître  payerait  à  l'abbaye,  à  titre  de  redevance  féodale,  un  cens 
de  six  sous  parisis.  Le  i3  novembre  suivant,  François  Bastonneau,  voisin  de 
Le  Maître,  s'engagea  à  acquitter  ce  sens  pour  lui,  en  échange  d'une  perche  de 
la  pièce  appartenant  à  ce  dernier.  Suivant  les  titres,  la  pièce  en  question  oll'rait 
une  largeur  de  dix  perches,  devant  et  derrière,  sur  une  profondeur  de  quinze. 
Elle  devait  donc  empiéter  sur  le  Petit-Pré-aux-Clercs,  car  les  limites  de  ce  pré, 
vers  l'orient,  ne  s'éloignaient  guère  de  la  rue  de  Seine  que  de  trente-cinq  ou 
trente-six  toises.  Cependant  on  lit  dans  le  censier  que  cette  profondeur  de  quinze 
perches  se  continuait  trjusques  à  un  fossé,  icelui  comprins,  qui  sépare  le  Pré  aux 
(T  Clercs  de  ladicle  terre,  v 

HÔTEL  Dauphin,  de  Bouillon,  de  Liancourt  et  de  la  Rochefou- 
cauld, aboutissant  rue  Bonaparte.  Cet  hôtel  occupait  l'emplacement  de  deux 
propriétés  contiguës,  qui  bordaient  la  rue  de  Seine,  et  dont  la  première  conte- 
nait un  demi-arpent.  Après  avoir  appartenu  à  Charles  do  Magny,  rr  capitaine  de  la 
f  port»'  du  Roi, 71  elle  était,  dès  i538,  à  François  Bastonneau,  notaire,  lequel  y  fil 
construire  une  maison.  La  seconde  propriété  consistait  en  un  jardin  clos,  d'en- 
viron sept  quartiers,  lequel,  après  avoir  appartenu  aussi  à  Charles  de  Magny, 
et  ensuite  à  Jean-Jacques  de  Mesmes,  seigneur  de  Roissy,  lieutenant  civil  de  la 
prévôté  de  Paris,  était  passé,  dès  i5/i3,  aux  mains  de  Nicolas  Dangu,  évoque  de 
Seez''',  puis  de  Mende.  En  i586,  les  deux  propriétés  étaient  fondues  en  une 
seule,  et  appartenaient  à  François  de  Bourbon,  duc  de  Montpensier,  dauphin 
d'Auvergne;  d'où  le  nom  de  irhostel  Daulphimi  qu'on  trouve  dans  le  censier  de 
1 690 ,  où  il  est  dit  ([ue  l'hôtel  était  alors  possédé  par  M.  de  Penillac.  Il  fut  ensuite 
acquis  par  Henri  de  la  Tour,  duc  de  Bouillon,  maréchal  de  France*^),  et  après 
sa  mort,  arrivée  en   1628,  par  Roger  du  Plessis,  sieur  de  Liancourt,  qui  le  fit 


'''  U.  Bnnillarl  rapporte  (p.  191)  que  le  roi 
Charles  l\  alla  loger,  en  i56i,  nie  de  Seine,  chez 
l'ëvêque  de  Ciiàloiis.  Cet  liôlel  ëtait  peut-être  le 
même  que  celui  de  M.  Uang-u. 

'*'  Le  fameux  Salomon  de  Brosse,  architecte  du 
palais  du  Luxenihourg.  fil  dans  l'hôtel  de  liouillon 
des  travaux  de  construction ,  à  l'occasion  desquels  il 
dëlivrd  le  reçu  suivant,  que  nous  a  communiqué 
M.  Ch.  liead  :  "Jay  (?)  soubsigné,  confaise  avoir  eu 
tet  receu  de  Monseigneur  le  duc  de  Bouillon,  pre- 
ffmier  mareschal  de  France,  par  les  mains  demon- 


cr  sieur  le  Vasseur,  son  segrétaire  ordinaire,  la  somme 
irde  trois  milles  livres  tournois  sur  et  tant  moins  à 
ffcompte  des  ouvrages  tant  de  raassonnerie,  char- 
irpenterie,  couverture  et  autres  ouvrages  que  je 
irfais  taire  pour  mondit  seigneur,  en  son  logis  du 
irfaulxbourg  Saint  Germain  des  Prës,  rue  de  Saine 
rrlès  Paris;  de  laquelle  somme  de  trois  milles  livres 
crje  tient  quile  mondit  seigneur,  le  Vasseur,  et  tous 
rrautres.  Faict  ce  xxviu' jour  de  juing  mil  six  cens 
rrlreze." 

tQ.  de  la  somme  de  in"'  1..    S.  de  Brosse.^ 


240  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

rebâtir  sur  les  dessins  de  Lemercier,  l'architecte  du  Louvre.  La  petite-fille  du  duc 
de  Liancourt  ayant  épousé,  en  1669,  le  duc  François  de  la  Hocliefoucauld,  ce- 
lui-ci devint  propriétaire  de  l'hôtel,  que  l'on  continua  à  appeler  l'hôtel  de  la 
Rochefoucauld;  cependant  il  fut  vendu,  en  1718,  par  le  prince  de  Marcillac  à  la 
famille  Gilbert  des  Voisins.  La  rue  des  Beaux-Arts  a  été  ouverte,  en  iSaS,  sur 
l'emplacement  de  cet  édifice,  détruit  peu  auparavant. 

Grande  maison  contenant  un  arpent  et  un  quartier,  et  aboutissant  à  la  rue  des 
Petits-Augustins.  Elle  appartint,  vers  i563,  à  Jean-Jacques  de  Mesmes,  puis  fut 
possédée  par  Gilbert  de  Lévis,  genldhomme  de  la  chambre,  duc  de  Ventadour, 
et,  vers  iBgb,  par  le  conseiller  au  Parlement  François  Lecoq,  dont  la  famille  la 
conserva  pendant  plus  d'un  siècle.  En  1687,  la  partie  postérieure  de  cette  maison 
était  annexée  à  l'hôtel  de  Boulanger,  président  au  Grand  Conseil,  lequel  hôtel 
était  situé  en  la  rue  Bonaparte. 

Maison  sans  désignation  (1567),  qui  appartenait,  vers  iSgS,  à  M.  Leclerc, 
sieur  de  la  Forêt,  docteur  en  droit.  Elle  était  alors  divisée  en  plusieurs  ftde- 
rr  meures,  15  dont  l'une  avait  nom  l'hostel  du  batleau  du  lioy. 

Deux  maisons  sans  désignation  (i5g5).  Elles  existaient  probablement  dès  i5/j5, 
et  furent,  ainsi  que  la  précédente  et  la  suivante,  bâties  sur  des  terrains  vendus, 
en  i538,  par  l'Hôtel-Dieu.  (Voir  Quai  Malaquais.) 

Grande  maison  sans  désignation  (15^7),  formant  le  coin  du  quai.  Bâtie  par 
Jean  Dumas,  maître  de  la  poste  de  Paris,  comme  les  trois  que  nous  venons  d'in- 
diquer, elle  fut  abattue  vers  1G06,  pour  faire  place  à  l'hôtel  de  la  Reine-Mar- 
guerite. 11  ne  reste  aucune  trace  du  plan  de  ces  constructions. 

HÔTEL  DE  LA  ReiNE-MarglERITE.  Cet  édifice,  qui  a  subsisté  pendant  moins 
de  vingt  ans,  a  été  en  quelque  sorte  oublié  des  historiens,  qui  eu  parlent  à  peine. 
On  ne  peut  suppléer  que  très-imparfaitement  à  leur  silence,  tant  à  cause  de 
l'absence  des  comptes  de  construction  que  par  suite  des  lacunes  existant  dans  les 
archives  de  l'abbaye. 

C'est  en  i6o5  que  Marguerite  de  Valois,  première  femme  de  Henri  IV,  quitta 
l'Auvergne  et  revint  à  Paris,  où  elle  choisit  l'hôtel  de  Sens  pour  résidence.  Elle 
y  demeurait  encore  le  5  avril  1606,  jour  oii  l'un  de  ses  anciens  amants,  nommé 
Vermont,  tua  le  favori  qui  l'avait  supplanté  près  de  sa  maîtresse.  Ivre  de  colère, 
celle-ci,  raconte  Lestoile  ('^  jura  de  ne  prendre  aucune  nourriture  qu'elle  ne 
fût  vengée,  et,  afin  que  le  serment  ne  lui  devmt  pas  trop  pénible  à  tenir,  dès  le 
lendemain  elle  fit  exécuter  Vermont,  sous  ses  propres  yeux,  devant  la  porte  de 
son  hôtel.  Mais,  «la  nuit  même,  tout  effrayée,  elle  en  délogea  et  le  quitta  avec 
rr  protestation  de  n'y  jamais  rentrer,  n  La  reine  Marguerite  n'alla  donc  habiter  le 

'"'  T.  XLVll,  p.  5aG.  Coll.  Petitot.  —  Ces  délails  sont  confirma  par  d'autres  historiens,  et  Lestoile  cite 
un  mot  de  Henri  IV  qui  y  fait  allusion. 


RUE  DE  SEINE.  241 

foubourg  Saint-Germain  que  postérieurement  au  6  avril  1606,  et  au  mois  de 
septembre  suivant  elle  y  avait  certainement  son  rr logis, n  puisque,  comme  le  rap- 
porte aussi  Lestoile,  elle  lut  contrainte,  parla  peste  qui  s'y  manifesta,  de  l'aban- 
donner et  de  se  retirer  à  Issy.  Des  acquisitions  effectuées  le  9  août  et  le  3 1  juillet 
resserrent  dans  de  plus  étroites  limites  encore  l'époque  à  laquelle  il  faut  reporter 
l'installation  de  la  reine  Marguerite  au  quai  Malaquais.  Quant  à  l'époque  où 
commencèrent  les  travaux  de  son  palais,  nous  n'en  connaissons  qu'une  particula- 
rité :  au  mois  d'octobre  1610,  la  chapelle  inachevée  attendait  encore  sa  toiture''). 
Pour  réaliser  les  plans  qu'elle  avait  adoptés,  la  reine  dut  obtenir  l'autorisation 
de  supprimer  l'extrémité  septentrionale  de  la  rue  appelée  aujourd'hui  Bonaparte, 
ce  qui  lui  permit  de  réunir  une  portion  des  deux  îlots  compris  entre  les  rues  de 
Seine  et  Saint-Père.  Le  tout  forma  une  propriété  large  de  quarante-deux  toises  et 
demie  sur  la  première  rue  et  de  quarante-six  sur  la  seconde*^).  La  superficie  totale 
était  de  cinq  mille  trois  cent  vingt-quatre  toises,  savoir  :  pour  les  bâtiments  bor- 
dant la  rue  de  Seine  et  faisant  le  coin  du  quai,  quatre  cent  soixahte-huit  toises; 
pour  la  cour  venant  ensuite,  quatorze  cent  douze;  pour  le  jardin  situé  derrière  la 
cour  et  faisant  le  coin  du  quai  et  de  la  rue  des  Saints-Pères,  trois  mille  quatre  cent 
quarante-quatre  '^l  Au  delà  de  cette  dernière  rue,  qui  les  séparait  de  l'hôtel  propre- 
ment dit,  d'immenses  terrains  furent  achetés  pour  faire  un  parc,  dont  nous  parlons 
ailleurs  et  qui  demeura  inachevé.  (Voir  Quai  Malaquais.)  On  ne  termina  point  non 
plus  certains  édifices  de  l'hôtel,  dont  la  disposition  intérieure  n'est  point  connue, 
parce  qu'il  n'en  subsiste  aucun  dessin  et  que  les  plans  de  Quesnel  et  de  Mérian  en 
donnent  à  peine  une  idée.  A  défaut  de  documents  graphiques  plus  complets,  nous 
pouvons  du  moins  citer  et  nous  transcrivons  une  curieuse  description  de  l'hôtel 
que  renferme  un  procès-verbal  de  visite  et  d'estimation,  dressé  au  mois  d'avril 
1620.  A  cette  époque,  la  reine  étant  morte  depuis  cinq  ans,  et  ses  nombreux 
créanciers  réclamant  le  payement  de  ses  dettes,  la  vente  du  palais  légué  à  Louis  XIII 
par  Marguerite  fut  ordonnée. 

PROCÈS-VERBAL   DE   VISITE   DE  L'HÔTEL   DE  LA   REINE-MARGUERITE. 

Noble  homme  monsieur  maislre  Couriin,  conseiller  du  Roy  nostre  sire  en  sa  court  de  Par- 
lement, commissaire  en  ceste  partie;  nous,  Pierre  Dubuisson,  Pierre  Hachette,  bourgeois  de 
Paris;  Anlhoine  Desnotz,  Perceval  Noblet,  Charles  Gontesse,  maçons  jurez  du  Roy  nostredit 
seigneur  aux  œuvres  de  maçonnerie;  François  Galoppin,  maislre  maçon;  Sebastien  Rruant, 

'')  Lestoile,  coll.  Petilol,  t.  XLVIII,  p.  SaS.  '"  D'après  un  arpentage  qui  porte  la  date  du 

'''   L'n  ancien  plan  manuscrit  nous  fournit  ces  18  janvier  iCaa,  la  superficie  des  bâtiments  et  de 

cotes  de  quarante-deux  toises  trois  pieds  et  de  que-  la  cour  aurait  été  de  mille  neuf  cent  quatre-vingts 

rante-six,  qui  paraissent  pi  us  exactes  que  celles  dont  toises,  et  celle  du  jardin  de  trois  mille  quatre  cent 

il  est  queslion  dans  le  procès-verbal  qu'on  va  lire  vingt,  ce  qui  produit  un  total  de  cinq  mille  quatre 

et  où  nous  supposons  une  erreur  du  copiste.  cents  toises. 

3i 


242  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

maistre  charpentier  à  Paris;  par  vertu  de  certain  arrest  de  la  dite  court,  datte'  du  trentiesme 
jour  de  mars  mil  six  cens  vingt,  signé  Voisin,  donné  au  Parlement,  sur  la  requeste  présentée 
par  Bertlieilemy  de  la  Fonds,  secrétaire  du  Roy,  Charles  Robin,  François  Frezon,  Thoussaint 
Dyry,  Jehan  Langereu,  Tristan  Guérin,  Pierre  Robin,  Anthoine  Lamy,  Guillaume  Pijard,  Jehan 
Baudouyn  et  Nicolas  Libert,.  .  .  .  Racine,  Simon  et  Pijard  Paris,  Tarques  Bailliart,  François 
formant,  Pierre  Nazereau,  Louis  do  la  Haye,  Thomas  Bouclier,  Anthoine  Michault,  François 
Lesveilley,  Jehan  Dubois  et  aultres  créanliers  de  la  feue  royne  Margueritte,  les  dix,  treize,  qua- 
torze et  plusieurs  aultres  jours  ensuivans  du  mois  d'avril,  au  dit  an  mil  six  cens  vingt,  nous 
sommes  transportez  en  l'hoslel,  lieux,  jardin,  et  parc  derrière,  quy  fut  et  appartint  à  la  dite 
feue  Rovne,  scis  es  faulxbourgs  Saint  Germain  des  Prez,  ayant  sa  principalle  entrée  du  costé  de 
la  rue  de  Seine,  pour  iceux  lieux  veoir  et  visitter,  et  faire  rapport  de  Testât  d'iceux,  qualitté  et 
quantité,  valleur  des  toises  qui  se  trouveront  en  icelluy,  et  de  la  commodité  de  la  vente  du  tout 
ensemble,  ou  en  particulier  et  par  toises. 

Tous  les  quelz  lieux,  es  présences  de  vous,  Monsieur,  du  sieur  Tranchot,  substitut  de  mon- 
sieur le  procureur  gênerai  du  Roy  en  la  dite  court,  le  serment  préallablenient  par  nous  fait  et 
preste  par  devant  vous,  sur  les  ditz  lieux;  présens  maistres  Nicolas  Taneguy,  curateur  à  la  suc- 
cession de  la  dite  feue  Royne,  Bonnadventnre  Quantin,  saindicq  des  créantiers,  François 
Rousseau,  Guillaume  Frezon,  Jehan  Péron,  Guilleaume  Pijeard,  Nicolas  Libert,  Jehan  Bourdon, 
Jehan  Duboys  et  autres  créantiers  de  la  dite  feue  Royne;  nous  avons  veuz  et  visittez,  de  fondz 
en  comble  et  d'un  costé  et  d'aullre,  comme  il  appartient,  et  avons  trouvé  iceux  lieux  concister 
en  plusieurs  corps  de  logis,  bastimens,  ediffices,  courtz,  jardin  et  parc  derrière,  et  iceux  estre 
en  tel  estât,  disposition  et  qnalittez  qui  sera  cy-après  déclaré;  le  tout  comme  il  en  suit  : 

Premièrement.  Un  corps  d'hostel  de  sept  travées  de  longueur,  estant  à  l'un  des  costez  de 
la  chappelle,  vers  le  faulxbourg  Saint  Germain,  tenant  à  monsieur  Lecocq,  couvert  d'ardoise, 
en  pavillon,  à  esgoust,  d'un  costé  sur  une  court  qui  est  vers  la  dite  rue  de  Seine,  et  d'aultre 
costé  sur  la  terrasse,  du  costé  de  la  grande  court  cy  après  déclarée,  appliqué  par  bas  au  rez 
de  chaussée,  et  (à)  deux  escuries,  cuisine  et  passage;  un  estage  caré  sur  ledit  rez  de  chaussée, 
qui  est  à  la  haulteur  de  la  terrasse  cy  après  déclarée,  applicqué  à  six  chambres  sepparées  l'une 
de  l'autre,  tant  de  murs  de  refend  que  de  cloisons;  un  estage  dentresolle  audessus,  applicqué 
aussy  à  six  chambres  sepparées  de  semblables  sepparations  que  l'estageau  dessoubz,  et  un  gre- 
nier dessus  sepparé  en  trois;  un  escallier  dans  œuvre  servant  à  monter  au  dit  corps  d'hostel,  au 
hault  du  quel,  en  l'eslage  de  galtas,  y  a  un  siège  de  privé,  et  au  devant  du  quel  corps  d'hostel 
y  a  une  courcelle  du  costé  de  la  rue,  cloze  de  murs;  à  l'un  des  costez  de  la  quelle  y  a  un  com- 
mencement de  basiiment  imparfait,  du  costé  de  la  chappelle,  et  à  l'autre  costé  d'icelle  court 
un  aultre  commencement  de  bastiment,  eslevé  jusques  au  premier  plancher,  oij  y  a  deux  poul- 
tres  levées  .sans  aucunes  soHives;  et  à  costé  du  dit  corps  d'hostel  est  une  chappelle  couverte 
d'ardoise,  en  dosme'^',  et  lanterne  audessus  en  forme  d'auvalle,  couverte  aussy  d'ardoise;  l'aire 
de  la  quelle  chappelle  est  à  la  haulteur  de  la  terrasse  cy  après  déclarée,  soubz  la  quelle  y  a  un 
grand  passage  voulté. 

'■'  Le  plan  de  Quesnel ,  dont  un  fragment  est  élévation  et  l'aspect  général.  Ils  montrent  surtout 

placé  en  tête  de  ce  volume,  et  celui  de  Mathieu  les  fameux  jardins,  qui  ont  donné  plus  tard  l'idée 

Mërian,  que  nous  reproduisons  partiellement  en  daCoarsh  Reine,  el  don\,\es  Estais  généraux  tenus 

regard  du  présent  procès-verbal ,  ne  font  pas  devi-  à  la  Grenouillière  en  juin  iSùS  déphrent  la  destruc- 

ner,  comme  le  remarque  avec  raison  feu  Berty,  les  tion  récente.  (Voir,  aux  appendices,  les  passages 

dispositions  intérieures  du  logis  de  la  reine  Mar-  que  nous  avons  extraits  de  ce  pamphlet  curieux 

guerile;  mais  ils  en  présentent  du  moins  le  plan  en  et  peu  connu.)  —  l.m.t. 


RUE  DE  SEINE.  2i3 

Un  aultre  corps  d'hostel,  à  costé  de  la  dite  chappelle,  contenant  huit  travées  de  long, 
estant  en  suitle  d'icelle,  vers  la  dite  rue,  couvert  aussy  d'ardoise,  en  pavillon,  à  esgoust,  d'un 
coste'  sur  une  forme  de  terrasse  estant  d'un  costé  de  la  dite  rue,  pour  rachepter  le  carre'  du  dit 
pavillon,  et  d'autre  coste'  sur  la  terrasse,  vers  la  grande  court  cy  après  déclarée;  applicqué,  au 
rez  de  chaussée,  à  escuries,  cuisines,  offices,  passage  et  petit  escaillier  pour  monter  à  la 
chappelle;  un  estage  carré  dessus  estant  à  la  haiilteur  de  la  terrasse,  oîi  y  a  une  salle;  un 
estage  de  gaitas  dessus,  lambrissé,  où  y  a  quatre  cheminées,  le  quel  gallas  appert  avoir  esté  cy 
devant  sepparé  de  cloisons. 

Un  autre  corps  d'hostel,  tenant  le  dessus  dit,  contenant  cinq  travées  de  long,  couvert  d'ar- 
doise, en  pavillon,  à  esgoust  sur  la  dite  rue  de  Seine  et  sur  la  terrasse  cy  après  déclarée,  ap- 
plicqué, au  rez  de  chaussée,  à  une  salle  basse,  gardemanger  et  allée;  un  estage  carré  dessus 
à  la  haulteur  de  la  dite  terrasse,  applicqué  à  une  salle;  un  estage  dessus,  applicqué  à  deux 
chambres  et  deux  garderobbes,  et  un  grenier  par  hault. 

Un  aultre  corps  d'hostel  en  suitte  du  dessus  dit,  contenant  quatre  travées  de  long,  couvert 
aussy  d'ardoise,  applicqué,  au  rez  de  chaussée,  à  une  cuisine;  un  estage  carré  dessus  au  rez  de 
la  dite  terrasse,  applicqué  à  une  grande  chambre,  et  gallas  dessus;  deux  viz  rondes  de  pierre 
de  taille,  hors  œuvre,  servant  à  monter  aus  dilz  deux  corps  de  logis  et  au  logis  de  retour  d'es- 
querre  cy  après  déclaré;  un  corps  d'hostel  en  retour  d'esquerre,  de  trois  travées  de  long,  couvert 
d'ardoise,  en  pavillon,  à  esgoust,  d'un  coslé  sur  une  petite  intervalle  qui  est  entre  le  dit  corps 
d'hostel  et  un  mur  basty  de  pierre  de  taille,  jà  eslevé  du  costé  du  quay  de  deux  estages,  pour  à 
l'advenir  bastir,  jusques  sur  icelluy  mur,  et  d'autre  costé  sur  le  retour  de  la  terrasse,  qui  est 
au  droit  du  dit  corps  dhoslel,  vers  la  grande  court  cy  après  déclarée;  applicqué  par  bas,  au  rez 
de  chaussée,  à  un  buschée;  deux  estages  carrez  l'un  sur  l'autre  sur  le  dit  rez  de  chaussée;  le 
premier,  qui  est  à  la  haulteur  de  la  dite  terrasse,  applicqué  à  une  salle,  petit  cabinet  et  escail- 
lier; le  second  estage,  applicqué  à  une  chambre,  garderobbe  et  cabinet,  et  grant  gaitas  dessus, 
sepparé  en  deux;  un  petit  appentis,  couvert  d'ardoise,  estant  au  devant  du  dit  corps  d'hostel, 
sur  partie  de  la  dite  terrasse,  servant  de  garderobbe  à  la  dite  salle. 

Pour  le  regard  de  la  qualité  des  bastimens  dessus  déclarez,  il  appert  par  l'inspection  d'iceux 
avoir  esté  basiis  et  construitz  depuis  douze  ou  quinze  années  en  sça;  partie  d'iceux  faitz  de 
moillon,  chaulx  et  sable,  partie  de  pierre  de  taille  tant  dure  que  tendre;  les  jambes  soubz 
poultres,  croisées,  lucarnes  et  entablement  de  la  dite  pierre;  et  sur  le  devant  de  la  l'assade 
d'iceux  bastimens,  vers  la  grande  court  cy  après  déclarée,  y  a  une  terrasse  eslevée  jusques  à  la 
haulteur  des  premiers  estages  d'iceux  bastimens,  dont  les  planchers  d'icelle  terrasse  sont  de 
poultres  et  sollives,  et  pavés  dessus  de  pierre  de  taille  de  liaiz  et  aultres  pierres.  Les  quelz  plan- 
chers sont  portez  et  soustenus  en  partye  de  murs,  et  aultre  partie  sur  pilliers  et  treumeaux 
de  pierre  de  taille.  Et  sur  le  devant  d'icelle  terrasse  y  a  plusieurs  piedz  d'estalz  de  pierre  de 
taille,  et  barres  de  fer  qui  y  servent  d'appuys;  un  perron  hors  œuvre,  à  deux  costez,  en  forme 
de  demy  auvalle;  les  marches  du  quel  et  murs  d'appuys  sont  aussy  de  pierre  de  taille,  servant 
à  monter  du  rez  de  la  dite  grande  court  sur  icelle  terrasse;  et  soubz  icelle  terrasse  y  a  plusieurs 
buschers,  passages  et  un  mannageC). 

Et  oultre  les  ditz  bastimens,  ediffices  et  terrasse,  une  grande  court  en  la  quelle  y  a  un 
puys  :  à  l'un  des  costez  de  la  quelle,  au  devant  des  corps  de  logis  et  courcelles  cy  après  déclarez, 
y  a  une  terrasse  contenant  seize  travées  de  longueur,  garnye  de  planchers,  de  poultres  et  sollives 
portez  sur  pilliers  de  pierre  de  taille  et  partie  de  murs,  et  pavée,  partie  pardessus  les  ditz 
planchers,  de  carreau  de  terre  cuitte;  iceux  planchers  en  partie  pourris  et  de  peu  de  valleur. 

''  Manège. 

3i. 


2â4  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

Au  derrière  de  la  quelle  terrasse,  vers  le  quay  de  la  rivière,  y  a  une  courceile  attenant  ie  corps 
de  logis  de  trois  travées,  cy  devant  dernier  déclare';  en  la  quelle  courceile  y  a  un  escaillier  de 
charpenterye,  hors  oeuvre,  servant  à  monter  à  une  partie  du  dit  corps  d'hostel;  un  petit  edif- 
fice  à  costé  du  dit  escallier,  applicqué  par  bas  à  estable,  chambre  et  galtas  dessus;  deux 
autres  courcelles  sepparées  d'un  mur,  où  y  a  une  gallerie  vers  le  quay  de  la  rivière. 

Un  viel  corps  d'hostel  de  quatre  travées  de  long,  couvert  de  thuille,  en  comble,  à  esgoust, 
d'un  costé  vers  le  dit  quay  de  la  rivière,  et  d'autre  costé  sur  une  petitte  intervalle  de  cour- 
ceile qui  est  entre  icelluy  corps  d'hostel  et  la  dite  terrasse  devant  déclarée,  applicqué,  au  rez 
de  chaussée,  à  une  escurye;  deux  estages  carrez  l'un  sur  l'autre  sur  le  dit  rez  de  chaussée,  ap- 
plicquez  chascun  à  deux  chambres  et  allée  de  passage;  un  cstage  de  galtas,  applicqué  aussy 
à  deux  chambres,  et  grenier  dessus,  auquel  l'on  monte  par  une  eschelle;  une  viz  hors  œuvre, 
servant  à  monter  au  dit  corps  d'hostel;  et,  joignant,  y  a  une  masure  oiî  appert  y  avoir  eu 
quelque  logement,  et  de  présent  y  a  un  privé  et  petite  gallerie. 

Et  ensuitte,  à  costé  du  dessus  dit,  y  a  un  viel  corps  d'hostel,  couvert  de  thuille,  en  comble,  à 
esgoust,  d'un  costé  vers  la  dite  terrasse,  et  d'aultre  costé  vers  le  quay  de  la  rivière,  applicqué, 
au  rez  de  chaussée,  à  une  salle  basse,  cuisine  et  garde  manger;  deux  estages  carrez  l'un  sur 
l'autre  sur  le  dit  rez  de  chaussée,  applicquez  chacun  à  deux  chambres,  garderobbe  et  cabinet; 
et  un  estage  de  galtas  dessus,  oiî  y  a  trois  petittes  chambres;  une  viz  dans  œuvre,  servant  à 
monter  au  dit  corps  d'hostel. 

Et  à  costé,  ensuitte  du  dessus  dit  corps  d'hostel,  y  a  deux  petitz  corps  d'hostelz,  vielz  et  ca- 
ducques.  L'un  d'iceux,  quy  est  joignant  le  dessus  dit,  contenant  deux  travées  de  long,  couvert 
de  thuille,  en  comble,  de  semblable  esgoust  que  les  dessus  dilz,  applicqué,  au  rez  de  chaussée, 
à  une  salle;  une  cave  dessoubz,  garnye  de  sa  descente  droitte;  un  estage  carré  sur  le  dit  rez  de 
chaussée,  applicqué  à  une  chambre  de  garderobbe;  un  estage  de  galtas  dessus,  oiî  y  a  aussy 
chambre  et  garderobbe,  et  grenier  par  hault;  une  viz  dedans  œuvre,  servant  à  monter  au  dit  corps 
d'hostel.  Et  l'autre  corps  d'hostel  tenant  le  dessus  dit,  contenant  aussy  deux  travées  de  long, 
couvert  aussy  de  thuille  en  comble,  applicqué,  au  rez  de  chaussée,  à  une  salle  basse;  cave  au  des- 
soubz, une  chambre  à  garderobbe  et  galtas  dessus;  une  viz  pour  y  monter;  icelluy  corps  d'hostel  en 
péril  et  de  présent  estayé.  Lesquelz  deux  petitz  logis  dessus  derniers  déclarez,  ainsy  vielz  et  ca- 
ducques,  estoient  cy  devant  des  appartenances  du  jeu  de  paulme  appelez  \e  jeu  de  paulme  du 
Roy  Charles;  desquelz  n'appartenoit  à  la  dite  feue  royne  Margucritte  que  la  superficye  de  la 
place;  et  quand  aux  mathereaux,  tant  de  pierre  que  charpenterye,  couvertures  et  autres  y 

estant,  appartenoient  à 

suivant  les  contratz  de  ce  failz  avecq  la  dite  feue  royne  Margueritte,  ainsy  qu'il  nous  a  esté  dit 

par Lévesque,  maistre  paulmier,  demeurant  rue  Saint  Germain  de  l'Auxerrois.  Et  au 

devant  des  quelz  logis,  du  costé  du  dit  quay  de  la  rivière,  est  un  commencement  de  pan  de  mur, 
tout  le  long  d'iceux,  construit  tout  en  pierre  de  taille,  partie  d'icelluy  eslevé  de  deux  estages,  et 
aultre  partie  d'un  estage  seullement;  les  croisées  de  pierre  de  taille  y  érigées. 

Tous  les  quelz  bastimens,  ediflices,  tant  neufz  que  vielz,  petittes  courlz,  terrasses  et  grande 
court,  ayant  veu  plusieurs  plans  et  desseins  faitz,  tant  d'iceux  ediflices,  bastimens,  courlz,  ter- 
rasses, grande  court,  que  jardin  et  parc;  faisans  la  démonstration  d'iceux  avons  trouvé  particul- 
lierement  contenir,  à  sçavoir  :  par  la  face  d'iceux  bastimens,  sur  le  costé  de  la  rue  de  Seine, 
quarante  deux  toises  de  largeur ''',  à  prendre  icelle  largeur  depuis  la  moitiée  de  l'cspesseur  du 
mur  meitoyen  sepparant  le  dit  hostel  et  la  maison  du  sieur  Le  Gocq,  jusques  et  compris  l'es- 
pesseur  du  mur;  du  costé  du  quay  de  la  rivière,  trente  huit  toises  trois  piedz  et  demy  de  lon- 

'''  Le  ve'i'itable  chiffre  est  quarante- deux  toises  trois  pieds. 


RUE  DE  SEINE.  245 

gueur,  depuis  le  dehors  de  la  dite  encoignure,  sur  la  dite  rue  de  Seine,  jusques  et  compris  Fes- 
pesseur  du  mur  qui  fera  closture  d'une  rue  quy  sera  faite  par  le  travers  d'iceile  grande  court, 
au  bout  d'iceile,  du  coslé  du  jardin,  pour  aller,  du  dit  quay  de  la  rivière,  gaigner  une  rue  jà 
faite  au  devant  du  monastère  des  Augustins  réformez  W  ;  la  quelle  rue,  quy  ainsy  sera  faite,  aura 
quatre  toises  deux  piedz  de  largeur  dans  œuvre,  entre  le  dit  mur  quy  sepparera  la  dite  grande 
court  eticelle  rue  et  un  aultre  mur  quy  sera  fait  au  dedans  du  jardin  cy  après  déclare';  trente 
huit  toises  de  largeur  depuis  le  dehors  du  mur  du  costé  du  dit  quay,  fait  de  pierre  de  taille,  sur 
le  costé  d'icelluy  jardin,  jusques  à  la  moitiée  de  l'espesseur  du  mur  moitoyen  sepparant  la  dite 
grande  court  et  le  jardin  de  la  maison  du  dit  sieur  Le  Gocq,  et  cinquante  six  toises  de  longueur 
depuis  la  dite  rue  quy  sera  faite  jusques  et  conpris  l'espesseur  du  mur  sur  la  dite  rue  de  Seine, 
à  prendre  icelle  longueur  tout  le  long  du  dit  mur  de  closture  du  dit  sieur  Le  Cocq;  de  sorte 
que  tous  lesditz  bastimens,  édiflices,  tant  vielz  que  neufs,  terrasses,  courcelles  et  grande  court 
cy  dessus  spécilfiez ,  contiennent  ensemble,  en  superficye  de  place  et  platte  forme,  la  quantité 
de  dix  huit  cens  quatre  vingtz  toises  ou  environ. 

Item  un  grand  parterre  de  jardin,  oullre  la  dite  rue  qui  sera  faite,  clos  de  mur  au  pourtour, 
peuplé  de  quantité  d'arbres  fruitiers,  pallissaddes  et  aultres  arbres,  contenant  quatre  vingtz  deux 
toises  de  longueur  par  son  meilleu,  à  prendre  la  dite  longueur  depuis  la  dite  rue  qui  sera  faite 
jusques  et  compris  neuf  piedz  par  avance,  oultre  le  mur  de  closture  de  l'aboutissant  d'icelluy 
jardin,  sur  une  grande  rue  publicque  allant  du  dit  quay  à  l'hospital  de  la  Charitté'^',  sur  qua- 
rante deux  toises '^1  de  largeur  prins  par  son  meilleu,  compris  moitiée  de  l'espesseur  du  mur  de 
closture  sepparant  le  dit  jardin  et  le  dit  monastère  des  ditz  Augustins  réformez ,  jusques  et  com- 
pris l'espesseur  du  mur  de  closture  du  dit  jardin,  du  costé  du  quay  de  la  rivière;  qui  vallent  en 
superficie  de  platteforme,  de  parterre,  la  quantitté  de  trois  mil  quatre  cens  quarente  quatre  toises. 

Dans  le  quel  jardin  y  a  un  logis  pour  le  jardinier,  qui  contient  deux  travées  de  long,  couvert 
de  Ihuille  en  comble,  à  esgoust,  d'un  costé  sur  le  quay  de  la  rivière,  et  d'autre  costé  sur  icelluy 
jardin,  applicqué,  au  rez  de  chaussée,  à  un  cellier;  un  estage  carré  dessus,  applicqué  à  une 
chambre  et  garderobbe;  un  estage  de  galtas,  applicqué  aussy  à  une  chambre  et  garderobbe,  et 
un  grenier  par  hault;  une  viz  dedans  œuvre,  servant  à  monter  au  dit  corps  d'hostel;  y  a  un  édif- 
fice  clos  de  cloisons  au  pourtour,  au  meilleu  du  quel  y  a  un  grand  puys  en  forme  d'auvalle, 
pour  y  faire  une  pompe;  audessus  du  quel  puys  y  a  un  plancher,  oiî  y  a  deuz  poultres,  sollives 
et  terrasses  au  dessus,  appuyés  de  balustraddes,  petitte  viz  pour  y  monter,  et  cabinet  à  costé 
soubz  icelle  terrasse;  le  tout  en  partie  pourry. 

Et  oultre  icelle  grande  rue  publicque  allant  du  dit  quay  à  l'hospital  de  la  Charitté,  un  grand 
parc  non  clos,  sinon  de  quelques  fossez,  au  quel  y  a  une  allée  plantée  d'ormes,  et  prez  icelluy 
parc,  contenant  quatre  cens  vingt  cinq  toises  de  longueur  ou  environ  par  son  meilleu,  et  quatre 
vingtz  huit  toises  de  largeur,  rapporté  le  fort  au  foible,  qui  vallenl,  en  superficye  de  terre  et 
platteforme,  trente  sept  mil  quatre  cens  toises,  dont  est  à  rabattre  pour  les  bastimens,  courtz, 
jardins  et  thuillerjc  des  maisons  appelées  la  Grenouillères,  qui  sont  enclavées  dans  partie  d'icelluy 
parc,  du  coslé  de  la  rivière,  qui  contiennent  vingt  quatre  toises  de  largeur  sur  quatre  vingtz 
huit  toises  de  longueur,  qui  vallent  en  superficye  deux  mil  cent  douze  toises.  Partant  reste,  le 
(lit  rabat  fait,  trente  cinq  mil  deux  cens  quatre  vingtz  huit  toises. 

Et  à  costé  d'icelluy  parc,  une  pièce  de  terre  en  pré,  aussy  non  cloze,  sinon  de  quelques  petite 

•''  C'est  l'extrémité  septentrionale  de  la  rue  Bo-  '''  Rue  des  Saints-Pères. 

noparte.  La  cote  indiquée  n'est  point  juste,  parce  '''  Nous  avons  dit  qu'il  faut  peut-être  lire  qiui- 

i|ue,  lorsqu'on  rouvrit  la  rue,  on  lui  lit  subir  une  ranle-six  toi.ses. 
Ilfxio»,  au  lieu  de  la  prolonger  en  ligne  droite. 


246  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

fossez,  estant  iceUe  pièce  de  pré  du  costé  des  champs,  contenant  deux  cens  toises  de  longueur 
sur  douze  toises  de  largeur  par  son  ineilleu,  rapporté  aussy  le  fort  au  foible;  qui  vallent,  en 
superficye  de  terre  et  plate  forme,  deux  mil  quatre  cens  toises. 

De  tous  les  quelz  bastimens,  courtz,  jardin  et  parc  dessus  contenus  et  déclarez,  nous  avons 
fait  les  prisées  et  estimations  sepparément,  selon  leur  assiette,  i'estat  et  disposition  d'iceux,  le 
tout  comme  il  suit  : 

Premier.  Les  bastimens  estans  sur  le  costé  de  la  rue  de  Seine,  avecq  la  terrasse  le  long  d'iceux, 
vers  la  court,  qui  contiennent  trente  neuf  toises  de  longueur  par  leur  nieilleu,  et  rapporté  le  fort 
au  foible,  à  prendre  depuis  la  moitiée  du  mur  mitoyen  du  costé  du  sieur  Le  Cocq  jusques  au 
dehors  du  mur,  du  costé  du  quay,  sur  douze  toises  de  largeur,  aussy  rapporté  le  fort  au  foible, 
depuis  le  dehors  du  mur  du  costé  de  la  rue  de  Seine  jusques  et  compris  la  dite  terrasse  qui  est 
au  derrière  des  dilz  bastimens  sur  la  grande  court;  qui  vallent  quatre  cens  soixante  huit  toises 
de  superficye.  Nous  estimons  chacune  des  dites  toises,  eu  esgard  aus  ditz  bastimens  quy  sont  sur 
icelle  superficye,  vallent  bien  siz  vingtz  quinze  livres;  qui  seroit  en  somme,  pour  les  ditz  un' 
Ixviii  toises,  à  la  dite  raison,  Ixiii"  ciiii"  livres  tournois  (63, 180**). 

La  court  et  vieiz  bastimens  et  masures  vers  le  quay,  jusques  à  la  dite  rue  qui  sera  faite  pour 
aller  du  quay  au  monnastère  des  Augustins  resformez,  montent  à  quatorze  cens  douze  toises  de 
superficye;  nous  estimons  chacune  toise,  excepté  les  niathéraux  des  deux  petitz  logis,  chacun 
de  deux  travées  de  long,  vielz,  caducques  et  en  péril,  où  estoit  anciennement  le  jeu  de  pauime 
du  Roy  Charles,  vault  bien  trente  six  livres  tournois;  qui  seroit,  pour  les  dites  xiiii' xu  toises,  à 
la  dite  raison,  la  somme  de  i""  vui" xxxii  livres  tournois  (5o,832**). 

Le  jardin  cloz  de  murs,  qui  est  oultre  la  dite  rue  qui  sera  faite  pour  aller  du  dit  quay  au  dit 
monnastère  des  Augustins  réformez,  lequel  est  clos  de  murs,  planté  d'arbres,  pallissades,  dans  le 
quel  est  le  logis  du  jardinier,  et  puys  pour  une  pompe,  montant,  en  superficye  de  plateforme, 
à  la  quantitté  de  trois  mil  quatre  cens  quarente  quatre  toises  ou  environ  :  nous  estimons  chacune 
toise  valloir  bien  vingt  quatre  livres;  qui  seroit,  pour  les  ditz  iidiii''  xlnii  toises,  à  ladite  raison, 
la  somme  de  im""  11"  vi'lvi  livres  tournois  (82,656**). 

Quand  au  parc  non  clos,  sinon  de  quelques  petitz  fossez,  planté  en  partie  d'ormes,  et  auitre 
partye  en  prez,  et  pièce  de  pré  à  costé  vers  les  champs,  montant  ensemble  à  la  quantité  de 
trente  sept  mil  six  cens  quatre  vingtz  huit  toises  de  superficye  de  terre  ou  environ,  nous  esti- 
mons que  une  tierce  partie  d'iceile  superficye  de  terre,  à  prendre  la  dite  tierce  partie  au  bout 
vers  la  rue  allant  du  quay  à  Saint  Père ,  vault  bien  la  somme  de  soixante  solz  tournois  chacune 
toise  ;  une  autre  tierce  partie  ensuivant  vault  bien  la  somme  de  vingt  solz  la  toise;  et  le  reste, 
jusques  au  bout  de  la  pointe,  vault  bien  dix  solz  tournois  la  toise;  qui  est  trente  solz  tournois 
chacune  toise,  l'une  portant  l'autre,  et  rapporté  le  fort  au  foible,  quy  seroit,  pour  les  dites  xxxvii"" 
vi'  ini"  vin  toises,  la  somme  de  ivi"v'  xxxii  livres  tournois  (56,532**). 

Somme  à  quoy  se  monte  les  prisées  de  tous  les  dictz  lieux,  tant  bastimens,  courtz,  jardin  et 
parc  dessus  déclarez  :  deux  cens  cinquante  trois  mil  deux  cens  livres  tournois.  Sy  n'  lin'"  u' 
livres  tournois  (253, 200**). 

Pour  plus  facillement  vendre  le  dit  parc  susdit  dernier  déclaré,  est  nostre  advis  qu'il  soit  fait 


11.  !  UX  PARTS: 

..',i>stanl  K'pflp  Pi  'I  fie' lonn 

ur  douze  foi  i»ib!e;  qu 

«nperfifv 

faif  I  et  disposition  d'i 


Térs  I  jueurpai  ileu,  et  rapporté  le  fort 

au  tVir  ir  mitoyen  du  coslë  do  «ïttur  Le  Cocq  jusques  au 

■  ■■>•  (1:  '  de  largeur,  ;  i  foibie, 

me  juSques  el  -■■:  est 

;  qui  vailent  .;  i-i  > 

•  Ki^  '  '  .">  toises,  eu  esgard  au«  ditz-bastimens  quy  sont  sur 

\res;  qui  seroit  eu  somme,  pour  les  ditz  nu 


/  f.'J    .  ù,,ti  \ 


I S  le  quay,  jusques  à  la  dite  rue  qui  sera  faite  pour 
nez,  uioDteut  à  quatorze  cens  douze  toises  de 

''  ' '       '        -î'titz  logis,  chacun 

■      .  ,  le  jeu  de  paulme 

lie  six  livres  tuurr>  croit,  pour  les  dites  xuii*  xii  lois»-.-,  ii 

ui'xxiii  I 


est  oxxWty 
uieZj  leqi'i 
■I  puys  p<) 


ilH- 
lll. 


livre» tourmis  (89,6&ti<^ 


I  tijiK/s  [»i"ui/  m>Mv.,  juaiiii' fil  jiaiiu'  (ii)niii'.s,  ci  auiire 

■  vers  les  cLamps,  montant  ensemble  à  la  quantité,  de 

>z.buit  toises  de  superficye  de  terre  ou  environ,  nous  esti- 

ficye  de  terre,  à  preiidre  la  dite  tierce  partie  au  bout 

:'  i ne  de  soixante  solz  tournois  chacune 

1     '  le  de  vingt  solz  la  toise;  et  le  reste, 

s(^x  tournois  la  toise;  qui  est  trente  solz  tournois 

î'irt  au  foiblé,  quy  seroit,  pour  les  dites  xxivii"' 

loumois  (56,533*t). 


'.  lieux,  tant  bastimens,  courtz,  jardin  >  i 
deux  cens  livres  tournois.  Sy  u'  lin™  ii' 


uostre  advi^  lait 


RUE  DE  SEINE.  247 

une  rue  tout  le  long  d'icelluy  parc,  depuis  la  dite  rue  publicque  allant  du  dit  quay  de  la  rivière 
à  rhospital  de  la  Charitté  jusques  au  bout  d'icelluy  parc,  et  trois  aultres  rues  traversantes  allant 
de  la  rivière  à  la  grande  rue  vers chacune  d'icelles  rues  de  quatre  toises  de  lar- 
geur; le  tout  sy  bon  semble  aus  ditz  creantiers  de  la  dite  feue  Roynele  faire.  Et  tout  ce  certif- 
fions  estre  vray  :  lesmoing  nos  seing  cy  mis  les  an  et  jours  dessus  ditz. 

Ainsy  signé  en  la  minutie  : 
De  Buisson,  Hachrtte,  Desnotz,  Contesse,  Perceval,  Noblet,  Bernard, 

DK  SaiNT-GalOPPIn'''. 

L'hôtel  de  la  Reine -Marj;uerite,  y  compris  le  parc,  fut  adjugé,  le  1 1  mai  1692, 
aux  nommés  Jacques  de  Garsaulan,  sieur  de  Ghambrejon,  Jacques  de  Vassan, 
sieur  de  Massan,  trésorier  des  parties  casuelles;  Jacques  Potier,  secrétaire  des 
finances;  Louis  le  Barbier,  contrôleur  général  des  bois  de  l'Ile-de-France,  et 
Joachim  Sandras,  sieur  de  Bellouard  (ou  Villouars),  commissaire  de  l'artillerie; 
lesquels,  après  avoir  payé,  le  i3  avril  1622,  la  somme  de  i,3i5,ooo  livres  tour- 
nois, furent  mis  en  possession  le  21  juin  de  l'année  suivante.  L'hôtel  fut  ensuite 
partagé  entre  les  acquéreurs,  et  la  partie  en  bordure  sur  la  rue  de  Seine  forma 
trois  grands  lots.  Le  premier  appartint,  en  1629,  à  M.  de  la  Moinière,  puis  à  sa 
fille;  on  l'appelait,  en  1687,  l'hôtel  d'Angoumms.  Le  deuxième,  qui  a  conservé 
longtemps  le  nom  d'hôtel  de  la  Reine-Marguerite,  appartenait,  en  1629,  à  M.  de 
Garsaulan;  en  i6iio,  à  Madeleine  de  Bailly,  veuve  de  Jacques  de  Vassan,  et,  en 
i685,  à  Charles  de  Vassan,  président  de  la  Cour  des  comptes,  lequel,  le  3i  mars 
de  celte  année,  le  céda,  en  avancement  d'hoirie,  à  son  fils  Charles-Jacques  de 
Vassan,  seigneur  des  Tournelles,  avocat  général  à  la  Cour  des  comptes.  Le  troi- 
sième lot,  celui  du  coin,  appartenait,  en  1G29,  à  M.  de  Vassan;  en  1687,  il  était 
subdivisé  en  deux,  la  seconde  parcelle  ayant  été  aliénée  au  profit  de  M.  de 
Bérulle. 

CÔTÉ  ORIENTAL. 


PAROISSE   SAINT-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE  SAINT-GERMAIN. 

Maison  sans  désignation  en  lôgS,  puis  de  l'Arche-de-Noé  (i65/i),  faisant  le 
coin  septentrional  de  la  rue  de  Nesle,  et  contiguë  à  la  maison  faisant  le  coin  du 
quaiMalaquais.  Lors  de  sa  démolition,  elle  avait  seize  toises  de  superficie.  C'était 
un  morcellement  de  l'emprise  de  Nicolas  Canivet.  (Voir  Quai  Malaquais.) 

"'  Areh.  nat. 


248  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

Maison  du  crCoiFFiNn  (lôgS),  puis  de  l'Image-Saint-Claude  (1628),  faisant  le 
coin  méridional  de  la  rue  de  Nesle,  sur  laquelle  sa  largeur  était  de  six  toises 
et  demie,  tandis  que  sur  la  rue  de  Seine  elle  mesurait  dix-neuf  pieds.  Elle 
fut  acquise,  les  2  a  mars  et  i3  avril  i663,  par  les  exécuteurs  testamentaires  du 
cardinal  Mazarin,  puis  démolie  pour  permettre  le  déplacement  de  la  rue  de 
Nesle. 

Maison  sans  désignation  en  1  69 5 ,  et  de  l'Image-Saint-Nicolas  en  1617,  laquelle 
renfermait  un  jeu  de  paume  en  iGaa.  Elle  fut  achetée,  le  22  février  i663,  par 
les  exécuteurs  testamentaires  du  cardinal  Mazarin,  et  une  partie  de  son  emplace- 
ment a  été  comprise  dans  la  nouvelle  issue  de  la  rue  Mazarine.  Sa  superficie  était 
de  vingt-neuf  toises. 

Maison  sans  désignation  (lôgB),  aboutissant  rue  Mazarine.  (Voir  planche  IX.) 

Maison  du  Cercle-d'Or  (1628),  aboutissant  rue  Mazarine.  Elle  devait  avoir  été 
bâtie  en  même  temps  que  la  précédente. 

Maison  avec  jeu  de  paume  (1628-1790),  dit  le  Jeu  de  paume  du  Métayer,  parce 
qu'il  appartint,  au  commencement  du  xvn'^  siècle,  à  un  individu  appelé  Arnoul 
Mestayer.  La  maison  a  eu  pour  enseigne  le  Lion-tt Argent  en  1687  ;  elle  aboutissait 
alors  à  la  rue  Mazarine.  Elle  existait  sans  doute  dès  iSgS,  mais,  dans  le  censier 
de  cette  année,  elle  n'est  point  indiquée  d'une  manière  spéciale  et  se  trouve  com- 
prise dans  un  seul  article,  avec  toutes  les  suivantes,  jusqu'à  la  maison  des  Trois- 
Cygnes.  Les  comédiens  de  la  troupe  de  Molière  ont  eu  leur  théâtre  dans  le  jeu 
de  paume  du  Métayer.  Selon  M.  Eud.  Soulié,  il  leur  avait  été  loué  pour  trois 
ans,  le  19  septembre  i663,  par  le  maître  paumier  Noël  Gallois. 

Partie  postérieure  de  la  maison  de  la  Ville -de -Lyon,  faisant  front  sur  la  rue 
Mazarine. 

Maison  sans  désignation  en  1628,  puis  de  la  Marguerite-Couronnée  (1687), 
ayant  une  façade  sur  la  rue  Mazarine. 

Maison  DE  la  Tour-Carrée  (1607-1696) ,  aboutissant  rue  Mazarine.  Avec  les 
deux  suivantes  et  les  maisons  correspondantes  de  la  rue  Mazarine,  elle  paraît 
occuper  ce  lot  de  deux  cent  cinquante-huit  toises ,  qui  appartenait  au  charpentier 
Guillaume  Fournier  en  16/17. 

Maison  sans  désignation  en  1628,  et  probablement  bâtie  dès  le  règne  de 
Henri  IV. 

Maison  sans  désignation  en  1628,  et  dite  l'hôtel  Dauphin  en  1696.  Elle  dépen- 
dait d'abord  d'une  maison  de  la  rue  Mazarine. 

Maison  sans  désignation  (1628),  qui  semble  devoir  s'identifier  avec  celle  de 
quatre-vingts  toises  de  superficie,  occupée,  en  16/19,  P^^'  Claude  Boysart,  frdict 
rrle  Dyable,fl  maître  passeur. 

Maison  sans  désignation  eu  1628,  puis  des  Trois-Daims  en  1760.  Elle  ne  fai- 
sait d'abord  qu'une  seule  et  même  propriété  avec  la  maison  de  la  Corne-de-Daim 


RUE  DE  SEINE.  249 

(1595),  située  rue  Mazarine.  En  1 6/17,  elle  comprenait  l'emplacement  de  la  mai- 
son suivante  et  renfermait  un  jeu  de  paume. 

Maison  sans  désignation  (1601),  qui  aboutissait  primitivement  à  la  rue  Maza- 
rine, et  comprenant  la  maison  de  l'Huit^e,  en  bordure  sur  cette  rue. 

Maison  ET  jeu  de  paume  des  Trois-Cygnes  (lôgS-iôaS),  puis  des  Aigles  (1687) 
et  DES  Trois  Canettes  (1687-1728).  Dès  1687,  cette  maison  était  divisée  en  deux 
et  avait  issue  en  la  rue  Mazarine  par  une  allée. 

Maison  avec  jeu  de  paume  (iSgS-iôgG),  qui  avait  pour  enseigne  le  Soleil-d'Or 
en  1687.  Elle  avait,  sur  la  rue  Mazarine,  divers  corps  d'hôtels  qui  devinrent  des 
maisons  séparées. 

Maison  sans  désignation  en  lôgS,  et  dite  l'hôtel  d'Avray  vers  1687. 

Maison  sans  désignation  (1  Sgô),  qui  n'était  probablement  pas  distincte  d'abord 
de  la  maison  correspondante  sur  la  rue  Mazarine.  Plus  tard,  elle  en  constitua  la 
partie  postérieure,  et  elle  servit  de  chantier  lorsque  les  comédiens  du  roi  eurent 
abandonné  le  jeu  de  paume  de  la  Bouteille.  Elle  appartenait,  à  cette  époque,  à 
Marie-Angélique  Laffemas,  dont  la  famille  la  possédait  depuis  cinquante  ans  au 
moins. 

MaIson  sans  désignation  (iBgS),  aboutissant  à  la  rue  Mazarine.  C'est  celle  oi!i 
a  été  ouvert,  en  i8q3,  le  passage  du  Pont-Neuf. 

Maison  sans  désignation  en  iSig,  et  appartenant  alors  à  Claude  André,  con- 
seiller au  Parlement.  Elle  aboutissait  rue  Mazarine,  et  a  été  subdivisée  en  deux. 
La  seconde  partie  avait  nom  l'hôtel  de  Chdleatinetif,  à  la  fin  du  \nf  siècle,  parce 
qu'elle  appartenait  au  marquis  de  l'Aubépine,  seigneur  de  Chûteauneuf. 

Grande  maison  couverte  d'ardoise,  qui  appartenait,  en  iSgB,  à  M.  du  Peyrat, 
trésorier  général  du  duc  de  Montpensier.  En  1628,  elle  aboutissait  à  la  rue  Maza- 
rine. 

Maison  sans  désignation  en  1695,  puis  dite  des  Trois-Mortiers  (1680)  et 

HÔTEL  de  NiSMES  (1697). 

Maison  sans  désignation  (iBgS),  aboutissant  d'abord  à  la  rue  Mazarine,  puis 
au  jeu  de  paume  de  Saint-Nicolas. 

Maison  sans  désignation  en  1667,  et  dite  le  Jeu  de  paume  des  Deux-Anges  en 
1695.  Elle  a  ensuite  formé  deux  maisons  appelées,  l'une  la  maison  Ronge  ou  de 
rimage-Sainl-Martin  (1711),  et  l'autre  le  Jeu  de  paume  des  Trois-Torches  (1687). 
Cette  dernière,  dont  l'agencement  se  comprend  mal,  paraît  avoir  été  séparée  de 
la  suivante  par  l'allée  servant  d'issue  au  jeu  de  paume  de  la  Place-Royale,  situé 
rue  Mazarine. 

Partie  postérieure  du  jeu  de  paume  de  Fort-Affaire  (1 536),  dans  la  suite  maison 
DE  l'Image-Saint-Louis  (i 698- 1 696)  ct  DU  Heaume  (1710).  Cette  maison  semble 
avoir  été  élargie  du  côté  de  la  rue  de  Seine. 

Maison  sans  désignation  (1567),  qui  s'étendait  encore  jusqu'à  la  rue  Mazarine 

1.1.  33 


250  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

en  1638.  A  la  fin  du  xvi"  siècle,  elle  appartenait  à  l'architecte  Claude  Vellefaux, 
comme  l'indique  l'article  suivant  du  censier  de  iSgS  :  crDe  M""  Claude  Vellefaux, 
irjuré  du  Roy  en  l'office  de  massonerye,  et  voyer  général  de  la  terre  et  seigneurie 
ffde  Saint  Germain  des  Prez  et  ses  appartenances,  au  lieu  des  héritiers  de  M" René 
ff  Saulson,  procureur  au  Grand  Consed,  pour  une  maison  et  jardin  assis  en  ladicte 
ce  rue  de  Seyne,  tenant  d'une  part  audict  J.  Martin,  d'aultre  part  à  la  veufve  et 
tr  héritière  de  feu  François  Pastoureau,  d'un  bout  par  devant  sur  ladicte  rue  et  par 
crdérière  sur  les  fossez;  qui  doibt  de  cens  chacun  an,  ledict  jour  Saint-Remy, 
«tant  cens  que  rente,  cinquante-un  sols  six  deniers  parisis.n  Claude  Vellefaux, 
en  mourant,  laissa  à  sa  famille,  qui  en  a  joui  pendant  soixante  ans  encore,  sa  mai- 
son de  la  rue  de  Seine,  laquelle  a  eu  pour  enseigne  le  Lion-Noir  et  l'Autruche, 
dans  le  cours  du  xvii*'  siècle. 

Partie  postérieure  d'une  maison  située  rue  Mazarine  (iSiy).  Elle  était  déjà 
séparée  de  celle-ci  en  iBgB  et  renfermait  un  jeu  de  paume.  Elle  paraît  avoir  eu 
pour  enseigne  le  Cygne-de-l*-Croix  en  1687,  et  était  contiguë  aux  maisons  du 
coin  de  la  rue  de  Bussy. 

En  i566,  il  y  avait  dans  la  rue  de  Seine,  auprès  de  la  rue  des  Marais,  une 
maison  de  l'Image-Saint-Christophe,  dont  nous  ne  connaissons  point  la  situation 
exacte.  Nous  n'avons  pu  déterminer  davantage  celle  du  cf  jeu  de  paume  de  Tout- 
rrvoyeT)  (i56o),  qui  appartenait  à  Jean  Touvoye,  maître  esteufier,  et  s'étendait 
de  la  rue  de  Seine  à  la  rue  Mazarine,  offrant  ainsi  une  superficie  de  quatre  cent 
douze  toises.  11  est  probable  que  ce  jeu  de  paume  fut  abattu,  avec  la  plupart  des 
propriétés  attenantes,  lors  du  siège  de  Paris. 


RUE   SERVANDONI. 

La  rue  Servandoni,  qui  a  toujours  fini  à  la  rue  de  Vaugirard,  commence  au- 
jourd'hui à  la  rue  Palatine  ;  elle  partait  autrefois  de  l'église  même  ou  du  cime- 
tière Saint-Sulpice. 

Comme  elle  longeait,  au  commencement  du  xvf  siècle,  les  bâtiments  de  l'hôtel 
de  Garancière,  elle  avait,  suivant  plusieurs  censiers,  (testé  prise  de  ladicte  mai- 
ffson.  T)  On  pourrait  donc  en  induire  qu'elle  a  été  ouverte  assez  tard;  mais  il  est 
parlé,  dans  une  transaction  de  ik^li,  de  «rla  ruelle  qui  va  au  long  de  l'ostel  de 
ffGarancières,T)  et  il  paraît  constant  que  cette  ruelle  est  la  même  que  la  rue  Ser- 
vandoni (').  Dans  des  actes  de  1622,  iSSy  et  1 556,  celle-ci  est  appelée  «la  ruelle 

'''  Le  document  qui  nous  fournit  cette  citation  et  d'autre  à  la  ruelle  ;  aboutissant  d'un  bout  à  Lorin 
est  l'acte  de  la  vente  d'une  propriété  située  devant  Gauldry,  et  d'autre  au  cimetière  Sainl-Sulpice.  Or 
Saint-Sulpice,tenant  d'une  part  à  Jacques  Cardon,        ces  indications   s'appliquent   exactement  au  clos 


RUE  SERVANDONI.  251 

ffSainct  Sulpice;ii  dans  un  autre  document  de  i548,  et  rue  Sainct  Sdpice  qui 
fftend  du  chemyn  de  Vaugirard  à  l'église  dudict  Sainct  Sulpice,fl  et,  dans  des 
titres  de  i556  et  i566,  «Petite  rue  Sainct  Supplice,»  sans  doute  pour  la  distin- 
guer de  la  Grande  rue  Saint-Sulpice  ou  des  Canettes.  Nous  sommes  bien  certain 
d'ailleurs  de  ne  point  tomber  ici  dans  une  de  ces  confusions  si  difficiles  à  éviter 
lorsqu'on  étudie  l'histoire  topographiques  des  environs  de  Saint-Sulpice;  le  titre 
de  1  566  auquel  nous  venons  de  faire  allusion  se  rapporte,  en  effet,  à  la  maison 
de  Jean  Allain,  dont  l'emplacement  n'est  pas  douteux. 

Dans  le  censier  de  iBgB,  la  rue  Servandoni  est  énoncée  «rue  des  Cordiers,» 
et,  dans  un  acte  de  i6î?o,  «rue  des  Fossoyeurs,  ditte  des  Cordiers.n  L'appella- 
tion de  «rue  du  Fossoyeur ti  se  rencontre  dès  1677;  avec  le  pluriel  ou  avec  le 
singulier,  elle  a  été  d'un  usage  général  jusqu'au  moment  oià  une  ordonnance  de 
1806  y  substitua  le  nom  moins  lugubre  de  Servandoni,  architecte  de  la  façade 
de  l'église  Saint-Sulpice.  Sauvai  dit,  et  on  le  devine  sans  peine,  que  le  fossoyeur  de 
Saint-Sulpice  demeurait  dans  la  rue.  Il  est  question,  en  termes  obscurs,  dans  un 
document  de  1637,  de  la  maison  qu'il  habitait,  et  une  sentence  du  28  décembre 
i5/ii ,  où  il  est  appelé  Pierre  Chaufard,  nous  apprend  que  cette  maison,  de  pe- 
tites dimensions,  était  située  près  de  l'église. 

Sous  le  règne  de  Louis  XIII,  la  rue  Servandoni  a  été  parfois  nommée,  surtout 
dans  sa  partie  septentrionale,  rue  du  Pied-(le-Biche ,  à  cause  de  l'enseigne  d'une 
maison  attenante  au  cimetière,  et  l'identité  résulte  des  termes  mêmes  d'un  bail 
de  i63i  :  «rue  du  Pied  de  Biche,  aultrement  dict  des  Fossoyeurs,  n  L'enseigne 
d'une  autre  maison  faisant  le  coin  de  la  rue  de  Vaugirard  lui  a  valu  le  nom  de 
rue  du  Fer-à-Cheval ,  dans  le  contrat  de  vente  de  l'hôtel  du  Luxembourg,  en 
1612;  mais  nous  ne  connaissons  point  d'autre  exemple  de  cette  appellation,  qui 
a  dû  être  peu  employée. 

Vers  l'extrémité  méridionale  de  la  rue  Servandoni,  le  long  de  la  rue  de  Vau- 
girard ,  existait  un  «  lieu  dict  la  Kalende,  a  sur  lequel  nous  n'avons  jamais  recueilli 
de  renseignements  détaillés.  Un  arpent  de  terre  qui  y  était  situé  est  énoncé,  en 
i/ioo,  «tenant  d'une  part  à  la  vigne  de  monseigneur  de  Garencières,  d'autre  à 
«Pierre  Gaucher,  fossoyeur;  aboutissant  aux  ruelles  qui  vont  à  Vaugirard. n  Un 
demi-arpent  contigu  est,  en  outre,  énoncé  tenir  «aux  ruelles  Saint  Sulpice.n  Le 
territoire  de  la  Kalende  est  mentionné  dans  le  censier  de  i355  et  dans  des  docu- 
ments de  la  fin  du  xv*  siècle.  Il  n'en  est  plus  question  après. 

Fërou,  qui  appartinl  à  J.  Cardon.  La  ruelle  Ion-        cet  hôtel,  et,  par  conséquent,  ce  ne  peut  être  que 
géant  l'hôtel  de  Garancière  était  donc  à  l'ouest  de        la  rue  Servandoni. 


33. 


252  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

CÔTÉ  ORIENTAL. 


PAROISSE   SAIM-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Partie  postérieure  de  l'hôtel  de  la  rue  Garancière,  qui  appartint  à  M.  de  la 
Tour.  Cet  hôtel,  du  côté  de  la  rue  Servandoni,  était  apparemment  contigu  au 
cimetière  Saint-Sulpice,  et,  dès  1628,  on  avait  bâti  sur  son  emplacement  quatre 
ou  cinq  maisons  peu  profondes.  Au  même  lieu  il  y  avait,  en  iBgô,  deux  maisons 
que  nous  n'avons  pu  identifier;  la  plus  rapprochée  de  l'église  était  possédée  par 
M'^Lejay,  procureur  au  Parlement. 

Partie  postérieure  de  l'iiôtel  de  Soubdiac,  remplacée  par  trois  ou  quatre  mai- 
sons en  1628. 

Maison  sans  désignation  (i566),  dite,  en  1095,  composée  de  deux  corps 
d'hôtel,  et,  en  i6a8,  de  deux  maisons.  Elle  aboutissait  à  la  propriété  d'Ambroise 
Paré,  située  rue  Garancière,  et  en  dépendait  en  i6o3. 

Maison  sans  désignation,  qui  dépendait  de  la  suivante  et  fut  cédée,  le  3i  dé- 
cembre i566,  à  Jean  AHain  par  Guillaume  d'Aussy.  Elle  n'avait  alors  que  vingt 
pieds  neuf  pouces  de  largeur  sur  rue,  et  quinze  pieds  seulement  à  son  extrémité 
opposée;  la  maison  qui,  selon  nous,  la  représente  aujourd'hui  a  donc  dû  être 
élargie. 

Maison  sans  désignation,  appartenant,  en  i566,  à  Guillaume  d'Aussy.  Elle 
paraît  être  la  même  que  celle  qui  fut  vendue,  le  18  novembre  1697,  par  Jean 
du  Verger  à  Thibaut  Cressé,  élu  à  Glermont  en  Beauvoisis.  Nous  sommes  sûr  de 
son  emplacement,  mais  non  de  ses  limites. 

Maison  sans  désignation  (iBgB),  dont  les  limites  sont  également  douteuses,  et 
qui  était  contiguë  à  la  maison  faisant  le  coin  de  la  rue  de  Vaugirard. 

CÔTÉ    OCCIDENTAL. 

PAROISSE   SAINT-SULPICE. 

JUSTICE 
ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

^""•''  Maison  du  Fer-À-Cheval  (1 506-1687),  faisant  le  coin  de  la  rue  de  Vaugirard. 

les  rues  de  Vaugirard  ,  \        ^  il  inv/^ii 

.tduCanivet.     Elle  appartenait  à  Etienne  Casin,  qui  demeurait  en  la  maison  du  Fer-à-Cheval , 
située  rue  de  la  Harpe.  Elle  était  divisée  en  deux  dès  1626. 


RUE  DE  SEVRES.  253 

Maison  sans  désignation  en  iBgS,  puis  de  la  Chaise  (i628-i635).  L'un  de  ses 
propriétaires  s'appelait  Marguerite  Chaize. 

Maison  sans  désignation  (iSg 5). 

Deux  maisons  sans  désignation  (iBgS),  aboutissant  à  la  rue  Pérou,  En  1628 , 
la  seconde  appartenait  à  Robert  Fusée,  sieur  d'Assy,  et  s'appelait,  en  i653,  la 
Grange  d'Assy  Fusée. 

Grande  maison  sans  désignation  (iSgS),  faisant  le  coin  méridional  de  la  rue 
du  Canivet  et  aboutissant  à  la  rue  Férou.  Elle  était  divisée  en  deux  dès  1628. 

Maison  sans  désignation  (1  Sgô) ,  puis  du  Vert-Bois  ou  Gaillard-Bois  (''  (1628-  Entre 

1735),  aboutissant  à  la  rue  Férou  et  contiguë  à  la  maison  faisant  le  coin  septen-  et 

trional  de  la  rue  du  Canivet.  régiiseSaint-s„ipic. 

Maison  sans  désignation  (lôgS),  aboutissant  à  la  rue  Férou.  Elle  paraît  avoir 
été  divisée  en  deux  dans  sa  largeur,  car,  dès  1628,  elle  était  séparée  de  la  pré- 
cédente par  une  maison  qui  ne  doit  point  avoir  été  bâtie  sur  le  terrain  de  celle- 
ci,  dont  elle  a  d'adleurs  dépendu  dans  le  dernier  siècle. 

Maison  sans  désignation  (i556),  aboutissant  à  la  rue  Férou.  La  partie  posté- 
rieure en  fut  retranchée  l'an  1620,  et  la  partie  antérieure  fut  achetée  par  la 
fabrique  de  Saint-Sulpice  le  i/»  mai  1767. 

Maison  sans  désignation  en  i556,  puis  de  l'Image-Saint-Pierre-aux-Pavillons 
(i58o)  et  du  Pied-de-Biche  (t63i-i66i).  La  première  enseigne  rappelait  le 
nom  de  Pierre  Pavillon,  à  qui  elle  fut  adjugée  le  27  mars  1577.  Elle  aboutissait 
à  la  rue  Férou,  et,  comme  elle  était  destinée  à  être  démolie,  elle  fut  achetée 
parla  fabrique  de  Saint-Sulpice  le  22  février  1719. 

Cimetière  Saint-Sulpice,  faisant  le  coin  de  la  ruelle  longeant  l'église.  (Voir  Rue 
Férou.) 


RUE   DE    SEVRES. 

La  rue  de  Sèvres  commençait,  comme  aujourd'hui,  au  carrefour  de  la  Croix- 
Rouge,  et  finissait  à  la  barrière  qui  limitait  le  faubourg.  Au  delà  c'était  le  chemin 
de  Sèvres. 

Il  est  douteux  que  la  rue  de  Sèvres  se  soit  appelée  rue  de  la  Maladerie  dès  le 
xni« siècle,  ainsi  que  l'assure  Jaillot  en  faisant  allusion  à  des  chartes  de  l'abbaye, 
qu'on  ne  retrouve  point  dans  ses  archives.  Au  commencement  du  règne  de  Fran- 
çois I",  en  effet,  bordée   exclusivement  de  terres  en  culture,  elle  n'était  point 

<■>  Les  deux  expressions  étaient  synonymes  :  appliqué  au  mot  bois,  l'adjectif  g-aiV/flrrf  signifiait  verdoyant. 


-254  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

encore  une  rue,  mais  bien  un  chemin  qu'on  appelait  le  chemin  ou  et  le  grant  che- 
(rmin  de  la  Malladerien  (i53i,  i53i,  etc.),  et  «le  grand  chemin  qui  tend  de 
ffla  rue  du  Four  à  la  Maladerien  (iBaS).  Un  titre  de  161 4  l'énonce  «  chemin 
rrpar  lequel  on  va  de  Paris  à  la  Maladerie,T)  et  un  acte  de  ihtg,  «chemyn  qui 
ffva  de  la  Maladerie  en  la  grant  rue  dudict  Sainct  Germain,  a  Sans  aucun  doute, 
des  locutions  analogues  ont  dû  être  employées  dès  l'origine  de  la  Maladrerie;  mais 
nous  n'en  avons  point  rencontré  d'exemple  antérieur  à  celui  que  nous  citons. 

La  rue  de  Sèvres  est  nommée  et  voie  de  Sèvres  n  dans  le  censier  de  i355;  rche- 
crmin  qui  va,  par  devant  la  Maladerie,  droit  à  Sèves, •«  dans  un  document  de 
ilik'],  et  :( chemin  ou  grand  chemin  de  Sèvres  dans  une  foule  d'autres.  Comme 
elle  conduisait  à  Meudon  aussi  bien  qu'à  Sèvres,  elle  a  été  dite  chemin  de  Meudon, 
en  ik']h,  et  cr chemin  tendant  dudict  Sainct  Germain  à  Meudon,  appelle  chemin 
(tdes  Charbonniers,  11  dans  un  ensaisinement  de  i534,  relatif  à  un  terrain  situé 
au-dessus  et  près  de  la  Maladrerie.  Sur  un  plan  de  1  671,  le  vocable  de  chemin  des 
Charbonniers  est  également  appliqué  à  la  route  de  Sèvres,  au  delà  de  Grenelle. 

La  voie  dont  nous  nous  occupons  n'a  commencé  à  être  ordinairement  qualifiée 
de  rue  que  dans  la  seconde  moitié  du  xvi*  siècle,  et,  en  1 554,  on  y  voyait  encore 
le  rt  chemin  par  lequel  on  va  dudict  Sainct  Germain  à  Sèvres,  n  Elle  est  appelée 
(True  allant  à  l'Hospitaln  et  rr chemin  par  lequel  on  va  de  la  Maladrye  à  Vaugi- 
trrard,T)  dans  le  cueilleretde  1505;  et  rue  des  Petites-Maisons,  ^  dans  un  acte  de 
1626,  et  ff  rue  du  Boullouer,  n  dans  d'autres  de  1 568,  i638  et  i658.  Le  tr che- 
ftmindu  BouHouem  est  mentionné  dans  le  censier  de  iSi^.  Nous  avons  expli- 
qué ailleurs  l'origine  de  celte  dénomination. 

CÔTÉ  DU  SUD -EST. 

PAROISSE   SAINT-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE  SAINT-GEBMAI\-DES-PRÉS. 

(Voir  le  pian  de  Ja  paroisse  Saint-Sulpice.) 

Maison  de  la  Taverne  (1372),  faisant  front  sur  le  carrefour  de  la  Croix-Rouge, 
et  formant  à  la  fois  le  coin  de  la  rue  du  Cherche-Midi  et  celui  de  la  rue  de 
Sèvres.  Le  8  janvier  1^89,  Pierre  Montrouge  la  prit  à  bail  avec  l'arpent  qui  en 
dépendait  et  qui  était  situé  derrière.  En  i523,  elle  appartenait  à  Tanneguy 
Aulbry,  et  renfermait,  indépendamment  de  l'arpent  que  nous  venons  de  mention- 
ner, une  grange,  une  bergerie  et  un  jardin,  le  tout  offrant  une  superficie  d'un 
quartier  et  demi.  En  1695,  elle  était  possédée  par  Julienne  Bouchardeau ,  riche 
propriétaire  du  quartier,  et,  en   1628,  elle  contenait  une  tuilerie.  Suivant  les 


RUE  DE  SEVRES.  255 

litres  de  cette  époque,  elle  aurait  alors  eu  trois  arpents  de  superficie,  ce  qui 
impliquerait  qu'elle  s'était  étendue  jusqu'à  la  première  brisure  de  la  voie.  Saisie 
sur  Geoffroy  Lambert  et  Julienne  Malherbe,  sa  femme,  elle  fut  adjugée,  le  3  fé- 
vrier 1627,  au  conseiller  et  médecin  du  roi,  René  Chartier.  D'autres  décrets 
d'adjudication,  datés  des  17  juin  1662  et  17  février  i663,  en  procurèrent  la 
possession  aux  Prémontrés  réformés,  qui  s'y  installèrent <''. 

Maison  sans  désignation  (iBgS),  aboutissant  à  la  précédente. 

Delx  maisons  sans  désignation  [ibli-]),  qui,  réunies  en  une  seule,  ont  formé 
l'hôtel  de  la  Paye  au  xviii"' siècle.  Ainsi  que  toutes  les  suivantes,  elles  devaient 
être  bâties  déjà  vers  i535,  mais  alors  la  plus  grande  partie  de  leur  emplace- 
ment était  en  jardins. 

Deux  maisons  sans  désignation  (1547).  Elles  furent  élevées,  avec  les  deux  pré- 
cédentes, sur  quatre  pièces  de  terre  baillées  à  bâtir  par  l'abbaye  le  9  décembre 
iBag.  Ces  pièces  s'étendaient  de  la  rue  de  Sèvres  à  la  rue  du  Cherche-Midi,  de 
même  que  celles  dont  il  sera  question  ci-après.  Les  deux  premières,  que  prirent 
les  nommés  Richard  Greslé  et  Antoine  Greslé,  contenaient  chacune  cinquante 
perches;  les  deux  autres,  qui  échurent  à  Geoffroy  Hévet  et  à  Jacques  Rigaut, 
renfermaient  chacune  vingt-cinq  perches. 

Deux  maisons  sans  désignation  (15/17).  ^®  9  f^vri*^!"  1712,  Jeanne  de  Sauvaget 
fit  donation  de  la  seconde  au  profit  des  dames  de  Saint-Thomas,  qui  s'y  éta- 
blirent. Ces  deux  maisons,  ainsi  que  celles  auxquelles  elles  aboutissaient  rue  de 
Sèvres,  furent  construites  sur  cinq  pièces  de  terre  baillées  à  bâtir,  savoir  :  la  pre- 
mière et  la  deuxième,  qui  contenaient  chacune  un  quartier,  à  Pierre  de  Bagneux 
et  à  veuve  Jacques  Berthon,  le  9  novembre  1629;  la  troisième,  qui  contenait  cin- 
quante perches,  à  Jean  Allain,  probablement  aussi  en  iSag;  la  quatrième,  qui 
contenait  vingt-cinq  perches,  à  Jean  Poussin,  le  10  mars  i53o  ;  et  la  cinquième, 
qui  parait  avoir  contenu  trois  quartiers,  à  Richard  Le  Tort,  en  1629'^'. 

Deux  maisons  sans  désignation  (lôgB).  Elles  n'étaient  sans  doute  pas  moins  an- 
ciennes que  les  précédentes,  car  elles  occupaient  l'emplacement  d'un  demi-arpent 
baillé,  le  19  février  1829,  à  Jean  Boillet,  et  d'un  quartier  baillé,  en  la  même 
année,  à  Guyot  Fleury. 

Pièce  de  terbe  attenante  à  la  Tranchée  et  aboutissant  à  la  rue  du  Cherche- 
Midi  (1595).  Elle  était  large  de  trente  toises  cinq  pieds  et  demi  sur  cette  der- 
nière rue,  et  de  vingt  et  une  toises  un   pied  et  demi,  sur  la  rue  de  Sèvres. 

'">  Jaillot  rlil  que  la  veuve  de  René  Chartier  la  dont  l'application  offre  des  difficultés  sans  nombre, 

leur  avait  vendue  le  j6  oclobro  1661  ;  nous  n'avons  Celte  superficie  est  d'ailleurs  portée  à  quatre  ar- 

retrouvé  dans  leurs  papiers  que  la  copie  des  dé-  penls  au  lieu  de  trois  et  demi,  dans  l'arpentage 

crets.  (Arch.  nat.  cart.  3434i.)  de  iSag,  et,  pour  les  lots  suivants,  à  un  arpent 

'*'  La  superficie  réelle  des  deux  maisons  dont  il  au  lieu  de  trois  quartiers ,  ce  qui  paraît  être  un 

s'agit  est  sujiérieure  à  celle  qu'indiquent  les  titres,  peu  plus  exact. 


256  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

L'Hôtel-Dieu,  à  qui  elle  appartenait  dès  1829,  la  vendit,  à  charge  de  bâtir,  au 
nommé  Jean  Langellé,  dit  Marchand,  le  3  juillet  1609.  (Voir  Rue  du  Cherche- 
Midi.) 

CÔTÉ  SEPTENTRIONAL. 

PAROISSE   SAINT-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVK  DE  L'ABBAYE  SAIM-GERMAIN-DES-PRÉS. 

Entre  Maison  sans  désignation,  avec  un  jardin  et  terres  dépendantes  (1  596),  faisant 

'* lue car*refou"'*  ^^  ^^^^  Orientai  de  la  rue  de  la  Chaise.  A  la  fin  du  xvi''  siècle,  elle  appartenait  à 
de  ia  Croix-Rouge,  ^j^ude  Morcl ,  et,  le  3o  juillet  1 638,  renfermant  alors  deux  arpents  dix-sept  perches, 
elle  fut  vendue  18,000  livres  tournois,  par  Guillaume  Bouchardeau ,  aux  Annon- 
ciades  de  Bourges.  Les  créanciers  de  ces  religieuses  les  en  firent  exproprier  par 
arrêts  du  Parlement  rendus  en  i65o,  1662  et  i656;  puis,  le  9  mars  i656,  la 
maison  fut  acquise,  au  prix  de  126,000  livres,  par  les  dames  de  l'Abbaye-aux- 
Bois,  qui  s'y  établirent. 

Terre  ou  jardin  (1596)  contigu  à  la  maison  faisant  le  coin  du  carrefour  de 
la  Croix-Rouge.  Ce  jardin  occupait  l'emplacement  d'un  arpent  de  terre  qui  ap- 
partenait, en  iSaS,  à  Jean  Bausart,  à  cause  de  sa  femme,  fille  de  Jean  Ballay, 
'  lequel  avait  possédé  la  plus  grande  partie  de  l'îlot.  En  1628,  il  y  avait  là  une 

petite  maison,  puis  deux  autres  renfermant  des  jardins;  Pierre  Racine  en  était 
propriétaire.  Ce  fut  ensuite  un  grand  chantier,  large  de  quarante  toises,  que  les 
religieuses  de  l'Abbaye-aux-Bois  acquirent  le  2/1  septembre  1679. 


HOSPICE  DES  MENAGES 


258  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

matériaux,  la  somme  de  3oo  livres,  une  rente  annuelle  de  3o  livres  el  un  cens 
de  7  sols  6  deniers  par  arpent.  Informé  du  fait,  le  procureur  général  introduisit 
une  requête  concluant  à  l'exécution  de  l'arrêt  précédemment  rendu ,  et  un  procès 
eut  lieu,  où  comparurent  simultanément  G.  Gellinard,  le  bourgeois  Robert  Fal- 
lentin,  qui  lui  avait  acheté  le  terrain  en  litige  et  avait  commencé  à  y  construire, 
puis  les  religieux  de  l'abbaye.  Ceux-ci  consentaient  bien  à  ce  que  l'emplacement 
de  la  Maladrerie  fût  aliéné  dans  l'intérêt  des  pauvres,  et  recoimaissaient  même 
qu'il  leur  incombait  le  devoir  de  nourrir  et  entretenir  les  lépreux  de  leur  fief; 
mais  ils  demandaient,  en  échange,  à  être  déchargés  de  l'obligation  de  leur  fournir 
un  lieu  pour  rebâtir  l'hospice.  Par  arrêt  du  27  novembre  i5/i8,  le  Parlement  sa- 
tisfit aux  prétentions  des  moines,  et,  prenant  en  considération  l'oflre  faite  par  Fal- 
lentin  de  payer  600  livres  aux  pauvres  et  de  leur  servir  la  rente  qu'il  servait  pré- 
cédemment à  l'abbaye,  lui  adjugea  la  possession  définitive  de  la  Maladrerie''*. 


Cependant,  le  nombre  des  pauvres  augmentant  sans  cesse,  ies  commissaires 
nommés  par  le  Parlement  pour  administrer  l'assistance  publique  proclamèrent 
la  nécessité  de  créer  de  nouveaux  lieux  de  refuge,  et,  par  lettres  patentes  du 
11  novembre  i55i'^',  Henri  II  les  autorisa  à  construire,  dans  les  faubourgs,  un 
ou  deux  hôpitaux  (tsegregés  de  voisins,  pour  illec  loger  et  nourrir  lesdicts  pauvres 
rtmendians  en  petites  loges  et  eschoppes,  de  neuf  ou  douze  pieds  en  carré  chas- 
(Tcune,  selon  les  pourtraicts,  desseings  et  modellesTi  qu'ils  en  avaient  présentés  au 
Parlement'^'.  Le  3  février  i55ii,  ils  achetèrent,  dans  cette  intention,  au  prix  de 


'''  Arch.  nat.  cart.  S  aSia,  et  reg.  Z  7601  , 
fol.  97  v°.  Les  circonstances  à  la  suite  desquelles 
la  Maladrerie  est  devenue  l'hôpital  Saint-Germain 
n'ont  point  été  comprises  des  historiens  de  Paris. 

'*'  Ces  lettres  patentes  avaient  été  précédées,  à 
dix  ans  de  distance ,  d'autres  lettres  datées  du  7  no- 
vembre 1  5  'ti ,  par  lesquelles  François  1"  attribuait 
au  Prévôt  des  Marchands  et  aux  Echevins  de  la  Ville 
de  Paris  la  xuperintehdance ,  soin  et  entretien  de  la 
Communauté  des  pauvres  : 

ff Ordonnons,  disait  le  roi,  qu'ils  commettent  et 
rdeputent,  ainsi  qu'ils  ont  acoustunié  de  faire, 
f  pour  le  gouvernement  de  l'Hostel  Dieu,  ung  cer- 
"  tain  bon  nombre  de  notables  bourgeois .  conseillers 
"de  ladicte  ville,  et  aultres  gens  de  bien  et  chari- 
rrtables,  lesquelz  ilz  présenteront  d'an  en  an  et  de 
frdeuz  ans  en  deuz  ans,  ainsy  qu'ilz  adviseront,  à 
f  notre  dicte  Court  de  Parlement,  pour  illec  faire 
net  prester  le  serment  que  font  et  prestent  en  icelle 
(f Court  les  gouverneurs  du  dict  Hostel  Dieu...  et, 
iren  ce  faisant,  appelles  avec  eulx  ung  bon  nombre 
rrde  conseillers  de  ladicte  ville,  et  assistans  aucuns 


crdenosamez  et  féaulz  conseillers  de  nostre  dicte 
ff Court  de  Parlement,  advisent  et  regardent  à  tous 
(tles  moyens  et  expé.liens  convenables  pour  pour- 
fr veoir  et  donner  ordre  au  faict  diceulx  pauvres.  1 

Nous  avons  cru  devoir  reproduire  la  partie  la 
plus  significative  de  ces  lettres  patentes,  que  feu 
Berty  avait  omises;  elles  contiennent,  en  elfet,  le 
principe  de  l'institution  appelée  successivement  : 
rfl'Aumosne  générale,»  le  Grand  Bureau  des  Pau- 
vres et  l'Assistance  publique.  —  l.  m.  t. 

'''  Nous  croyons  devoir  également  reproduire  en 
entier  les  lettres  patentes  du  11  novembre  i554. 
dont  feu  Berty  n'a  donné  que  quelques  lignes.  L'en- 
semble de  cette  pièce  établit  la  part  que  le  souve- 
rain ,  le  Parlement  et  le  Bureau  de  la  Ville  ont  prise 
à  la  transformation  de  l'antique  léproserie  Saint- 
Germain;  elle  montre,  en  outre,  que  les  intentions 
charitables  de  François  1"  ont  été  religieusement 
suivies  par  Henri  II. 

"Henry,  par  la  grâce  de  Dieu.. . ,  sçavoir  faisons 
frque,  comme  pour  nourrir  avec  certain  bon  ordre 
tret  police  ung  grant  et  merveilleux  nombre  de 


9iiénà^mMBlW*r^~T>^--'''«'i*'T'^''- 


iiial('M'ia(i 

t'ul  lieu. 

loiitir'      • 

(!.'  \- 

(in  !' 

IfSil! 


itrOCRAPftlE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARf 

une  rente  annuelh  de  3o  livres  el  un 
liil'orraé  du  fait,  Je  procureur  général  n 
ion  de  l'arrr  leniment  rendu, et  un  \> 

iiuilanément  G.  uciiiiiârd,  le  bourgeois  Robert  tal- 
terraii!        '  '  r(>  et  avait  commencé  à  y  construire 
...c.  Oiiv  .entaient  bien  à  ce  que  lemplacenieiil 

né  dan>  t  des  pauvres,  et  reconnaissaient  mêni» 

!«•  devoir  i\c  ooiirrir  et  entretenir  les  lépreux  de  leur  Get. 
itre  déchargés  de  j  m  de  leur  fournil 

irèt  du  27  novembre  l'ùliH,  le  Parlement  s» 
[)renant  en  considération  l'oflre  faite  par  Fal- 
uvres  et  de  leur  servir  la  rente  qu'il  servait  pré- 
'0  possession  définitiv    ^    'n  Maladrerie'*'. 


ttir  1  hospi<-< 
)m  des  moi 
'>o  rivri' 


iinbre  des  pauvres  augmentant  sans  cesse,  les  commissaires 
Parlement  pour  administrer  l'assistance  publique  proclamèrent 
M  '  nouveaux  lieux  de  refuge,  et,  par  lettres  patentes  du 

i  >5ii**',  Henri  II  les  autorisa  à  construire,  dans  les  faubourgs,  un 
iaux  (tsegregée  de  voisins,  pour  illec  loger  et  h«  ^^  pauvrt- 

piîtites  loges  et  es'^  .  de  neuf  ou  douze  pjwds  ea  cai 

nourtraicts.  •'  111  .  :i  -    .. 


-I  t'i''vri' 


ruM'   1 


.S  Q84a,  et  it, 
■ii-oiislances  à  '• 
I  devenue  l'hô|'. 
'  iiaprises  deâ  hUtoriens  de  t'ai 


kiViilÊ 


II'.  :1iatl(  ( 


ileuolabl' 


(dviseroiii  * 


iiostei  Di< 


pour  [X)ur- 
iier  ordre  ou  faict  d'iceulx  pauvres.  1 
1.1  partie  i.i 
^,  '  ,  es,  que  feu 

Berty  avait  omises  ;  elles  coudenhcht;;  en  effet,  le 
principe  de  rinstilulion  appeltfe  successivement  : 
n-l'Aijraosne  générale,'»  le-Grand  Bureau  il^s  V-.tv. 
■;s  et  l'Assistance  publique.  —  l.  «.  t 
''  Nous 'croyons  devoir  également  reproduu'e  en 
.  .itier  ^es^ettres  patentes  du  11  novembre  iba'-i . 
dont  feu  Berty  n'a  donné  que  quelques  lignes.  L'en- 
semble de  cette  pièce  établit  la  part  que  le  souve- 
rain, le  Parlement  et  le  Bureau  de  la  Ville  or:  ■■■ 
k  la  transformation  de  l'antique  léproserie  : 
Germain;  elle  montre,  en  outre,  que  les  inlentions 
'  '  François  1"  ont  été  i-eligieusemenl 
I  nri  II. 
-  Henry,  par  ia  grâce  de  Dieu. . . ,  sç.' 
■■  nourrir  ;■> 

:';illl    et    tii 


TOPOGRAPHIE    HISTORIOVE   DV  VIEVX   PARIS, 


Bienvenu   del 


'..  M  Tisserand  dn 


LES  PETITES  MAISONS  ET  LES  PETITS  MÉNAGES 

■••  >.  t  "  :  F.  N  \  1-    \:  ■\  1 .  A  D  R  [•:  rie   s  a  :  m  t  g  f.  r  m  a  i  n 


y.  c  n  a  ê  c  r> 


MALADRERIE  SAINT-GERMAIN.  259 

loo  livres  tournois  de  rente,  la  propriété  de  Robert  Fallentin;  elle  consistait  alors 
en  une  maison  qui  avait  pour  enseigne  sur  le  portail  l' Image- Sainte-Geneviève,  et 
coinpienait  des  cours  et  des  étables,  avec  un  jardin;  le  tout  présentant  une  su- 
perficie d'environ  trois  arpents'".  L'ancienne  Maladrerie  redevint  ainsi  un  hôpital, 


qu'on  appela  Vhôpilal  Saint-Germain ,  et  bientôt  aussi  les  Petites-Maisons ,  à  cause 


irpauvres,  qui  mendient  ordinairement  parniy  les 
frrues,  maisons  et  ëglises  de  nostre  ville  de  Paris, 
trcappilaie  de  notre  royaulene,  quelque  auniosne 
irque  on  leur  distribue  par  chascune  sepmaine, 
trayant  été  pratiquez  plusieurs  bons  moyens,  tant 
rpar  notre  Court  de  Parlement  que  par  les  coni- 
"missaires  par  elle  commis  sur  le  faiet  et  police  des- 
irdicls  pauvres,  et  finablement  estre  Ireuvez,  ainsy 
trque  lesdicts  commissaires  nous  ont  faict  entendre, 
irque  il  est  1res  nécessaire  de  bastir  et  construire 
iruuff  ou  deux  nouveaulx  hospitaiilx,  en  certains 
(rlieidx  spaeieulxdc  nostre  dicte  ville  et  faulxbourgs, 
ffsegregez  de  voisins,  pour  illec  loger  et  nourrir 
fflesdictjj  pauvres  mendians  en  petites  loges  et  es- 
(Tcboppes,  de  neuf  ou  douze  pieds  en  carré  chas- 
ffcnne,  selon  les  pourtraicts,  desseings  et  modelles 
cqu'ilz  en  ont  faict  faire  et  présentera  nostre  dicte 
(T Court,  laquelle  a  treuvé  ladicte  entreprinse  très 
ir bonne  et  la  permis  et  accordé  soubz  nostre  bon 
T  plaisir.  Pour  ce  est-il  que  donnons  en  rnandc- 
"ment,  etc.»  (Archives  de  l'Assistance  publique, 
Pelileg-Maixons ,  liasse  n°  h.) 

Ce  sont  les  (r pourtraicts,  desseings  et  modelles» 
des  ir petites  loges  et  esclioppes,"  que  nous  avons 


fuit  reproduire  à  l'aide  des  relevés  pris  par  le  Ser- 
vice historique,  au  moment  de  la  démolition  des 
bAtiments.  Pour  rendre  plus  sensible  les  transfor- 
mations successives  de  l'antique  Maladrerie  Saint- 
Germain  ,  nous  avons  réuni ,  sur  la  même  planche , 
un  cabanon  des  Peliles-Maisom;  et  une  travée  des 
Petits-Ménages.  —  l.  m.  t. 

''>  L'acte  de  vente,  dont  la  minute  est  conseï'- 
vée  aux  archives  de  l'Assistance  publique,  est  ainsi 
conçu  : 

tr  Par  devant  Etienne  Brûlé  et  Adrian  Fournier, 
"■notaires  du  Roy  nostre  sire,  en  son  Chastelet  de 
ff Paris,  fut  présent,  en  sa  personne,  honorable 
tr  homme  Robert  Fallantin,  marchand  bourgeois  de 
rr Paris,  lequel,  de  son  bon  gré  et  bonne  vollunlé, 

rrecongneut  et  confessa avoir  vendu  à  nobles 

nhommes  et  saiges  maislres  Loys  Gayan,  M°  Jac- 
trques  Pothier,  M"  Jehan  Berjot,  conseiller  du  Roy 
tf nostre  sire,  en  sa  Court  de  Parlement,  M'  Paris 
rrHesselin,  aussy  conseiller  du  Roy  et  maistre  de 
ffses  comptes.  M"  Estienne  Dugué,  chanoine  en 
T  l'esglise  de  Paris  et  archidiacre  de  Brye ,  M"  Claude 
crde  Verdun,  aussy  chanoine  de  Paris,  une  maison, 
ffcourt,  estables,  jardin,  lieux  et  appartenances... 

33. 


260  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

de  sa  subdivision  en  un  grand  nombre  de  «  loges,  n  Les  bâtiments  en  avaient  été 
élevés  en  iSSy,  dit  Corrozet,  qui  ajoute  que  l'établissement  n'avait  d'autres  re- 
venus que  les  aumônes  des  habitants  de  Paris'". 

L'hôpital  Saint- Germain,  contenant  au  plus  trois  arpents,  tenait  d'une  part 
à  la  rue  de  Sèvres,  et  de  l'autre  à  une  partie  du  chemin  de  Grenelle  (rue  de 
Babylone)  depuis  longtemps  supprimée.  11  aboutissait  par  devant  et  avait  son 
entrée  sur  le  carrefour  formé  par  la  réunion  des  deux  voies  que  nous  venons 
d'énoncer  et  de  la  rue  de  la  Chaise.  Il  aboutissait  par  derrière  à  une  pièce  de  terre 
de  trois  arpents  moins  un  demi-quartier,  qui  faisait  le  coin  de  la  rue  du  Bac. 
Baptiste  Vesle  avait  acquis  cette  pièce  de  terre,  le  12  janvier  1606,  de  Jeanne 
Autran,  et  la  céda,  le  1  8  mai  1  6-23,  à  l'hôpital,  par  le  cimetière  duquel  elle  était 
partiellement  limitée  vers  le  nord.  Elle  a  servi  à  l'extension  de  l'établissement,  dont 
une  acquisition,  faite  le  7  octobre  1611,  a  permis  d'efl'ectuer  le  premier  agran- 
dissement, du  côté  delà  rue  de  Grenelle.  La  chapelle  fut  réédifiée  en  161 5'*'. 

Du  Breul  donne  les  détails  suivants  sur  la  destination  et  l'administration  de 
l'hôpital  Saint-Germain  :  tt Premièrement,  faut  entendre  que  cest  hospital  a  esté 
ftbasti  et  édifié  pour  y  loger,  enfermer  et  nourrir  sobrement  les  hommes  et  femmes 
fvieils  et  décrépits  et  autres,  pauvres  incorrigibles  ou  invalides  et  impotens,  les 
r:  hommes  séparez  des  femmes.  Et  a  esté  bien  advancé  avec  l'ayde  de  dellunct  de 
abonne  mémoire  Monsieur  de  Boulencourt,  en  son  vivant  conseiller  du  Boy  et 
tf  président  en  sa  Chambre  des  comptes,  qui  y  a  employé  beaucoup  de  ses  biens  et 
(ffacultez,  tant  en  meubles,  rentes  que  édifices,  et  plusieurs  logis  et  chambres, 
tresquelles  sont  logez  les  pauvres  estropiats  et  impotens,  vieils  et  caducs,  n'ayant 
ff puissance  de  gaigner  leur  vie,  qui  y  sont  nourriz,  alimentez  et  çhaufez  en  deux 


crie  lieu,  ainsy  qu'il  se  comporte,  appeiiéia  Malia- 
ttdrerie  de  Sainct  Germain,  situez  et  assis  prez 
crSainct  Germain  des  Prez  lez  Paris,  du  costé  et  sur 
nie  chemyn  par  lequel  l'en  va  dudicl  Sainct  Ger- 
irmain  àSève,  pour estre appliquez  à  ung hospital.» 
(Archives  de  l'Assistance  publique,  même  fonds.) 

Cette  pièce  a  son  intérêt,  en  ce  qu'elle  nous  fait 
connaître  quelle  était,  en  i554,  la  composition  du 
nouveau  Bureau  des  Pauvres.  M.  Husson  l'a  repro- 
duite dans  son  Etude  sur  les  hôpitaux.  —  l.  m.  t. 

'''  Quelques  parties  des  bâtiments  primitifs,  édi- 
fiés en  1557,  étaient  restées  engagées  dans  des 
constructions  postérieures.  La  démolition  des  ailes 
qui  les  enveloppaient  a  permis  d'en  reconnaître 
l'aspect  et  le  style;  indépendamment  des  relevés 
géométraux,  un  croquis  a  pu  en  être  fait  par 
M.  Bienvenu;  nous  l'avons  fait  graver  sur  bois,  et 
nous  le  plaçons  dans  le  texte,  à  la  page  précédente , 


un  peu  avant  le  moment  où  le  récit  amène  cette 
figuration.  —  i..  m.  t. 

'*'  La  chapelle,  dont  nous  avons  fait  relever  le 
plan  avec  soin ,  au  moment  de  la  démolition ,  avait 
autrefois  son  entrée  à  l'extrémité  de  la  nef  et  sur  la 
rue  de  Sè\Tes,  par  laquelle  on  y  accédait.  A  une 
époque  qu'il  est  difficile  de  préciser,  des  bâtiments 
de  service  furent  appliqués  contre  le  pignon  occi- 
dental de  cette  chapelle;  on  condamna  alors  la  porte 
et  les  fenêtres,  dont  nous  avons  retrouvé  les  baies 
sous  une  couche  de  plâtre,  et  l'on  fit  une  nouvelle 
entrée  latérale  donnant  sur  la  cour. 

M.  Bienvenu  a  restitué  avec  soin  cet  ancien  por- 
tail ,  dont  aucun  historien  de  Paris  ne  fait  mention  ; 
il  a ,  de  plus ,  établi  une  coupe  longitudinale  et  trans- 
versale de  la  chapelle  et  de  son  campanile,  ce  qui 
permet  d'apprécier  l'agencement  des  combles  et  la 
disposition  originale  de  la  charpente.  —  1..  m.  t. 


«t    ^ij;- 


"  '  î«'  *  B'S^' 


"~W 


I    : 

I    I 
I    I 

I    I 


Q 

U." 
C/) 

0 


.^)^p.  de  «lo{jr-. -  !.es  bâtiments  en  avaient  et»^ 
■  <y«e  1  ment  n'avait  d'autres  ro- 


i«>  le»  auiâfVan  dos 


('"(>  sur  l< 
' .  iionccr  •  • 
<|p  trois 
Kaptisf' 


.l'Xf    rà 


!    ;)lu8  trois  arpents,  tenait  d'une  pari 

un*'  partie  du  chemin  de  Grenelle  (rue  df 

•.  H  aboutissait  par  devant  et  avait  son 

iTunion  des  deux  voies  que  nous  venons 

Mso.  Il  aboutissait  par  derrière  à  une  pièce  de  terre 

it-quàrlier,  qui  faisait  lo  coin  de  la  rue  du  Bac. 

rft(«?  piAce  de  terre.  janvier  1606,  de  Jeaniu' 

riiôpital,  par  le  cimetière  duquel  elle  était 

s  le  nord.  Elle  a  servi  à  l'extension  de  l'établissement,  dont 

7  octobre  1 6 1 1 ,  a  permis  d'eflectuer  le  premier  agran- 

rtla  rue  de  Grenelle.  La  chapelle  fut  réédiûée  en  i6i5  '^'. 


•M  lit 


i'.;s  <i.nii->  -iiixun-  1111  la  destination  et  l'adrainislration  de 
lin  :  (T  Premièrement,  faut  entendre  que  cest  hospital  a  esté 
_    .  enfermer  et  nourrir  sobrement  les  hommes  et  femmes 
■l  autres,  pauvres  iiicorri[^ibles  ou  invalides  et  impotens,  les 
i''s  femmes.  Et  a  Ivanré  av<»c  i'ayde  de  ri 

VIonsieur  de  Iv 
'.haa)bredesc(ii 
iii(>ubles,  ren)' 
'/  les  pauvre'  t^  >-t  (..nnn^^,  ii<i>ti]ii 

.'1'    llMir    vif  •■/     l'f    cIkIIiIc/    PII    (1(M1\ 


iisi  '  'iporte.  appelle  la  Mi: 

•  liMlict  Sainct  Ger- 

•■\c,  |mw^  «!4i;^  ■jyylM)!!  '  .il.n 

■  :i  Telle  nous  fait 

Mip^i' l'ion  flu 


liarties  des 


itifs.  e«ii- 
dans  d*» 
-    f.a  d^nifrfrt»«n  des  oili»» 


*  ■■•i^nf   rrstfi->   i-i>^:  !{.;-•»  dans  d«» 


I  pea  arant  le  lùorneot  où  tè  récit  amène  celte 
'iiration.  —  1,.  m.  t. 

'*''  La  chapelle,  dont  nous  avons  fait  relever  Ih 
plan  avec  soin,  an  moment  de  la  démoli tion .  .iv.nl 
autrefois  son  entrée  à  l'exlrémilé  de  la  nef  et  .sur  la 
rue  de  Sèvres,  par  laquelle  on  y  accédait.  A  une 
époque  qu'il  e-^t  difficile  de  préciser,  des  MtimeiiK 
de  service  furent  appliqués  contre  le  |)ignon  occi- 
'Ipntal  de  celte  chapelle  ;  on  condamna  alors  la  porte 
i  les  fenêtres,  dont  nous  avons  retrouvé  les  baies 
sous  une  couche  de  plâtre,  et  Ton  fit  une  nouvelle 
entrée  latérale  donnant  snr  la  cour. 

M.  Bienvenu  a  restitué  avec  soin  cet  ancien  por- 

lil,  dont  aucun  historien  de  Paris  ne  fait  mention; 

'   plus,  établi  une  coupe  Ion-   '    ''     '   st  trans- 

■  de  la  chapelle  et  de  son  1       _  .ce  qui 

iM'rmet  d'apprécier  l'agencement  des  combles  el  la 

'imposition  originale  de  la  charpente.  —  1 .  m  r. 


MALADRERIE  SAINT-GERMAIN.  261 

ffchaufoirs  communs,  faits  en  forme  de  cloche,  l'un  du  costé  des  hommes  et 
ff  l'autre  du  costé  des  femmes,  le  tout  aux  despens  du  Grand  Bureau,  qui  fournit 
fret  satisfait  à  tout  ce  qui  est  de  nécessité. 

ffPlus,  audit  hospital  sont  receuz  les  enfans  et  pauvres  cagnardiers,  tant  fils 
trque  filles,  qui  sont  malades  de  la  teigne,  qui  l'ont  gaignée  à  coucher  es  basteaux. 
ff  les  autres  sous  les  estaux  ou  parles  rues;  et  sont  pensez,  médicamentez  et  guaris, 
tf  tellement  que  en  un  an  s'est  trouvé  le  nombre  de  deux  cens  qui  y  ont  receu 
(Tguarison.  Encores  sont  receues  audit  hospital  plusieurs  femmes  malades  du  mal 
tr  caduc,  nommé  le  mal  Sainct-Jehan,  et  autres  pauvres  alliénez  de  biens  et  de 
trieur  esprit,  et  courans  les  rues  comme  fols  insensez;  desquels  plusieurs,  avec  le 
rtenqjs  et  bon  traictement  que  on  leur  faict,  reviennent  en  bon  sens  et  santé.  ■« 

L'administration  de  l'hospice  était  confiée  par  le  Grand  Bureau  à  un  gouver- 
neur, chirurgien  émérite,  qui  dirigeait  le  service  médical  et  y  était  aidé  par  un 
second  chirurgien.  Quatre  portiers  excerçaient  la  police  de  la  maison,  où  il  y 
avait  deux  prisons  pour  punir  les  pauvres  récalcitrants  et  incorrigibles.  Enfin 
deux  prêtres,  logés  dans  l'établissement,  y  disaient  chaque  jour  la  messe  et  y  ac- 
complissaient les  autres  fonctions  de  leur  ministère'*'. 

Une  croix,  dite  de  la  Maladrerie,  existait,  vers  ila^,  dans  les  environs  de  l'hô- 
pital. 


La  date  termin.ile  (1610)  que  feu  Berly  s'était  imposée  l'a  condamné  a  écourter  la  mono- 
graphie de  la  Maladrerie  Saint-Germain,  comme  elle  l'avait  conduit  à  abréger  la  notice  qu'il  a 
consacrée  à  Saint-Sulpice,  l'antique  église  paroissiale  de  celte  région.  Cependant  la  vieille  Lé- 
proserie du  bourg  Saint-Germain  n'en  est  pas  restée  à  la  transformation  que  lui  ont  fait  subir 
les  arrêts  du  Parlement,  ainsi  que  les  lettres  patentes  de  i55i.  Les  Petites-Maisons  sont  deve- 
nues, au  commencement  de  ce  siècle,  les  Petits-Ménages,  et  c'est  sous  cette  forme  que  la  géné- 
ration contemporaine  a  connu  l'asile  fondé  par  la  piété  de  nos  pères. 

L'établissement,  réorganisé  en  1567  parle  Bureau  de  la  Ville  et  administré  par  le  Grand 
Bureau  des  Pauvres,  a  eu ,  jusqu'à  la  fin  du  siècle  dernier,  son  existence  distincte;  sa  gestion  ne 
relevait  ni  de  l'Hôtel-Dieu ,  ni  de  l'Hôpital  général.  On  y  recevait  indistinctement  les  pauvres  de 
toutes  les  paroisses  de  Paris,  et,  comme  le  nombre  s'en  accroissait  toujours,  le  Grand  Bureau  prit 
le  parti  de  faire  construire,  absolument  en  debors  des  ff pourctraicts ,  desseings  et  modelles" 
prescrits  par  les  lettres  patentes  du  11  novembre  i554,  un  bâtiment  considérable  devant  oc- 
cuper tout  le  fond  de  la  cour.  Cette  construction,  dont  nous  donnons  le  profil,  au-dessous  des 
Petites-Maisons  de  la  fin  du  xvi'  siècle  et  du  commencement  du  xvii",  fut  élevée  en  1786,  sur  les 
plans  de  l'architecte  Buron,  approuvés  par  Antoine,  architecte  du  roi.  Elle  ne  présente  point  un 

'■*  Il  existait,  aux  Petites-Maisons,  deux  chapelles  Lablié  de  Saint -Germain,  en  la  censive  duquel 

distinctes  :  la  grande,  dont  nous  donnons  une  vue,  était  situé  l'établissement,  y  installa  un  curé-vicaire 

qui  fut  consacrée  le  6  avril  i6i5,  et  la  petite,  ou  en  i665.  Cet  état  de  choses  s'est  continué  jusqu'à 

chapelle  de  l'infirmerie,   bénite  le  10  mai  i656.  la  fin  du  siècle  dernier.  —  l.  m.  t. 


262  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

style  bien  accusé;  mais  elle  constitue  le  dernier  agrandissement  de  la  maison  aujourd'iiui  dis- 
parue, et,  à  ce  titre,  il  importait  d'en  conserver  l'aspect. 

Le  même  sentiment  de  conservation  nous  a  engagé  à  reproduire  la  porte  d'entrée  ouverte 
sur  la  rue  de  la  Chaise  et  contemporaine  des  premiers  travaux  de  transformation.  Enfin  il  nous 
a  semblé  que  la  monographie  architectonique  des  Petiles- Maisons  et  des  Petits-Ménages  devait 
avoir  pour  complément  un  plan  général  des  cours  et  bâtiments,  avec  indication  des  parties  qui 
ont  été  successivement  modifiées  ou  supprimées,  et  de  celles  qui  existaient  encore  au  momeni 
de  la  démolition.  Moins  heureux  que  feu  Berty,  lorsqu'il  découvrit  et  publia,  dans  le  tome  pre- 
mier du  présent  ouvrage  [région  du  Louvre  et  des  Tuileries),  un  plan  inédit  de  l'ancien  hospice 
des  Quinze-Vingts,  nous  avons  dû  faire  relever  minutieusement  l'ensemble  et  les  détails  de  la 
Maladrerie  transformée,  en  ayant  soin  de  distinguer,  par  des  signes  conventionnels,  les  étals 
successifs  de  cette  antique  maison. 

Ce  plan  général ,  dressé  par  M.  Bienvenu ,  fait  honneur  à  la  sagacité  et  à  l'esprit  d'exactitude 
de  ce  jeune  architecte.  Nous  l'avons  fait  réduire,  afin  de  pouvoir  le  renfermer  dans  les  limites 
d'une  planche  double. 

Il  nous  reste,  pour  terminer  cette  notice  complémentaire,  à  dire  en  quelques  mots  ce  qu'étaient 
les  Petites-Maisons  au  moment  où  la  Révolution  vint  en  modifier  le  régime,  et  ce  qu'elles  de- 
vinrent sous  le  Consulat,  par  suite  de  la  réorganisation  du  lo  octobre  1801. 

Un  document,  rédigé  en  1^85  et  conservé  aux  archives  de  l'Assistance  publique,  donne  des 
détails  intéressants  sur  le  personnel  de  l'hospice.  On  y  entretenait  alors  : 

tri°  Les  vieilles  gens  infirmes,  hommes  et  femmes,  de  toutes  les  paroisses  et  faubourgs  de 

(T Paris,  pris  par  ordre  d'âge  dans  ceux  qui  sont  à  l'aumône  du  Grand  Bureau à  qui  l'on 

«faisait  la  paie  toutes  les  semaines,  pour  fournir  à  leur  subsistance; 

«2°  Les  insensés; 

«3°  Les  malades  de  la  maladie  vénérienne,  pour  y  être  pansés; 

T  Zi"  Ceux  qui  étaient  affligés  de  la  teigne  ; 

(r5°  Toutes  les  personnes,  prêtres,  religieuses  et  autres,  employés  aux  différents  services 
nécessaires  dans  ledit  hôpital '".i 

Suivant  Tenon,  dont  les  renseignements  ont  été  acceptés  pour  exacts  par  M.  Husson,  l'hô- 
pital des  Petites-Maisons  contenait,  en  1786,  outre  les  places  réservées  aux  indigents  valides, 
926  lits  répartis  ainsi  qu'il  suit  : 

Pour  les  pauvres  malades  de  la  maison,  couchant  seuls  :  i5o  lits; 

Pour  les  gardes-françaises  et  gardes-suisses,  atteints  d'affections  syphilitiques  :  iZi  lits; 

Pour  les  malades  civils,  atteints  du  même  mal  :  18  lits; 

Pour  les  fous  furieux  des  deux  sexes,  déclarés  incurables  et  installés  dans  un  nombre  égal  de 
loges  :  hk  lits. 

Un  rapport  de  M.  de  Pastoret,  que  cite  également  M.  Husson,  et  qui  complète  ces  indications, 
nous  apprend  que  le  nombre  des  places  réservées  aux  indigents  valides  atteignait  le  chiffre  de 
538,  et  que  les  infirmeries  contenaient  près  de  200  lits. 

Le  règlement  du  10  octobre  1801,  qui  réorganisa  l'hospice,  n'admit  point  le  principe  de  la 
juxtaposition  des  malades,  des  indigents  et  des  aliénés  :  il  répartit  ces  derniers,  suivant  leur 
sexe,  entre  les  hospices  de  Bicêtre  et  de  la  Salpêtrière,  et  affecta  définitivement  l'antique  Mala- 
drerie Saint-Germain  aux  époux  et  aux  veufs  âgés,  infirmes  et  sans  ressources  suffisantes.  De  là 
sa  nouvelle  et  dernière  ap[)ellation  :  Petits-Ménages. 

'''  Archives  de  l'Assistance  publique  (Registres  d'inventaire  du  Grand  Bureau  des  Pauvres  et  de  l'hôpital 
des  Petites-Maisons ,  1785). 


m 


'9Êk> 


fl 


Èk     m 


262  HISTOBlOi  .  PARIS. 

Mvlr  K       >    :   .       i.     ftl    (oiisliluf  ic  (lernior  «;t<«<i«lM5cment  de  ta  maison  ,iiiii)iii(!  Nui    ii-- 

<riait  d'en  coD»ftr*r*>  1 4»pccl. 

'  onsorvatioH  cm»»*  a  engagé  à  reproduire  la  [)orfe  d'entrée  ouverte 

iiî'iiiï'  !<remiers  travaux  de  transformation.  Enfin  il  MOUS 

;■   ;  ii  •  1  lie  des  Pelilfs-Maisom  Ki  des  Petits-Ménages  devait 

'  un  pla(!  4(is  cours  et  bâtiments,  avec  indication  des  parties  qut 

|irim^8,  et  de  celtes  qui  existaient  encore  au  moment 

■:         "  (i:    it'ii  Bérfy,  îorsqu'il  découvrit  et  publia,  dans  le  tome  pre- 

."'('«  Loutre  rtrf««  Tui/er/f*),  un  pian  ini^it  de  l'ancien  hospice 

Jù  faire  relever  rainutieusemeAt  l'ensemble  et  les  détails  de  la 

!  lit  soin  de.  distinguer^  par  des  signai  conventionnels,  les  états 

-n-  tf-v'-  ||>.  ■     \ 

î"  ,1  M.  BienvéDit,  feil  honneur  à  la  sagacité  et  à  l'esprit  d'exactitude 

I»  Tnvons  fait  réduire,  afin  de  pouvoir  le  renfermer  dans  les  limites 

lier  cette  ijolice  conipléineutain',  à  dire  en  quelques  mots  ce  qu'étaient 
.icnt  où  la  Hévylution  vint  en  inodilier  le  régime,  l't  ce  qn'i-lli-s  lU-- 
A,  par  suite  de  la  réorganisation  {}u  to  octobre  i  80  i  v 

t  n  docuff!  ;;é  en  fj^^  e\  conservé  aiix  archives  dé  TAssistance  publique,  donne  des 

i-'i«il»  intén-    I  -•  sur  le  persbniîel  del'l  ^^^n  y  entretenait  «lors  : 

-  »°  Les  Mf.'îi'S  gens  infirmes,  honnU'  n».  de  lonlfs  I<'>  narnissiis  i-i  Omliourgs  de 

tn»,  pris  iMr  ordre  d'âge  dans  cetH  c  jui  Ton 

■»>f*»\i  la  'pat«-  toutes  les  semaines ,  poBr 

.  A'S  de  la  niiilaili»' .'i.^i; 
(l(u\  (|i(i  étaient  aflli 
Toute»  tes  personnes,  | 
■  •'>'<■'        ledit  hôpital  "  .'• 
..i.;uiL  1 1 .    il,  dont  les  renseigm^  .-...   j...    M.  Husson,  I  hô- 

■«•«I  des  Petites  Maisons  contenait,  ii  éservées  anx  indigents  valides, 

'■  titâ  réparti.-»  ainsi  qu'il  suit  : 

i*our  les  |i  '  'iilades  de  la  maison,  roui-jiaut  seuls  :  i5o  lits; 

four  les  ga.  .      ..uiiçaises  et  gardes-suisses,  atteints  d'airofiinri^  «vn)ii|!iiniif<  •  1  U  ]\\<- 
P<Mir les  mal«<'*«  civils,  atteints  du  même  mal:  t8  lits; 

"■lur  les  fo'  \  des  deuxsexes,  déclarés  i^cu^ables«t installés  dans  un  nombre  égal  de 

'-'.  lit- 

.,1,  que  cite  également  M.  Husson,  et  qui  complète  tes  indications, 

.  I  lue  des  places  réservées  aux  indigents  valides  atteignait  le  chiffre  de 

jie  les  in  contenaient  près  de  900  lits 

•iiii-ntdu  !..  ...lobre  i8oi,  qui  réorganisa  l'hospice,  n'admit  point  le  principe  de  ta 

■  !"s  vi'i  des  indigents  et  des  aliénés  :  il  répartit  ces  derniers,  suivant  leur 

j  reétre  et  de  la  Salpêtrière,  et  affecta  définitivement  l'antique  Mala- 

>iil-(>erroain  aux  «^pMS  et  aux  veufs  âgés,  infirmes  et  sans  ressources  suffisantes.  He  là 

litiveile  «4  dernière  appeliatton  :  PetittrMénages. 

■I    ■  -  0    I  Assistance  |mbf«i»'  (Heffitlrm  i'intitntaire  du  Grand  Bureau  des  Pauvre*  et  de  fhépital 
ii*é,  l'tUlei-UaitouSr  1785). 


TOPOGRAPHIE    HIST0R.10VE    DV   VIEVX    PARIS. 


Coupe  sur  l  Axe 
de  la  grande  porie 


Ij 


to 


ENTRÉE    PRINCIPALE 
sur     la     rue     de     la     Che.ise 


Coupe   sur l Axe 
des  petites  portes 


l'i'iViVi'i'i'i'i'i 


a  i  L 


■  r....| . 1 . 1 1 1 > ( < 1 . ( ' 1- 


M  Sieilvenii  ^,*1 


HOSPICE    DES    PETITS     MENAGES 


MALADRERIE  SAIINT-GERMAIN.  263 

Les  bâtiments  avaient  été  fort  négiigés  pendant  la  période  révolutionnaire.  La  chapeUe,  con- 
vertie en  orangerie,  ne  fut  rendue  à  sa  destination  qu'en  vertu  d'une  ordonnance  du  mois  de 
mars  1817.  Les  loges  d'aliénés  furent  démolies  en  1891  et  dans  les  années  suivantes;  puis,  des 
travaux  de  réparation  et  d'appropriation,  exécutés  successivement,  firent  disparaître,  au  moins 
à  l'intérieur,  les  dernières  traces  de  la  distribution  de  1567. 

Il  ne  subsiste  plus  aujourd'hui  que  l'espace  occupé  par  la  vieille  Léproserie,  l'hospice  des 
Petits-Ménages ,  (jui  eu  était  le  dernier  état,  ayant  été  transféré  au  village  d'Issy.  Cette  destruction 
radicale  a  fait  entrer  dans  le  domaine  de  l'histoire  l'antique  Maladrerie  et  ses  transformations 
successives.  C'est  pour  ce  motif  que  nous  avons  cru  devoir  conduire  jusqu'à  l'époque  contem- 
poraine la  notice  arrêtée  par  feu  Berty  à  l'année  161 5.  —  i-.  m.t. 


I 


RUE  SAINT-SULPICE.  265 


CHAPITRE   VIL 

SUITE  DE  LA  DESCRIPTION  DES  RUES  DU  BOURG  SAINT-GERMAIN. 


RUE   SAINT-SULPICE 

(ci-devant  du  PETIT-BOURBON  ). 

La  rue  du  Petit-Bourbon  commençait  à  la  rue  de  Tournon  et  finissait  naguère 
à  la  place  Saint-Sulpice;  mais  au  xvii''  et  au  xvni*^  siècle  on  la  considérait  ordinai- 
rement comme  formant  deux  voies  distinctes,  qui  s'étendaient,  l'une  de  la  rue  de 
Tournon  à  la  rue  Garancière,  et  l'autre  de  la  rue  Garancière  à  la  rue  Férou, 
ou  à  la  rue  des  Canettes.  Cette  seconde  voie  présentait  une  double  brisure,  qui 
disparut  en  1776,  lorsque  l'on  commença  les  travaux  d'une  grande  place  monu- 
mentale devant  Sainl-Sulpice,  projet  qui  fut  abandonné  depuis. 

La  rue  du  Petit-Bourbon ,  dont  on  a  peine  à  trouver  quelques  mentions  incon- 
testables, si  l'on  veut  remonter  un  peu  baut,  est  appelée,  dans  un  document  de 
i538,  «la  rue  par  laquelle  on  va  à  Saint-Sulpice; «  «rue  qui  est  contre  l'entrée 
«des  balles  de  la  Foire  Sainct-Germain,  par  laquelle  rue  on  va  de  Sainct  Soulpice 
(ta  Paris, 7»  dans  uneautre pièce  de  i5ii3,et  «rue  tendant  du  long  de  la  balle  de 
tria  Foire, n  en  1  553. 

Il  ne  semble  pas  que  la  rue  du  Petit-Bourbon  ait  eu  de  nom  particulier  avant 
l'époque  où  l'on  construisit  les  maisons  qui  en  bordaient  le  côté  septentrional.  Au 
mois  d'août  1579,  le  cardinal  de  Bourbon,  abbé  de  Saint-Gerraain-des-Prés,  fit 
annoncer  la  vente  prochaine  de  places  vagues  derrière  les  balles  de  la  Foire,  et, 
le  7  avril  i58i,  on  bailla  effectivement  à  Pierre  Tbireul  une  zone  de  terrain  lon- 
geant les  murailles  de  la  Foire,  entre  la  maison  faisant  le  coin  de  la  rue  du  Brave 
(actuellement  rue  de  Seine)  et  le  presbytère  Saint-Sulpice.  Cette  zone,  d'une  pro- 
fondeur irrégulière,  était  longue  de  soixante-deux  toises  cinq  pieds,  et  fut  acquise 
par  Tlnreul ,  à  charge  de  bâtir,  en  laissant  entre  les  nouvelles  constructions  et 
celles  de  la  halle  une  ruelle  large  de  cinq  pieds,  fermée  de  portes  à  ses  deux 
bouts.  11  est  relaté,  dans  le  texte  du  bail,  que  la  rue  sur  laquelle  les  maisons  du 
preneur  allaient  être  en  bordure  serait  tt  appellée  de  Bourbon,  ti  Cette  dénomina- 
III.  34 


266  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

tion  fut  évidemment  adoptée  en  Ihonneur  du  cardinal,  et  ne  saurait  avoir  pour 
cause,  ainsi  que  l'a  imaginé  Jaillot,  le  voisinage  de  l'hôtel  de  Montpensier,  qui 
ne  bordait  point  la  rue  et  n'a  jamais  été  appelé  hôtel  de  Bourbon.  Dès  1628,  on 
disait  d'ailleurs  la  rue  du  Petit-Bourbon,  et  cette  modification,  qui  a  prévalu,  pro- 
vient soit  de  l'habitude  où  l'on  était  de  désigner  ainsi  une  rue  très-connue  des 
environs  du  Louvre,  soit  plutôt  d'un  déplacement  de  mot.  En  effet,  la  rue  dont  il 
s'agit,  formant  la  continuation  de  la  petite  rue  Saint-Sulpice,  a  pu  être  nommée, 
pendant  un  iemjps ,  petite  rue  Bourbon,  et,  par  une  légère  interversion,  rue  du  Petit- 
Bourbon. 

Le  9  mars  lôaS,  Jeanne  Montrouge,  veuve  de  Jean  Marché,  vendit  aux  raar- 
guilliers  de  Saint-Sulpice,  moyennant  quarante  livres  et  la  cession  d'un  arpent  de 
terre  derrière  les  Chartreux,  certaine  portion  de  jardin,  tenant  aux  murs  de  la 
Foire,  fftirant  tout  du  longau  petit  jardin  du  presbytère,  depuisle  commencement 
trdudict  jardin  au  bout  du  pré  de  la  Foire,  tirant  tout  du  long  jusques  au  petit 
cr jardin  du  presbytère, n  et  de  plus  «r  une  esquerre  au  bout  dudict  jardin,  qui  va 
rt  [se]  rendre  au  coing  dudict  pignon  de  ladicte  église,  à  la  chapelle  Nostre  Dame;  •" 
ce  terrain  était  destiné  à  servir  de  ruelle  pour  communiquer  avec  l'église.  Dans  un 
autre  acte  de  i53o,  il  est  rappelé  que  le  terrain  vendu  par  Jeanne  Montrouge 
avait  été  employé  à  cr  faire  une  ruelle  pour  passer  et  repasser,  et  aller  dudict  Sainct 
cr  Germain  à  ladicte  église  Sainct  Sulpice;T)  or  on  ne  voit  pas  quelle  pourrait  être 
la  ruelle  en  question,  si  ce  n'est  la  continuation  de  la  rue  du  Petit-Bourbon.  Il  y 
a  donc  lieu  de  supposer  qu'en  1628  celte  rue  n'allait  point  au  delà  de  la  rue 
Garancière,  ce  qui  explique  comment,  dans  une  déclaration  de  1622,  l'hôtel  de 
Garancière,  énoncé  comme  tenant  par  le  haut  craux  Clos  aux  Bourgois,  le  chemin 
crde  Vaugirard  entre  deux,T)  est  dit  tenir  par  bas  ce  aux  halles  et  à  l'esglise  et  jardin 
ce  de  Saint  Sulpice,T)  sans  indication  d'une  ruelle  intermédiaire,  mentionnée,  au 
contraire,  dans  les  documents  plus  récents.  On  voit,  du  reste,  qu'en  1826,  un 
évêque  de  Coutances  ayant  acheté  deux  jardins  de  la  veuve  Hélézote,  ces  deux 
jardins  furent  décrits  comme  tenant  d'une  part  à  l'église  Saint-Sulpice  et  d'autre 
part  au  comte  d'Evreux,  en  d'autres  termes  à  l'hôtel  de  Navarre,  ce  qui  implique 
également  l'absence  d'une  ruelle  intermédiaire. 

Avant  sa  rectification,  la  seconde  partie  de  la  rue  du  Petit-Bourbon  offrait 
plusieurs  brisures,  que  nous  avons  reproduites  d'après  un  plan  manuscrit  de  1  yBB, 
lequel  ne  laisse  voir  qu'un  état  déjà  modifié.  On  l'appelait  la  rue  Saint-Sulpice 
(i58o),  la  rue  du  Petit-Saint-Sulpice  (iSgS)  ou  la  petite  rue  Saint-Sulpice  (1616), 
et  l'on  comprenait  fréquenmient  sous  ces  dénominations  la  rue  du  Petit-Bourbon, 
ainsi  qu'on  le  constate  par  le  censier  de  1  SgB.  Isolée,  elle  a  été  quelquefois  appelée 
rue  des  Prêtres  (1662,  1662,  etc.),  et,  dès  i636,  jusqu'à  la  Révolution,  rue  de 
l'Aveugle,  par  corruption:  des  Aveugles.  «Elle  se  nomme  de  la  sorte,  rapporte 


RUE  SAINT-SULPIGE.  267 

(T Sauva],  à  cause  d'un  aveugle  qui  y  a  demeuré  longtemps  dans  une  maison  qui 
ff  non-seulement  lui  appartenait,  mais  toutes  les  autres  encore'",  n  Cette  tradition 
populaire  a  sans  doute  été  amplifiée,  mais  elle  n'était  point  destituée  de  tout  fon- 
dement :  un  aveugle  ayant  une  certaine  notoriété  a  habité  la  rue,  comme  il  appert 
de  la  phrase  suivante  du  censier  de  iSgB  :  «Ces  deux  maisons  appartiennent  à 
r  présent  à  un  nommé  Estienne  Bellehoure,  et  y  a  un  pauvre  aveugle  nonmié. .  .f^)  n 
Le  texte  de  ce  document  est  tronqué. 

CÔTÉ  MÉRIDIONAL. 

PAROISSE  SAINT-SLLPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Le  côté  méridional  de  la  rue  du  Petit-Bourbon  était  bordé,  entre  les  rues  de 
Tournon  et  Garancière,  par  fhôtel  de  Savoie,  et,  au  delà,  par  une  maison 
faisant  le  coin  occidental  de  la  rue  Garancière,  puis  par  trois  ou  quatre  maisons 
itrestiluabks,  qui  aboutissaient  au  cimetière  et  s'étendaient  jusqu'à  la  rue  Pérou. 
Ce  sont  ces  maisons  qui  appartenaient  à  l'aveugle  auquel  la  rue  devait  son  nom. 
Elles  ont  été  démolies  peu  de  temps  après  l'acquisition  que  la  fabrique  de 
Saint-Sulpice  en  fit,  le  7  septembre  16/18  et  le  k  novembre  1657.  Les  plans  que 
nous  avons  vus  n'en  présentent  d'ailleurs  aucune  trace,  et  les  titres  qui  s'y  rap- 
portent n'en  donnent  qu'une  idée  très-confuse. 

CÔTÉ  SEPTENTRIONAL. 


PAROISSE  SAIINT-SDLPIGE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Maison  sans  désignation  (lôaa),  faisant  le  coin  oriental  de  la  rue  des  Canettes. 
Elle  fut  acquise  par  la  fabrique  de  Saint-Sulpice  pour  être  démolie,  le  22  juin 
1  72().  Elle  présentait  alors  deux  corps  d'hôtel,  et  celui  du  coin  avait  nom  le  caba- 
ret de  la  Magdeleine.  Elle  fût  bâtie,  ainsi  que  la  suivante,  sur  un  terrain  pris  à 
bail  le  20  janvier  i5o6. 

Cette  maison  occupait  assez  probablement  le  même  emplacement  que  celle  de 


T.  I,  p.  3.  —  "  Arch.  nat.  reg.  S  3o58,  fol.  loa  v°. 


34. 


270  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

une  erreur,  mais  elle  est  des  plus  excusables,  attendu  que  l'identité  de  la  rue  en 
question  n'était  réellement  point  facile  à  établir.  Elle  ressort  des  faits  suivants  :  Le 
3  février  1829,  l'abbé  de  Saint-Germain  vendit  à  Louis  1",  duc  de  Bourbon  et 
comte  de  Clermont,  plusieurs  propriétés  contiguës  qui  étaient  situées  «devant  la 
rr porte  de  l'abbaïen  et  se  composaient,  1"  d'une  maison  appelée  tria  maison  de 
trl'Omosne,!!  non  compris  certaine  grange  oiî  l'aumônier  du  monastère  resserrait 
ses  grains;  2°  d'une  habitation  nommée  tfla  Haute  Maison ;ti  3"  d'un  jardin  dont  le 
mur  s'étendait  jusqu'à  l'enceinte  du  couvent;  k°  d'un  manoir  qui  avait  appartenu 
à  Jean  de  Néelle,  chevalier,  sire  d'Offémont;  5°  d'une  grange  qui  avait  été  à  Robin 
Le  Queux.  L'acte  de  vente  exprime,  de  plus,  que  le  duc  se  proposait  d'acquérir 
de  Marie  de  Saint-Pol,  comtesse  de  Pembroke,  un  autre  manoir  que  celle-ci 
tenait  de  feu  Aymar  de  Valence,  son  mari,  et  dont  dépendait  une  grange  bordant 
la  rue  des  Saints-Pères  '".  Louis  de  Bourbon  devint-il  possesseur  de  la  propriété 
de  Marie  de  Saint-Pol,  comme  Sauvai  ''^'  le  donne  à  entendre? 

Les  renseignements  que  fournissent  les  archives  de  l'abbaye  paraissent  impliquer, 
au  contraire,  que,  si  la  maison  de  la  comtesse  fut  annexée  à  l'hôtel  de  Bourbon, 
c'est  seulement  lorsque  cet  hôtel  appartint  à  M""'  de  Valence,  et  plusieurs  années 
après  la  cession  que,  le  1 7  octobre  1 3/i6 ,  le  duc  Pierre  de  Bourbon  en  fil  à  son  frère 


'''  Arch.  nat.  portef.  P  ",".  —  Voici  le  texte 
même  de  Tncte  de  vente  : 

itl.es  mesons,  grandies,  jardins  et  murs  qui 
(T s'ensuivent,  que  lesdiz  religieux  avoient  appar- 
tr tenons  à  leur  ditte  église,  assis  devant  la  porte 
trde  laditte  abbaïe.  Premièrement,  une  niesoii  que 
trl'en  dit  la  maison  de  l'Omosne,  si  comme  elle 
ffse  comporte  et  estent  de  toutes  pars...  excepté 
trtant  seulement  la  grandie  à  l'omosnier  de  laditte 
«  abbaïe ,  en  laquèle  il  meit  ses  grains ,  et  tient  aus 
frjardins  de  laditte  abbaïe. . .  De  rechief  une  autre 
ifUieson  que  l'en  dit  la  Haute  Maison...  tenant 
ff d'une  part  à  laditte  meson  de  l'Omosne,  et  d'au- 
n  tre  part  à  la  maison  qui  fu  noble  bonime  Monsein- 
(Tgneur  Jehan  de  Néele,  chevalier,  sire  d'Anffemont; 
tf  laquèle  haute  maison  est  ou  treffons  de  laditte 
«abbaïe;  de  rechief  le  jardin  et  le  mur  nouvellement 
rrfait,  si  comme  tout  se  comporte  et  estent,  du  coing 
ftdu  mur  de  laditte  abbaïe,  et  la  place  ou  jardin 
(toultre  ledit  nuef  mur,  tout  fendant  à  ligne  jusques 
(raiis  murs  qui  tiennent  au  chemin  par  là  oîi  va  h 
r  Seine.  Laquèle  place  et  jardin  ledit  mons.  Loys, 
ffses  hoirs  ou  ceuls  qui  de  lui  auront  cause  feront 
itclore  et  maçonner  de  bous  murs  et  de  baus,  tout 
trau  jonc  jusques  ausdiz  murs  dudit  chemin;  et  ne 
frpourra  ledit  mons.  Loys...  avoir  ouverture,  en- 


crtrée  ne  issue  sur  lesdiz  religieux,  parmi  ledit 
trmur,  tant  fait  que  affaire. ..  Une  autre  maison 
rrdudit  mons.  Jehan  de  Nelle. ..  qui  tient  à  laditte 
ff haute  maison,  chargié  en  un  denier  de  fons  de 

rrterre pour  cause  de  la  cave,  la  sale,  la  cha- 

tr pelle,  la  chambre  et  de  la  cuisine,  qui  sont  com- 
ffprises  et  adjointes  h  la  maison  qui  fu  audit 
rr  nions.  Jehan  de  Néele.  De  rechief  une  granche, 
ffsi  comme  elle  se  comporte,  qui  est  tout  au  dehore, 
frqui  fu  Rohin  le  Queu. ..  Et  fu  encoires  accordé  et 
rf expressément  convenancié  entre  lesdittes  parties 
irque,  ou  cas  où  ledit  nions.  Loys  et  ses  hoirs  au- 
ffroit  ou  pourroit  avoir,  par  achat  ou  autrement, 
ffde  noble  dame,  hautre  (sic)  et  puissant  madame 
rr  Marie  de  Saint  Pol,  contesse  de  Painbroch,  dame 
ffde  Monlignac  en  Poitou,  un  manoir  et  maison... 
itque  ladite  dame  a  de  son  propre  héritage,  assis 
ffà  Saint  Germain  des  Prez,  qui  fu  feu  noble  hom- 
trme  monseingneur  Emart  de  Valences,  chevalier, 
(f  jadis  mari  de  laditte  dame  ;  lequel  manoir  et  mai- 
irson  doivent  à  la  selle  dudit  monseingneur  labbé 
ffsept  soubz...  et  la  granche  qui  est  pardevers  les 
crchamps,  joingnant  au  chemin  pardevens  la  cha- 
npelle  Saint  Père,  chargié  en  trois  soubz  par.  par 
iT  an. . .  M 
m  T.  II,  p.  66. 


RUE  TARANNE.  271 

Jacques,  comte  de  la  Marche.  En  effet,  dans  le  livre  de  la  recette  du  pitancier 
pour  1872,  nous  trouvons  un  article  ainsi  conçu  :  «A  Saint  Germain  des  Prez, 
ftsur  une  place  où  jadis  fu  ung  très  bel  manoir,  lequel  fu  Mons.  de  Bourbon, 
fret,  depuis.  Madame  de  Valences;  qui  séoit  entre  la  vielle  porte  et  Saint  Père, 
fret  fu  abatue  ou  temps  Haudouart ,  roy  d'Angleterre,  xx  s. (''a  Nous  lisons  en 
outre,  dans  un  cartulaire,  que,  le  10  octobre  iSiy,  le  trésorier  de  Saint-Ger- 
main s'étant  engagé  à  fournir  lui-même  les  corporaux  nécessaires  au  service  reli- 
gieux, l'abbé  renonça,  en  sa  faveur,  à  une  grande  maison  énoncée  a  en  la  rue 
(rpar  laquelle  on  va  de  la  porte  de  l'église  droit  au  cimetière  Saint  Père,  tenant 
eaux  maisons  de  TofTice  de  l'Aumosne,  d'autre  part  au  manoir  de  noble  homme 
«Mons.  Jacques  de  Bourbon,  chevalier,  (jui  jadis  fut  Jehan  de  Nesle''^'.ï! 

Ainsi,  le  grand  hôtel  que,  au  dire  de  Sauvai,  on  appelait  h  Séjour  de  Bourbon, 
et  qui,  en  18/17,  ^^^^^  encore  au  comte  de  la  Marche,  passa  certainement  ensuite 
aux  mains  de  M""'"  de  Valence;  il  est  donc  vraisemblable  que  ce  fut  elle  qui 
y  joignit  l'ancienne  maison  de  son  époux.  Le  censier  de  l'année  i355  (''  montre 
qu'elle  disposait  alors  de  la  vaste  résidence  formée  par  la  réunion  des  deux  manoirs, 
laquelle  eut  pour  dernier  nom  celui  dlidtel  de  Madame  Valence  et  fut  abattue  au 
mois  d'avril  1860.  Une  partie  de  ses  matériaux  servit  à  la  restauration  du  Louvre 
vers  i365W,  et,  le  1 1  février  189/1,  on  en  bailla  l'emplacement,  demeuré  vide,  à 
Jean  Le  Bouvier.  Or,  dans  l'acte  original,  le  lieu  est  décrit  comme  cf  une  place 
(T où  jadis  eut  maison,  qui  fut  à  noble  dame  Madame  de  Valences;  tenant  d'une 
«part  (vers  le  nord)  aux  murs  de  la  courtille  desdits  religieux,  et  d'autre  part 
ff(vers  le  sud)  au  chemin  par  où  l'en  va  à  la  chapelle  Sainct-Père;  aboutissant 
(tpar  hault  (vers  l'ouest)  au  chemin  qui  va  au  jardin  à  l'aumosnier  de  ladite 
«église,  et  au  dessoubz  (vers  Test)  ans  chemins  qui  furent  faiz  pour  la  clausture 
"  de  ladite  ville  [lisez  abbaye)  de  Sainct  Germain  <^). 


Il  résulte  bien  clairement  de  tout  ce  qui  précède  que  l'hôtel  de  M""  de 
Valence  s'étendait  de  la  rue  Saint-Benoît  à  la  rue  des  Saints-Pères  et  longeait  la 
rue  Taranne.  C'est  donc  cette  dernière  voie  qui  a  été  appelée  rue  Madanie- 
de-Valence  <'',  désignation  entièrement  inapplicable  à  la  rue  Sainte-Marguerite  pri- 
mitive. Il  paraît  également  certain  que  cette  dénomination  n'a  point  été  en  usage 


'''  Aicli.  liai.  leg.  \j\j  1 1  («3,  fol.  1 67  r°. 

"  Arch.  liai.  reg.  I-L  1091,  fol.  16  r". 

'■''  rMadame  tic  Valence,  j)our  la  masure  qui  fu 
"Hue  du  Four,  m';  pour  la  grandie  qui  fu  Robert 
(tle  Queux,  lu";  pour  la  maison  qui  fu  Jehan  le 
TRoiirgiiignnn,  iii";  pour  1  po  de  lerre  lenant  à 
ftycelle,  xii'';  pour  la  grandie  ([ui  fu  Girart  le  Bou- 
(tcher,  ru";  pour  la  masure  qui  fu  nions.  Jaques 
irde  Bourbon,  i'. "  (Arch.  nation,  reg.  LL  io.3;5. 


fol.  l'i  et  39  v°.)  Dans  le  censier  de  i365,  il  est 
question  de  ces  propriétés  comme  appartenant 
h  M""  de  Valence. 

<*'  néifion  du  Louvre  et  des  Tuileries,  j).  t86. 

'*!  Arch.  nal.  reg.  LL  1  io3. 

'"'  C'est  ce  que  démontre  encore  ce  passage  de 
comptes  de  t3G6  h  1.368  :  wLa  rue  Madame  la  Va- 
'lence,  devant  Fabbaye  Saint  Germain,  jusques 
traux  fossés."  (Sauvai,  l.  II,  p.  126.) 


272  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

dès  i3i2,  puisque  ce  n'est  point  avant  le  mois  d'avril  1821  que  Marie  de  Ghâ- 
tillon,  dite  de  Saint-Pol,  devint  dame  de  Valence,  en  épousant  Aymar  de  Va- 
lence II,  comte  Pembroke  et  seigneur  de  Montignac  en  Poitou''). 

CÔTÉ  MÉRIDIONAL. 

PAROISSE  SAINT-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CEIVSIVE  DE  I/ABBAYE. 

Enire  HÔTEL  DE  Taranne  ,  faisant  le  coin  des  rues  de  l'Égout  et  du  Drapon.  Après 

ies  rues  de  i'Egout  _  o  o  r 

ptduDraRon.  avoir  appartenu  à  Jean  La  Bobeline,  puis  à  messire  Jean  Pillel,  à  M*  Jean  Sar- 
digou,  et,  vers  1  ûoo,  à  M^  Oudart  de  Trigny,  il  échut  à  Jean  Tarenne,  changeur 
et  bourgeois  de  Paris,  qui  le  possédait  en  1612  (^>  et  lui  donna  son  nom.  Vers 
1  625,  il  appartenait  à  la  femme  et  aux  enfants  de  ce  dernier,  et,  en  16Z10,  il  fut 
rétrocédé  à  l'abbaye  par  Christophe  de  Tarenne  ou  Taranne,  alors  cr  malade  de 
ff  lèpre,  n  II  passa  ensuite  à  Michel  de  Laillier,  reçu  conseiller  au  Parlement  en 
en  1  689  ('-,  aux  héritiers  de  celui-ci,  et  à  Jean  Le  Picard,  aussi  conseiller  au  Par- 
lement, qui  le  donna  à  son  neveu  Bertrand  Le  Picard,  licencié  es  lois,  sieur  de 
Huydeville.  Il  fut  acheté  de  ce  dernier,  le  21  septembre  i5o5,  par  M'  Bernard 
Roillet,  principal  du  collège  de  Bourgogne,  et  passa  ensuite  à  son  neveu  Georges 
Roillet,  lequel,  à  la  date  du  3 1  décembre  1  628 ,  y  annexa  une  place  vague,  située 
devant,  le  long  du  chemin  devenu  la  rue  Taranne,  et  «contenant  icelle  place 
rr  trente  et  huict  toises  de  long  sur  seize  toises  de  large,  au  bout  d'en  hault,  devers 
ffl'esglise  Sainct  Père,  et  quatre  toises  de  large  au  bout  d'embas,  devers  les  fossés 
fcde  l'abbaye,  à  l'alignement  du  pignon  du  corps  d'hostel  neuf  dudict  hostel  de 
frTarennes;  tenent  icelle  d'un  costé  (vers  le  sud)  tout  du  long  audict  hostel  et 
«jardin  dudict  Tarennes,  et  d'autre  costé  audict  chemyn;  aboutissant  d'un  bout  par 
«hault  à  l'ostel  du  Sepulchre,  le  chemin  entre  deux,  et  par  bas  à  la  rue  de  la 
trCourtille,  autriement  dict  de  Tarennes.  n 

La  superficie  de  l'hôtel  de  Taranne  était  d'environ  deux  arpents  et  demi,  et 
non  de  trois,  comme  l'indique  le  censier  de  1  828.  Il  renfermait  une  grange,  deux 
bergeries,  un  colombier  et  deux  grands  jardins.  Dans  la  seconde  moitié  du 
XVI''  siècle,  il  fut  divisé  en  deux  grands  lots  donnant,  l'un  rue  de  l'Egout,  l'autre 

'"'  Hist.  général,  t.  III,  p.  82  c.  1/137  (Sauvai,  t.  IH,  p.  3o5),  il  esl  dit  conseiller 

■^'  En  i4i9,  le  changeur  Jean  Tarenne,  men-  et  maître  de  la  Chambre  des  comptes,  et  c'est 

tionnd  dès  i385,  devait  être  âgé  d'au  moins  cin-  apparemment  le  môme  que  le   Pre'vôt  des  Mar- 

(piante  ans.  chands  élu  en    liSG;   mais  peut-être  ce  dernier 


'''  Dans  le  compte  des  confiscations  de  liaS  à        était-il  le  père  du  conseiller  au  Parlement. 


RUE  TARANNE.  273 

rue  du  Dragon  (voir  à  l'article  de  ces  rues),  et,  dans  le  jardin,  on  perça  une 
rue,  la  Petite  rue  Taranne,  qui  se  borda  rapidement  de  maisons. 

Maisoîs  sans  désignation  (  i  SgB),  faisant  le  coin  occidental  de  la  rue  du  Dragon.  Entre 

Cette  maison  et  la  suivante  furent  élevées  sur  l'emplacement  d'un  petit  clos  de  '"^^  ""^' ;|;;  "'"f!"" 
terre  contenant  un  peu  plus  d'un  quartier,  qui  était  encore  en  culture  vers  i53o,  '•«^  s^'^'^p*™» 
et  avait  été  vendu,  le  lo  janvier  1826,  par  François  Guignart  à  Guillaume  Mont- 
rouge.  Celui-ci  divisa  la  propriété  en  parcelles,  qu'il  céda  à  des  particuliers  pour 
y  bâtir,  et,  dès  1  bh'j,  il  y  avait  là,  au  moins,  trois  maisons.  Il  paraît  que  l'une  de 
ces  maisons  fut,  dans  la  suite,  réunie  à  une  autre,  puisqu'on  n'en  comptait  plus 
que  deux  à  la  fin  du  xvi"  siècle. 

Maison  sans  désignation  (lôgS). 

Maison  sans  désignation  (lôgô),  faisant  le  coin  de  la  rue  des  Saints-Pères. 
Elle  appartenait,  en  iBgS,  au  capitaine  Augustin  Ramelly,  et  avait  été  bâtie  sur 
un  lot  de  terre  de  vingt-cinq  perches,  baillé  à  Denis  du  Guichet  le  29  août 
iSSg.  Au  même  lieu  se  trouvait  précédemment  un  cimetière  dit  le  cimetière  des 
Malades  DE  lèpre  (i536),  ou  de  la  Maladrerie  (i523),  ainsi  appelé  parce  qu'il 
dépendait  de  la  maladrerie  de  Saint-Germain,  et  servait  à  l'euterrement  des  lé- 
preux qui  mouraient  dans  cet  établissement.  Jaillot  a  confondu  le  cimetière  de  la 
Maladrerie  et  celui  de  Saint-Père,  lequel  était  attenant  à  la  chapelle  de  ce  nom, 
et  par  conséquent  de  l'autre  côté  de  la  rue.  Le  clos  du  coin  de  la  rue  du  Dragon 
est  dit  aboutir  au  cimetière  de  la  Maladrerie,  dans  la  transaction  de  1626;  indi- 
cation confirmée  par  l'arpentage  de  1629  et  par  plusieurs  autres  documents  très- 
précis. 

CÔTÉ   SEPTENTRIONAL. 


PAROISSE  SAmT-SULPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Clos  ou  CourtilLE  de  L'ABBAYE,  contiguë,  d'un  côté,  à  l'enclos  de  la  cha- 
])ellc  Saint-Père,  et  faisant,  de  l'autre  côté,  le  coin  de  la  rue  Saint-Benoît.  L'espèce 
de  jardin  qu'on  appelait  la  Courtille  de  l'Abbaye  était  surtout  planté  de  vignes  et 
existait  déjà  en  i3o6,  car  il  est  mentionné  dans  une  transaction  de  cette  année, 
à  l'occasion  d'une  maison  attenante,  que  le  trésorier  du  couvent  accensa  alors  au 
nommé  Pierre  de  Villeneuve. 

Les  textes  cités  plus  haut  prouvent  que,  avant  le  milieu  du  xiv"  siècle,  le  clos 
de  l'Abbaye  n'était  pas  riverain  de  la  rue  Taranne,  mais  qu'il  en  était  séparé  par 

III.  30 


276  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

CÔTÉ  MÉRIDIONAL. 

PAROISSE  SAINT-SULPIGE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Maison  sans  désignation  (iBgS),  contiguë  à  la  maison  faisant  le  coin  de  la  rue 
de  l'Egout,  et  à  celle  du  Sabot,  qui  formait  tout  le  côté  oriental  de  la  rue  de  ce 
nom.  Elevée  sur  une  partie  de  l'ancien  hôtel  de  Taranne,  elle  appartenait,  eu 
iSgS,  à  Séraphin  du  Tillet,  l'un  des  acquéreurs  de  cet  hôtel,  et  était  déjà  di- 
visée en  trois  propriétés  vers  1628. 

Maison  sans  désignation  (iSgS),  faisant  le  coin  de  la  rue  du  Sabot. 

CÔTÉ  SEPTENTRIONAL. 

PAROISSE  SAINT-SDLPICE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 

Maison  sans  désignation,  qui,  avant  iBgS,  fut  acquise  par  J.-B.  Vesle  et  an- 
nexée à  sa  grande  maison  des  Trois-Rois,  faisant  le  coin  septentrional  de  la  rue 
du  Dragon. 

Deux  maisons  sans  désignation  (iSgS),  dont  la  seconde  était  contiguë  à  celle 
du  coin  de  la  rue  de  l'Egout.  Les  limites  de  ces  maisons  ne  sauraient  être  fixées 
ligoureusement  avec  la  seule  aide  des  renseignements  dont  nous  disposons. 


RUE   DE   TOURNON. 

La  rue  de  Tournon  commence  à  l'extrémité  méridionale  de  la  rue  de  Seine 
(anciennement  rue  du  Brave)  et  finit  à  la  rue  de  Vaugirard. 

Cette  rue  était  d'abord  un  chemin  qui  longeait  le  clos  Bruneau  à  l'ouest,  et  il 
n'en  est  point  de  mention  très-ancienne.  Elle  a  été  énoncée,  en  1  5 1  7,  tr  ung  grand 
ff  chemin  ;fl  a  ruelle  par  laquelle  on  va  au  jardin  de  Garancières,T)  en  i53i  ;  rrrue 
trqui  tend  le  long  des  fossés  du  marché  aux  chevaulx  de  la  Foire  dudict  Saint 
«Germain,  11  également  en  iSiy;  trrue  des  Terres  où  se  tient  le  marché  aux 


RUE  DE  TOURNON.  277 

(Tchevaulxfl  (lôaa),  et  «rue  du  Marché  aux  chevauix  de  la  Foire, «  en  iSai, 
1  52  3,  etc.  Le  marché  aux  chevaux  dont  il  est  ici  question,  et  dont  l'emplacement 
était  aussi  appelé  le  Pré-Crotté  (i5/ii),  bordait  le  côté  occidental  du  chemin,  et 
comme,  dans  un  titre  de  1/175,  l'hôtel  de  Garancière  est  dit  aboutir  au  clos  Bru- 
neau,  il  y  a  apparence  que  le  marché  n'existait  point  encore,  et  qu'il  lut  créé 
postérieurement  à  la  Foire.  En  iS^y,  il  était  supprimé  ('),  probablement  depuis 
i538,  car,  en  cette  année,  le  terrain  qu'il  occupait,  et  qui  formait  une  pièce  de 
six  arpents  environ  déjà  mentionnée  en  i638  '-',  fut  cédé,  le  ik  janvier,  par  le 
cardinal  de  Tournon,  abbé  de  Saint-Germain,  à  son  valet  de  chambre  et  tailleur, 
Jean  Gautier.  Celui-ci  bailla  immédiatement  le  terrain,  à  charge  de  bâtir  dans 
un  délai  de  deux  ans,  et  il  donna  sans  doute  à  la  voie  qui  nous  occupe  le  nom 
de  rue  de  Tournon,  dont  on  faisait  déjà  usage  en  1 543,  et  qu'on  n'a  point  changé 
depuis. 

La  rue  de  Tournon  est  beaucoup  plus  large  à  son  extrémité  méridionale  qu'à 
l'autre,  et  il  est  étrange  que  cette  disposition,  qu'on  a  mise  à  profit  en  construi- 
sant le  Luxembourg,  n'ait  point  été  modifiée  en  i538.  Elle  a,  du  reste,  failli 
l'être  plus  tard;  car,  en  i58i,  le  cardinal  de  Bourbon,  prétextant  qu'on  avait 
besoin  de  dix  à  douze  mille  livres  de  métal  pour  la  fonte  de  deux  cloches,  com- 
mença à  accenser  les  places  vagues  situées  derrière  les  maisons  de  la  rue  Neuve 
(de  Condé),  de  façon  que  l'entrée  méridionale  de  la  rue  de  Tournon  n'offrît 
plus  qu'une  largeur  de  six  toises  quatre  pieds.  Les  possesseurs  de  l'hôtel  du  Che- 
val-d'Airain  et  de  celui  qui  formait  le  coin  de  la  rue  de  Vaugirard  consentirent 
à  les  agrandir  par  ce  moyen;  ils  prirent  donc  à  bail  le  lot  correspondant  à  leur 
demeure.  En  revanche,  d'autres  propriétaires  des  environs  se  montrèrent  moins 
accommodants,  et  requirent  le  cardinal  d'abandonner  l'entreprise,  nuisible,  di- 
saient-ils, à  leurs  intérêts.  Ce  dernier  les  renvoya  à  son  bailli,  lequel  nomma  des 
experts  pour  visiter  les  lieux  et  présenter  un  rapport.  Ce  rapport  ayant  été  favo- 
rable aux  prétentions  du  cardinal,  le  19  juillet  i58i  il  demanda  au  Parlement 
d'évoquer  l'affaire  et  d'entériner  le  rapport  des  experts,  ou  d'en  nommer  de  nou- 
veaux, dont  l'avis  trancherait  la  contestation;  mais  le  Parlement  donna  gain  de 
cause  aux  défendeurs,  et  les  choses  sont  demeurées  jusqu'à  nos  jours  dans  leur 
état  primitif.  Un  croquis  de  plan  de  la  région,  exécuté  pendant  le  procès,  figure 
dans  les  archives  de  l'abbaye  W,  et  le  terrain  à  accenser  y  est  indiqué  par  la 
rubrique:  «Ycy  est  le  Pré  crotté,  où  l'on  tenoit  anciennement  le  marché  aux 

''' llesl  parié,  danslecensier  de  cette  année,  des  '''  Il  y  eut  alors,  au  sujet  de  cette  ferre,  un 

T  cinq  arpens  de  terre  qui  estoient  naguères  appeliez  procès  entre  les  moines  de  Saint-Germain  et  le  curé 

<rle  Pré  crotté,  aultrement  dict  le  Pré  aux  chevauix  de  Saint-Sulpice,  qui  soutenait  avoir  le  droit  d'y 

irdurant  la  Foire,  quy  ont  esté  baillez. . .  pour  y  prélever  une  dîme, 
ffbastir.n  '''  Arch.  nat.  carton  S  28^8. 


278  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

rrchevaulx  durant  la  foire  Sainct  Germain,  qui  sont  les  places  vagues  et  lieulx 
rtinnutiles  que  Monseigneur  le  cardinal  de  Bourbon  veult  bailler.  Et  en  lesdictes 
ff  places  n'y  a  que  des  ordures  et  immondices  et  de  l'herbe  qui  croist.  ■» 

Jaillot  dit  que  la  rue  de  Tournon  faisait  partie  des  ruelles  Saint-Sulpice  et  a 
été  nommée  rue  du  Champ-de-la-Foire;  nous  ne  l'avons  vue  désignée  ni  par  l'une 
ni  par  l'autre  de  ces  appellations. 

CÔTÉ  ORIENTAL. 


PAROISSE  SAINT-SU  LPIGE. 

JUSTICE 

ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE  SAINT-GERMAIN. 

Maison  sans  désignation  (162 2),  contiguë  à  celle  qui  faisait  le  coin  de  la  rue 
du  Petit-Lion.  En  iSgS,  cette  maison  était  divisée  en  plusieurs  habitations. 

Place  vide  (i53i)  qui,  en  lôgS,  était  couverte  d'une  maison  et  dépendait 
d'une  propriété  faisant  front  sur  la  rue  de  Condé.  Sur  l'emplacement  de  cette 
maison  et  de  la  précédente  il  y  avait,  vers  1  5 10,  un  édifice  qui  est  énoncé,  dans 
les  archives  de  l'abbaye,  anostre  grande  Halle, n  et  mostre  Halle  de  Sainct  Gér- 
er main,  n  On  la  trouve,  en  effet,  indiquée  comme  formant  l'aboutissant  des  ter- 
rains baillés  à  Motu,  à  Vancombert  et  à  Rousseau,  lesquels  terrains  étaient  en 
bordure  sur  les  rues  de  Condé  et  du  Petit-Lion  (voir  à  l'article  de  ces  rues).  Nous 
ne  savons  rien,  au  reste,  de  cette  halle,  mentionnée  seulement  à  l'époque  que 
nous  venons  d'indiquer. 

Le  reste  des  maisons  du  côté  oriental  de  la  rue  de  Tournon  dépendait  encore, 
à  la  fin  du  xvi^  siècle,  des  maisons  de  la  rue  de  Condé  (voir  à  l'article  de  cette 
dernière  rue). 

CÔTÉ  OCCIDENTAL. 


PAROISSE  SAINT-SULPICE. 

JUSTICE 
ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE. 


Grande  maison  sans  désignation  (i543),  faisant  le  coin  de  la  rue  de  Vaugirard 
et  aboutissant  rue  Garancière.  Elevée  sur  un  arpent  de  terre  acquis  de  Jean 
Gautier,  le  26  février  i538,  par  François  Bruneau,  marchand  mercier,  elle 
(ut  amoindrie,  par  des  morcellements,  dans  la  seconde  moitié  du  xvi'' siècle.  Au 


RUE  DE  TOURNON.  279 

commencement  du  xnf,  elle  appartenait  à  Françoise  Choart,  veuve  de  Pierre- 
François  de  la  Robie,  seigneur  de  Puteaux  et  contrôleur  du  domaine  royal  à 
Paris. 

Deux  petites  maisons  sans  désignation  (iSgS),  bâties  sur  une  partie  de  la 
maison  précédente.  La  seconde  appartenait  à  la  fabrique  de  Saint-Sulpice  en 
1628,  et  avait  dépendu  d'abord  de  la  suivante. 

Maison  sans  désignation  en  iBgS,  et  appelée  le  PETIT  HÔTEL  D'EntrAGIES 
dans  le  dernier  siècle.  Elle  fut  aussi  construite  sur  l'arpent  baillé  à  François 
Bruneau. 

Grande  maison  sans  désignation  (i5/i3),  aboutissant  rue  Garancière.  Elle  fut 
élevée  sur  un  arpent  de  terre  baillé  par  J.  Gautier  à  François  Bourret,  le  6  mars 
i538,  et  acquis,  au  mois  de  mai  iblii ,  par  Antoine  Fumée,  conseiller  au  Par- 
lement. La  maison  bâtie  par  celui-ci  appartenait,  du  temps  de  Henri  III,  à  Guil- 
laume dElbenne,  seigneur  de  l'Espinoux,  conseiller  au  Grand  Conseil;  elle  passa 
ensuite  à  Catherine  d'Elbenne,  femme  en  secondes  noces  de  Léon  d'Illiers,  sieur 
de  Chantenierle,  puis  à  leur  fils  Léon  de  Balzac  d'Illiers  d'Entragues,  qui  en  jouit 
jusqu'en  1699,  ce  qui  lui  valut  le  nom  d'HÔTEL  D'EntRAGUES. 

Grande  maison  d'abord  sans  désignation,  puis  dite  frL'HOSTEL  DE  PegquiGNYt» 
en  iBgS.  Elle  aboutissait  rue  Garancière,  et  fut  construite  sur  un  arpent  de 
terre  baillé  par  J.  Gautier  au  maître  brodeur  Ambroise  Boileau,  le  29  maiiSSg. 
En  i563,  elle  était  possédée  par  M°  Louis  de  Lestoille,  grand  rapporteur  de  la 
Chancellerie;  elle  appartint  plus  tard  à  M""  de  Piquigny"',  et,  vers  iBgB,  à 
Charles  du  Plessis,  seigneur  de  Liancourt,  premier  écuyer  de  la  petite  écurie. 
Ayant  été  acquise  par  le  maréchal  d'Ancre,  elle  fut  pillée  après  sa  mort,  au  mois 
d'avril  1617,  confisquée  le  8  juillet  suivant,  et  donnée,  par  Louis  XIII,  à  son 
favori  Charles  d'Albert  de  Luynes.  Mais  l'avidité  que  manifesta  ce  dernier  en 
s'enrichissant  des  dépouilles  de  Concini ,  dont  il  avait  préparé  le  meurtre,  donna 
lieu  à  des  railleries  telles  qu'elles  le  décidèrent  à  se  déftiire  de  la  maison,  et  il  la 
revendit  au  roi,  le  27  août  1621.  L'hôtel,  payé  i85,625  livres  tournois  avec  ses 
dépendances  qui  étaient  situées  de  l'autre  côté  de  la  rue,  fut  alors  destiné  à  la 
réception  des  ambassadeurs  étrangers,  d'où  le  nom  d'HÔTEL  DES  AMBASSA- 
DEURS sous  lequel  il  est  demeuré  très-longtemps  connu.  Le  8  février  17^8, 
Louis  XV  l'échangea,  avec  le  comte  de  Maurepas  et  le  marquis  de  Pontchartrain, 
contre  leur  hôtel  de  la  rue  Neuve-des-Petits-Champs.  Il  a  été  ensuite  agrandi 
d'une  partie  de  l'hôtel  d'Entragues.  Il  est  aujourd'hui  à  usage  de  caserne. 

Grande  maison  sans  désignation  (i543),  aboutissant  rue  Garancière  et  élevée 

'*'  De  la  maison  d'Ailly. 


282  TOPOGHAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

laquelle  la  rue  de  Vaugirard,  à  son  extrémité  orientale,  s'infléchit  vers  le  sud- 
est.  Probablement,  d'ailleurs,  la  partie  comprise  entre  les  rues  de  Condé  et  des 
Fossés-Monsieur-le-Prince  était  elle-même  une  ancienne  voie  formant  la  conti- 
nuation de  la  rue  des  Grès,  et  s'embranchant  sur  le  vieux  chemin  de  Vaugirard. 
Le  tronçon  de  ce  dernier  chemin  s'étendant  de  l'enceinte  à  cet  embranchement, 
demeuré  sans  issue  et  conséquemment  sans  utilité,  a  fini  par  être  supprimé  et  a 
disparu  complètement,  en  ne  laissant  (|ue  des  traces  appréciables  seulement  pour 
des  yeux  exercés  à  un  pareil  genre  d'études.  En  1628,  la  rue  de  V^augirard 
n'était  pas  pavée  au  delà  de  la  porte  dépendant  de  la  tranchée.  Un  siècle  aupara- 
vant, bordée  uniquement  de  terres  en  culture  et  de  murs  de  clos,  elle  était,  d'un 
bout  à  l'autre,  un  simple  chemin  rural.  Ce  chemin  conduisait  au  vdlage  qui  se 
nommait  encore  ValboUron  en  1268,  et  qui  a  pris  le  nom  de  Vaugirard  depuis 
qu'il  a  été  rebâti  par  Gérard,  abbé  de  Saint-Germain,  mort  en  1278. 

Des  appellations  particulières  ont  été  spécialement  appliquées  aux  diverses 
parties  de  la  rue  de  Vaugirard,  indépendamment  de  celle  de  chemin  de  Vaugirard 
ou  ffvoye  de  Valgirard^i  (i355),  qui  a  été  constamment  donnée  à  la  totalité  de 
la  voie,  du  moins  jusqu'au  règne  de  Henri  II.  Dans  la  partie  la  plus  rapprochée 
de  la  ville,  où,  naturellement,  les  maisons  se  multiplièrent  d'abord,  on  la  nom- 
mait ffrue  de  Vaulgirardn  dès  iSaS,  et,  suivant  une  charte  dont  nous  n'avons 
vu  qu'une  citation,  te  rue  qui  va  de  la  poi'te  d'Enfer  à  Saint  Sulpice,-o  en  1289.  La 
même  partie  s'appelait,  en  i523,  tr chemin  qui  tend  de  la  porte  Saint  Michel  à 
ffVaulgirard;Ti  en  tbhj,  crchemyn  de  Bel  Ayr,T)  et,  en  iSog,  «rue  de  Bel  Air,!) 
à  cause  du  territoire  de  Bel-Air  formant  l'encoignure  du  chemin  sur  les  fossés. 
Au  commencement  du  xvn"  siècle,  comme  a  eu  raison  de  l'affirmer  Sauvai,  on  l'a 
désignée  sous  le  nom  de  rue  de  la  Verrerie,  à  cause  d'une  verrerie  dont  nous  indi- 
querons plus  loin  la  situation.  Dans  le  voisinage  des  ruelles  Saint-Sulpice,  c'est- 
à-dire  entre  les  rues  de  Condé  et  Cassette,  la  rue  de  Vaugirard,  ou  achemyn 
tr  allant  de  Paris  à  Vaugirard,-»  était  aussi  appelée  ala  voie  des  Ruelles^  (i355); 
(Tchemyn  des  RuellesT  (iZiio,  1629);  tr  chemin  qui  va  à  Vaugirard,  nommé  des 
ctRuellesn  (i/iii);  tt chemin  des  Ruelles,  par  lequel  l'on  va  de  Paris  à  Vaugi- 
rardn  (1/111);  trchemin  des  Ruelles,  allant  à  Vaugirardn  (1/116,  1529).  Enfin 
l'on  disait  :  tr  chemin  qui  va  à  la  Croix  de  Vaugirardn  (1/1/17);  ff  chemin  des  Car- 
tr  Hères,  Ti  et  tr  chemin  qui  va  de  Sainct  Germain  aux  carrières  de  Vaugirard  w 
(1829),  pour  désigner  le  chemin  aux  environs  des  territoires  de  la  Pointe  et  des 
Fourneaux.  La  rue  de  Vaugirard  a  porté,  en  ou  Ire,  le  nom  de  rue  de  Luxembourg  ; 
mais  il  ne  semble  pas  que  ce  soit  avant  la  construction  du  palais.  Quant  à  la  déno- 
mination de  rue  des  Vaches,  que  Sauvai  assure  avoir  été  appliquée  à  la  rue  de 
Vaugirard  depuis  i5/i3,  Jaillot  a  eu  tort  de  la  révoquer  en  doute,  car  on  lit 
dans  un  acte  de  1627,  relatif  à  une  maison  située  près  de  la  rue  Férou,  ^rrue 
tr  vulgairement  appellée  des  Vaches;  a  mais  nous  n'en  avons  point  rencontré  d'autre 


RUE  DE  VAUGIRAUD.  283 

exemple,  et  il  ne  nous  paraît  pas  probable  que  cette  appellation  soit  beaucoup 
plus  ancienne  que  la  précédente. 

CÔTÉ  MÉRIDIONAL. 


PAROISSE  SAINT-SLLPICE. 

JUSTICE  DU  ROI. 

CENSI\E   DE  LA   GRANDE  CONFliÉBIE. 

(Fief  du  Cios-aux-Bourgeois.) 

Maison  du  jeu  de  paume  Rouge  (tSBg-iôi/i),  conti{![uë  aux  maisons  faisant  le 
coin  de  la  rue  des  Francs-Bourgeois.  Le  terrain  en  fut  donné  à  bail  le  16  jan- 
vier iBSy.  Le  jeu  de  paume  Rouge  paraît  être  le  même  que  celui  qu'on  appelait 
le  Jeu  de  paume  de  Cwoii  en  iSyG.  L'hôtel  qui  l'a  remplacé  s'appelait  hdiel  de 
Bissy  dans  le  dernier  siècle. 

-Maison  avec  jeu  de  paume  (iBgT)),  connue  sous  le  nom  de  Jeu  de  paume  de  Bec- 
QUET.  Cette  propriété  a  été  formée  de  plusieurs  autres,  notamment  d'un  quartier 
de  jardin  cédé  à  Jean  Becquet,  tr  maistre  esteufier,  n  le  19  avril  1670,  par  Marie 
Chevalier,  héritière  d'Honoré  Chevalier;  puis  d'un  jardin  avec  masure,  oii  avait 
été  l'enseigne  du  frBastouer, n  et  que,  en  l'an  iByô,  Antoine  Arnaut  abandonna 
à  Becquet  en  échange  d'un  autre  terrain, 

N.  B.  Les  autres  propriétés  situées  sur  le  côté  méridional  de  la  rue  de  Vaugirard  ont  été 
englobées  dans  l'enceinle  du  palais  et  des  jardins  du  Luxembourg.  On  en  trouvera  la  descrip- 
tion dans  le  rliapitre  suivant.  —  l.  m.t. 


36. 


LE  PALAIS  DU  LUXEMBOURG.  285 


CHAPITRE   VIII. 

LE  PALAIS  DE  MÉDIGIS,  D'ORLÉANS  OU  DE  LUXEMBOURG. 


L'édifice  auquel  on  a  donntf  concurremment  ces  trois  noms  n  appartient  pas,  par  la  date  de  sa 
construction ,  à  la  période  historique  dans  laquelle  l'auteur  du  présent  travail  a  voulu  renfermer  la 
topographie  du  vieux  Paris.  Placé  chronologiquement  sur  l'extrême  limite  de  deux  âges,  il  échap- 
perait à  toute  description  et  demeurerait  ainsi  à  l'état  de  lacune,  dans  l'étude  rétrospeclive  d'une 
région  oiî  il  tient  pourtant  une  si  grande  place,  si  nous  n'avions  eu  la  pensée,  ici  comme  ailleurs, 
de  franchir  une  limite  trop  rigoureuse  et  de  suppléer,  par  nos  propres  recherches,  à  une  omission 
volontaire,  mais  assurément  fort  regrettahle. 

Au  lieu  donc  de  nous  borner  à  retracer,  jusqu'en  1610,  la  physionomie  du  sol  sur  lequel 
devait  s'élever  le  palais  de  Marie  de  Médicis,  campos  ubi  Troja.  . . .,  nous  avons  divisé  en  deux 
parties  distinctes  la  monographie  sommaire  de  cet  édifice.  Dans  la  première,  nous  énumérons, 
à  l'aide  des  notes  de  feu  Berty  et  des  titres  inédits  que  nous  avons  consultés,  les  propriétés 
acquises  par  la  reine  et  englobées  successivement  dans  son  palais  ou  dans  ses  jardins  :  c'est  le 
parcellaire  antérieur  aux  travaux  de  Salomon  de  Brosse.  Dans  la  seconde,  nous  résumons  les 
renseignements  de  toute  nature  que  nous  ont  fournis,  sur  cette  résidence  princière,  les  pièces 
originales  et  les  historiens  les  plus  autorisés.  Nous  consacrons  en  outre  un  article  spécial  au 
couvent  des  Bénédictines  du  Calvaire  et  à  l'hôtel  du  Petit-Luxembourg,  véritables  annexes  du 
palais  Médicis. 

Les  planches  destinées  à  compléter  le  texte,  en  l'éclairant,  sont  la  reproduction  de  dessins 
inédits  et  d'estampes  anciennes. 

Quant  aux  titres  originaux,  qui  sont  conservés  à  la  bibliothèque  du  palais,  et  qui  n'ont  été 
que  très-imparfaitement  connus  de  feu  Berty,  nous  ne  pouvons  les  publier  intégralement  à 
cause  de  leur  étendue;  mais  nous  les  signalons  au  lecteur,  à  titre  de  documents  historiques  et 
topographiques  absolument  inédits.  —  l.m.t. 

I. 

LES  PROPRIÉTÉS  COMPRISES  DANS  L'ENCEINTE  DU  PALAIS  ET  DES  JARDINS. 


PAROISSE   SAINT-SULPICE. 

JUSTICE  DU  BOL 

CENSIVE  DE  LA  GRANDE  CONFI\ÉRIE. 

(Fief  du  Glos-aux-Bourgeois.) 

ff  Maison  close  ri  que  l'avocat  Gilles  Bourdin  céda,  le  3o  novembre  iBSg,  à 


286  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

M*  Philippe  Joulin,  sieur  de  la  Brosse,  et  dont  il  avait  pris  le  terrain  à  bâtir,  le 

17  mars  i546,  du  président  Gilles  Lemaître.  11  est  dit,  dans  l'acte  de  vente  du 
terrain,  qu'il  mesurait  treize  toises  de  large  sur  vingt-deux  toises  deux  pieds  de 
long;  qu'il  faisait  partie  du  jardin  de  Lemaître,  tenant  d'une  part  à  aune  enclave 
c: close  du  coslé  de  la  porte  Saint-Michel, n  et  de  l'autre  «à  la  rue  qui  sera  faicte 
ff  de  neuf  oudict  jardin  ;t)  mais  nous  ne  trouvons  point  ailleurs  d'autre  mention  de 
cette  rue  projetée.  La  maison  do  Joulin  lui  fut  achetée,  le  siS  juin  i565,  par 
M'=  Antoine  Arnaut,  auditeur  des  comptes,  qui  l'agrandit,  le  26  juin  1576,  au 
moyen  d'un  échange  avec  Becquet.  Faisant  hache  derrière  les  deux  précédentes, 
elle  offrait  une  superficie  de  deux  mille  quatre  cents  toises  environ,  lorsque,  le 
28  juin  161  A,  la  propriété,  qui  ne  consistait  plus  qu'en  deux  jardins,  fut  acquise 
des  hoirs  Arnaut,  au  prix  de  3o,ooo  livres,  par  la  reine  Marie  de  Médicis.  Elle 
en  réunit  les  sept  huitièmes  à  son  parc  du  Luxembourg,  et  le  reste,  disposé  en 
un  lot  de  douze  toises  de  face  sur  la  rue  de  Vaugirard,  fut  donné  par  elle,  le 
i"juin  i6i5,  à  Laurent  Stornat,  comme  dédommagement  d'une  maison  dont 
elle  s'était  emparée.  Celle  que  Laurent  Stornat  bâtit  sur  son  lot  fut  acquise, 
avant  i655,  par  Henri  de  la  Trémouille,  duc  de  Thouars,  et  prit  le  nom  dliôlel 
de  la  Trémouille. 

L'emplacement  occupé  par  la  maison  d'Arnaut  et  les  deux  jeux  de  paume  atte- 
nants formaient,  vers  1  535 ,  une  pièce  de  terre  plantée  en  vignes,  que  possédait  le 
boulanger  Honoré  Chevalier;  Antoinette  Bigault,  sa  veuve,  et  leurs  enfants  se  la 
partagèrent  le  1  2  janvier  i5i^. 

JUSTICE 
ET  CE\SIVE  DE  L'ABBWE  SAINT-GERMAIN-DES-PRES. 

Maison  sans  désignation,  dont  le  terrain  fut  aussi  à  Honoré  Chevalier, 'et  qui 
appartenait  en  i559  à  M*^  Eustache  de  Corbie.  Le  25  janvier  iGik,  elle  fut 
vendue  17,000  livres  à  la  reine  Marie  de  Médicis  par  la  demoiselle  de  Corbie, 
veuve  Allenianny.  Elle  formait  alors  deux  maisons,  et  derrière  était  située  cette 
verrerie  dont  la  rue  de  Vaugirard  a  quelquefois  reçu  le  nom;  elle  paraît  avoir 
été  établie  vers  la  fin  du  règne  de  Henri  IV. 

Derrière  cette  maison  il  s'en  trouvait  une  attenante  à  celle  des  hoirs  Arnaud, 
mais  dont  nous  ne  voyons  pas  la  disposition.  Elle  appartenait  à  Paul  de  Tourne- 
myne,  sieur  de  Campsillon,  et  le  prix,  montant  à  56, 000  livres,  en  fut  consigné 
par  Marie  de   Médicis  en  les  mains  de  Marin  Martineau,  baron   de  Thuré,  le 

1 8  mai  1 6 1 5 . 

Maison  sans  désignation  (i595),  qui  était  peu  profonde  et  que  Marie  de  Mé- 


LE  PALAIS  DU  LUXEMBOURG.  287 

dicis,  les  2  0  et  2  1  février  1617,  acheta  de  Louis  Lambert,  sieur  de  la  Marclio. 
Il  la  tenait  de  sa  femme,  auparavant  épouse  du  sieur  Poussemotte. 

CENSIVE  DU  CHAPITRE  SAINT-  BENOÎT. 

Maison  des  Trois-Faucilles  (i5/i6),  puis  de  la  cr  Ville  de  Brescea  (iGi3).  Elle 
fut  kUie  sur  partie  d'un  arpent  de  vigne  par  M<=  Michel,  a  serviteur  du  chancelier 
TPoyêt,fl  etpar  Pierre  Cardet,  qui  lui  succéda.  Elle  était  possédée,  en  iBSg,  par 
Antoine  Fumée,  conseiller  au  Parlement,  et  fut  vendue  26,000  livres  à  la  reine, 
le  1"  juin  161  3,  par  Laurent Stornat,  natifdeBrescia,en  Lombardie, lequel  avait 
eu  l'idée  d'adopter  pour  enseigne  tria  Ville  de  Bresce.-n  La  maison  de  Stornat 
avait  été  acquise  par  lui,  le  i5  décembre  1600,  d'Alexandre  Moreau  et  de  Marie 
Triboulet,  sa  femme.  Elle  avait  douze  toises  de  largeur  par  devant,  sept  par  der- 
rière et  trente-trois  de  profondeur.  Elle  était  placée  devant  la  rue  de  Condé,  et 
c'est,  par  conséquent,  sur  son  emplacement  qu'a  été  dessinée  une  partie  du 
jardin  et  du  palais  du  Luxembourg. 

Suivant  un  titre  de  i566,  la  maison  des  Trois-Faucilles  était  en  censive  de 
Saint-Benoit,  et  les  chanoines  de  cette  collégiale  soutenaient  qu'une  partie  du 
terrain  compris  dans  le  Luxembourg  dépendait  de  la  prébende  du  nommé  Jean 
Alton.  11  est  incontestable  que  déjà,  en  1887,  le  chapitre  Saint-Benoît  avait  des 
droits  sur  le  terrain  où  s'élevait  la  maison  des  Trois-Faucilles,  terrain  jadis  planté 
en  vignes,  comme  tous  les  environs;  mais  il  est  impossible  de  déterminer  aujour- 
d'hui quels  étaient  ces  droits,  et  surtout  de  fixer  les  limites  des  trois  fiefs  de 
l'abbaye  Saint-Germain,  du  chapitre  Saint-Benoît  et  de  l'abbaye  Sainte-Gene- 
viève, sur  le  point  dont  nous  parlons. 

CENSIVE  CONFUSE. 

Maison  sans  désignation,  qui  appartenait,  vers  lôgS,  au  sieur  de  la  Brosse, 
et  fut  vendue  à  la  reine,  le  17  décembre  iGaii,  moyennant  60,000  livres,  par 
Pierre  Denis  et  Mathias  Clopin.  Cette  maison,  dont  le  prix  semble  si  énorme, 
était  contiguë  à  la  suivante,  et  nous  avons  lu  qu'elle  se  trouvait  devant  la  rue  de 
Condé.  ^e  pouvant,  faute  de  documents,  imus  rendre  compte  de  sa  véritable 
situation,  nous  avons  renoncé  à  l'indiquer  sur  le  plan. 

HÔTEL  DE  ChAMPHENARI).  Vers  l'an  iGoo,  il  appartenait  à  M""'  de  Cipières 
et  était  habité  par  le  président  de  Champrenard,  (Yoù  est  venu  son  nom.  Il  fut 
vendu  à  la  reine  27,000  livres,  par  Philippe  et  Charles  de  Biencourt,  le  8  février 
iGi3.  Il  s'étendait  alors  derrière  les  deux  maisons  précédentes,  et  probablement 
derrière  colle  qui  appartenait  à  Eustache  de  Corbie.  Elle  contenait  environ  trois 
arpents,  et  son  emplacement  correspond  à  celui  de  la  façade  du  palais. 


288  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

Maisons  sans  désignation,  au  nombre  de  deux  ou  trois,  dont  la  dernière  appar- 
tenait, vers  i58o,  à  Laurent  de  Bonacursi,  Florentin,  parent  de  Catherine  de 
Médicis  et  abbé  commendataire  de  Langouët,  au  diocèse  de  Quimper.  En  1612, 
ce  groupe  de  maisons  avait  été  absorbé  dans  les  hôtels  attenants,  vraisemblable- 
ment dans  celui  de  Luxembourg.  Il  semble  qu'on  doive  y  rattacher  l'acquisition 
faite  par  le  duc,  à  la  date  du  26  juin  iGio,  de  certaine  masure  renfermant  un 
arpent,  qui  tenait  de  toutes  parts  à  son  hôtel  et  avait  été  à  François  du  Bois, 
seigneur  du  Plessis,  lequel  l'avait  eu  de  Jean  de  Rues,  notaire.  Rien  n'est,  du 
reste,  plus  obscur  que  l'histoire  des  propriétés  de  cette  région,  qui  n'ont  point 
laissé  de  trace  et  s'agençaient  d'une  façon  qu'on  ne  saurait  restituer  aujourd'hui. 
En  effet,  soixante  ans  après  leur  destruction,  on  n'en  comprenait  déjà  plus  la  dis- 
position relative.  La  plupart  des  actes  de  vente  qui  les  concernent  sont  d'ailleurs 
perdus. 

Maison  sans  désignation,  qui  contenait  un  jardin  et  fut  vendue,  le  17  sep- 
tembre 1672,  par  Catherine  de  la  Gazelle,  trdame  de  la  Motte  au  grain, n  au 
duc  de  Luxembourg.  Elle  était  attenante  à  son  hôtel  et  y  fut  annexée,  mais  non 
point  immédiatement,  car  le  censier  de  iBgB  indique  qu'elle  était  alors  possédée 
parles  hoirs  du  sieur  des  Chastelliers,  après  l'avoir  été  par  M.  Leschient,  et  au- 
paravant par  M"""  de  la  Motte. 

HÔTEL  DE  Luxembourg.  Jaillot,  le  seul  auteur  qui  se  soit  sérieusement  efforcé 
d'éclaircir  l'origine  très-mal  connue  de  cet  hôtel*'',  dit  que  c'était  primitivement 
une  grande  maison  avec  jardins,  que  Robert  de  Harlay  de  Sancy  fit  élever  au 
milieu  du  xvi"  siècle,  et  il  ajoute  qu'elle  est  qualifiée  d'hôtel  bâti  de  neuf,  dans  un 
arrêt  de  la  cour  des  aides,  en  vertu  duquel,  l'an  i56/i,  elle  fut  adjugée  à  Jac- 
quehne  de  Morinvilliers,  veuve  dudit  de  Harlay.  La  première  de  ces  assertions  est 
absolument  fausse.  Le  conseiller  au  Parlement,  Robert  de  Harlay,  sieur  de  Sancy 
et  baron  de  Montglas,  n'a  jamais  possédé  la  maison  en  question;  car  il  était  mort 
lorsque,  le  21  juin  i56/i,  elle  fut  adjugée  à  sa  veuve,  après  avoir  été  mise  en 
criée  sur  le  sieur  delà  Thourette,  par  lequel,  en  réalité,  elle  avait  été  construite'-'. 


''1  La  censive  dont  l'hôtel  de  Luxembourg  dé- 
pendait est  fort  douteuse,  et  cette  circonstance 
constitue  la  principale  cause  pour  laquelle  les  ren- 
seignements sur  l'origine  de  cette  propriété  sont  si 
rares.  Il  a  pu  arriver  que  le  président  de  la  Thou- 
rette, profitant  de  ce  que  le  fonds  de  terre  de  sa 
maison  était  revendiqué  par  trois  seigneurs  ,  n'en 
ait  jamais  passé  de  déclaration.  A  la  fin  du  xvii' 
siècle,  on  ne  trouvait,  soit  dans  les  archives  des  ab- 
bayes Saint-Germain  et  Sainte-Geneviève,  soit  dans 


celles  du  chapitre  Saint-Benoît ,  aucun  document  qui 
fût  directement  relatif  à  l'hôtel  de  Luxembourg.  Or 
l'hôtel  était  nécessairement  compris  dans  le  fief  d'une 
de  ces  trois  communautés. 

''>  Le  président  de  la  Thourette  était  poursuivi 
par  ses  créanciers.  Il  paraît  avoir  obtenu  des  lettres 
royaux  portant  rescision  du  décret  d'adjudication 
rendu  à  son  préjudice,  mais,  le  i5  novembre  i564, 
il  en  fit  l'abandon,  à  la  condition  que  la  dame 
de  Morinvilliers  lui  louerait  pour  quatre  ans  son 


LE  PALAIS  DU  LUXEMBOURG.  289 

Dans  une  déclaration  de  1687,  sont  mentionnés  les  et  maisons  et  jardins  bastis  par 
trfeu  M"'  Alexandre  de  la  Thourette,  cy  devant  président  en  la  Cour  des  monnoies, 
fret  à  présent  appelle  l'hostel  de  Luxembourg '^^K  n  D'autre  part,  le  censier  de  iSgS 
contient  cette  phrase  :  et  De  mons.  de  Luxembourg,  au  lieu  de  mons.  le  président  de 
ff  la  Thorette ,  pour  une  grande  maison ,  court ,  jardin ,  aysances  et  appartenances,  n 
Un  titre  de  i5/i6  énonce  l'hôtel  des  Trois-Faucilles  comme  aboutissant  à  la 
maison  du  président  de  la  Thourette;  mais  nous  ignorons  quand  il  en  avait  acquis 
le  terrain,  qu'il  accrut  d'un  quartier  de  vignes  que  lui  abandonna  le  chapitre 
Saint-Benoît,  à  la  date  du  3i  décembre  i565.  La  dame  de  Morinvilliers,  moyen- 
nant une  rente  de  1,000  livres  tournois,  céda  son  hôtel,  le  aS  octobre  1570,  à 
François  de  Luxembourg ,  prince  de  Tingry,  qui  lui  donna  son  nom  (^).  Les  1 9  et 
28  mars  i58o,  26  janvier  et  1"  février  i58i,  ce  personnage  remboursa  au  pré- 
sident de  la  Thourette  le  prix  de  certains  matériaux  demeurés  sans  emploi  audit 
hôtel. 

En  1  566,  l'hôtel  du  président  de  la  Thourette  se  composait  de  plusieurs  corps 
d'hôtel  dont  nous  ne  savons  point  les  dimensions  et  qui  avait  pour  dépendances 
un  arpent  de  jardin,  un  autre  arpent  planté  d'arbres  fruitiers,  ainsi  que  quatre 
arpents  de  vignes.  L'arpent  planté  d'arbres  à  fruits  est  probablement  celui  à  l'oc- 
casion duquel,  le  9  novembre  1672,  François  de  Luxembourg  fut  condamné  à 
payer  un  denier  parisis  de  cens  et  seize  sous  de  rente  à  la  grande  confrérie.  Cet 
arpent  faisait  partie  de  cinq  quartiers  de  terre  qui,  ayant  été  baillés  le  20  février 
i366  à  Jehan  Mouchart,  appartenaient  à  Philippot  Régnier  en  1890,  échurent 
à  Valleran  de  Hévez  '^>,  médecin  du  roi,  le  27  janvier  i563,  et  semblent  secon- 
fondre  avec  la  pièce  de  mille  quatre-vingts  toises  située  sur  la  limite  méridionale 
du  Clos-aux-Bourgeois,  annexée  à  l'hôtel  de  Luxembourg  avant  i585.  La  pièce 
dont  il  s'agit  était  sans  doute  comprise  dans  les  trois  arpents  un  quartier  et  deux 
perches  de  terre,  dits  w au  Glos-aux- Bourgeoise  et  formant  deux  pièces,  que  le  duc 
acheta,  le  i5  décembre  1671,  de  Jean  de  Hévez.  Il  y  joignit  successivement  :  un 
arpent  et  demi  acquis  de  Claude  de  Bragelonne,  sieur  de  Charmoy,  le  7  janvier 
«572;  deux  pièces,  l'une  d'un  quartier,  l'autre  d'un  arpent,  acquises,  le  li  août 
1572,  de  PhiHppe  Joulin,  sieur  de  la  Brosse;  un  quartier  et  demi  acquis,  le 
22  novembre  1672,  de  Jacques  Baslon;  cinq  quartiers  acquis,  le  26  septembre 
1673,  du  couvent  des  Chartreux;  un  jardin  entouré  de  murailles,  attenant  au 
clos  de  l'hôtel,  et  acquis,  le  22  mars  1678,  du  sieur  de  Balincourt;  trois  quar- 
tiers acquis,  le  2  mai  i586,  du  collège  Mignon,  et  un  demi-arpent  acquis,  le 
6  janvier  1687,  de  Pierre  Danneau. 

hôtel.  (Voir,  à  la  bibliothèque  (le  la  Ville,  la  copie  Luxembourg  par  la  reine  Marie  de  Médicis,  ma- 

<le  ces  documents  originaux.)  —  l.m.t.  nuscrit  de  la  bibliothèque  du  palais,  dont  il  existe 

'''  Arch.  nat.  cart.  S  i5iq.  une  copie  à  l'hôtel  Carnavalet.  —  l.m.t. 

<"  Conférez  la  copie  des  titres  d'acquisition  du  "'  Alias  de  Hèves,  ab  Heva. 

m.  37 


■290  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

Dès  1  58i ,  le  parc  de  l'hôtel  s'étendait,  du  côté  de  l'ouest,  derrière  des  maisons 
on  bordure  sur  la  rue  de  Vaugirard,  jusqu'à  la  hauteur  de  la  rue  du  Pot-de-Fer. 
Dans  la  direction  opposée,  le  parc  s'accrut,  par  les  soins  du  prince,  d'une  pièce 
de  vingt-quatre  toises  deux  pieds  de  long  sur  quatre  toises  deux  pieds  de  large , 
dont  il  passa  déclaration  le  18  mars  1  588,  et  qu'il  augmenta  le  même  jour  d'une 
autre  pièce  attenante,  renfermant  cent  cinquante-sept  perches,  y  compris  une 
allée  servant  d'entrée  et  communiquant  avec  la  rue  d'Enfer.  (Voir  Rue  d'Enfer.) 
Aucun  document  ne  fournit,  au  reste,  les  moyens  de  retracer  l'ancien  mur  de 
clôture  du  parc,  démoli  il  y  a  deux  siècles  et  demi,  et  dont  le  dernier  accroisse- 
ment, du  fait  des  ducs,  eut  lieu  par  l'achat  de  sept  quartiers,  vendus  les  3o  juillet, 
3 1  juillet  et  7  octobre  1611,  par  les  hoirs  Poussemye. 

Le  prince  de  Tingry  étant  mort,  son  hôtel  passa  à  son  fils,  François  de  Luxem- 
bourg, duc  de  Piney,  qui,  le  2  avril  1612  et  au  prix  de  90,000  livres,  le  vendit 
à  la  reine  Marie  de  Médicis.  La  vente  comprenait,  en  outre,  une  petite  maison 
contiguë,  le  pavillon  de  la  ferme  du  Bourg,  le  parc  de  l'hôtel,  la  maison  du  coin 
de  la  rue  Garancière,  une  pièce  de  trois  arpents  quarante-deux  perches  et  demie, 
en  hache,  attenante  au  parc  et  aboutissant  sur  la  rue  de  Vaugirard,  et  deux 
autres  pièces  au  même  lieu,  l'une  de  sept  quartiers  et  l'autre  de  cinq.  Bientôt 
après  fut  commencé,  sous  la  direction  du  célèbre  Salomon  de  Brosse,  le  palais  au- 
quel est  demeuré  le  nom  du  Luxembourg,  et  dont  les  principaux  bâtiments  n'oc- 
cupaient point  l'emplacement  du  vieil  hôtel  ainsi  appelé.  Ce  dernier  se  trouvait 
en  face  de  la  rue  Garancière,  là  oij  sont  actuellement  le  Petit-Luxembourg  et  une 
portion  de  l'édifice  contigu;  aussi  la  maison  du  coin  occidental  de  la  rue  Garan- 
cière est-elle  dite,  dans  le  contrat  de  1612,  tt  devant  l'hostel  de  Luxembourg.  •»  A 
l'appui  du  fait,  que  confirment  tous  les  renseignements,  nous  lisons,  en  outre, 
dans  le  censier  de  Sainte-Geneviève  pour  1  6^6  :  a  Au  lieu  de  l'hostel  du  Luxem- 
tf  bourg.  .  .  a  esté  la  maison  de  M"  Alexandre  de  la  Tourette,  président  dans  la 
cfCour  des  monnoyes,  qui  fit  bastir  la  maison,  fit  faire  le  jardin  au  lieu  où  est  à 
r:  présent  l'hostel  dict  à  présent  le  Petit  Luxembourg,  que  la  feue  Royne,  mère  du 
te  roi  Louis  treize,.  .  .  ayant  achepté,  fit  bastir  comme  il  est  à  présent  ('^.t) 

C'est  dans  les  environs  de  l'hôtel  de  Luxembourg  que,  vers  1682,  habitait 
l'illustre  Bernard  Palissy'^';  mais  nous  n'avons  point  vu  de  titre  oii  son  nom  fût 
mentionné. 

'"'  Arch.  nat.  reg.  S  i6îî4,  fol.  3i6  r".  imprimeur,  on  lit  l'annotalion  suivante,  écrite  en 

'*'  M.  Ch.  Read  nous  a  communique  un  exem-  caractère  du  temps  :  tLe  susd,  imprimeur  m'a  dit 

plaire  des  Discours  admirables,  où,  en  mai'g-c  du  trquc  l'auteur  se  lient  à  présent,  l'an  i583,  au 

passage  dans  lequel  Palissy  fait  savoir  qu'on  peut  frfaulbourg  Sainct  Germain,    rue   de  V^augirard. 

connaître  sa  (rdemeui-ance»  en  s'adressant  à  son  ^^  près  l'hostel  de  Luxembourg.  1 


LE  PALAIS  DU  LUXEMBOURG.  291 

Maison  de  l'Image-Sai.nte-Barbe,  mentionnée  dès  i53G,  et  alors  récemment 
bâtie  sur  un  quartier  de  terre  par  M-^  Michel  Bénard,  lequel,  en  son  testament,  la 
légua  aux  religieux  de  Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie.  Elle  l'ut  vendue  par  eux, 
avant  ibU-],  à  crM*^  Kristofle  Bicher,  ambassadeur  pour  le  roi  de  Dampemart.  n 
Vers  160/1,  elle  existait  encore;  mais,  en  1608,  elle  était  disparue,  ou,  du  moins, 
elle  avait  été  absorbée  dans  l'hôtel  de  Luxembourg  (''. 

JUSTICE 
ET  CENSIVE  DE  L'ABBAYE  SAINTE-GENEViÈVE. 

Petit  appentis  et  jardin  (iSgS)  où,  sous  le  règne  de  Henri  IV,  pendit  pour 
enseigne  a  la  Sigongne.  t5  Cette  propriété  était  une  dépendance  de  la  suivante,  et 
doit  avoir  formé  le  complément  du  demi-arpent  sur  lequel  cette  dernière  fut 
bâtie. 

Jardin  clos  (i53i),  puis  maison  de  l'Image-Saint-Nicolas  (iBgô-tGia).  Elle 
s'étendait  jusqu'au  sentier  du  Pressoir  et  contenait  quarante-cinq  perches,  partie 
d'un  demi-arpent  que  Louis  Mars  acquit  de  Jean  Daneau,  et  dont  il  fut  ensaisiné 
le  i5  novembre  iS-ig.  Le  28  septembre  1622,  Jean  Baudoin  la  vendit  9,000 
livresaux  religieuses  du  Calvaire,  qui  l'annexèrent  à  leur  couvent;  mais,  en  i63o, 
la  reine  Marie  de  Médicis  la  leur  reprit,  et  le  terrain  qu'elle  occupait,  joint  à  celui 
de  l'hôtel  de  Luxembourg,  a  servi  d'emplacement  à  l'hôtel  du  Petit-Luxembourg, 
comme  il  est  dit  dans  une  déclaration  du  26  février  16/17.  Cette  pièce  corrobore 
ce  que  nous  avons  avancé  plus  haut  relativement  à  la  situation  de  la  maison  du 
président  de  la  Thourette. 

Maison  des  Trois-Petits-Bois  (i585),  aboutissant  à  la  suivante,  avec  laquelle 
elle  était  confondue  vers  la  fin  du  xvi*  siècle '^l  Etienne  Hardouin,  sieur  de  Mont- 
herbu,  en  fut  ensaisiné  le  28  novembre  i585.  Elle  était  située  en  face  de  la  rue 
Servandoni  et  existait  déjà  en  i532.  Elle  appartenait  alors  à  Bobinet  Fallentin, 
propriétaire  de  la  maison  des  Trois-Bois  de  la  rue  de  la  Harpe,  et  ne  contenait 
qu'un  quartier;  mais  elle  est  dite  depuis  renfermer  un  demi-arpent. 

Maison  DE  l'Image-Sainte-Geneviève  (1 536-1 608),  ou  HÔTEL  DE  Moi>lTHERBU. 
Elle  fut  élevée  sur  un  terrain  baillé  à  bâtir  en  1 629  et  faisant  partie  de  sept  quar- 
tiers que  Jean  de  Néry  vendit,  le  1 0  février  1 5 1 1 ,  à  Jean  Daneau.  Elle  était  à  moitié 

"'  En  1608,  la  maison  (le  riniage-Sainl-Mcolas  — Chrislophe  Richer  avait  possédé  plusieurs  autres 
est  dite  aliénante  à  l'hôtel  de  Luxeinbour;;.  propriétés  auprès  de  riniage-Sainle-Barbe;  mais 

'*'  Elle  est  cependant  mentionnée  encore  eu  nous  n'avons  pu  appliquer  les  titres  qui  s'y  rap- 
1608;  mais  peut-être  n'est-ce  que  pour  mémoire.        [lortent. 

37. 


292  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

construite  lorsque,  le  28  novembre  i53i,  Robert  Fallentin,  qui  la  fit  achever,  en 
fut  ensaisiné.  Elle  renfermait  un  jeu  de  paume  en  i5ii6,  et  passa,  en  i584,  à 
Pierre  de  Montherbu,  qualifié,  plus  tard,  de  secrétaire  ordinaire  de  la  chambre  du 
roi.  Dans  une  déclaration  de  1687,  elle  est  énoncée  :  a  maison  au  milieu  de  laquelle, 
ff  et  proche  d'un  grand  portail ,  est  un  pillier  enclavé  en  partie  de  la  muraille  de 
crladicte  maison,  une  figure,  image  et  représentation  de  madame  saincte  Gene- 
trviefve,  entre  deux  escussons  et  armoiries  painctes  contre  la  muraille,  en  la  pre- 
ffmière  desquelles  est  un  lieu  où  est  escrit  le  mot  Libertas,  et  en  l'autre  il  y  a 
ff  une  petite  croix  au  milieu,  n  Elle  aboutissait  au  sentier  du  Pressoir,  et,  unie  à  la 
précédente,  elle  fut  rebâtie  par  Pierre  de  Montherbu  postérieurement  à  iBgi.  Le 
1 1  avril  1622,  Michel  Renouard  la  céda,  moyennant  48, 000  livres,  aux  religieuses 
du  Calvaire,  pour  l'établissement  de  leur  monastère.  Ce  couvent,  comprenant  la 
maison  de  l'Image-Saint-Nicolas,  offrait  d'abord  une  superficie  de  près  de  deux 
arpents  et  demi,  et  a  considérablement  été  amoindri  en  i63o,  afin  de  construire 
le  Petit-Luxembourg.  Au  même  lieu  il  existait,  en  12/18,  une  vigne  pour  laquelle 
l'abbaye  Saint-Antoine  payait  deux  sous  de  cens  à  Sainte-Geneviève"';  deux 
siècles  plus  tard,  cette  redevance  était  réduite  à  dix-huit  deniers,  comme  il  appert 
d'une  sentence  du  Châtelet,  rendue,  le  i4  juin  ika,  pour  contraindre  les  reli- 
gieuses de  Saint-Antoine  à  s'en  acquitter. 

Maison  dite  la  Ferme-du-Bourg  (1595-1612),  faisant  le  coin  du  sentier  condui- 
sant au  Pressoir  de  l'Hôtel-Dieu.  Elle  avait  trente-six  toises  de  largeur  sur  la  rue 
de  Vaugirard,  et  fut  vendue  au  duc  de  Luxembourg,  le  1 1  juillet  i583,  moyen- 
nant une  rente  sur  la  Ville  de  seize  écus  et  deux  tiers,  réduits  suivant  ledit  à 
5o  livres,  par  Jean  de  Hévez,  seigneur  de  la  Tillaye,  lequel ,  en  1  570,  se  plaignait 
de  la  ff  grande  perte  n  qu'il  y  avait  subie  à  cause  des  guerres.  Elle  fut  comprise 
dans  l'acquisition  de  l'hôtel  do  Luxembourg  par  Marie  de  Médicis,  qui  la  donna, 
en  1680,  aux  religieuses  du  Calvaire.  A  cette  époque,  c'était  encore  la  dernière 
construction  du  côté  méridional  de  la  rue  de  Vaugirard,  et  le  terrain  au  delà, 
dépendant  du  fief  de  l'abbaye  Saint-Germain,  demeurait  en  culture. 

Au  mois  de  juillet  1280,  un  arpent  de  vigne,  fren  Vigneroi,!!  en  la  censive  de 
l'abbaye  Sainte- Geneviève,  fut  vendu  quinze  livres  parisis  par  le  pelletier  Milon 
Le  Bourguignon,  à  M'=  Etienne  Le  Poitevin,  qui,  en  octobre  1  2^4,  la  céda  au  mo- 
nastère en  échange  d'une  rente  annuelle  de  cinq  muids  de  vin'^l  Le  seul  Heu  du 
canton  de  Vigneroi  o£i  les  moines  de  Sainte-Geneviève  aient  eu  droit  de  censive 
était  précisément  celui  sur  une  partie  duquel  fut  bâti  le  couvent  du  Calvaire; 

'''  Le  livre  du  cellerier  de  Sainte-Geneviève  et,  à  côté  de  l'article  on  lit  cette  note,  ajoutée  au 
renferme  (fol.  a 8  v°)  un  article  ainsi  conçu  :  Sanctus  xvii'  siècle  :  it  A  présent  le  monastère  du  Calvaire.  1 
Anionixis  ii  sol.  pro  vinea  comitis  de  Bello-Monle,  '''  Cart.  de  Saitiie-Genevike ,  p.  i5i. 


ifl 

ce 
< 

c 

X 

> 

LU 


> 

UJ 
> 

ce 
o 

h 

00 


UJ 


< 

ce 
o 
o 

Q. 

o 


y) 
0 

0 

a: 
> 

0 

m 

X 

> 

< 


0      ^ 


UJ 


a.  = 

>  ^ 

0  g 

?:  '^ 

c  «^ 

c  ^ 

•aj 

d: 


LE  PALAIS  DU  LUXEMBOURG.  293 

c'est  donc  à  ce  terrain  que  doivent  se  rapporter  les  deux  transactions  que  nous 
venons  d'indiquer. 

Tel  était  Mat  des  lieux ,  au  moment  où  Marie  de  Médicis  prit  la  résolution  d'acquérir  les  pro- 
priétés nécessaires  à  la  construction  de  son  nouveau  palais  et  à  l'établissement  des  jardins  dont 
elle  voulait  l'entourer.  L'aspect  de  toute  cette  région  nous  est  révélé  par  un  plan  inédit,  qui  fut 
dressé  à  l'occasion  d'une  contestation  judiciaire  entre  l'abbé  de  Saint-Germain  et  la  confrérie  aux 
Bourgeois.  Ce  document  porte  la  double  signature  de  Claude  Vellefaux  et  de  François  Quesnel, 
ce  qui  lui  donne  une  valeur  topographique  toute  particulière.  Le  célèbre  architecte  de  l'hôpital 
Saint-Louis  et  l'auteur  du  premier  plan  de  Paris,  auquel  on  s'accorde  à  reconnaître  une  certaine 
précision  géométrique,  ont  dû  certainement  reproduire  avec  une  scrupuleuse  fidélité  les  maisons, 
jardins  et  terrains  en  litige.  Voici,  d'ailleurs,  comment  s'exprime  à  ce  sujet  François  Quesnel, 
l'un  des  auteurs  de  ce  plan,  dont  l'original  est  conservé  aux  Archives  nationales,  sous  la  cote 
S  869  : 

f  Rapport  faict  par  nous ,  François  Quesnel ,  maistre  peintre ,  bourgeois  de  Paris , 
»r commis  pour  ce  faire  par  monsieur  maistre  NicoHas  Guynet,  conseiller  du  Roy 
(rnostre  sire,  en  son  Grand  Conseil,  commissaire  en  ceste  partye,  de  la  figure  sy 
ff présentée,  suivant  le  serment  par  nous  faict  par  devant  le  dict  sieur  Guynet, 
«des  lieux  et  places  qui  nous  ont  esté  démontrés  par  icelluy  sieur,  contentieuses 
(rentre  les  abbé,  doyen  et  confrères  de  la  confrairie  aux  Bourgeois  de  Paris,  etles 
(rabbé,  prieur  du  couvent  de  l'abbaye  Monsieur  Saint  Germain  des  Prez  lès  Paris, 
(tau  procès  pendant  entre  eux  au  dict  Grand  Conseil,  distribué  et  prest  à  juger, 
trau  rapport  du  dict  sieur  Guynet.  A  quoy  faire  avons  vacqué,  après  le  serment 
(f  par  nous  prestez  au  cas  requis  et  accoustumé,  tant  en  la  présence  d'icelluy  sieur 
(rde  Guynet,  des  dictes  partyes  ou  de  leurs  procureurs  pour  elles,  que  en  nos 
ffparliculliers,  ainsy  qu'il  apert  par  le  plan  de  la  dicte  veue  cy-dessus,  que  en 
ff  toute  équicté  avons  faict  et  dressé  sur  ce  qui  nous  a  esté  désigné,  tant  les  jours 
ff  cottes  au  procès-verbal  faict  d'icelle  qu'es  autres  jours  consécutifz  et  suyvant; 
(f  asisté  de  plusieurs  notables  personnes  estant,  asistant  et  discourant  par  les  lieux; 
wpar  la  quelle  figure  avons  représenté  le  plus  exactement  qu'il  nous  a  esté  pos- 
ffsible,  nous  estantz  transportez  plusieurs  jours  sur  les  dicts  lieux,  représentant 
ffle  plan  du  terreuer  avecq  la  levée  des  maisons  et  le  nombre  d'icelles,  avecq  les 
ffclostures  et  murailles,  avecq  la  plus  grande  fidélité  qu'il  nous  a  esté  possible. 
ff  Tesmoing  mon  seings  sy-dessoubz  mis.  Et  en  tesmoing  de  ce,  nous  sommes  soubz- 
(T  signez  en  présence  du  dict  sieur  Guynet  et  des  procureurs  des  parlyes,  comme 
rril  est  contenu  au  procès-verbal  du  dict  sieur. 

(Signé)  cfFRANçoYS  Quesnel.  i: 

La  réalisation  des  projets  conçus  par  la  reine  mère  eut  pour  résultat  de  modifier  complè- 
tement la  région  dont  Vellefaux  et  Quesnel  nous  ont  conservé  l'aspect.  Nous  ne  possédons  point, 
malheureusement,  de  plan  parcellaire  contemporain  de  l'achèvement  du  palais;  mais,  comme  la 


294 


TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 


configuration  des  iieux  n  a  pas  varié  pendant  le  xvn"  siècle ,  il  est  facile  de  s'en  rendre  compte , 
en  consultant  les  plans  géométraux  dont  la  série  commence  à  celui  de  Gomboust.  Nous  en 
extrayons  le  grand  îlot  comprenant  le  palais  et  ses  annexes ,  les  propriétés  situées  en  bordure 
des  rues  de  Vaugirard  et  des  Francs-Rourgeois,  de  la  place  Saint-Michel  et  de  la  rue  d'Enfer, 
ainsi  que  le  couvent  et  l'enclos  des  Chartreux.  —  l.m.  t. 


Échelle  de  i-"-. 


aoo  mètres. 


LEGENDE  DU  PLAN  :  A,  palais  du  Luxembourg; —  B,  dépendances  du  palais;  —  C,  jardin  réservé  attenant 
au  palais;  —  D,  Petit-Luxembourg;  —  E,  communs  du  Petit-Luxembourg;  —  F,  couvent  des  Filles-. 
du-Caivaire;  —  G,  porte  d'entrée  des  Chartreux;  —  H,  puits  et  pompe  des  Chartreux;  —  I.  moulin 
des  Chartreux;  —  K,  rue  de  Tournon;  —  L,  rue  de  Vaugirard;  —  M,  rue  iNotre-Danie-des-Champs; 
—  N,  impasse  Notre-Dame-des-Champs;  —  0,  rue  des  Francs -Bourgeois;  —  P.  place  de  la  porte 
Saint-Michel;  —  Q,  rue  d'Enfer;  —  R,  ancienne  voie  romaine. 


LE  PALAIS  DU  LUXEMBOURG.  '295 

II. 

LE  PALAIS,  LES  JARDINS,  LA  GROTTE,  L'AQUEDUC  D'ARCUEIL. 

Le  Palais.  —  En  prenant  la  résolution  de  se  faire  construire  un  palais  en 
dehors  de  la  muraille  de  Philippe-Auguste  et  sur  la  partie  déclive  du  plateau  de 
Sainte-Geneviève,  Marie  de  Médicis  suivait  l'exemple  que  lui  avait  donné,  un 
demi-siècle  auparavant,  sa  compatriote  et  sa  parente,  lorsqu'elle  entreprit  de 
remplacer  la  vieille  résidence  des  Tournelles,  à  laquelle  s'attachait,  pour  elle,  un 
pénible  souvenir,  par  le  nouveau  château  des  Tuileries,  situé,  comme  on  le  sait, 
au  delà  de  l'enceinte  fortifiée  de  Charles  V.  Les  bâtiments  de  ce  dernier  palais, 
encore  inachevés  à  celte  époque,  promettaient  une  somptueuse  demeure;  mais  l'al- 
tière  veuve  de  Henri  IV,  qui  se  trouvait  incommodément  logée  au  Louvre,  et  qui 
n'aurait  pu,  en  terminant  les  travaux  des  Tuileries,  se  faire  honneur  d'une  cons- 
truction dont  elle  n'avait  pas  eu  l'initiative,  ne  voulait,  en  outre,  partager  avec 
personne  la  jouissance  de  la  royale  habitation  qu'elle  projetait.  Renonçant  donc 
aux  deux  grandes  résidences  delà  rive  droite,  elle  se  trouva  conduite  à  chercher, 
pour  sa  nouvelle  demeure,  des  conditions  de  calme  et  des  facilités  de  dévelop- 
pement que  le  faubourg  Saint-Germain  pouvait  seul  alors  lui  offrir.  C'était  la 
même  pensée,  le  même  besoin  d'espace  et  de  tranquillité  qui  avaient  déter- 
miné jadis  la  construction  du  vieux  Louvre,  de  l'Iiôtel  Saint-Paul  et  autres  palais 
suburbains. 

La  reine  mère  était  alors  dans  la  plénitude  de  son  pouvoir;  mais  elle  sentait 
qu'il  allait  lui  échapper,  et  elle  se  hâtait  d'en  faire  usage.  L'édifice  qu'elle  projetait 
devait  porter  le  nom  de  «Palais  de  la  Reine  douairière, n  être  achevé  le  plus 
promptement  possible  et  rappeler,  disent  les  auteurs  du  temps,  le  palais  Pitti, 
résidence  de  la  famille  régnante  de  Toscane,  où  Marie  de  Médicis  était  née  et  où 
elle  avait  passé  son  enfance.  Il  ne  faudrait  pas  croire  cependant  qu'elle  ait  eu  la 
pensée  de  faire  reproduire  servilement  à  Paris  le  palais  florentin;  l'architecture 
en  devait  être  appropriée  aux  nécessités  de  notre  climat,  et,  de  fait,  l'imitation  se 
borne  à  l'emploi  des  refends  et  des  bossages,  déjà  usités  en  France  avant  cette 
époque  (". 

L'architecte  choisi  par  la  reine  mère  était  Salomon  de  Brosse,  auquel  on 
avait,  jusqu'à  nos  jours,  attribué  le  nom  de  Jacques,  et  que  de  savantes  re- 
cherches ont  remis  en  possession  de  son  véritable  prénom  baptismal'^'.  Salomon 
de  Brosse  n'avait  encore  exécuté  aucun  de  ses  grands  travaux  :  le  portail  de  Saint- 

<■'  Dedaux ,  Chambre  de  Marte  de  Médicis ,  in-fol.        ciélé  de  l'histoire  du  protestantisme  français  ont  dé- 

1 838 ,  inlro<l.  couvert  et  publié  des  pièces  qui  éclaircissent  la  bio- 

"'  M.  Jal  et  les  RÎdacteurs  du  Bulletin  de  la  Sa-        graphie  du  célèbre  architecte,  ensevelie  jusqu'ici 


296  TOPOGRAPHIE  HISTORIQUE  DU  VIEUX  PARIS. 

Gervais,  l'aqueduc  d'Arcueil,  le  temple  de  Gharenton,  la  salle  des  Pas-Perdus  au 
palais  de  Justice,  les  châteaux  de  Monceaux  et  de  Goulommiers,  sont,  en  effet, 
postérieurs  de  quelques  années  à  la  construction  du  palais  Médicis;  mais  il  était 
déjà,  selon  loute  apparence,  en  possession  de  quelque  notoriété.  Il  la  devait  soit 
à  Jean  de  Brosse,  qu'on  croit  avoir  été  son  père  et  qui  était  architecte  de  la  reine 
Marguerite  de  Valois,  soit  à  Jacques  Du  Gerceau,  dont  il  fut  très-probablement 
l'élève,  et  qui  lui  apprit  l'art  de  construire  ttles  plus  exccllens  bastimens.  -n  Ce  qui 
est  hors  de  doute,  c'est  que,  malgré  sa  qualité  de  huguenot,  il  inspira  une  con- 
fiance absolue  à  la  reine  mère,  puisque  cette